Archives mensuelles : avril 2024

Scandaleusement vôtre, de Thea Sharrock

SCANDALEUSEMENT VOTRE

 

Pour écrire le scénario de cette production franco britannique, le comédien Jonny Sweet s’est inspiré d’un fait divers qui a secoué l’Angleterre conservatrice et puritaine des années 20. En témoignent encore les articles des journaux nationaux de l’époque comme le Daily Miror, dont les photos ont servi de base documentaire pour les costumes du film.

Jonny Sweet a choisi de conserver le véritable nom de la ville et des protagonistes. Il s’est également servi des lettres archivées dans le dossier de police pour en extraire une grande part des répliques du film.

Dans les rôles principaux, on retrouve Olivia Colman, vue récemment dans Empire of light et Jessie Buckley. Les deux actrices se connaissent depuis 2021 puisqu’elles ont tourné dans The Lost Daughter, adaptation Netflix du roman d’Elena Ferrante par Maggie Gyllenhaal, où elles interprètent cette fille perdue chacune à différentes étapes de sa vie. Elles n’avaient donc jamais encore joué ensemble.

Dans Wicked Little Letters, littéralement les méchantes petites lettres, entendez Scandaleusement vôtre, la relation entre les deux femmes est au cœur du film.

Le troisième personnage principal, incarné par Anjana Vasan, est l’officier de police Gladys Moss. Elle est chargée de surveiller les familles Gooding et Swan. C’est la toute première femme nommée officier de police dans le comté du Sussex en 1919 et, comme vous le verrez, elle est par conséquent l’unique femme du poste de police de la ville.

Avec une légèreté apparente, la réalisatrice Théa Sharrock aborde des sujets plus profonds comme la place des femmes au sein de la société anglaise, la question de l’Irlande, mais aussi la souffrance liée aux pertes humaines de la grande guerre ou l’anonymat des réseaux sociaux.

Suivant le personnage présent à l’écran, la caméra filme en plan plus ou moins serré et reste plus ou moins statique pour incarner tantôt le naturel de Jessie Buckley tantôt la vie étriquée d’Olivia Colman.

Les costumes de Charlotte Walter et les décors de Cristina Casali, inspirés des livres, des albums photos, des cartes postales de l’époque, accompagnés par la composition pour cordes et piano de la compositrice Isobel Waller-Bridgenous nous plongent véritablement dans l’ambiance de l’Angleterre des années 20.

Alors chers spectateurs, vous qui savez que les apparences sont trompeuses, saurez-vous démêler ce soir le vrai du faux  et découvrir qui se cache derrière le mystérieux corbeau au langage fleuri et à la belle calligraphie !

Doris Orlut

 

Moulin rouge, de Baz Luhrmann

Moulin Rouge, de Baz Luhrmann – 11 avril 2024 –

Le 14 mai 2001, le Festival de Cannes projetait pour son ouverture « Moulin Rouge ! »

Il se trouve que ce jour-là, j’étais à Cannes et précisément au bas des fameuses marches au tapis rouge, au moment même où une somptueuse voiture vint déposer la magnifique Nicole Kidman, vedette du film. Elle est bien sûr immédiatement entourée par un raz de marée de spectateurs mais au même instant un concert de klaxons émanant d’une 2 chevaux Citroën décapotée d’où émerge un jeune homme souriant, déplace la vague qui se rue avec le même enthousiasme vers la 2 chevaux en criant Aziz, Aziz !

Je n’ai pas oublié le regard stupéfait de Nicole Kidman, heureusement immédiatement entourée par les Officiels.

En ce mois de mai 2001 Aziz était une des vedettes du premier feuilleton de Téléréalité et ce moment reste pour moi la 1ère image de la concurrence Cinéma-Télévision !

On ne pouvait mieux choisir pour illustrer cette soirée CABARET que «  Moulin Rouge ! » œuvre du réalisateur Baz Luhrmann spécialiste des comédies romantiques et musicales.

Baz Luhrmann est né en Australie en 1962, dans un milieu rural. Mais ses parents, tous les deux fervents adeptes de la danse de salon, gèrent aussi dans leur village un petit Théâtre-Cinéma.

Sous cette influence, Baz part tout naturellement étudier à l’Institut National d’Art Dramatique de Sydney, où il fera la connaissance d’une étudiante Catherine Martin, qui deviendra sa femme et travaillera avec lui. Baz forme une troupe avec d’autres étudiants et monte une pièce « Strictly Ball Room », grand succès, dont il fait en 1992 un film « Ball Room Dancing », qui a encore plus de succès. Et ce sera Leonardo Di Caprio qui sera l’acteur principal en 1996 de son film suivant, une adaptation de «  Roméo et Juliette » !

Je ne vous citerai pas tous ses films, ni ses brillantes et célèbres publicités, souvent avec sa compatriote Nicole Kidman, vous avez sans doute admiré « Gatsby le magnifique » et son biopic « Elvis ».  Et ce soir vous allez voir ou revoir « Moulin Rouge ! », qui lui a valu Oscar et Golden Globe…Et je tiens à le souligner, les mêmes distinctions pour sa femme Catherine Martin, pour les costumes et les décors de Moulin Rouge…

La salle des profs, lker Çatak

 

La salle des profs, lker Çatak

 

L’institution scolaire a toujours intéressé les cinéastes, et c’est particulièrement frappant actuellement, elle est en effet au cœur de nombreux films depuis quelques mois. Ne serait–ce qu’en France, on peut citer Un métier sérieux de Thomas Lilti, et Pas de vague, de Teddy Lussi-Modeste, que vus avez peut-être découvert en coup de cœur surprise. Il en va de même en Allemagne, où l’école, comme ici, est un reflet de la société et un lieu où les tensions sociales se manifestent souvent de façon épidermique.

Ilker Catak est né à berlin Ouest en 1984, dans une famille d’immigrés turcs. A 12 ans sa famille déménage à Istanbul où il passe son baccalauréat. Il retourne ensuite en Allemagne pour travailler sur différentes productions cinématographiques : il réalise des publicités, des courts-métrages plus personnels tout en poursuivant des études de cinéma et de télévision. Son 1er long métrage sort en 2017 depuis il enchaîne longs métrages et épisodes de séries.

Le projet est né au cours d’une discussion du réalisateur avec son co-scénariste et ami d’enfance. Tous 2 discutaient de vols dont avaient été victimes certains de leurs proches. Lorsque son ami a évoqué un vol subi par sa sœur , professeur de mathématiques, dans l’école où elle enseigne, ils ont tous 2 évoqués des souvenirs d’enfance de camarades qui volaient dans les affaires des autres mais qu’aucun élève n’avait souhaité dénoncer, jusqu’à ce qu’une fouille ait lieu dans la classe. Pour enrichir cette idée de départ, le réalisateur s’est rendu dans son ancien collège, à Berlin afin de faire des recherches auprès de spécialistes des questions d’éducation. Il a d’ailleurs été accueilli à bras ouverts par son ancien principal ; toutefois le film a été tourné à Hambourg.

Pour le film, le réalisateur a rassemblé des jeunes de 11 à 14 ans, afin de reconstituer une classe équivalente à notre classe de 5ème, classe qui a la particularité de mêler des élèves très différents, certains encore très enfantins et d’autres déjà adolescents. Par la suite, il a tenté de créer une cohésion entre eux, et sur le tournage, tous les matins il passait un long moment à discuter avec eux de toutes sortes de sujets.

Pour le personnage principal, le parti pris du réalisateur est de ne rien montrer d’elle en dehors de sa vie à l’école. Selon lui, le caractère d’une personne finit toujours par se révéler au moment de prendre des décisions difficiles, quand elle est sous stress ou qu’elle doit gérer des problèmes. Le film est donc un huis-clos. Léonie Benech, l’actrice qui interprète ce personnage, a joué dans le Ruban blanc de Mickael haneke mais est surtout connue pour ses rôles dans les séries Babylon Berlin et The crown.

Le film a reçu de nombreux prix en Allemagne et a été nominé pour l’oscar du meilleur film étranger (remporté par Glazer)

 

La vie de ma mère, de Julien Carpentier

LA VIE DE MA MERE

 

Dès l’enfance, Julien Carpentier répétait à qui voulait bien l’entendre qu’il  deviendrait scénariste et réalisateur. Très jeune, il suit les films d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri même si ceux-ci s’adressent plutôt aux adultes.

Jaoui c’est aussi le nom de jeune fille de sa mère qui souffre de bipolarité. Agnès Jaoui et elle sont d’ailleurs, toutes les deux, originaires du même quartier de Tunis.

Au départ, son idée était de tourner un court métrage qui raconterait l’histoire d’un homme jeune, qui reçoit un appel de sa grand-mère lui disant que sa mère est là et qu’il doit quitter son travail sur le champ. Il propose ce scénario à Agnès Jaoui à la sortie d’une représentation théâtrale.

15 jours s’écoulent, et voilà qu’elle lui répond avec enthousiasme : elle adore l’histoire, les personnages mais … elle n’est pas disponible pour tourner avec lui.

C’est ainsi que débute leur relation. Julien Carpentier va s’accrocher à son idée de film, pour finalement aboutir à la réalisation de son premier long métrage après plusieurs années de persévérance.

Il va s’inspirer de son vécu familial pour donner à voir les conséquences de cette maladie chronique sur les relations humaines et tenter de libérer la parole autour de la santé mentale.

Il traite le sujet non pas du point de vue du couple, comme Joaquim Lafosse dans Les Intranquilles, mais du point de vue du parent en montrant comment la relation avec son parent peut parfois être toxique .

Julien Carpentier distille dans le scénario des souvenirs authentiques pour illustrer le manque de sommeil, l’alcool, l’hypersexualité, l’énergie débordante les vêtements voyants, etc.

Il choisit des mots, des moments et des chansons qui évoquent des souvenirs parfois difficiles qu’il traite avec humour et tendresse.

Au fil du temps le fils va progressivement mettre des mots sur son vécu pour parvenir à une certaine résilience.

Julien Carpentier adore les chansons de variété qui symbolisent le plaisir de réunir toutes les générations comme la scène où les acteurs interprètent la chanson de Julien Clerc Fais-moi une place.

La musique est de Dom La Neva, violoncelliste d’origine brésilienne qui vit en France. Le film s’achève d’ailleurs sur une chanson qu’elle a spécialement composée.

 

Agnès Jaoui joue Judith, une mère séduisante et séductrice. Elle ne semble pas préoccupée par l’impact que peut avoir son comportement sur son fils. William Lebghil joue Pierre, un fils tiraillé par des émotions contradictoires qui oscillent de la colère au désarroi.

Au début, le personnage taiseux qu’il incarne se réfugie dans le travail, se rassure en voulant tout maîtriser. Puis progressivement il va réussir à lâcher prise et à faire à nouveau confiance à sa mère.

C’est un fleuriste talentueux secondé par Ibou, un collaborateur zêlé interprété par Salif Cissé. Pierre a aussi une amoureuse Lisa jouée par Alison Wheeler qu’il va vouloir préserver de la toxicité maternelle.

Dans La Vie de ma mère, Julien Carpentier réunit une grande dame du cinéma français et un acteur qui monte.

Bonne séance !

Doris Orlut