Archives mensuelles : avril 2026

La maison des femmes de Mélisa Godet

La maison des femmes de Mélisa Godet

Mélisa Godet est une scénariste et réalisatrice française de 41 ans. Elle s’est formée aux métiers de l’image et du son à l’INA, l’institut National de l’Audiovisuel que nous connaissons surtout pour la conservation des archives de l’audiovisuel.

Elle débute comme chargée de développement au sein des Productions du Trésor, société de production fondée en 1995 par Alain Attal qui rassemble autour de lui des réalisateurs, comédiens et auteurs tels que Gilles Lellouche, Guillaume Canet, Jeanne Herry, Nicole Garcia ou Maïwenn.

C’est d’ailleurs avec Douglas Attal, le fils d’Alain Attal, — qui n’a précisons-le, aucun lien de parenté, ni avec Yvon Attal ni avec Gabriel Attal, — qu’elle coécrit en 2020 un premier long métrage Comment je suis devenu super-héros.

Ce film est adapté du roman de Gérard Bronner qui raconte l’histoire d’un trafic d’une substance qui procure des super-pouvoirs et est interprété par le trio Pio Marmaï, Leïla Bekhti et Vimala Pons.

En 2022, elle écrit et réalise un court métrage Les Enfants d’Oma, qui raconte l’histoire de Milou élevé par Oma, sa grand-mère et Olivia et Mehdi, deux enfants de l’Assistance. A la mort d’Oma, Cathy la mère de Milou resurgit pour organiser les obsèques et bouleverse l’équilibre de la fratrie.

La Maison des femmes, le film de ce soir, est donc son premier long métrage en solo.

L’idée du film naît dans la tête de Mélisa Godet en 2016 lorsqu’elle entend à la radio Ghada Hatem parler de l’ouverture de la première Maison des Femmes.

Quelques mots sur le parcours de cette femme d’exception : Ghada Hatem-Gantzer est née à Beyrouth en 1959 dans une famille de 4 enfants, où elle est la seule fille. Elle fait ses études au lycée français de Beyrouth auprès de jeunes professeurs venus de France qui lui transmettent leur goût de la culture et de la littérature françaises ainsi que les valeurs des Lumières et de la laïcité. Quelques mois après le début de la guerre civile au Liban, elle s’exile en France et s’inscrit en médecine. Elle se passionne alors pour la gynécologie-obstétrique, qui allie prise en charge humaine et technicité des actes médicaux. Elle exerce dans plusieurs maternités, les Bluets à Paris où elle est cheffe de service et crée un centre de prise en charge de FIV. Elle exerce ensuite à l’hôpital militaire Béjin à st Mandé, où elle parvient à imposer la pratique des avortements. Jusqu’alors les militaires qui souhaitaient une IVG devaient se rendre dans d’autres structures.

En 2011, elle prend la chefferie de la maternité de l’hôpital Delafontaine à St Denis. Elle y découvre la détresse et la grande précarité des patientes qui réunissent violences physiques, sexuelles et psychologiques, irrégularité administrative, isolement, mutilations génitales. À l’hôpital Delafontaine, environ 14 % des femmes qui accouchent sont excisées. Elle se forme alors à la reconstruction des clitoris mutilés puis elle a l’idée de créer une maison des femmes qui accueille les femmes victimes de violence. Cette maison des femmes offrira une prise en charge globale pluridisciplinaire qui allie soin, prévention et recueil de preuves pour aider les femmes qui le souhaitent à porter plainte et à faire reconnaitre leur préjudice auprès de la justice.

Si la maison des femmes de St Denis est la première à avoir été créée, l’idée a fait son chemin puisqu’aujourd’hui trente-deux structures de ce type fonctionnent en France, et bientôt trente-six. Mais ne nous y trompons pas les violences faites aux femmes ne sont ni l’apanage d’un milieu social ni celui d’une zone géographique.Au départ, Ghada Hatem était réticente à raconter son histoire et à de montrer sa maison. Mais petit à petit, Mélisa Godet l’a convaincue en choisissant de traiter le sujet comme une fiction et de tourner dans un lieu neutre avec uniquement des actrices professionnelles. Mélisa Godet avait conscience que le film serait émotionnellement dur à écrire et à tourner mais elle ne voulait pas qu’il soit dur à voir. C’est pour cela qu’elle a choisi de ne pas montrer directement les violences à l’écran mais de donner à voir l’après violence. Vous verrez la part d’humour et de force vitale ne sont pas en reste.

C’est un film choral avec presqu’une cinquantaine de rôles tenues par des actrices reconnues et des actrices peu connues, comme une grande de photo de famille. Elle a réuni tout le monde avant le tournage pour une lecture complète du scénario puis a pris un temps individuel avec chacun pour parler de son personnage spécifique.

Elle a choisi avec Fabien Faure, le chef opérateur, de découper les séquences chorales qui relèvent de la comédie et sont assez dynamiques et de filmer les scènes d’entretien en plans séquence sans couper la parole au montage. Pas de musique non plus pour couvrir les témoignages des patientes, mais des percussions avec des sonorités qui frottent pour marquer la notion d’urgence et de combativité.

La réalisatrice, Mélisa Godet et la productrice, Emma Javaux ne souhaitaient pas travailler dans un climat de tension et de violence et portées par le sujet du film ont imposé un code d’éthique aux équipes artistique et technique afin de garantir un climat de respect et de bienveillance. Le retour des professionnels a été extrêmement positif et dernière anecdote avant la projection : lorsque Ghada Hatem s’est rendue sur le plateau découvrant ébahie l’ingénierie monumentale d’un tournage, tout le monde s’est levé pour l’applaudir chaleureusement pendant plus de cinq minutes !

Doris Orlut

Alter ego, de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine


ALTER EGO

Le film que nous vous proposons ce soir, est le nouveau long métrage du duo de réalisateurs, scénaristes, dialoguistes, photographes, acteurs et metteurs en scènes français Nicolas Charlet et Bruno Lavaine tous deux nés en 1970. Ils ont débuté en écrivant et en réalisant des clips musicaux et des films publicitaires dans les année 90. Ils collaborent avec T Ardisson à la conception et à l’habillage de la chaine de télévision Free One. Ils créent ensuite des sketches diffusés dans le Vrai Journal sur Canal + où ils détournent une mini série vénézuélienne dont les personnages se déchirent sur des sujets d’actualité française.En 98 dans Nulle part ailleurs est diffusé le premier « Message à caractère informatif » où les deux auteurs réalisateurs doublent des employés de bureau des années 70 à partir de véritables films institutionnels de l’époque. En 2007 ils écrivent et réalisent « La Personne aux deux personnes » une comédie improbable avec D Auteuil A Chabat. En 2008 ils écrivent et réalisent le clip du single de Julien Doré « Figures imposées », Suivent bien d’autres réalisations de courts et longs-métrages où ils ont une énorme capacité à se départir du réel dans des récits autant fantasques que décalés.

Le film Alter Ego est leur nouveau long-métrage. Ils reviennent avec une comédie grinçante qui flirte avec le fantastique et le thriller. Ce film est décrit comme une satire sociale féroce sur l’envie, la jalousie et le culte de l’apparence. Fidèle à leur style, Nicolas et Bruno utilisent un humour absurde et décalé, mais ce film semble plus sombre que leurs précédentes œuvres, glissant vers le burlesque et parfois l’horreur psychologique.

Le scénario a mis presque 10 ans à voir le jour. Ils ont cité Luis Bunuel comme influenceur majeur pour le côté suréaliste, où une situation totalement absurde est acceptée comme normale par tout l’entourage.

L’acteur principal Laurent Lafitte livre une performance impressionnante en incarnant deux rôles. Le film repose entièrement sur la confrontation physique entre Alex et Axel. Plutôt que d’utiliser des doublures numériques, Nicolas et Bruno ont opté pour, je cite
« Le Motion Control : une technologie de caméra robotisée qui permet de répéter exactement le même mouvement 2 fois de suite, permettant à L Lafitte de jouer face à lui-même avec une précision milimétrée.
Et « La performance vocale » : l’acteur a travaillé 2 timbres de voix légèrement différentes.

La critique salue particulièrement le numéro comique sidérant le L Lafitte et l’inventivité de la mise en scène qui réussit à rendre la confrontation entre les deux personnages à la fois hilarante et angoissante. Il a reçu un prix d’interprétation au festival 2026 de l’Alpe d’Huez.

Pour le casting, L Lafitte joue Alex Floutard et Axel Chambon
Blanche Gardin est Nathalie, l’épouse d’ Alex Floutard,
Olga Kurylenko joue Tatiana l’épouse d’Axel Chambon
Marc Fraise est Denis Moulard un collègue d’ Alex
Zabou Breitman est Nicole Lecovec , la patronne d’Alex

Le film a été tourné principalement en Picardie, dans une banlieue pavillonnaire.
Avant sa sortie nationale, le film a fait sensation en compétition au Festival de l’Alpe d’Huez qui est consacré aux films de comédie, et a été projeté hors compétition au Festival de Gérardmer qui lui met le cap sur le cinéma fantastique d’horreur, deux sélections très différentes qui nous montrent bien son mélange des genres.

La musique est signée Nicolas Errèra. Agé de 58 ans Il a composé plus d’une soixantaine de musique de film français et internationnaux : à la télévision il compose des musiques de fictions, de téléfilms et d’émissions, notamment Rendez-vous en terre inconnue depuis 2006 : , il compose aussi pour le théâtre c’est un compositeur multi récompensé et son œuvre est impressionnante.

Pour finir, parlons un peu de la critique :
Depuis sa sortie début Mars le film divise : une partie du public est déroutée par le virage très sombre de la dernière partie du film tandis que les fans de la première heure y voient le chef d’oeuvre de maturité du duo Nicolas et Bruno.
La critique salue particulièrement le numéro comique sidérant de Laurent Lafitte, et l’inventivité de la mise en scène qui réussit à rendre la confrontation entre les deux personnages à la fois hilarante et angoissante.

J’espère que vous êtes fans de la première heure de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine et si en plus vous êtes des inconditionnels de Laurent Lafitte, comme le dit Télérama vous allez sauter de fous rires en fous rires.

Je vous souhaite une excellente soirée

Sylvie Guiseppin

Rue Malaga, de Maryam Touzani


Rue Malaga, de Maryam Touzani

Maryam Touzani est née en 1980 à Tanger où elle a passé sa jeunesse et le film de ce soir peut être considéré comme un hommage à cette ville du Nord du Maroc, c’est la première fois qu’elle situe dans cette ville l’action d’un de ses films. Après des études à Londres, elle devient journaliste spécialisée dans le cinéma, puis se lance dans l’écriture de scénarios avant de passer en 2011 à la réalisation de courts métrages et de documentaires : en 2014 elle tourne le documentaire Sous ma vieille peau, consacré à la prostitution au Maroc. Elle participe également au scénario du film de fiction Much loved, de Nabil Ayouch, son époux, sur le même sujet. En 2017 elle co-écrit et joue dans un autre film de Nabil Ayouch avant de réaliser en 2019 son 1er long métrage, Adam, qui remporte de nombreux prix est sélectionné à Cannes et concourt même pour les Oscars, comme le film de ce soir. Adam aborde le sujet des filles-mères dans la société marocaine. Un autre sujet tabopu au Maroc est au centre de son 2ème long métrage, Le bleu du caftan très beau film sur un homme marié homosexuel.
En 2023, MTouzani a fait partie du jury qui a remis la Palme d’or à Justine Triet à Cannes.

J’ai dit tout à l’heure que le film était un hommage à Tanger, c’est aussi un hommage à la grand-mère andalouse de la réalisatrice, à laquelle ce film est dédié. En effet, depuis les années 30, une importante communauté espagnole est implantée dans cette ville cosmopolite. Ce personnage de grand-mère audacieuse espiègle et pleine de vitalité et est interprétée par la délicieuse Carmen maura, actrice fétiche d’Almodovar, qui a fêté ses 80 ans l’an dernier.
Et voici enfin un film qui ne se contente pas d’aborder un sujet tabou, celui des amours tardives mais qui, par sa réalisation, magnifie ce sujet en montrant la sensualité des corps âgés et la joie du désir retrouvé.