Archives mensuelles : juillet 2023

Oppenheimer, de Christopher Nolan

 

Oppenheimer

Christopher Nolan est un cinéaste qui, comme Spielberg, a la capacité de réaliser ce qu’on pourrait appeler des « blockbusters d’auteur », c’est à dire des films à très gros budget, dont les ambitions commerciales sont claires, mais dans lesquels il parvient à affirmer sa singularité, son univers. Il est donc capable aussi bien de rentrer dans le moule des films franchisés (il a réalisé 3 opus de la saga Batman) que de proposer des films plus personnels comme Memento, Insomnia, Inception, Interstellar… Le dernier en date était Tenet, sorti en 2020, avec Robert Pattinson. Or ce serait lui qui aurait donné à Nolan l’idée d’un film sur Oppenheimer, le père de la bombe atomique.

C’est la 1ère fois que Nolan s’attaque au genre du biopic (film qui parle d’une personne célèbre ayant réellement existé), et pour ce faire il s’est appuyé sur une biographie intitulée « Le Prométhée américain, le triomphe et la tragédie d’Oppenheimer », un livre qui a obtenu le prix Pullitzer. Le film se distingue donc radicalement des projets précédents, plutôt centrés sur l’action, pour mettre l’accent sur les visages des personnages afin de se rapprocher du thriller psychologique. Néanmoins, le film ne manque pas d’éléments spectaculaires, notamment cette reconstitution de « Trinity », nom de code donné au premier essai d’une arme nucléaire, réalisé le 16 juillet 1945 à Los Alamos, au Nouveau-Mexique. Reconstitution que Nolan a tenu à faire sans effets numériques, uniquement avec des effets spéciaux au moment du tournage (SFX et non VFX), afin de donner davantage une impression de réalité et de menace (la façon dont la scène a été tournée reste d’ailleurs un secret).

On retrouvera dans ce film plusieurs acteurs fétiches de Nolan : Matt Damon, Kennet Branagh, mais surtout Cillian Murphy, qu’il avait dirigé dans la trilogie The dark night, dans Inception et Dunkerque. Très amaigri pour coller à la silhouette d’Oppenheimer, il interprète ici un savant visionnaire et destructeur, à la fois génie du bien et du mal.

Afin de donner un côté assez intemporel au film, le réalisateur a poussé la chef décoratrice vers un certain modernisme plutôt que vers une reconstitution d’époque scrupuleuse. En ce qui concerne les lieux, elle a reconstitué les décors extérieurs de Los Alamos dans un autre endroit du Nouveau Mexique, mais les scènes d’intérieurs ont été tournées sur les lieux même de l’action et en présence de véritables scientifiques qui jouaient les figurants. Un film situé donc dans un univers beaucoup plus réaliste que les précédents films de Nolan, qui met en évidence l’ambiguïté de cette figure de l’histoire américaine et mondiale.

Danièle Mauffrey

La nuit du verre d’eau, de Carlos Chahine

PRESENTATION DE LA NUIT DU VERRE D’EAU

 

La nuit du verre d’eau est le premier long métrage réalisé par Carlos Chahine. Mélangeant histoire du Liban et souvenirs d’enfance, il propose un film avec des acteurs français et libanais ainsi que des dialogues dans les deux langues.

Quelques mots sur le parcours du réalisateur, Carlos Chahine quitte le Liban en 1975 au début de la guerre pour présenter son baccalauréat en France. Sur les pas de son respectable oncle, il entame des études de médecine pour être chirurgien mais ne réussit qu’à obtenir une place en dentaire. Parallèlement à la faculté d’odontologie et à l’insu de son père, il fréquente pendant deux ans les cours d’art dramatique de Tania Balachova sous la supervision de Véra Greg qui lui révèle qu’il est un très grand acteur. Il la croit et persévère. En 1984, lorsqu’il est reçu au concours d’entrée à l’Ecole Supérieure d’Art Dramatique du Théâtre National de Strasbourg, il est bien obligé de révéler la vérité à son père, resté dans son pays natal. Celui-ci se contentera de lui demander d’achever sa thèse d’odontologie.

Comme vous pouvez le pressentir, Carlos Chahine n’exercera jamais comme dentiste et enchainera sur un cycle d’études d’art dramatique. Depuis 1988, il a joué des rôles au théâtre dans Gogol, Molière, Tchekhov, Feydeau, Cervantès et Sophocle. Il apparaît également sur le petit écran dans quelques séries comme PJ et Avocats et associés mais aussi au cinéma dans le film de Ghassan Salhab, Terra Incognita, une première expérience de jeu en arabe . Il réalise à partir de 2008 dans son pays d’origine, une trilogie familiale en format court sur le père, la mère et l’enfant.Depuis 2014, il met en scène des pièces à Beyrouth et créé de nouvelles traductions théâtrales en arabe libanais.

Pour la nuit du verre d’eau, Carlos Chahine collabore à l’écriture du scénario avec Tristan Benoit, trentenaire connu pour exercer un métier émergent, celui d’enquêteur-recherchiste dans l’écriture de documentaire. Deux mots sur ce nouveau métier qui consiste à superviser et assurer des travaux d’enquête, d’illustration et de recherche en vue de la réalisation. Le scénario que co construisent Carlos Chahine et Tristan Benoit, décrit l’amour fou entre un enfant et sa mère dans un village de la Vallée Sainte, région chrétienne située dans les montagnes reculées du Liban. Ce lieu si particulier, mêle les souvenirs d’enfance du réalisateur et l’aspect historique de cette vallée, connue comme le refuge des persécutés religieux ou autres à cause de ses reliefs inaccessibles et escarpés. L’action se situe pendant la révolution de 1958. Le Liban est encore un jeune pays, le peuple rêve d’une entente tacite pour trouver un équilibre entre les différentes religions et construire un état moderne. Cette soif de modernité va se fracasser contre les murs du conservatisme religieux dans cette région du monde multiconfessionnelle.

Le Liban rêvé à cette période-là est une terre d’illusion, d’où le titre du film en arabe. Le titre du film en français, vient du souvenir d’enfance du réalisateur qui pouvait appeler sa mère en pleine nuit et lui demander un verre d’eau.

C’est Hannah Taïeb, co productrice du film qui suggère à Carlos Chahine, le nom du compositeur Antonin Tardy, qui va créer après le tournage une musique originale pour piano et violoncelle. Passionné par le leitmotiv wagnérien, Antonin Tardy va tenter de faire correspondre à chaque composition musicale une émotion précise, un événement ou un personnage.

Côté acteurs français, vous connaissez tous Nathalie Baye qui interprète le rôle d’Hélène, femme libérée marié trois fois et aux nombreux amants. Vous connaissez sans doute un peu moins Pierre Rochefort, le fils de Jean Rochefort et de Nicole Garcia qui interprète le rôle de René, son fils.

Côté libanais, vous allez sans doute découvrir Marilyne Naaman dans le rôle principal  de Layla, Antoine Merheb Harb, son fils ; Talal Jurdi, Ahmad Kaabour , Christine Choueiri, Joy Hallak et Rubis Ramadan ! Bon film à vous !