| La maison des femmes de Mélisa Godet |

Mélisa Godet est une scénariste et réalisatrice française de 41 ans. Elle s’est formée aux métiers de l’image et du son à l’INA, l’institut National de l’Audiovisuel que nous connaissons surtout pour la conservation des archives de l’audiovisuel.
Elle débute comme chargée de développement au sein des Productions du Trésor, société de production fondée en 1995 par Alain Attal qui rassemble autour de lui des réalisateurs, comédiens et auteurs tels que Gilles Lellouche, Guillaume Canet, Jeanne Herry, Nicole Garcia ou Maïwenn.
C’est d’ailleurs avec Douglas Attal, le fils d’Alain Attal, — qui n’a précisons-le, aucun lien de parenté, ni avec Yvon Attal ni avec Gabriel Attal, — qu’elle coécrit en 2020 un premier long métrage Comment je suis devenu super-héros.
Ce film est adapté du roman de Gérard Bronner qui raconte l’histoire d’un trafic d’une substance qui procure des super-pouvoirs et est interprété par le trio Pio Marmaï, Leïla Bekhti et Vimala Pons.
En 2022, elle écrit et réalise un court métrage Les Enfants d’Oma, qui raconte l’histoire de Milou élevé par Oma, sa grand-mère et Olivia et Mehdi, deux enfants de l’Assistance. A la mort d’Oma, Cathy la mère de Milou resurgit pour organiser les obsèques et bouleverse l’équilibre de la fratrie.
La Maison des femmes, le film de ce soir, est donc son premier long métrage en solo.
L’idée du film naît dans la tête de Mélisa Godet en 2016 lorsqu’elle entend à la radio Ghada Hatem parler de l’ouverture de la première Maison des Femmes.
Quelques mots sur le parcours de cette femme d’exception : Ghada Hatem-Gantzer est née à Beyrouth en 1959 dans une famille de 4 enfants, où elle est la seule fille. Elle fait ses études au lycée français de Beyrouth auprès de jeunes professeurs venus de France qui lui transmettent leur goût de la culture et de la littérature françaises ainsi que les valeurs des Lumières et de la laïcité. Quelques mois après le début de la guerre civile au Liban, elle s’exile en France et s’inscrit en médecine. Elle se passionne alors pour la gynécologie-obstétrique, qui allie prise en charge humaine et technicité des actes médicaux. Elle exerce dans plusieurs maternités, les Bluets à Paris où elle est cheffe de service et crée un centre de prise en charge de FIV. Elle exerce ensuite à l’hôpital militaire Béjin à st Mandé, où elle parvient à imposer la pratique des avortements. Jusqu’alors les militaires qui souhaitaient une IVG devaient se rendre dans d’autres structures.
En 2011, elle prend la chefferie de la maternité de l’hôpital Delafontaine à St Denis. Elle y découvre la détresse et la grande précarité des patientes qui réunissent violences physiques, sexuelles et psychologiques, irrégularité administrative, isolement, mutilations génitales. À l’hôpital Delafontaine, environ 14 % des femmes qui accouchent sont excisées. Elle se forme alors à la reconstruction des clitoris mutilés puis elle a l’idée de créer une maison des femmes qui accueille les femmes victimes de violence. Cette maison des femmes offrira une prise en charge globale pluridisciplinaire qui allie soin, prévention et recueil de preuves pour aider les femmes qui le souhaitent à porter plainte et à faire reconnaitre leur préjudice auprès de la justice.
Si la maison des femmes de St Denis est la première à avoir été créée, l’idée a fait son chemin puisqu’aujourd’hui trente-deux structures de ce type fonctionnent en France, et bientôt trente-six. Mais ne nous y trompons pas les violences faites aux femmes ne sont ni l’apanage d’un milieu social ni celui d’une zone géographique.Au départ, Ghada Hatem était réticente à raconter son histoire et à de montrer sa maison. Mais petit à petit, Mélisa Godet l’a convaincue en choisissant de traiter le sujet comme une fiction et de tourner dans un lieu neutre avec uniquement des actrices professionnelles. Mélisa Godet avait conscience que le film serait émotionnellement dur à écrire et à tourner mais elle ne voulait pas qu’il soit dur à voir. C’est pour cela qu’elle a choisi de ne pas montrer directement les violences à l’écran mais de donner à voir l’après violence. Vous verrez la part d’humour et de force vitale ne sont pas en reste.
C’est un film choral avec presqu’une cinquantaine de rôles tenues par des actrices reconnues et des actrices peu connues, comme une grande de photo de famille. Elle a réuni tout le monde avant le tournage pour une lecture complète du scénario puis a pris un temps individuel avec chacun pour parler de son personnage spécifique.
Elle a choisi avec Fabien Faure, le chef opérateur, de découper les séquences chorales qui relèvent de la comédie et sont assez dynamiques et de filmer les scènes d’entretien en plans séquence sans couper la parole au montage. Pas de musique non plus pour couvrir les témoignages des patientes, mais des percussions avec des sonorités qui frottent pour marquer la notion d’urgence et de combativité.
La réalisatrice, Mélisa Godet et la productrice, Emma Javaux ne souhaitaient pas travailler dans un climat de tension et de violence et portées par le sujet du film ont imposé un code d’éthique aux équipes artistique et technique afin de garantir un climat de respect et de bienveillance. Le retour des professionnels a été extrêmement positif et dernière anecdote avant la projection : lorsque Ghada Hatem s’est rendue sur le plateau découvrant ébahie l’ingénierie monumentale d’un tournage, tout le monde s’est levé pour l’applaudir chaleureusement pendant plus de cinq minutes !
Doris Orlut
