Archives de catégorie : Les fiches de présentation des films

Les fiches de présentations rédigées par les bénévoles et présentées avant les séances « Toiles Émoi ».

Le corset, de Louis Clichy

Louis Clichy est né en 1977, il est diplomé de la célèbre Ecole des Gobelins, qui forme entre autres au cinéma d’animation. Il commence sa carrière dans le studio Pixar en Californie, en tant qu’animateur sur les films d’animation Wall-E puis Là-haut. Il rentre ensuite en France où Alexandre Astier le choisit pour réaliser l’adaptation de l’album Astérix, le domaine des dieux. C’est un grand succès critique et public qui l’amène à collaborer de nouveau avec A Astier sur Astérix : le secret de la potion magique. Il a également réalisé un clip animépour le groupe Louise Attaque.

Le film de ce soir est son 1er projet personnel, il est inspiré de sa propre histoire. On peut le classer dans le genre du « coming of age », c’est à dire un film qui correspondrait au genre du roman d’apprentissage, au cours duquel un personnage passe de l’enfance à l’âdolescence en franchissant une série d’épreuves. La musique joue un grand rôle dans ce parcours, et vous verrez que presque toute la musique que l’on entend est une musique « intra-diégétique », c’est à dire qu’elle fait partie de l’histoire racontée dans le film. Elle est principalement composée de morceaux préexistants, profanes ou sacrés qui vont de Stéphanie de Monaco à Gabriel Fauré, mais qui sont aussi intimement mêlés aux sons de la nature et de la vie rurale ce qui donne une véritable profondeur au film.

Pour raconter cette histoire, Louis Clichy a choisi une technique d’animation traditionnelle, avec des traits à l’encre de Chine et des couleurs à l’aquarelle.

Le film a reçu un prix à Cannes et 3 au festival d’Annecy et il fait partie des 5 longs métrages sélectionnés pour représenter la France aux Oscars 2027 et nous sommes très heureux de vous le présenter en avant-première.

Si vous aimez jouer à reconnaître les voix prêtées aux personnages, vous reconnaîtrez peut-être, entre autres, celle de Michel, l’organiste (A Astier) et celle du prêtre (J P Zadi), qui sont des voix bien connues dans le cinéma français.

Soudain de Ryusuke Hamaguchi

Quand Hiroko Matsuda, la productrice de Shirous Office, propose à Ryusuke Hamaguchi de lire Quand la vie prend un tournant inattendu, il ne s’attend pas à être autant touché. Le livre retrace au travers de 20 longues lettres la correspondance entre 2 chercheuses japonaises, Maho Isono, anthropologue médicale et Makiko Miyano, philosophe. Au départ elles échangent sur leurs sujets de recherche respectifs. La philosophe travaille sur le hasard, l’anthropologue étudie la notion de risque.  Un cancer métastasé est diagnostiqué à la philosophe et l’échange intellectuel purement professionnel du début, va alors se transformer en une relation de plus en plus intime et plus intense. Plusieurs mois après à Tokyo, il est approché par David Gauquié, un des deux dirigeants de Cinéfrance Studios qui lui propose une collaboration. Ryusuke Hamaguchi décide alors d’adapter le livre à l’écran car cette proposition de collaboration est pour lui la garantie de conditions économiques favorables et aussi l’occasion de toucher le public français habitué à ce type de sujet.

En 2024, il débarque à Paris pour effectuer des recherches et écrire une première version du scénario. Fidèle à l’esprit du livre, la question du hasard et du risque va constituer le moteur profond du film. Dans la perspective de trouver un point de jonction entre la France et le Japon, Ryusuke Hamaguchi va s’intéresser à l’Humanitude, méthode de soin dont vous allez entendre parler dans le film qui est également présente au Japon depuis une dizaine d’année. Au-delà de la question du soin, le réalisateur a le sentiment que l’Humanitude permet d’interroger plus largement la place de l’être humain dans la société, et la manière dont cette société finit parfois par ne plus lui laisser de place.

Le mot “humanitude” a été créé en 1980 par l’écrivain suisse Freddy Klopfenstein puis repris par le généticien humaniste Albert Jacquard en 1987. Alors que l’humanisme est un concept philosophique qui montre l’importance de la place de l’homme dans le monde, l’humanitude désigne un concept de nature plutôt anthropologique. Il repose sur la définition de l’homme comme animal communicant doté de capacités et ayant des besoins propres à l’espèce humaine. Les professionnels de la santé se sont saisis de ce concept dans leur pratique soignante notamment dans les soins aux personnes âgées.

Plusieurs éléments remarquables dans ce film, tout d’abord sa durée. Le réalisateur explique que cette durée est nécessaire pour une raison dramaturgique puisque pendant une grande partie du film, les deux femmes se connaissent très peu. A un moment l’une d’elles demande à l’autre de la rejoindre dans son pays natal et pour que cette proposition paraisse naturelle, il fallait que le spectateur ait le temps de sentir la profondeur du lien en train de naître entre les deux personnages.

Il y a aussi bien sur le mélange de 2 langues et de 2 cultures. Le film est tourné à Paris et à Kyoto avec des acteurs professionnels, à l’exception de quelques petits rôles confiés à des personnes issues de la figuration.Notamment pour les scènes à l’EHPAD où de nombreux résidents et membres du personnel ont pris part au film.

Ryusuke Hamaguchi a travaillé étroitement avec Léa Le Dimna, interprète omniprésente et scénariste du film.

Enfin, il faut parler de la méthode très personnelle qu’a Ryusuke Hamaguchi pour diriger les acteurs.

Tout commence par des lectures, des lectures qu’il demande de faire « à plat », sans intention, sans jeu. Puis le texte est comme incorporé par l’acteur qui doit entrer en résonnance avec son partenaire de jeu.

Ryusuke Hamaguchi peut écrire une scène qui n’existe pas dans le film et demander aux acteurs de la lire et de la jouer comme pour créer une mémoire intérieure. C’est une façon de créer des liens sans passer par des explications psychologiques.

Avant le tournage, il donne aux acteurs un texte avec dix-sept questions sur le personnage qui touchent à des zones intimes comme le rapport à la sexualité, à ce qui compte pour lui ou encore à certains choix.

Pour terminer je soulignerai la performance de Virginie Efira qui est Marie-Lou, la directrice d’EHPAD. Elle a été castée parmi 200 autres acteurs, seulement 2 mois avant le début du tournage. Elle dit d’ailleurs avoir laissé tomber le film pour lequel elle était en tournage depuis 10 jours pour faire Soudain ; et a appris le japonais ou du moins les Hiraganas, qui permettent de transcrire la langue japonaise. C’est dire sa détermination à collaborer avec ce metteur en scène !

Doris Orlut

 

Fjord, de Cristian Mungiu

Fjord, de Cristian Mungiu

Cristian Mungiu, grâce à ce film, est entré dans le cercle restreint des réalisateurs ayant obtenu 2 fois la Palme d’or à Cannes, après Coppola, Kusturica, les Dardenne, Ken Loach… Il avait obtenu sa 1ère palme d’or en 2007 avec son 2ème long métrage, 4 mois, 3 semaines, 2 jours, film très fort sur un avortement clandestin dans la Roumanie de Ceausescu. Film qui avait déjà suscité une polémique puisque des associations anti-avortements et la ministre Christine Boutin avaient voulu interdire la diffusion du DVD du film dans les lycées, alors même qu’il ne s’agissait pas particulièrement d’un film pro-avortement.

Cristian Mungiu fait partie de ce qu’on appelle la Nouvelle Vague roumaine, une génération apparue après la chute du mur et de Ceausescu qui a renouvelé le cinéma de Roumanie. Ses films sont toujours des films réalistes, souvent inspirés de faits divers, portant sur des sujets de société .

Il réalise donc des films qu’on peut qualifier d’ « engagés » par leur sujet. Mais l’engagement de Mungiu se traduit aussi à travers ses actions pour maintenir une vie culturelle en Roumanie : il n’hésite pas à partir régulièrement en tournée à travers le pays. Avec une caravane, il parcourt villes et villages de Roumanie, dépoussière de vieilles salles de cinéma laissées à l’abandon, organise des projections et contribue à faire émerger de nouveaux rendez-vous comme le festival Les Films de Cannes à Bucarest.

Le film que vous allez voir ce soir a pu surprendre les fans du réalisateur, qui est considéré comme un humaniste libéral et il a fait l’objet d’une polémique concernant son contenu. En effet, il met face à face d’un côté une famille qui élève ses enfants selon des conceptions rigoristes et de l’autre les services sociaux norvégiens, pays dans lequel les châtiments corporels quels qu’ils soient sont bannis depuis 1997. Certains accusent Mungiu de s’attaquer aux services sociaux en les montrant comme des gens sans cœur alors même qu’il fait interpréter les parents sur lesquels pèsent des soupçons de maltraitance par 2 stars, ce qui a tendance à les mettre en valeur. Ces 2 stars sont Sebastian Stan acteur roumano-americain plutôt habitué des rôles de « beau gosse », il a joué dans plusieurs films de la franchise Marvel notamment Captain America et il a incarné Donald Trump dans The Apprentice), il apparaît transformé physiquement pour ce film. Et Renate Reinsve, actrice norvégienne, qui incarnait la protagoniste de Julie en 12 chapitres et de Valeur sentimentale de Joachim Trier. Ces 2 acteurs ont un jeu empreint d’émotion ce qui crée une certaine empathie avec le spectateur et nous mène à partager leur désarroi.

Alors film réactionnaire et manipulateur qui prend la défense d’une famille traditionnaliste ou film équilibré qui dérange en nous forçant à remettre en question nos valeurs ? A vous de juger !

Les matins merveilleux, d’Avril Besson

Le film que nous vous proposons ce soir, « Les matins merveilleux » est une comédie romance d’ Avril Besson, avec dans les rôles principaux, India Hair qui joue Charlie, Raya Martigny qui est Marina, Eric Cantona dans le rôle de Titou Mathias Minne dans celui de Maxime.

Avril Besson est une jeune réalisatrice de 41 ans, sortie diplômée du département montage de la FEMIS en 2013. La Femis est une grande école publique française de cinéma et d’audiovisuel, située à Paris.

Elle réalise son court-métrage de fin d’étude ADELA d’une durée de 36 minutes qui raconte l’extrême précarité d’une mère rom de 3 enfants habitant en bordure de la RN 7, au sud de Paris dans un abri fait de palettes, diffusé dans plusieurs festivals en France et à l’étranger. Elle assure ensuite le montage de nombreux projets, longs-métrages, courts-métrages, séries et documentaires. Son dernier court-métrage en date QUEEN SIZE (également avec India Hair et Raya Martigny dont le sujet est la vente d’un lit) est sélectionné dans plus de 35 festivals internationaux et est nommé pour le César du meilleur court-métrage en 2023.

Les Matins Merveilleux est son premier long-métrage.

On suit India Hair, Charlie à l’écran, un peu perdue après le décès de sa grand-mère, qui lui laisse une place dans le caveau et une mission : léguer de vieux vinyles à un ami inconnu vivant dans le Sud. La voilà partie en Twingo sur la Côte d’ Azur, à la rencontre d’une myriade de personnages tous plus attachants les uns que les autres.

Difficile alors de résister au charme maladroit et contagieux de Charlie, qui semble traverser chaque épreuve avec une douceur désarmante.

C’est par Titou danseur de disco mélancolique, aux chemises flashy, admirablement bien interprété par Eric Cantona, que commence pour elle, une quête d’elle même, sur les traces de sa mère. Et puis il y a Marina « qu’on ne peut quitter des yeux tant elle occupe merveilleusement l’espace » et qui accueille Charlie avec toute la bienveillance du monde. En apparence aux antipodes l’une de l’autre, elles se retrouvent pourtant au même endroit, traversées toutes les deux par le deuil. Marina offre à Charlie une forme de confiance et de légèreté qu’elle ne se connaissait pas, alors que Charlie, elle apprend doucement à Marina que lâcher prise peut aussi être une force.

C’est que le film touche juste. Tout est bouleversant de sincérité.

Il ne cherche pas à raconter une histoire extraordinaire, mais s’intéresse plutôt à des gens ordinaires qui traversent des moments extraordinaires de leur vie, comme le deuil, une rencontre, l’envie de partir, la peur de rester seul.

On aime l’idée qui se cache derrière le titre : après les périodes difficiles, il peut encore y avoir des matins merveilleux.

C’est finalement un film sur le passage du chagrin vers quelque chose qui ressemble à l’espoir.

Le film a été tourné sur la plage de Cavalière près de Le Lavandou.

Petite précision : le film a bien été présenté au Festival de Cannes 2026, mais dans les Séances spéciales. Le Festival le présente officiellement comme le premier film d’Avril Besson.

La musique originale est signée du compositeur guitarise Thomas Krameyer. Son travail accompagne des pépites disco oubliées à des morceaux plus mélancoliques, rythmant ce road trip à travers la France.

Je vous souhaite une excellent soirée

Sylvie Guiseppin

 

LE HÉROS DE BERLIN DE WOLFGANG BECKER

Au cours de ses 35 ans de carrière, Wolfgang Becker a réalisé peu de films. Le plus connu est sans doute Goodbye, Lenin ! sorti en 2002, où un fils cache à sa mère est-allemande la chute du mur de Berlin.

Sans doute ne serions-nous pas là ce soir, si Wolfgang Becker se sachant atteint d’un cancer incurable, avait choisi de visiter les plus beaux endroits du monde, plutôt que de réaliser un ultime film.

Le héros de Berlin est une comédie caustique adaptée du roman éponyme de Maxim Leo, sorti en 2022.

Vingt ans après Good Bye, Lenin!, le réalisateur Wolfgang Becker revient sur l’histoire de la réunification allemande avec le récit médiatique d’un faux héros de la RDA monté de toutes pièces.

Le film structure son récit entre archives de la RDA et commémorations du trentenaire de la chute du mur de Berlin. Chaque mensonge entraîne une escalade où la surenchère médiatique, transforme une anecdote en fable nationale.

La caméra nous livre une vision ironique du monde où contraste la grisaille d’un vidéoclub de quartier et le clinquant aseptisé des plateaux télévisés modernes.

Dans ce décor, l’acteur principal, Charly Hübner, incarne le citoyen ordinaire au physique lourd et terne qui fait obstacle au glamour médiatique qu’on veut lui imposer.

A ses côtés, on retrouve des acteurs allemands reconnus comme Christiane Paul et Daniel Brühl, qui fait quelques apparitions clin d’œil.

Composée par Lorenz Dangel, la musique oscille entre nostalgie mélancolique et thèmes rythmés, qui traduisent l’asphyxie progressive du personnage principal.

Assuré par Jörg Hauschild, le montage illustre le vertige de la célébrité soudaine en accélérant le rythme au fil de la narration par des transitions brutales entre les scènes intimes et le tumulte médiatique.

Wolfgang Becker a pu achever le tournage de son dernier film avant son décès en décembre 2024 et effectuer le premier montage mais il ne l’a pas vu terminé. C’est Achim von Berries, également producteur du film, qui en a terminé la réalisation.

 

Doris Orlut

L’Objet du délit, d’Agnès Jaoui

L’OBJET DU DELIT
Bonsoir
L’objet du délit est une comédie dramatique réalisée par Agnès Jaoui. Sur un scénario écrit à quatre mains par Emmanuel Salinger, Laurent Jaoui, Noé Debré, Florence Seyvos et Agnès Jaoui bien sûr. Depuis 2018 et le film Place Publique avec dans le premier rôle Jean Pierre Bacri,
son compagnon son complice, et son meilleur ami, elle n’avait plus réalisé de long métrage.
Ce film a été présenté au Festival de Cannes 2026, hors compétition
L’histoire se déroule dans les coulisses d’une production ambitieuse de l’opéra Les Noces De Figaro. Les répétitions sont bouleversées lorsqu’une accusation d’agression sexuelle vise un membre de la production. L’évènement met en péril le spectacle et force chaque membre de l’équipe à prendre position. Le film explore les frictions , les incompréhensions et les rapports de force entre les personnages, faisant s’entrechoquer les opinions politiques et les visions générationnelles avec humour et ironie.
Ce qui rend ce film particulier, c’est qu’il ne cherche pas à résoudre une enquête policière , l’intérêt est ailleurs : comment chacun réagit face à une accusation, et comment ces positions évoluent au fil des discussion et des malentendus : les réactions les peurs, les prises de position
et les divisions qu’elle provoque
Comme dans les films précédents d’Agnès Jaoui, les personnages ne sont ni totalement héroïques ,ni totalement antipathiques.
Elle joue une cantatrice expérimentée qui refuse les jugements hâtifs tout en reconnaissant la réalité des violences faites aux femmes. Daniel Auteuil incarne un chef d’orchestre talentueux, mais inquiet pour son propre passé.
Il n’y a pas un seul héros mais une multitude de personnages dont les histoires s’entrecroisent. Les dialogues alternent entre moment de légèreté et scènes plus tendues. Si vous aimez les films tels que Le Goût des Autres ou On Connaît La Chanson , vous retrouverez ici la même attention apportée aux dialogues, aux rapports humains et aux contradictions des personnages, mais avec un sujet beaucoup plus sensible.
Le choix des Noces de Figaro est central. Cet opéra parle déjà de domination de désir, de pouvoir et de rapports entre hommes et femmes. A Jaoui fait dialoguer cette œuvre
classique avec les débats contemporains autour de MeToo ;
Pour la distribution, outre A Jaoui et D Auteuil, sont à l’écran Eye Haïdara, (révélée dans le film Le Sens de La Fête dans lequel elle est nommée pour le César du meilleur espoir féminin et son
rôle de maîtresse de cérémonie au Festival de Cannes 2026), Claire Chust, Oussama Kheddam (qui a remporté le Swann d’or de la révélation masculine au Festival de Cabourg cette année), Jacques Weber et plusieurs autres acteurs complètent cette distribution.
Petite précision : on connaît le goût d’A Jaoui pour le chant, elle est aussi librettiste d’Opéra, et c’est elle qui chante dans le film, mais sa voix est mixée avec cette de la soprano Julia Beaumier.
Ce film a suscité de nombreux débats lors de sa sortie. Beaucoup y voient , je cite, « un funambuliste joyeux » qui rappelle Le Sens de La Fête. La critique salue la finesse d’A. Jaoui qui choisit d’écouter et de nuancer les points de vue plutôt que de juger, montrant le désarroi des uns , les colères légitimes des autres et les maladresses de chacun.
Beaucoup ont salué son ambition et son refus d’opposer un bon et un mauvais camp.
Certains critiques ont, quant à eux, trouvé le ton « un peu trop flottant », ont reproché de vouloir ménager toutes les sensibilités » ou de simplifier certains aspects du débat autour de MeToo : il fait écho aux affaires qui secouent le monde culturel politique ou autre (même si certaines n’étaient pas encore connues lors de l’écriture du scénario), en mettant en lumière la difficulté à libérer la parole, mais en aucun cas il ne constitue un commentaire sur ces affaires.
Le film a été principalement tourné durant l’été 2025 à Paris et dans les ruines du Château Lacoste dans le Vaucluse. Y verrez vous un clin d’oeil ironique ou un choix fortuit si je vous dis que ce château est l’ancien domaine du Marquis de Sade !!
Confortablement installés dans vos slèges je vous souhaite un bon film.
Sylvie Guiseppin

C’est quoi l’amour? de Fabien GORGEART

Lorsque TOILES-EMOI m’a proposé de présenter « C’est quoi l’amour », de Fabien GORGEART, ce titre m’a évoqué un très vieux souvenir : en juillet 1949 j’avais obtenu au bac de philo la mention bien pour une dissertation sur « l’amour mode de connaissance ». J’ai pensé qu’il serait amusant de confronter les idées d’une Marion de 17 ans dans les années d’après-guerre, à celles d’un Fabien Gorgeart de 50 ans dans les années 2020…

Fabien GORGEART est né à Rouen en 1976, père chauffeur routier, mère assistante maternelle et « Familles d’accueil ». Et dans la famille Gorgeart, qui s’est installée ensuite en Bretagne, parents et enfants biologiques ou accueillis, tous vont au cinéma. Et Fabien est littéralement subjugué quand il découvre le personnage d’E.T. dans le film de Spielberg : il le reconnait, E.T., c’est le petit inconnu qui surgit inopinément d’un autre monde dans la maison, auquel on s’attache et qui disparait un jour tout aussi inopinément, et dont on n’aura jamais plus de nouvelle…On peut donc raconter au cinéma des histoires de la vie ?

Il étudie le cinéma à l’université de Rennes puis joue dans des petites troupes de théâtre locales et dans un groupe de comédiens acrobates, s’essaie à de courts métrages. L’un d’eux reçoit un prix, ce qui lui donne accès aux subventions qui permettront de tourner trois films (Un chien de ma chienne, Diane a les épaules, La vraie famille, tous sur la difficulté du Vivre-ensemble). Et le 4ème, « C’est quoi l’amour » obtient le grand prix du Festival de l’Alpe d’Huez, et Laure Calamy celui de la meilleure actrice.

Ses acteurs sont devenus ses amis et vous retrouverez ce soir, avec Laure Calamy, Vincent Macaigne, Mélanie Thierry et Lyes Salem. La musique à la fois jazzy et classique est l’œuvre de Gabriel des Forêts.

Et avec humour et émotion, Fabien Gorgeart dit à Marion 1949 que dans les années 2O20 « la vraie famille » n’existe plus, la famille c’est maintenant une cellule en constante évolution. Il nous apprend aussi qu’un amour ne peut pas s’annuler, il a existé, s’accumulera en strates aux autres amours et ensemble ils constitueront notre vie.

« C’est quoi l’amour » a été très bien accueilli par la Critique et par le Public.

Marion MAGNARD

le garçon qui faisait danser les collines de Georgi M.Unkovski

Georgi M.Unkovski est né à New York en 1988 et a grandi dans ce qui était alors la Yougoslavie, devenue par la suite la Macédoine du Nord. Aujourd’hui ce pays montagneux, grand comme la Belgique, compte à peine plus de 2 millions d’habitants avec 65% d’orthodoxes et 33% de musulmans.

Après avoir terminé sa scolarité, Georgi M.Unkovski dont le père est un metteur en scène de théâtre et un universitaire macédonien, – Georgi M.Unkovski donc – retourne aux États-Unis pour étudier la photographie. À cette période, il publie un livre de photographies Be Right Back, consacré à la culture du jeu vidéo et aux jeunes qui fréquentaient les cybercafés de Skopje, la capitale de Macédoine du Nord. Sa passion pour le cinéma le conduit ensuite à Prague, en République tchèque où il poursuit des études à l’École de cinéma et de télévision. Pendant sa formation, il va réaliser plus de 10 films d’étudiant et écrire un mémoire explorant les interfaces entre les jeux vidéo et le cinéma.

Il s’installe ensuite à Skopje, la capitale, et travaille comme réalisateur pour l’une des principales agences publicitaires du pays et pour une société de production locale dédiée au cinéma.

Le garçon qui faisait danser les collines dont le titre originel est DJ Ahmet est son premier long-métrage. Il a été présenté en première mondiale au Festival de Sundance, où il a remporté le Prix du public et le Prix spécial du jury de la section World Cinema Dramatic en 2025.

Le Festival de cinéma de Sundance a été fondé en 1978, c’est un des principaux festivals américains de cinéma indépendant. Celui-ci a acquis une renommée internationale, lorsque Robert Redford en est devenu le président et qu’il l’a programmé au moment de la saison de ski. Il porte d’ailleurs le nom de « Sundance Film Festival », en référence au célèbre rôle de Robert Redford dans Butch Cassidy and the Sundance Kid.

On peut citer parmi les réalisateurs révélés par le festival : Joël Coen, Quentin Tarantino ou encore  Jim Jarmush.

En 2020, Georgi M.Unkovski commence à écrire le scénario de DJ Ahmet en s’inspirant de l’image mentale d’un berger pénétrant dans une forêt et tombant par hasard sur une rave-party.

Il débute le tournage fin 2023 après l’obtention des financements. Outre une subvention de 380 000 euros de l’Agence du film de Macédoine, le projet a bénéficié notamment du soutien de la Serbie, de la République Tchèque mais aussi du fonds paneuropéen pour le cinéma dénommé « Eurimage » à hauteur de 160 000 euros.

Tourné sur une période de 36 jours au cœur d’un village très traditionnel, principalement habité par des bergers et des cultivateurs de tabac, le réalisateur a voulu au travers de ce récit d’apprentissage, explorer l’équilibre délicat entre poids de la tradition et quête d’identité, au sein d’une petite communauté rurale, la minorité ethnique Yuruk.

Principalement tourné en turc et en dialecte local, le film est considéré comme la première œuvre de fiction consacrée à la minorité Yuruk. Les acteurs principaux ont d’ailleurs été castés parmi 3000 jeunes acteurs et sont tous natifs de la région.

La collaboration active avec les villageois a certainement ajouté de l’authenticité au film.

La musique originale composée par les Sinkauz Brothers allie instruments traditionnels et rythmes électro, soulignant bien le fil rouge du long-métrage : la dichotomie tradition-modernité.

Vous verrez à un moment dans le film un mouton particulier qui fera écho avec un personnage des jeux vidéo Minecraft mais pas que…

Doris ORLUT

Tous les matins du monde, d’Alain Corneau

Tous les matins du monde, Alain Corneau

En 1990, quand Alain Corneau décide que le moment est venu pour lui de réaliser un film sur la musique, il est un cinéaste reconnu pour ses films policiers (Police python 357, Série noire, Le choix des armes) ou plus exotiques (Fort Saganne, Nocturne indien).

Il est mélomane et fasciné depuis sa jeunesse par le jazz. Il a contacté une 30aine d’écrivains pour son projet de film sur la musique et c’est à la suite de la lecture de La Leçon de musique qu’il contacte Pascal Quignard. La leçon de musique est un court essai dans lequel Pascal Quignard développe l’hypothèse selon laquelle les hommes composent plus de musique que les femmes parce que, contrairement à elles qui gardent toute la vie leur voix de soprano, eux composent pour retrouver leur voix perdue.

Les 2 artistes se rencontrent, ils partagent la même passion pour la musique baroque et décident d’aborder la question du statut du musicien dans la société non pas à travers la figure d’un musicien de cour, mais d’un rebelle janséniste, mouvement religieux caractérisé par sa rigueur et son austérité.

A partir de l’idée de centrer l’histoire autour de Ste Colombe, Pascal Quignard décide, avant de se lancer dans le travail d’écriture du scénario, d’écrire d’abord un roman. Ce roman a donc un statut tout à fait particulier, il ne s’agit pas d’une œuvre autonome dont le film serait une adaptation, mais d’une 1ère version de scénario sous forme romanesque .Par la suite, cinéaste et romancier vont écrire ensemble les 17 versions du scénario pour aboutir au film. Le film ajoute au roman un prologue et un épilogue qui change le point de vue en situant l’histoire sous le regard du brillant Marin Marais et qui met davantage l’accent sur la relation maître/elève.

Pour filmer ce projet, le chef op Yves Angelo choisit d’adopter la technique des plans fixes, qui permettent de mettre en place un éclairage très proche des personnages, voire dans le cadre, comme dans les tableaux de Georges de La Tour. Vous verrez que de nombreux plans ont l’apparence de tableaux : portraits, paysages, et surtout la reconstotution d’une nature morte de Lubin Baugin (visible au Louvre)… Pour Corneau, le film est tricéphale : la peinture de Baugin y joue en effet un rôle tout aussi important que la musique de Savall et l’écriture de Quignard. Mais l’image est en quelque sorte 2ndaire puisque c’est la musique qui est enregistrée en 1er par Jordi Savall accompagné de quelques musiciens, dans une petite chapelle de la vallée de Chevreuse, dans des conditions proches du jansénisme (froid, isolement…)

Enfin, en ce qui concerne le choix des interprétes, Alain Corneau avait 2 options : choisir des musiciens ou des comédiens. L’intensité des rôles lui fait choisir la 2ème solution, ce que peuvent regretter les spectateurs musiciens car malgré le travail des acteurs, leur jeu musical ne fait pas vraiment illusion. C’est donc JP Marielle qui interprète Sainte Colombe, à qui il donne une personnalité grave et colérique, mais aussi plus sensuelle que dans le roman. Pour Marin Marais, le choix des Depardieu père et fils permet de passer de la maladresse du jeune homme ambitieux à la boursouflure du musicien de cour. Quant à Anne Brochet, elle a été choisie après sa prestation dans le rôle de Roxane dans le Cyrano sorti en 90.

Danièle MAUFFREY

 

La Vénus électrique

Depuis plus de trente ans, Pierre Salvadori s’est imposé dans le paysage cinématographique français grâce à des œuvres mêlant humour et émotion. Sa carrière compte aujourd’hui onze longs-métrages qui s’inscrivent dans le cinéma d’auteur populaire.

Parmi ses films les plus connus on retrouve Cible émouvante, Après vous, Hors de prix, Dans la cour ou encore En liberté ! , récompensé en 2018 à Cannes par le Prix de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques.

Avec La Vénus électrique, Pierre Salvadori nous offre une comédie romantique et burlesque où les personnages sont tiraillés entre sacrifice et intérêt personnel, entre manipulations et abandon.

L’histoire du film s’inspire du rôle qu’il a tenu en 2016 dans Planetarium le film de Rebecca Zlotowski, où il jouait Jean Servier, un cinéaste qui, à la fin des années trente, se lançait dans le tournage d’un drame sentimental teinté d’occultisme dont voici l’intrigue : « Une fausse voyante fait croire à un jeune peintre qu’elle peut le mettre en contact avec son épouse défunte. Ce faisant, elle tombe amoureuse de lui et devient la porte-parole de sa propre rivale. »

On se souvient qu’à la fin des années 30, même si le besoin de croire en quelque chose est inhérent à notre humanité, les religions perdent de l’influence et nombreux sont ceux qui se tournent vers l’occultisme.

Pierre Salvadori commence à écrire le scénario de La Vénus électrique avec Benjamin Charbit dès 2018 mais celui-ci est pris par d’autres projets. Pierre Salvadori poursuit donc l’écriture avec Benoît Graffin, avec lequel il a déjà écrit plusieurs films.

Il fait ensuite seul l’adaptation et les dialogues, qui préfigurent le travail de réalisation avec notamment le choix des séquences de tournage et la mise en scène du journal intime de la défunte.

Les images, les costumes, les couleurs, les accessoires, les affiches, fruits du travail de Virginie Montel, créatrice de costume et directrice artistique et de Julien Poupard, directeur photo créent un décor de fête foraine, à la fois univers d’illusion et univers de mensonge.

La Vénus électrique a été tourné dans le parc de la Chartreuse à Liège, pour les décors de la foire et dans les studios TSF en Seine et Marne pour la reconstitution des décors parisiens. Les roulottes utilisées pour la foire proviennent par ailleurs, du Musée des Roulottes de Saint-Quentin la Poterie, dans le Gard et certaines attractions ont été empruntées au tiers-lieu du Grand Huit à Rennes.

Angelo Zamparutti, le chef décorateur, passionné par cette époque, a trouvé un des derniers peintres de cirque – Gérald Aussiette – qui a peint les roulottes, les devantures des attractions et les motifs de la foire.

Le titre fusionne énergie et amour. « Venus electrificata » est le nom exact de l’attraction d’une fête foraine, dans le Paris des années 30.

Si Pierre Salvadori connait bien Pio Marmaï, avec lequel il a l’habitude de travailler, c’est sa première collaboration avec Anaïs Demoustier, Vimala Pons et Gilles Lellouche.

Pour terminer, je citerai Titus, le forain qui annonce au début du film « Ici ni magie, ni illusion, point de monstre, ni de colosse ! Ici, juste de l’émotion, juste des sensations. » Puissent ces paroles chers spectateurs être prémonitoires !

Doris Orlut