Les fantômes d’Ismaël

Le film de ce soir a été présenté hors compétition au festival de Cannes 2017.

Arnaud Desplechin est un réalisateur français de 56 ans, c’est un habitué des soirées toiles émoi, ou plutôt nous sommes des habitués de ses films.

Il fait partie de la génération de cinéastes dans laquelle on retrouve pèle-mêle des gens avec lesquels il a travaillé : Éric Rochant, Emmanuelle Devos, Marianne Denicourt, Matthieu Almaric, Hippolyte Girardot.

Synopsis :

Ismaël Vuillard sur le point de tourner un film sur le portrait d’Ivan, un diplomate atypique inspiré de son frère, est perturbé par le retour de Carlotta, un ancien amour disparu vingt ans plus tôt et dont il n’a réussi à faire le deuil. Sa nouvelle compagne, Sylvia, s’enfuit et Ismaël rejette Carlotta. Alors que sa raison semble vaciller, il quitte le tournage pour retrouver sa maison familiale à Roubaix, assailli par ses fantômes.

Il dit du film de ce soir que ce sont en fait 5 films :

« C’est le portrait d’Ivan, un diplomate qui traverse le monde sans n’y rien comprendre. C’est le portrait d’Ismaël, un réalisateur de film qui traverse sa vie sans n’y rien comprendre non plus. C’est le retour d’une femme, d’entre les morts. C’est aussi un film d’espionnage… Cinq films compressés en un seul, comme les tableaux de nus féminins de Jackson Pollock. Ismaël est frénétique. Et le scénario est devenu frénétique avec lui ! Pourtant, Ismaël dans son grenier essaie de faire tenir ensemble les fils de la fiction… »

Arnaud Desplechin voulait que « chaque scène arrive crument avec brutalité sans que le spectateur ne puisse les esquiver. Pourquoi cette forme de violence ? Car de ces collisions vont naitre des femmes : une femme aimée, le souvenir d’une femme disparue et une amie-lutin. »

On retrouve dans ce film des souvenirs, des références, des regards, des cauchemars, des fantômes de ses œuvres passées, par exemple :

  • la scène de nu entre Ismaël et Carlotta, n’est pas sans rappeler une scène de « Comment je me suis disputé… ma vie sexuelle »

  • des ambiances de film d’espionnage qui rappelle sont premier film « La sentinelle »

Ismaël est joué par Matthieu Almaric est un de ses acteurs fétiches, ils ont collaboré sur 7 films (Trois souvenirs de ma jeunesse (2014), Jimmy P. (2013), Un conte de Noël (2008), Rois & reine (2004), Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) (1996)

Dans le rôle de Carlotta, Marion Cotillard, c’est la deuxième fois qu’il tourne avec elle. Il avait déjà travaillé pour un film qui lui a permis de « dire du mal de ses fiancées » ce film c’est « Comment je me suis disputé… ma vie sexuelle ».

Dans le rôle de Sylvia, c’est Charlotte Gainsbourg.

On notera également Louis Garell dans le rôle d’Yvan.

A voix haute, Stephane de Freitas

 

A voix haute, Stephane de freitas, 2016

A voix haute est un film qui, comme son titre l’indique, parle pour lui-même. Il suffit en réalité de retracer le parcours de son réalisateur pour comprendre le sens et l’enjeu du film.
Stéphane de Freitas est né en 1986 en Seine Saint Denis. À 16 ans, il intègre un cursus sport-études dans un lycée parisien renommé. Il y côtoie majoritairement des jeunes issus de milieux huppés, ce qui l’amène à se sentir constamment en décalage social, du fait de ses origines modestes. Après être devenu basketteur professionnel, puis avoir repris ses études et décroché un master en droit et un diplôme de commerce, il se lance dans différents projets solidaires. Il crée notamment en 2012 le concours Eloquentia dans le but d’aider des jeunes de banlieues à maîtriser l’art de la joute oratoire. Dès ce moment, De Freitas avait en tête de consacrer un film à cette expérience. Il raconte : « Ces jeunes, qu’on stigmatise trop souvent, ont des ressources insoupçonnées. Tous ont des choses passionnantes à dire et à faire. Il était important de garder une trace de leur travail et j’y voyais aussi l’occasion de faire mes débuts à la réalisation d’un long métrage. »

Stéphane De Freitas a attendu la troisième édition du concours pour tourner ce documentaire, après avoir rencontré des producteurs de Canal +. N’ayant aucune expérience en réalisation, il a, un an avant le tournage, fait ses gammes et filmé « à l’arrache » la session qui se déroulait avec l’aide des gens de son association. Il a ensuite reçu l’aide technique d’un réalisateur, Ladj LY.

Dès le recrutement de la promotion, Stéphane De Freitas avait identifié sept caractères qui allaient émerger. Le cinéaste n’a cependant pas évité les surprises, comme en témoigne le fait qu’il n’avait pas remarqué Souleïla, la jeune fille qu’Eddy affronte en finale. « Tout d’un coup, à la moitié du tournage, elle s’est révélée et on l’a vue progresser de plus en plus jusqu’à devenir la grande favorite du concours », confie-t-il.

Le hasard a voulu que le premier jour de tournage ait lieu le 7 janvier 2015, jour de l’attentat contre Charlie Hebdo. « Alors que la France était secouée d’horreur, que des terroristes bafouaient la liberté d’expression, nous tournions un film pour célébrer la parole », explique Stéphane De Freitas.

Je vous laisse découvrir ce film qui a le mérite de donner une autre image de la banlieue, loin des clichés habituels, et qui donne une bouffée d’espoir en montrant que des solutions existent pour favoriser le dialogue et réduire la fracture sociale.

Danièle Mauffrey

Félicité, d’Alain Gomis – jeudi 1er juin 2017 –

 

Alain Gomis est un jeune réalisateur de 45 ans né à Paris d’une mère française et d’un père sénégalais. Il nous présente son 4ème long métrage après  » L’Afrance, Andalucia et Aujourd’hui » sorti en 2004.

Au dernier festival de Berlin, il a obtenu l’Ours d’Argent pour « Félicité ». C’est le prénom qu’il a donné à cette femme, indépendante et fière, endurcie par la vie, dont il nous brosse le portrait. Elle chante le soir dans un bar de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. Ville de violences, Kinshasa avec ses 12 millions d’habitants a la réputation d’être une des villes les plus dangereuses du monde.

Le réalisateur mêle le portrait de cette ville grouillante avec celui de la chanteuse qui, de sa voix rauque, parvient à faire naître une certaine harmonie. Comme Orphée, elle charme par son chant. Des musiciens congolais l’accompagnent et la musique excitante, hallucinogène envahit l’espace.

Dans le bar où Félicité se produit, la vie tangue entre alcool et embrouilles. Elle, elle est là pour donner du bonheur, son prénom la prédestinait. Sa voix galvanise les énergies. Grâce à une forme de plaisir, presque de transe, la musique aide à échapper à un monde trop insupportable. C’est, au fond, une porte de sortie dans l’enfermement de la réalité.

A cette 1ère partie du film, succède une 2ème qui prend un virage beaucoup plus sombre ; la ville elle-même se transforme en fantôme inquiétant. Alain Gomis traite alors davantage de la relation de son héroïne avec le monde dans lequel elle évolue. Félicité, cette femme battante est soudain déstabilisée. Contre la fatalité, l’adversité, elle se débat férocement.

Traduisant des flashs d’émotions, le film se présente comme une association d’images éclatées ; et aux chansons de bars succède un orchestre symphonique, celui de Kinshasa. Dans le film, le chant, la musique comptent autant que les dialogues. « Il y a deux côtés à la nuit » glisse un client du bar : la nuit où on boit pour oublier cette vie de misère, et la nuit des rêves. Dans cette seconde partie la présence fascinante de Félicité se voile de mystère.

L’actrice, non professionnelle, qui joue pour la 1ère fois le rôle de Félicité : Véronique Tshanda Beya Mputu, contribue à donner au film une puissance, un magnétisme. Dans les plans rapprochés choisis par le réalisateur, on devine son parcours, sa colère, sa vie difficile faite de multiples combats ; ses moindres émotions sont perceptibles.

Tourné en 7 semaines au Sénégal, le film va partir dans ce pays. Alain Gomis tient à le projeter lui-même partout où il le pourra ; il est bien conscient que les salles de cinéma existent de moins en moins en Afrique : elles ont été remplacées par des multiplexes qui passent surtout des films américains.

Quant à nous, nous n’oublierons pas, je crois, le visage de cette mère Courage qu’on reverra peut-être dans le prochain film, actuellement en préparation, d’Alain Gomis.

Denise Brunet

 

 

De l’autre côté de l’espoir

Aki Kaurismäki est né en Finlande en 1957. Son frère Mika, de deux ans son aîné, fait de brillantes études de cinéma et s’installe comme producteur et réalisateur. Aki est aussi très cinéphile. Il admire particulièrement Chaplin, Orson Wells, Tati et Truffaut, qui resteront ses modèles. Il est aussi musicien, il fait partie d’un groupe, les Leningrad Cow-boys, dont le nom inspirera les titres de deux de ses films. Il dira plus tard que pour lui, faire des films, c’est avant tout « mettre des images sur de la musique ». Mais il reste aux portes des écoles de cinéma, et poussé par sa fantaisie et, il faut bien le dire, par son très fort penchant pour la bouteille, il fait des petits boulots nourriciers : plongeur dans un restaurant, postier, critique de films, acteur, sableur, musicien

En 1981, il réalise son premier long métrage avec son frère, et c’est le début d’une très abondante filmographie , avec une « marque de fabrique »  reconnaissable : des personnages taiseux, un mélange de comédie déjantée et de drame désespéré, et, il l’avoue, «  le désir de manipuler le spectateur pour l’amener à plus de solidarité ». Je ne vous citerai que quelques films, certains abondamment primés à différents festivals , le désopilant « J’ai engagé un tueur » avec Jean Pierre Léaud, un de ses acteurs fétiches, tourné en France comme « Le Havre » avec ses chers Kati Outinen et André Wilms,« L’homme sans passé », « Au loin s’en vont les nuages », tiens ton mouchoir Tatiana…

Dans « De l’autre côté de l’espoir », Kaurismäki utilise une pellicule thechnicolor périmée dont il a réussi à dénicher un stock, qui donne un cachet unique à chaque image, avec des plans fixes sur un décor intemporel , un éclairage puissant qui atténue les couleurs et les contrastes. Et vous allez voir aussi des scènes truculentes, pleines de fantaisie, et de bouleversantes vues télévisuelles d’Alep dévastée. Notons toutefois que Sherwan Haji, remarquable dans le rôle du jeune syrien réfugié, (je vous recomande la scène où il sort du charbon) a quitté la Syrie bien avant la guerre et fait une carrière d’acteur en Finlande. Quant à Sakari Kuosmanen, il joue excellemment le représentant en chemises (comme le père du réalisateur ! ) reconverti en tenancier de bistro. Et la musique est omniprésente, avec les rockeurs finlandais amis du réalisateur .

Et ce film vous fera chaud au cœur avec « sa solidarité sans discours, et sa bienveillance sans chichi ».

Orpheline, d’Arnaud des Pallières – jeudi 27 avril 2017 –

Il nous est apparu bien difficile de présenter le film du réalisateur Arnaud des Pallières sans trahir un peu la conception qu’il a de son travail.

C’est un cinéaste rare (5 longs métrages en 20 ans de carrière) qui a débuté dans le documentaire. « Je fais des films en kit, dit-il, des films à construire soi-même » ou encore « je revendique avoir voulu faire un film pour chaque spectateur, à lui de construire l’image d’ensemble ; elle peut être différente de celle de son voisin ».

Dès lors, si nous respectons son souhait nous vous laissons seuls, au risque de vous savoir       entraînés dans un trouble qui va durer une partie du film. Vous aurez l’impression de voir des séquences disparates et vous vous demanderez : « mais quel est donc le lien entre ces filles ? « , interprétées par Adèle Haenel, Adèle Exarchopoulos, Vega Cuzytek et Solène Rigot, révélation du film.

Il nous a donc semblé que devant ce film un peu déroutant, complexe, qui s’appuie sur la sensibilité et la lecture de chacun, quelques clés pouvaient être utiles.

Le scénario coécrit par Arnaud de Pallières puise dans l’histoire personnelle de sa coscénariste : Christelle Berthevas. Il s’agit donc d’une adaptation libre de souvenirs autobiographiques.

Le film entend tisser l’évolution d’un parcours de vie, celle d’une jeune femme aux identités multiples et contradictoires, incarnées par 4 actrices : elles interprètent un même personnage à 4 étapes de sa vie. 4 récits sont proposés, 4 époques racontées à rebours, de l’âge adulte à l’enfance. C’est en somme un portrait en forme de poupée russe.

Que l’on trouve le procédé fascinant ou agaçant, il n’en reste pas moins que le projet est singulier. Restituer les métamorphoses d’une femme en la faisant jouer tour à tour par 4 actrices différentes est apparu à Arnaud des Pallières comme une évidence. Selon lui, au cours de notre vie, nous devenons des personnes différentes, parfois étrangères les unes aux autres.

Le film peut apparaître parfois comme un puzzle cassé, mais au fond, il rend hommage à la complexité des êtres, aux vies bancales et à l’amour salvateur. Une demande compulsive d’amour habite le personnage et on rejoint par là le titre : être orphelin c’est un manque et du coup une quête.

Pour conclure on soulignera la performance des actrices et celle des acteurs comme Nicolas Duvauchelle et Sergi López, souvent filmés dans des contre-jours aveuglants qui ne les mettent pas forcément en valeur.

Je vous souhaite une bonne projection.

 

Citoyen d’honneur, de Duprat et Cohn

 

CITOYEN D’HONNEUR   – 20 avril 2017 –

 

J’espère que vous n’avez pas manqué le 27 mars la projection des films des Frères Lumière. Vous avez vu les extraordinaires reportages réalisés par les opérateurs qu’ils avaient envoyés à travers toute la terre. Certains ont filmé l’Argentine et y ont fait école, si bien que le cinéma argentin existe depuis 1896.

Le film de ce soir est l’œuvre d’un duo de réalisateurs, Gaston DUPRAT né à Buenos Aires en 1969, et Mariano COHN, né en 1975, également à Buenos Aires. Les deux hommes se sont rencontrés en 1993 à un festival de vidéos, où Gaston (24 ans) faisait partie du jury et Mariano (18 ans) des compétiteurs. Ils ont échangé quelques propos, ont réalisé qu’ils avaient beaucoup de points communs et ont décidé de travailler ensemble : d’abord dans des vidéos expérimentales, puis dans des créations pour la Télévision, le théâtre et le cinéma, ce qu’ils font depuis 24 ans.

Citoyen d’honneur est leur 6ème long métrage. Peut être allez vous humer un parfum des comédies italiennes des années 1960-1970, vous évoquant Dino Risi, Comencini ou Ettore Scola. N’en soyez pas étonnés, la moitié de la population argentine a une ascendance italienne…

Duprat et Cohn ont réalisé une fable kafkaïenne, sur fond de réflexion sur les différences culturelles, et la condition d’artiste, thèmes déjà traités dans deux de leurs précédents films, L’artiste et L’homme d’à côté. Cette comédie est un mélange de cynisme et de tendresse, de rancoeur, de mesquinerie et de générosité. Et le personnage du héros est magnifiquement porté par Oscar Martinez, qui a mérité amplement son prix d’interprétation masculine à la Mostra de Venise 2016.

Vous allez maintenant découvrir l’écrivain Daniel Mantovani, une sorte de Michel Houellebecq qui aurait obtenu le prix Nobel de la littérature. Lui qui vit dans un loft luxueux à Barcelone, est inquiet de cette nouvelle notoriété. Il refuse toute célébration mais va accepter l’invitation du maire de Salas, son village natal perdu dans la Pampa, où il n’a pas remis les pieds depuis 30 ans, dont les habitants ont servi à leur insu de modèles pour les personnages de ses romans. Les retrouvailles entraineront rancœur ou tendresse, et les situations désastreuses vont se succéder. Je gage que vous n’allez pas oublier de sitôt le concours des artistes amateurs, le repas de têtes d’agneaux souriantes ou le défilé sur le toit du camion de pompiers…

Marion Magnard

Soirée italienne le 04 mai

La soirée italienne c’est, en partenariat avec l’AMIBOP, 2 films… et une collation italienne entre les deux!

 

19H : IL GIOVEDI

Comédie dramatique Italienne – 1964 – réalisée par Dino Risi. Durée : 1H40. Avec Walter Chiari, Michèle Mercier, Roberto Ciccolini,… En VO Sous-Titrée.

Dino, la quarantaine, qui vit séparé de son épouse depuis de longues années, profite d’un jeudi passé en compagnie de son jeune fils de 8 ans, Robertino, pour tenter de gagner son affection et retrouver son estime…

Collation italienne offerte par AMIBOP et Toiles Emoi

FAIS DE BEAUX RÊVES

(Fai Bei Sogni)

Drame franco-italien réalisé par Marco Bellocchio. Durée : 2H10. En VO Sous-Titrée.
Avec Valerio Mastandrea, Bérénice Bejo, Guido Caprino,… Turin, 1969. Massimo, un jeune garçon de neuf ans, perd sa mère dans des circonstances mystérieuses. Quelques jours après, son père le conduit auprès d’un prêtre qui lui explique qu’elle est désormais au Paradis. Massimo refuse d’accepter cette disparition brutale. Année 1990. Massimo est devenu un journaliste accompli, mais son passé le hante. Alors qu’il doit vendre l’appartement de ses parents, les blessures de son enfance tournent à l’obsession…

TARIFS PAR FILM : Tarif Normal : 8€ Étudiant / Sénior : 6.70€ – Adhérents : 6€

PASS POUR LA SOIRÉE :

11€ pour les 2 films.

Moonlight de Barry Jenkins

Moonlight de Barry Jenkins

Barry Jenkins est un américain de 37 ans, il est scénariste, acteur et réalisateur, mais c’est le réalisateur qui nous intéresse ce soir.

Avant de parler du réalisateur, je voudrai vous parler de l’auteur Tarell Alvin McCraney, lui aussi est américain de 37 ans. Il est connu pour avoir écrit la pièce « In Moonlight, Black Boys Look Blue », une pièce de théâtre qui décrit les problèmes de la communauté noire en Louisiane. C’est à partir de cette pièce que le scénario du fil est né. À partir du mois de juillet 2017, Tarell Alvin McCraney sera en charge de la chair d’écriture dramatique à l’université de Yale, excusez du peu.

L’auteur et réalisateur ont grandi dans le même quartier de Miami, Liberty city, ils ont vécu les mêmes choses dans un environnement violent : une mère accroc à la drogue, notamment le crack.

Imaginez Miami : le rêve, le soleil, les palmiers, les plages, la richesse mais aussi la pauvreté, la violence et la drogue.

Le film retrace 3 époques de la vie d’un homme dans les années 80 dans cet univers. Le personnage de Chiron alias Black que nous allons suivre de l’enfance en passant par l’adolescence jusqu’à ce qu’il devienne un jeune adulte. Pour camper ce personnage, le réalisateur a imposé aux 3 acteurs de ne pas se rencontrer et même de ne pas se croiser afin de ne pas s’influencer mutuellement.

  • Pour le rôle de l’enfant, le réalisateur voulait quelqu’un de Miami : Alex Hibbert.
  • Pour le rôle de l’adolescent, Ashton Sanders qui a séduit pour son calme qui illustre très bien le personnage de cette époque de la vie de Black.
  • À l’age adulte, on découvre TREVANTE RHODES qui devient un des comédiens les plus sollicités d’Hollywood.

On retrouve aussi un acteur bien connu Mahershala Ali (Hunger games, House of Cards…)

Une femme dans ce monde masculin, pour camper la mère de Black, c’est Naomie Harris (Miss Moneypenny dans les derniers James Bond à partir de Skyfall), mais aussi dans « La rage au ventre », et « Mandela, un long chemin vers la liberté » dans lequel elle incarnait Winnie Mandela.

Pour expliquer le titre du film, je reprendrai le mots même de Trevante Rhodes alias Black : « le clair de lune fait allusion à la lumière qui brille parfois dans les ténèbres ou qui éclaire des choses qu’on a peur de montrer. Chacun d’entre nous, à un moment ou à un autre, a dû se battre comme Chiron, que ce soit sur une courte période ou pendant toute sa vie. Et tous ceux qui affirment ne pas s’être construit une carapace vivent dans les ténèbres. »

Je vous laisse également profiter de la superbe musique Nicholas Britell compositeur également de « Whiplash », « New York, I love you »…

Certains regards aiguisés, et je sais qu’il y en à dans la salle, reconnaitront des références aux cinémas de Steve McQueen, et Won Kar-wai.

Je vous souhaite une bonne séance qui à la sortie sera baignée d’un beau clair de lune.

Harmonium, de Koji Fukada

Harmonium, de Koji Fukada

            Koji Fukada est un jeune réalisateur né en 1980 à Tokyo. Il est également scénariste, monteur et producteur. Son précédent long métrage remarqué en France est sorti en 2013, il s’intitule Au revoir l’été. Il s’agissait d’une comédie sentimentale lumineuse, aux antipodes du film que vous allez voir ce soir. En effet, Harmonium est un film très sombre, entre policier et thriller fantastique.

Comme cette soirée s’inscrit dans la biennale des cultures du monde consacrée au Japon, il m’a paru intéressant d’analyser en quoi ce film s’inscrit, ou non, dans la tradition du cinéma japonais.

Tout d’abord, il s’agit d’un drame familial, une recette très souvent au menu des films japonais. La cellule familiale, dans les films d’Ozu, de Kore Eda ou encore de Kawase est souvent le lieu de l’intrigue et du drame, et l’on peut penser à ces nombreuses scènes de repas qui en disent tant sur les relations entre époux, parents, enfants… Cependant ici, l’action va se nouer lorsque le cercle de famille s’élargira avec l’arrivée d’un personnage qui révélera des tensions inattendues.

Deuxième élément traditionnel dans le cinéma japonais : des personnages souvent mutiques, et des dialogues qui laissent place à des sons, souvent naturels, qui envahissent l’espace. Un proverbe japonais dit d’ailleurs : « Les mots que l’on n’a pas dit sont les fleurs du silence ». C’est vrai dans Harmonium, mais pas toujours, car il y a aussi des dialogues animés.

Troisième élément très présent dans les films japonais :l es fantômes, comme chez Kiyochi Kurosawa, dont le récent Secret de la chambre noire, avec Olivier Gourmet et Tahar Rahim, reprend cette tradition. Ces fantômes sont d’ailleurs souvent plus familiers qu’inquiétants. Ils sont souvent montrés comme des personnages proches des vivants, et filmés sans effets spéciaux. La référence dans ce domaine, c’est le film de Mizoguchi Les contes de la lune vague après la pluie, dans lequel un potier part vendre ses pots à la ville et tombe amoureux d’une dame qui se révèle être un fantôme. C’est d’ailleurs le film qui avait inspiré Alain Corneau sa façon de mettre en scène le fantôme de Mme De Sainte Colombe.

Par contre, si vous êtes venus pour voir des cerisiers en fleurs, comme par exemple dans les délicieux Délices de Tokyo de Naomi Kawase, il vaut mieux que vous alliez vous promener demain dans la campagne et les jardins ambarrois !

 

Un bonus avant le film : les élèves de 2nde option CAV du lycée ont réalisé un exercice consistant à mettre en images un haiku de leur choix (très court poème japonais). Parmi la trentaine de court films réalisés, vous découvrirez un petit programme composé de 7 d’entre eux, qui illustrent les différentes manières dont ils ont revisité cette forme poétique.