Séance 7ème art à la MJC jeudi 23 mars

 

A événement exceptionnel, soirée exceptionnelle. Le jeudi 23 mars, notre séance 7ème art sera délocalisée à la MJC d’Ambérieu à l’occasion de la présentation du film Munen, en présence d’une délégation venue de Fukushima. 6 ans après le tragique accident qui s’est produit là-bas, vous pourrez voir un film d’animation original réalisé par des habitants du lieu et échanger avec eux sur cet événement et ses conséquences.

Une soirée à ne pas manquer, qui ouvrira la biennale des cultures du monde consacrée cette année au Japon!

Manchester by the sea de Kenneth Lonergan – 14 mars 2017-

Manchester by the sea est le nom d’une ville côtière du Massachussets, au Nord-Est des Etats-Unis, à la lisière du Canada. Station balnéaire, port de pêche aux maisons de brique, aux zones urbaines sans attrait, il y fait froid et gris l’hiver. Dans ce décor se déroule l’action du film. Le héros a grandi dans une de ces familles ouvrières, nombreuses dans la ville, il y a vécu.

Le réalisateur Kenneth Lonergan, âgé de 54 ans, très célèbre aux Etats-Unis, reste injustement méconnu en France. Dramaturge, coauteur de nombreux scénarios, il a déjà réalisé deux films de bonne facture « Tu peux compter sur moi » nommé aux Oscars en 2000 et « Margaret » en 2008. Ses films racontent toujours des vies confrontées à des tragédies imprévisibles. De l’avis de tous, son 3ème long métrage en 16 ans : « Manchester by the sea » surpasse les autres. C’est lui qui l’a écrit et réalisé à la fois.

Suscitant une forte émotion, c’est même un des films les plus bouleversants de l’année.               « Que font les gens quand la vie prend une tournure terrible et qu’ils ne peuvent plus rien y faire, voilà la question que pose mon film » dit K.Lonergan. Toutefois, il ne nous donne pas toutes les clés de lecture dès le début, ce qui explique qu’on ait quelque peine à « accrocher ». Mais bien vite de nombreux flash-back distillés avec beaucoup de subtilité sont autant de révélations successives. L’effet de surprise est totalement maîtrisé.

Lonergan analyse des sentiments aussi complexes que la culpabilité, la responsabilité, l’amour fraternel, dans cette Amérique déclassée ; mais on  n’en sort pas du tout accablé, au contraire dit un critique « on a envie de serrer ses proches dans ses bras à la sortie ». par ses thèmes : le deuil, les liens familiaux, l’héritage, le film se rapprocherait d’un mélo,  mais sans aucun pathos. Lonergan sait tisser avec délicatesse le passé et le présent, la mémoire et la nécessité d’être là, de rester debout. On comprend dés lors qu’il ait reçu l’Oscar du meilleur scénario original, après avoir obtenu plusieurs Golden Globes dont celui du meilleur film dramatique, du meilleur scénario, du meilleur réalisateur. Pour couronner le tout, ce film est une leçon d’interprétation. Casey Affleck incarne Lee, un jeune homme enfermé dans son corps, imperméable au monde qui l’entoure, rongé par un passé enfoui. Casey Affleck vient d’être récompensé par l’Oscar du meilleur acteur. Initialement Matt Damon devait tenir le rôle et réaliser le film, mais en raison d’un agenda trop chargé, il a cédé sa place? Finalement, il sera l’un de ses producteurs.

Michelle Williams, qu’on a vue il y a quelques années dans « Shutter Island » se révèle magnifique en incarnant l’ex-épouse de Lee ; la séquence où ils se rencontrent par hasard tous les deux, est remarquable, tout comme celle du commissariat.

L’humour, la décontraction sont apportés par un jeune acteur de 17 ans : Lucas Hedges, dans le rôle du neveu. Sa fraîcheur se marie parfaitement avec la tristesse inconsolable de l’oncle.

Ajoutons la précision des cadres, las beauté de la photographie de Jody Lee Lipes, l’utilisation savante des grands morceaux de musique classique.

A l’évidence, le nom de Kenneth Lonergan va enfin traverser les frontières et je vous souhaite de passer une bonne soirée avec le plus beau de ses trois films.

Denise Brunet

Tempête de sable de Elite Zexer

Tempête de sable de Elite Zexer

Cette séance est proposée dans le cadre de la journée internationale de la femme.

Pour cette présentation, en hommage aux femmes, je me suis imposé un exercice : utiliser, autant que faire se peut, des mots féminins.

Elite Zexer est une réalisatrice et scénariste israélienne de 37 ans. Après plusieurs réalisations cinématographiques courtes, « Tempête de sable » est sa première longue réalisation.

Pour comprendre la genèse de cette réalisation, il faut retourner un dizaine d’années en arrière.
Sa mère est photographe, Elite accompagne sa mère photographier des femmes bédouines dans le désert du Néguev (partie sud d’Israël). Elles font la rencontre d’une jeune femme qui doit aller se marier. Voici ce que nous rapporte Elite :
« Ma mère et moi avons accompagné une jeune femme lors de son mariage avec un inconnu qu’elle épousait pour satisfaire sa famille, alors qu’elle aimait un autre homme en secret. Quelques minutes avant de rencontrer son futur époux pour la première fois, elle s’est tournée vers moi et m’a confié : « Cela n’arrivera jamais à ma fille. » À cet instant, j’ai su qu’il fallait que je fasse ce film. »

Avant de passer à la réalisation longue, Elite Zexer tourne « Tasnim » qui lui servira à découvrir la culture bédouine. Cette réalisation courte lui vaudra de nombreuses récompenses internationales.
L’écriture de « Tempête de sable » a pris 4 années car ne connaissant pas suffisamment la culture bédouine, elle a du s’imprégner de ses traditions, de ses croyances, de ses coutumes mais également de sa langue.
L’histoire est inspirée de faits réels, Elite Zexer l’a écrite en s’obligeant à la rendre aussi vraie que possible, non seulement parce que cela correspond à sa forme d’expression, mais aussi parce qu’elle ressentait l’obligation de représenter avec justesse les personnes rencontrées.

L’impossibilité de faire tourner les bédouins (et encore moins les femmes qui ne peuvent être filmer) a obligé Elite Zexer à travailler avec des actrices arabes.
Ces dernières ont du apprendre la forme locale de l’arabe bédouin. Elite Zexer ne parlant qu’hébreu et anglais a du diriger ces actrices par des gestes et des sensations. « C’était presque comme une épure, dans le sens où ça ne reposait pas sur des mots mais sur des émotions ».

Elite Zexer a veillé à n’être inspirée que par la vie locale et non par d’autres œuvres, même si elle dit adorer l’œuvre d’Asghar Farhadi « Une séparation ».

Tempête de sable a reçu le grand Prix au festival de Sundance, dans la section films étrangers, ainsi que de nombreux César en Israël, les Ophirs.

L’intention principale d’Elite Zexer pour cette réalisation était de d’arriver à connecter les spectateurs et spectatrices à une société, une communauté bien qu’elle ne soit pas la leur.
Elle dit avoir voulu « être universelle et pas ethnographe ».

Je vous souhaite une bonne séance inspirée par des femmes, réalisée par une femme pour des femmes et des hommes.

Sortie à la cinémathèque des pays de Savoie et de l’Ain

L’association Toiles Emoi propose une sortie autour d’Annecy pour visiter la cinémathèque des Pays de Savoie et de l’Ain, le mardi 16 mai 2017. Cette sortie est réservée en priorité aux adhérents, mais il n’est pas trop tard pour adhérer!

Attention, inscription obligatoire avant le 05 avril 

Pour en savoir plus et vous inscrire, téléchargez le bulletin ci-dessous.

Sortie Annecy-5

Cinéfamille le 08 avril à 10h: Les Schtroumpfs

 

Après Tous en scène, Toiles Emoi vos propose , en partenariat avec l’association familiale, une 2ème séance de Cinéfamille le samedi 08 avril à 10h, avec le film Les Schtroumpfs et le village perdu.
Le principe: un film qui vient de sortir, à un tarif attractif, réservé aux adhérents de l’association Toiles Emoi et de l’association familiale.

Parents, grands-parents, oncles, marraines… profitez-en tous pour aller au ciné avec vos petits! En plus, l’apéritif est offert à la sortie!

Schtroumpfs

 

 

Il a déjà tes yeux, Lucien Jean-Baptiste

 

IL A DEJA TES YEUX – 2 mars 2017-

Il y a 8 ans, le 9 mars 2009, Lucien JEAN – BAPTISTE était venu à Ambérieu nous présenter son film  La première étoile  à l’ouverture du Festival « Premiers Regards ». Et nous n’avons pas oublié ce réalisateur noir, drôle, chaleureux.

Lucien JEAN-BAPTISTE est né à la Martinique en 1964. Il a 3 ans quand sa famille part s’installer dans la région parisienne. A l’école, il rêve d’être comédien mais fait des études dans la publicité et travaille pendant dix ans dans l’évènementiel au Palais des Sports à Bercy. A 30 ans, il lui arrive un drame dont il ne veut pas parler, la mort de son fils. Il éprouve alors le besoin de donner un autre sens à sa vie : Il arrête Bercy, réussit le difficile concours de la « Classe libre » du Cours Florent et commence ensuite une carrière d’acteur au Théâtre du Lucernaire . Mais il gagne surtout sa vie en doublant les acteurs américains notamment Will Smith. Il joue de plus en plus souvent au cinéma (comme La vraie vie des profs où il est le directeur, Possession où il joue l’agent immobilier assassiné avec toute sa famille au Grand Bornand) et dans des séries de télévision ( Scènes de ménages ,  Alice Nevers…).

En 2008 il se lance dans la réalisation avec  La première étoile l’histoire un peu autobiographique d’un père africain qui amène sa famille aux Sports d’hiver. Et d’emblée c’est le prix du Festival de l’Alpe d’Huez et un gros succès public . Ses deux films suivants, 30 ° Couleur et  Dieu merci  sont aussi inspirés de sa vie. Il a également réalisé un documentaire Pourquoi nous détestent ils, « nous » étant les musulmans, les juifs et les noirs…

Et ce soir, vous allez voir une jolie comédie où tous les acteurs sont excellents, depuis le bébé étonnamment expressif, jusqu’à la truculente grand-mère jouée par Marie Sohna Condé, en passant par le réalisateur lui-même, son ami Michel Jonasz, la ravissante actrice sénégalaise Aïssa MagaÏ, la toujours juste Zabou Breitman et Vincent Elbaz en irrésistible pote ringard.

Ils sont d’autant plus naturels que le réalisateur leur a laissé la plus grande liberté. Et quelquefois les dialogues ont été carrément improvisés par les acteurs…

Je crois que vous allez passer une excellente soirée.

Marion Magnard

Baccalauréat, de Christian Mungiu

Baccalauréat, de Christian Mungiu.

Les hasards de notre programmation ont parfois de drôles d’échos avec l’actualité, c’est le cas aujourd’hui encore où le peuple roumain en colère fait la une de l’actualité européenne.

Avant de vous présenter le film, j’ai donc envie de vous dire quelques mots sur le contexte dans lequel il a été tourné. Le cinéma roumain est actuellement un des plus vivants d’Europe par le biais d’un mouvement intitulé « la Nouvelle vague roumaine ». Ce n‘est pas un hasard si cette étiquette évoque un mouvement français des années 60, il y a en effet de nombreux points de convergence entre le cinéma français et le cinéma roumain.

D’où vient cette Nouvelle Vague ? A l’époque communiste, comme dans nombre de pays voisins l’industrie cinématographique est nationalisée et tout ce qui concerne le cinéma est mis sous contrôle de l’état : aussi bien la production des films, les studios (il y a en effet des studios importants en Roumanie) que la distribution, l’exploitation. Le réseau de salles est très développé. Une école de cinéma a pour but de former techniquement et idéologiquement les employés et avant de sortir, un film doit passer par différents contrôles. Cela n’empêche pas un certain cinéma de se développer et à la fin des années 80, la fréquentation des salles obscures est 2 fois supérieure à celle de la France. On peut y voir les films nationaux, russes mais aussi quelques autres films autorisés comme ceux du néoréalisme italien, des westerns, ou encore les films d’Alain Delon.

Après la chute de Ceaucescu, on assiste à un effondrement du cinéma dans le pays, et il faudra attendre une dizaine d’années avant d’assister à son réveil. Un réalisateur roumain dit : « nous sommes restés muets pendant 10 ans car nous ne savions pas parler ». Les 1ers films qui seront tournés ensuite seront d’abord des films sur la dictature, mais la force du cinéma roumain c’est justement d’avoir dépassé cette étape et de proposer maintenant des fables sociales qui ont une portée universelle. Aujourd’hui, la production roumaine a atteint un des meilleurs niveaux européens, mais ce qui est paradoxal, c’est qu’elle s’épanouit grâce aux festivals étrangers, notamment le festival de Cannes, et qu’elle est peu connue localement. Il faut dire qu’il ne reste que 82 salles dans tout le pays et seulement 2 dans la capitale, Bucarest , qui compte presque 2 millions d’habitants.

Voici donc les conditions dans lesquelles se développe cette Nouvelle Vague, reconnue en Europe depuis la Palme d’or de Christian Mungiu en 2007 avec le film 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Mungiu est âgé aujourd’hui de 48 ans. Il a été formé à l’école de cinéma de Bucarest et il a notamment travaillé avec Tavernier sur le film Capitaine Conan, tourné en Roumanie. Il a signé son 1er long métrage en 2002 et obtenu la Palme d’or dès le 2ème. C’est un cinéaste qui revendique une certaine parenté avec le cinéma de Ken Loach, mais aussi avec le cinéma iranien contemporain. Il choisit de tourner en plans séquences pour créer des moments de réalité qui ressemblent à la vie. Pour la même raison, il refuse de mettre de la musique dans ses films et lorsqu’il choisit ses comédiens il cherche des gens (et non des acteurs) qui ressemblent aux personnages qu’il imagine.

Le sujet du film de ce soir, c’est, selon Mungiu, « une histoire sur les compromis et les principes, sur les décisions et les choix, sur l’individualisme et la solidarité mais aussi sur l’éducation, la famille et sur le vieillissement ». Mais c’est avant tout l’histoire d’un père et de sa fille, d’un parent qui se demande ce qui est le mieux pour son enfant, et c’est en cela qu’il est universel, car quoi de plus universel qu’un homme prêt à accepter des compromissions dans l’intérêt des membres de sa famille ?

Danièle Mauffrey

Le voyage au Groenland, de Sébastien Betbeder

Il y a trois semaines, Denise nous présentait excellemment le très beau film TANNA, que l’on aurait pu sous-titrer « Roméo et Juliette au pays des  Aborigènes ». Ce soir je vous emmène à l’autre bout de la terre, et ce serait plutôt « Les Pieds Nickelés au pays des Esquimaux ».

Ce film est le résultat de rencontres assez fortuites.

En 1975 Sébastien BETBEDER nait à Pau. Il fait les Beaux Arts à Bordeaux, puis réalise des courts métrages remarqués par l’Association pour l’Aide à la Diffusion du Cinéma Indépendant, l’A.C.I.D. Un des membres de l’Association Frédéric DUBREUIL, devient le producteur de Sébastien BETBEDER,

Il se trouve que Frédéric a un frère explorateur, Nicolas, qui voyage dans tout le vaste monde où il se fait partout des amis. En particulier il a lié une belle relation avec deux habitants de KULLORSUAQ, village de 446 habitants dans le grand nord du Groendland, Ole Eliassen et Adam Eskildsen, et il les a invités à venir à Paris, où ils souhaitent « voir des arbres et d’autres animaux que les ours et les phoques ». Mais voila, quand Ole et Adam annoncent leur arrivée, Nicolas n’est pas en France et Frédéric, qui a un emploi du temps surchargé, complètement débordé, appelle au secours son ami Sébastien Betbeder. Et les deux hommes conviennent de demander à Thomas BLANCHARD et Thomas SCIMECA, deux jeunes parisiens intermittents du spectacle, d’accueillir contre rémunérations nos deux inuits (qui ne parlent pas un mot de français) et de leur faire découvrir Paris.

Les deux Thomas qui ont tous deux fait le Conservatoire, joué au theâtre et au cinéma, n’ont pas de contrat pour le moment. Bien entendu, ils ignorent tout du langage inuit. Mais l’aventure les amuse, et ils acceptent la mission. De son côté, Sébastien Betbeder décide de tourner un court métrage sur cette rencontre parisienne qui s’annonce pleine d’imprévus. Ce sera «INUPILUK ». Pendant le tournage les cinq partenaires se lient d’amitié malgré les difficultés de communication. Ole et Adam ravis de leur séjour et d’avoir été filmés, invitent les deux Thomas et Sébastien à Kullorsuaq, pour y tourner un autre film. Et séance tenante, Sébastien réalise à Paris un moyen métrage, « le film que nous tournerons au Groendland ».

Et en 2015, tout le monde se retrouve dans le désert glacé du Grand Nord, pour achever la trilogie groendlandaise par un long métrage. Il sera présenté au Festival de Cannes 2016 dans la programmation de l’ACID (qui existe depuis 1993). Le film reçoit un très bon accueil.

Sébastien Betbeder a écrit un scénario drôle et émouvant, qui s’inscrit dans la vraie vie des Inuits, avec des épisodes très durs. Mais les inuits ont il vraiment d’autres options que de chasser l’ours et le phoque ? Et les deux Thomas, extirpés de la société des bobos parisiens pour vivre cette expérience unique, sont confondants de naturel. Ils jouent comme ils sont dans la vie, un peu cossards, dilettantes, mais aussi sans condescendance, fraternels et amicaux.

Et la musique électronique de Franck Marguin et Geoffrey Montel sait parfaitement nous accompagner dans ces déserts glacés…

Je pense que vous allez garder un très bon souvenir de ce Voyage au Groendland, très chaleureux bien que tourné par moins 35 degrés !