Archives mensuelles : mars 2023

Empire of lights, de Sam Mendes

Présentation d’Empire of Light

Empire of Light , le film de ce soir est écrit et réalisé par l’anglais Sam Mendes.

Comme Steven Spielberg dans The fabelmans, ou James Gray dans Armageddon time, Sam Mendes rend à son tour hommage au 7ème art. Il nous transporte au cœur du cinéma d’une petite ville balnéaire anglaise pendant les années 80.

Le Royaume-Uni est alors agité par un climat politique instable entre chômage massif, racisme ordinaire, émeutes des classes défavorisées et violence du mouvement skinhead.

Ce contexte social nourrit la créativité musicale de la pop culture de l’époque, avec l’émergence de groupes d’artistes métissés comme the Specials, the Beat, The Selecter auxquels l’adolescent Sam Mendes va s’identifier. A cette période, il a pris l’habitude de se refugier dans les salles obscures pour échapper à la réalité d’une mère très aimante mais bipolaire et régulièrement hospitalisée en psychiatrie.

Dans Empire of light, l’amour du réalisateur pour le cinéma est présent partout :

Le personnel du lieu forme comme une petite famille. On découvre Norman, le projectionniste passionné qui veille scrupuleusement sur ses bobines de pellicule.

Le lieu en lui même est un imposant bâtiment art déco posé sur le front de mer avec un hall majestueux, un escalier central et de grandes baies vitrées donnant sur la mer.

Le cinéma est le décor central de l’intrigue, le moyen de rêver, d’espérer et d’échapper à la réalité extérieure. C’est l’Empire of light, l’empire de la lumière !

Le tournage s’est déroulé sur les terres natales de Sam Mendes, principalement dans la petite ville de Margate située sur la rive nord du Kent. C’est Mark Tildesley, le chef décorateur qui a déniché ce lieu que Sam Mendes a retenu parce qu’il disposait d’un parc d’attractions, d’un ancien cinéma et d’une salle de bal avec une façade art déco, le tout attenant à la mer. Pour Roger Deakins, le directeur de la photographie l’immense avantage de filmer en extérieur était d’obtenir des images vraiment réalistes.

La partition musicale est de Trent Reznor et Atticus Ross, dont c’est la première collaboration avec Sam Mendes qui les a intégrés très en amont du processus de production afin qu’ils se concentrent exclusivement sur les sentiments à faire passer.

Le personnage d’Hilary, la gérante du cinéma est directement inspiré de la mère de Sam Mendes. Il est interprété par Olivia Colman.

Bon moment de cinéma !

Doris Orlut

 

Lola vers la mer, de Laurent Micheli

 

Le cinéma, comme les autres arts, accompagne et parfois précède les évolutions de la société. Pendant longtemps, les personnages transgenres au cinéma ont été interprétés par des acteurs ou actrices cisgenres et cantonnés à des rôles de serial killer (par exemple dans Pulsions de Brian de Palma ou encore dans Le Silence des agneaux) ou de personnages comiques.

Cependant, depuis quelques années, de plus en plus de films abordent frontalement ce sujet, de façon plus réaliste et subtile à la fois, on peut penser par exemple à Danish girl de Tom Hooper, à Girl de Lucas Dhont, ou au documentaire Petite fille de Sébastien Lifshitz. De plus, les personnages trans sont de plus en plus souvent interprétés par des personnes trans, comme dans le très beau film argentin Une femme fantastique de Sebastian Lelio ou dans le film que nous allons voir ce soir.

Laurent Micheli est un réalisateur, acteur et scénariste belge. Son 1er long métrage est sorti en 2017. Il a ensuite suivi un atelier de scénario en France, à la Femis, au cours duquel il a développé son 2ème projet, celui de Lola vers la mer, sorti en décembre 2019. Le film a reçu de nombreux prix aux Magritte, l’équivalent des Césars en Belgique, avec notamment le prix du jeune espoir féminin pour l’actrice transgenre qui incarne le rôle principal.

Voici comment le réalisateur parle du choix de ce sujet pour son film : « Je crois que souvent au cinéma, le besoin de raconter un récit naît d’une double envie : l’une intime, l’autre politique. La raison intime c’est le besoin de me replonger dans ma propre adolescence, dans cette période où le monde adulte me paraissait violent, archaïque, peu à l’écoute de la jeunesse et de ses besoins. (…) La raison politique, c’est le besoin d’écrire un personnage principal issu d’une minorité et de le porter en haut de l’affiche, lui donner cette tribune et cette visibilité. J’ai toujours été sensible aux questions lgbt, ça fait partie de mon quotidien et c’est donc naturellement que j’ai eu envie de parler de la transidentité. »

Pour finir, un détail technique mais qui a du sens. Le format choisi le réalisateur est le format 4/3, donc plutôt étroit et plutôt rare dans le cinéma actuel, un choix qu’il justifie ainsi : « Ce qu’on regarde, c’est ces deux êtres humains. Je voulais voir leur visage. Pour une fille trans c’est une manière de dire au spectateur qu’il ne peut pas regarder ailleurs. Dans cette histoire-ci ce format isole toujours les personnages dans le cadre, plutôt que de les réunir. Il y a très peu de plans où ils sont dans le même cadre. C’était pour moi la façon idéale de visualiser leur relation. Il y a aussi quelque chose de l’ordre de la nostalgie, du passé et du souvenir. J’aime beaucoup ce format, ce qui ne veut pas dire que maintenant je vais faire tous mes films dans ce format. »

 

Riposte féministe, de Marie Perennès et Simon Depardon

Un matin, Marie Perennès, metteuse en scène, découvre au pied de son domicile parisien des feuilles blanches collées pendant la nuit qui affichent des messages écrits à la peinture noire. C’est l’œuvre d’un collectif de femmes qui dénonce les violences sexistes et les féminicides.

Fidèle aux habitudes de la génération actuelle des trentenaires, Marie Perennès, poste alors le collage sur Instagram en identifiant le collectif parisien.

La voilà invitée en retour, à une session de collage. Elle va alors rejoindre le collectif pour des collages nocturnes et nouer des contacts avec plusieurs colleuses parisiennes puis par la suite avec d’autres collectifs en France.

Le sujet des violences sexistes et des féminicides anime profondément Marie Perennès et elle décide avec son conjoint, Simon Depardon de donner la parole à ces femmes pour écouter ce qu’elles ont à dire et surtout pour garder une trace de leurs actions éphémères.

Au fil des repérages, la petite équipe technique composée de 4 personnes, va progressivement tisser la complicité et la confiance nécessaires pour permettre aux différents collectifs de partager intimité et quotidien.

Ils vont choisir délibérément de filmer en plans fixes avec plusieurs caméras sur trépied afin de filmer sur des temps longs, et réserver les caméras à l’épaule aux scènes de manifestations.

Pas d’interview directe face caméra non plus, afin de faire oublier la caméra le plus possible.

Simon Depardon en charge de la dimension technique et de l’équipe dira : « On cherchait la bonne distance, ne pas trop s’approcher pour ne pas venir perturber la situation et en même temps arriver à être au plus près de la scène ». Vous observerez sans doute, comment cette juste distance permet de recueillir des propos puissants de vérité qui submergeront les protagonistes.

Au fond, l’idée de nos jeunes réalisateurs est de nous montrer la réalité pour forger notre propre regard sur cette nouvelle forme de féminisme militant qui délivre un message politique engagé. Quoiqu’il en soit, avec ou sans réalisateur pour le montrer, cette action existe et se déroule dans l’hexagone.

 

Au total, Simon Depardon et Marie Perennès ont suivi une dizaine de collectifs et ont choisi d’éliminer au montage les rushes sur le port du voile, la pornographie ou encore l’écoféminisme pour se concentrer sur la réappropriation de l’espace public et les violences faites aux femmes.

Le sens profond de ces collages nocturnes est de rappeler que la rue n’appartient pas qu’aux hommes cis blancs. Les femmes ont pleinement le droit d’être là d’autant que 100% d’entre elles, 100% de nous Mesdames, ont de façon tout à fait banalisée déjà été harcelées dans la rue.

Ces femmes militantes prennent la parole sur une thématique que personne n’a envie d’entendre et qui est pourtant bien réelle. Il suffit d’allumer son poste de radio ou de télévision pour s’en rendre compte.

Dans ces collectifs, les personnes sont majoritairement assez jeunes, entre 18 et 25 ans. Ce sont surtout des femmes, mais aussi des personnes de minorités de genre, des personnes trans ou non binaires. Tout le monde y est accepté, de l’étudiant à la cadre supérieure, dans un fonctionnement horizontal sans cheffe.

C’est sans doute la première fois que le mot féministe est dans le titre d’un film français en sélection au festival de Cannes.

En voix, off vous entendrez la voix de Marina Foïs.

Riposte féministe est réalisé en parité et l’équipe en est principalement féminine.

Dès la sortie de ce documentaire, nos jeunes réalisateurs ont souhaité partir à la rencontre du public et des associations pour débattre et échanger partout en France.

Comme vous l’avez compris les fées se sont sérieusement penchées sur le berceau de l’un d’eux (je vous laisse deviner lequel …) avec une mère féministe de la première heure et première femme française ingénieur du son et un père monstre sacré de la photographie et du documentaire !

Avant de débuter la projection, quelques précisions langagières s’imposent :

Les militantes se désignent en terme de « colleur-euse » c’est à dire colleur et colleuse accolés ;

Le mot « iel » i-e-l est employé pour désigner une personne de façon non binaire c’est à dire en dehors des notions de féminin ou de masculin;

Enfin, le mot « cisgenre » par opposition au mot « transgenre » désigne les personnes dont le genre correspond au genre déclaré à leur naissance.

 

Et maintenant la parole est à Élise à Brest, Alexia à Saint-Etienne, Cécile à Compiègne ou Jill à Marseille et à bien d’autres encore.

Doris Orlut

16 ans, de Philippe Lioret

 

Philippe Lioret s’est fait connaître dans le monde du cinéma en tant qu’ingénieur du son dans les années 80. IL a réalisé son 1er long métrage en 1993, c’était Tombés du ciel, avec Jean Rochefort. En tant que réalisateur, on le connaît surtout pour ses films sensibles dans lesquels il imbrique des sujets de société contemporains et des problématiques personnelles fortes, je pense notamment à je vais bien, ne t’en, fais pas en 2006, Welcome, avec Vincent Lindon en 2009 et Toutes nos envies l’année suivante.

 

Le mythe de Roméo et Juliette est un des exemples types de cette imbrication entre le personnel et le collectif, l’individu et la société. Le film de ce soir en est une réécriture contemporaine, en effet les 2 personnages principaux sont 2 lycéens qui appartiennent à 2 familles, non pas rivales au départ, mais amenées à s’affronter pour des raisons sociales.

Cette adaptation de la pièce de Shakespeare, Lioret l’avait en tête de puis longtemps, mais il la trouvait tellement évidente qu’il était sûr que quelqu’un se lancerait dans le projet avant lui.

Il a choisi de faire de ces 2 personnages des lycéens, car le lycée est, à ses yeux, un cadre qui gomme les différences sociales.

Sur le plan technique, afin de créer une proximité entre le spectateur et les acteurs, il a choisi, avec son chef op d’utiliser des caméras très petites afin de tourner dans des décors petits, plus intimistes, et de se faire oublier des 2 acteurs principaux, qui jouent pour la 1ère fois au cinéma et que je vous laisse découvrir dès maintenant.