Archives mensuelles : juin 2026

le garçon qui faisait danser les collines

Georgi M.Unkovski est né à New York en 1988 et a grandi dans ce qui était alors la Yougoslavie, devenue par la suite la Macédoine du Nord. Aujourd’hui ce pays montagneux, grand comme la Belgique, compte à peine plus de 2 millions d’habitants avec 65% d’orthodoxes et 33% de musulmans.

Après avoir terminé sa scolarité, Georgi M.Unkovski dont le père est un metteur en scène de théâtre et un universitaire macédonien, – Georgi M.Unkovski donc – retourne aux États-Unis pour étudier la photographie. À cette période, il publie un livre de photographies Be Right Back, consacré à la culture du jeu vidéo et aux jeunes qui fréquentaient les cybercafés de Skopje, la capitale de Macédoine du Nord. Sa passion pour le cinéma le conduit ensuite à Prague, en République tchèque où il poursuit des études à l’École de cinéma et de télévision. Pendant sa formation, il va réaliser plus de 10 films d’étudiant et écrire un mémoire explorant les interfaces entre les jeux vidéo et le cinéma.

Il s’installe ensuite à Skopje, la capitale, et travaille comme réalisateur pour l’une des principales agences publicitaires du pays et pour une société de production locale dédiée au cinéma.

Le garçon qui faisait danser les collines dont le titre originel est DJ Ahmet est son premier long-métrage. Il a été présenté en première mondiale au Festival de Sundance, où il a remporté le Prix du public et le Prix spécial du jury de la section World Cinema Dramatic en 2025.

Le Festival de cinéma de Sundance a été fondé en 1978, c’est un des principaux festivals américains de cinéma indépendant. Celui-ci a acquis une renommée internationale, lorsque Robert Redford en est devenu le président et qu’il l’a programmé au moment de la saison de ski. Il porte d’ailleurs le nom de « Sundance Film Festival », en référence au célèbre rôle de Robert Redford dans Butch Cassidy and the Sundance Kid.

On peut citer parmi les réalisateurs révélés par le festival : Joël Coen, Quentin Tarantino ou encore  Jim Jarmush.

En 2020, Georgi M.Unkovski commence à écrire le scénario de DJ Ahmet en s’inspirant de l’image mentale d’un berger pénétrant dans une forêt et tombant par hasard sur une rave-party.

Il débute le tournage fin 2023 après l’obtention des financements. Outre une subvention de 380 000 euros de l’Agence du film de Macédoine, le projet a bénéficié notamment du soutien de la Serbie, de la République Tchèque mais aussi du fonds paneuropéen pour le cinéma dénommé « Eurimage » à hauteur de 160 000 euros.

Tourné sur une période de 36 jours au cœur d’un village très traditionnel, principalement habité par des bergers et des cultivateurs de tabac, le réalisateur a voulu au travers de ce récit d’apprentissage, explorer l’équilibre délicat entre poids de la tradition et quête d’identité, au sein d’une petite communauté rurale, la minorité ethnique Yuruk.

Principalement tourné en turc et en dialecte local, le film est considéré comme la première œuvre de fiction consacrée à la minorité Yuruk. Les acteurs principaux ont d’ailleurs été castés parmi 3000 jeunes acteurs et sont tous natifs de la région.

La collaboration active avec les villageois a certainement ajouté de l’authenticité au film.

La musique originale composée par les Sinkauz Brothers allie instruments traditionnels et rythmes électro, soulignant bien le fil rouge du long-métrage : la dichotomie tradition-modernité.

Vous verrez à un moment dans le film un mouton particulier qui fera écho avec un personnage des jeux vidéo Minecraft mais pas que…

Doris ORLUT

Tous les matins du monde, d’Alain Corneau

Tous les matins du monde, Alain Corneau

En 1990, quand Alain Corneau décide que le moment est venu pour lui de réaliser un film sur la musique, il est un cinéaste reconnu pour ses films policiers (Police python 357, Série noire, Le choix des armes) ou plus exotiques (Fort Saganne, Nocturne indien).

Il est mélomane et fasciné depuis sa jeunesse par le jazz. Il a contacté une 30aine d’écrivains pour son projet de film sur la musique et c’est à la suite de la lecture de La Leçon de musique qu’il contacte Pascal Quignard. La leçon de musique est un court essai dans lequel Pascal Quignard développe l’hypothèse selon laquelle les hommes composent plus de musique que les femmes parce que, contrairement à elles qui gardent toute la vie leur voix de soprano, eux composent pour retrouver leur voix perdue.

Les 2 artistes se rencontrent, ils partagent la même passion pour la musique baroque et décident d’aborder la question du statut du musicien dans la société non pas à travers la figure d’un musicien de cour, mais d’un rebelle janséniste, mouvement religieux caractérisé par sa rigueur et son austérité.

A partir de l’idée de centrer l’histoire autour de Ste Colombe, Pascal Quignard décide, avant de se lancer dans le travail d’écriture du scénario, d’écrire d’abord un roman. Ce roman a donc un statut tout à fait particulier, il ne s’agit pas d’une œuvre autonome dont le film serait une adaptation, mais d’une 1ère version de scénario sous forme romanesque .Par la suite, cinéaste et romancier vont écrire ensemble les 17 versions du scénario pour aboutir au film. Le film ajoute au roman un prologue et un épilogue qui change le point de vue en situant l’histoire sous le regard du brillant Marin Marais et qui met davantage l’accent sur la relation maître/elève.

Pour filmer ce projet, le chef op Yves Angelo choisit d’adopter la technique des plans fixes, qui permettent de mettre en place un éclairage très proche des personnages, voire dans le cadre, comme dans les tableaux de Georges de La Tour. Vous verrez que de nombreux plans ont l’apparence de tableaux : portraits, paysages, et surtout la reconstotution d’une nature morte de Lubin Baugin (visible au Louvre)… Pour Corneau, le film est tricéphale : la peinture de Baugin y joue en effet un rôle tout aussi important que la musique de Savall et l’écriture de Quignard. Mais l’image est en quelque sorte 2ndaire puisque c’est la musique qui est enregistrée en 1er par Jordi Savall accompagné de quelques musiciens, dans une petite chapelle de la vallée de Chevreuse, dans des conditions proches du jansénisme (froid, isolement…)

Enfin, en ce qui concerne le choix des interprétes, Alain Corneau avait 2 options : choisir des musiciens ou des comédiens. L’intensité des rôles lui fait choisir la 2ème solution, ce que peuvent regretter les spectateurs musiciens car malgré le travail des acteurs, leur jeu musical ne fait pas vraiment illusion. C’est donc JP Marielle qui interprète Sainte Colombe, à qui il donne une personnalité grave et colérique, mais aussi plus sensuelle que dans le roman. Pour Marin Marais, le choix des Depardieu père et fils permet de passer de la maladresse du jeune homme ambitieux à la boursouflure du musicien de cour. Quant à Anne Brochet, elle a été choisie après sa prestation dans le rôle de Roxane dans le Cyrano sorti en 90.

Danièle MAUFFREY

 

La Vénus électrique

Depuis plus de trente ans, Pierre Salvadori s’est imposé dans le paysage cinématographique français grâce à des œuvres mêlant humour et émotion. Sa carrière compte aujourd’hui onze longs-métrages qui s’inscrivent dans le cinéma d’auteur populaire.

Parmi ses films les plus connus on retrouve Cible émouvante, Après vous, Hors de prix, Dans la cour ou encore En liberté ! , récompensé en 2018 à Cannes par le Prix de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques.

Avec La Vénus électrique, Pierre Salvadori nous offre une comédie romantique et burlesque où les personnages sont tiraillés entre sacrifice et intérêt personnel, entre manipulations et abandon.

L’histoire du film s’inspire du rôle qu’il a tenu en 2016 dans Planetarium le film de Rebecca Zlotowski, où il jouait Jean Servier, un cinéaste qui, à la fin des années trente, se lançait dans le tournage d’un drame sentimental teinté d’occultisme dont voici l’intrigue : « Une fausse voyante fait croire à un jeune peintre qu’elle peut le mettre en contact avec son épouse défunte. Ce faisant, elle tombe amoureuse de lui et devient la porte-parole de sa propre rivale. »

On se souvient qu’à la fin des années 30, même si le besoin de croire en quelque chose est inhérent à notre humanité, les religions perdent de l’influence et nombreux sont ceux qui se tournent vers l’occultisme.

Pierre Salvadori commence à écrire le scénario de La Vénus électrique avec Benjamin Charbit dès 2018 mais celui-ci est pris par d’autres projets. Pierre Salvadori poursuit donc l’écriture avec Benoît Graffin, avec lequel il a déjà écrit plusieurs films.

Il fait ensuite seul l’adaptation et les dialogues, qui préfigurent le travail de réalisation avec notamment le choix des séquences de tournage et la mise en scène du journal intime de la défunte.

Les images, les costumes, les couleurs, les accessoires, les affiches, fruits du travail de Virginie Montel, créatrice de costume et directrice artistique et de Julien Poupard, directeur photo créent un décor de fête foraine, à la fois univers d’illusion et univers de mensonge.

La Vénus électrique a été tourné dans le parc de la Chartreuse à Liège, pour les décors de la foire et dans les studios TSF en Seine et Marne pour la reconstitution des décors parisiens. Les roulottes utilisées pour la foire proviennent par ailleurs, du Musée des Roulottes de Saint-Quentin la Poterie, dans le Gard et certaines attractions ont été empruntées au tiers-lieu du Grand Huit à Rennes.

Angelo Zamparutti, le chef décorateur, passionné par cette époque, a trouvé un des derniers peintres de cirque – Gérald Aussiette – qui a peint les roulottes, les devantures des attractions et les motifs de la foire.

Le titre fusionne énergie et amour. « Venus electrificata » est le nom exact de l’attraction d’une fête foraine, dans le Paris des années 30.

Si Pierre Salvadori connait bien Pio Marmaï, avec lequel il a l’habitude de travailler, c’est sa première collaboration avec Anaïs Demoustier, Vimala Pons et Gilles Lellouche.

Pour terminer, je citerai Titus, le forain qui annonce au début du film « Ici ni magie, ni illusion, point de monstre, ni de colosse ! Ici, juste de l’émotion, juste des sensations. » Puissent ces paroles chers spectateurs être prémonitoires !

Doris Orlut