le garçon qui faisait danser les collines

Georgi M.Unkovski est né à New York en 1988 et a grandi dans ce qui était alors la Yougoslavie, devenue par la suite la Macédoine du Nord. Aujourd’hui ce pays montagneux, grand comme la Belgique, compte à peine plus de 2 millions d’habitants avec 65% d’orthodoxes et 33% de musulmans.

Après avoir terminé sa scolarité, Georgi M.Unkovski dont le père est un metteur en scène de théâtre et un universitaire macédonien, – Georgi M.Unkovski donc – retourne aux États-Unis pour étudier la photographie. À cette période, il publie un livre de photographies Be Right Back, consacré à la culture du jeu vidéo et aux jeunes qui fréquentaient les cybercafés de Skopje, la capitale de Macédoine du Nord. Sa passion pour le cinéma le conduit ensuite à Prague, en République tchèque où il poursuit des études à l’École de cinéma et de télévision. Pendant sa formation, il va réaliser plus de 10 films d’étudiant et écrire un mémoire explorant les interfaces entre les jeux vidéo et le cinéma.

Il s’installe ensuite à Skopje, la capitale, et travaille comme réalisateur pour l’une des principales agences publicitaires du pays et pour une société de production locale dédiée au cinéma.

Le garçon qui faisait danser les collines dont le titre originel est DJ Ahmet est son premier long-métrage. Il a été présenté en première mondiale au Festival de Sundance, où il a remporté le Prix du public et le Prix spécial du jury de la section World Cinema Dramatic en 2025.

Le Festival de cinéma de Sundance a été fondé en 1978, c’est un des principaux festivals américains de cinéma indépendant. Celui-ci a acquis une renommée internationale, lorsque Robert Redford en est devenu le président et qu’il l’a programmé au moment de la saison de ski. Il porte d’ailleurs le nom de « Sundance Film Festival », en référence au célèbre rôle de Robert Redford dans Butch Cassidy and the Sundance Kid.

On peut citer parmi les réalisateurs révélés par le festival : Joël Coen, Quentin Tarantino ou encore  Jim Jarmush.

En 2020, Georgi M.Unkovski commence à écrire le scénario de DJ Ahmet en s’inspirant de l’image mentale d’un berger pénétrant dans une forêt et tombant par hasard sur une rave-party.

Il débute le tournage fin 2023 après l’obtention des financements. Outre une subvention de 380 000 euros de l’Agence du film de Macédoine, le projet a bénéficié notamment du soutien de la Serbie, de la République Tchèque mais aussi du fonds paneuropéen pour le cinéma dénommé « Eurimage » à hauteur de 160 000 euros.

Tourné sur une période de 36 jours au cœur d’un village très traditionnel, principalement habité par des bergers et des cultivateurs de tabac, le réalisateur a voulu au travers de ce récit d’apprentissage, explorer l’équilibre délicat entre poids de la tradition et quête d’identité, au sein d’une petite communauté rurale, la minorité ethnique Yuruk.

Principalement tourné en turc et en dialecte local, le film est considéré comme la première œuvre de fiction consacrée à la minorité Yuruk. Les acteurs principaux ont d’ailleurs été castés parmi 3000 jeunes acteurs et sont tous natifs de la région.

La collaboration active avec les villageois a certainement ajouté de l’authenticité au film.

La musique originale composée par les Sinkauz Brothers allie instruments traditionnels et rythmes électro, soulignant bien le fil rouge du long-métrage : la dichotomie tradition-modernité.

Vous verrez à un moment dans le film un mouton particulier qui fera écho avec un personnage des jeux vidéo Minecraft mais pas que…

Doris ORLUT

Tous les matins du monde, d’Alain Corneau

Tous les matins du monde, Alain Corneau

En 1990, quand Alain Corneau décide que le moment est venu pour lui de réaliser un film sur la musique, il est un cinéaste reconnu pour ses films policiers (Police python 357, Série noire, Le choix des armes) ou plus exotiques (Fort Saganne, Nocturne indien).

Il est mélomane et fasciné depuis sa jeunesse par le jazz. Il a contacté une 30aine d’écrivains pour son projet de film sur la musique et c’est à la suite de la lecture de La Leçon de musique qu’il contacte Pascal Quignard. La leçon de musique est un court essai dans lequel Pascal Quignard développe l’hypothèse selon laquelle les hommes composent plus de musique que les femmes parce que, contrairement à elles qui gardent toute la vie leur voix de soprano, eux composent pour retrouver leur voix perdue.

Les 2 artistes se rencontrent, ils partagent la même passion pour la musique baroque et décident d’aborder la question du statut du musicien dans la société non pas à travers la figure d’un musicien de cour, mais d’un rebelle janséniste, mouvement religieux caractérisé par sa rigueur et son austérité.

A partir de l’idée de centrer l’histoire autour de Ste Colombe, Pascal Quignard décide, avant de se lancer dans le travail d’écriture du scénario, d’écrire d’abord un roman. Ce roman a donc un statut tout à fait particulier, il ne s’agit pas d’une œuvre autonome dont le film serait une adaptation, mais d’une 1ère version de scénario sous forme romanesque .Par la suite, cinéaste et romancier vont écrire ensemble les 17 versions du scénario pour aboutir au film. Le film ajoute au roman un prologue et un épilogue qui change le point de vue en situant l’histoire sous le regard du brillant Marin Marais et qui met davantage l’accent sur la relation maître/elève.

Pour filmer ce projet, le chef op Yves Angelo choisit d’adopter la technique des plans fixes, qui permettent de mettre en place un éclairage très proche des personnages, voire dans le cadre, comme dans les tableaux de Georges de La Tour. Vous verrez que de nombreux plans ont l’apparence de tableaux : portraits, paysages, et surtout la reconstotution d’une nature morte de Lubin Baugin (visible au Louvre)… Pour Corneau, le film est tricéphale : la peinture de Baugin y joue en effet un rôle tout aussi important que la musique de Savall et l’écriture de Quignard. Mais l’image est en quelque sorte 2ndaire puisque c’est la musique qui est enregistrée en 1er par Jordi Savall accompagné de quelques musiciens, dans une petite chapelle de la vallée de Chevreuse, dans des conditions proches du jansénisme (froid, isolement…)

Enfin, en ce qui concerne le choix des interprétes, Alain Corneau avait 2 options : choisir des musiciens ou des comédiens. L’intensité des rôles lui fait choisir la 2ème solution, ce que peuvent regretter les spectateurs musiciens car malgré le travail des acteurs, leur jeu musical ne fait pas vraiment illusion. C’est donc JP Marielle qui interprète Sainte Colombe, à qui il donne une personnalité grave et colérique, mais aussi plus sensuelle que dans le roman. Pour Marin Marais, le choix des Depardieu père et fils permet de passer de la maladresse du jeune homme ambitieux à la boursouflure du musicien de cour. Quant à Anne Brochet, elle a été choisie après sa prestation dans le rôle de Roxane dans le Cyrano sorti en 90.

Danièle MAUFFREY

 

La Vénus électrique

Depuis plus de trente ans, Pierre Salvadori s’est imposé dans le paysage cinématographique français grâce à des œuvres mêlant humour et émotion. Sa carrière compte aujourd’hui onze longs-métrages qui s’inscrivent dans le cinéma d’auteur populaire.

Parmi ses films les plus connus on retrouve Cible émouvante, Après vous, Hors de prix, Dans la cour ou encore En liberté ! , récompensé en 2018 à Cannes par le Prix de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques.

Avec La Vénus électrique, Pierre Salvadori nous offre une comédie romantique et burlesque où les personnages sont tiraillés entre sacrifice et intérêt personnel, entre manipulations et abandon.

L’histoire du film s’inspire du rôle qu’il a tenu en 2016 dans Planetarium le film de Rebecca Zlotowski, où il jouait Jean Servier, un cinéaste qui, à la fin des années trente, se lançait dans le tournage d’un drame sentimental teinté d’occultisme dont voici l’intrigue : « Une fausse voyante fait croire à un jeune peintre qu’elle peut le mettre en contact avec son épouse défunte. Ce faisant, elle tombe amoureuse de lui et devient la porte-parole de sa propre rivale. »

On se souvient qu’à la fin des années 30, même si le besoin de croire en quelque chose est inhérent à notre humanité, les religions perdent de l’influence et nombreux sont ceux qui se tournent vers l’occultisme.

Pierre Salvadori commence à écrire le scénario de La Vénus électrique avec Benjamin Charbit dès 2018 mais celui-ci est pris par d’autres projets. Pierre Salvadori poursuit donc l’écriture avec Benoît Graffin, avec lequel il a déjà écrit plusieurs films.

Il fait ensuite seul l’adaptation et les dialogues, qui préfigurent le travail de réalisation avec notamment le choix des séquences de tournage et la mise en scène du journal intime de la défunte.

Les images, les costumes, les couleurs, les accessoires, les affiches, fruits du travail de Virginie Montel, créatrice de costume et directrice artistique et de Julien Poupard, directeur photo créent un décor de fête foraine, à la fois univers d’illusion et univers de mensonge.

La Vénus électrique a été tourné dans le parc de la Chartreuse à Liège, pour les décors de la foire et dans les studios TSF en Seine et Marne pour la reconstitution des décors parisiens. Les roulottes utilisées pour la foire proviennent par ailleurs, du Musée des Roulottes de Saint-Quentin la Poterie, dans le Gard et certaines attractions ont été empruntées au tiers-lieu du Grand Huit à Rennes.

Angelo Zamparutti, le chef décorateur, passionné par cette époque, a trouvé un des derniers peintres de cirque – Gérald Aussiette – qui a peint les roulottes, les devantures des attractions et les motifs de la foire.

Le titre fusionne énergie et amour. « Venus electrificata » est le nom exact de l’attraction d’une fête foraine, dans le Paris des années 30.

Si Pierre Salvadori connait bien Pio Marmaï, avec lequel il a l’habitude de travailler, c’est sa première collaboration avec Anaïs Demoustier, Vimala Pons et Gilles Lellouche.

Pour terminer, je citerai Titus, le forain qui annonce au début du film « Ici ni magie, ni illusion, point de monstre, ni de colosse ! Ici, juste de l’émotion, juste des sensations. » Puissent ces paroles chers spectateurs être prémonitoires !

Doris Orlut

Plus fort que moi

Tout d’abord quelques mots sur la maladie dont parle le film et qui doit son nom au médecin neurologue Gilles de La Tourette, né en1857 dans la Vienne.

Le Syndrome Gilles de la Tourette est une maladie génétique qui survient dans l’enfance, il touche plus souvent les garçons que les filles et disparait la plupart du temps à l’âge adulte. Il concerne 1 personne sur 2000 voir 1 personne sur 200, si l’on comptabilise les formes mineures.

Le syndrome se manifeste par des tics c’est-à-dire des mouvements involontaires. Ces tics moteurs peuvent quelquefois être associés à des tics sonores comme des reniflements, des raclements de gorge ou des toussotements. Dans une proportion moindre, ces tics sonores peuvent être des répétitions de mots et plus rarement la répétition de mots vulgaires ou obscènes. Enfin d’autres troubles du comportement peuvent être associés au Syndrome de Gilles de la Tourette comme un déficit de l’attention, une hyperactivité ou des troubles obsessionnels compulsifs.

Eh bien John Davidson, le héros du film coche toutes les cases : la maladie ne l’a pas quittée à l’âge adulte et il présente une propension involontaire à dire des mots grossiers.

John Davidson est né en Ecosse en 1971. À l’époque, on savait que le syndrome de la Tourette existait, mais très peu d’informations étaient accessibles au grand public et ses parents étaient démunis. Contraint de quitter l’école sans diplôme à l’âge de 16 ans, John Davidson va consacrer sa vie à lever les tabous et tous les a priori qui entourent la maladie. Outre-Manche, John Davidson est un visage bien connu de ses compatriotes. En 1989, alors qu’il est encore adolescent, il fait l’objet d’un documentaire intitulé John’s Not Mad diffusé sur la BBC, qui a fait connaître le syndrome de Gilles de la Tourette. Il a ensuite participé à plusieurs autres documentaires sur le même sujet à l’âge adulte. Toute son existence, il a milité et s’est investi auprès des enfants et des adultes atteints du SGT, en créant et animant des groupes de soutien à travers l’Écosse. En 2019, il sera décoré l’Ordre de l’Empire Britannique par la Reine Elizabeth en reconnaissance de son engagement.

C’est précisément par cette scène que le réalisateur, Kirk Jones a choisi de débuter le film. Kirk Jones est né en 1964 à Bristol en Angleterre et s’est formé au Pays de Galles à la réalisation de films et publicités à la Newport Film School où il remporte un concours national destiné aux étudiants en cinéma.

Après avoir obtenu son diplôme, il débute dans le secteur de la publicité à Londres. Il signe près d’une centaine de spots pour des marques internationales telles que Mercedes, Absolut Vodka, Heinz, The National Lottery, Reebok, HSBC ou Coca-Cola et reçoit de nombreux prix prestigieux. Il réalise aussi des longs métrages, qui ont été plébiscités par le public comme Vieilles Canailles (Waking Ned) en1998 où 2 compères tentent de soudoyer un gagnant du loto, Nanny McPhee en 2005 dans lequel Emma Thompson joue une nourrice aux allures de sorcière.

On lui doit également Everybody’s Fine en 2009 avec Robert De Niro puis Ce qui vous attend si vous attendez un enfant, avec Cameron Diaz et Jennifer Lopez en 2012.

Kirk Jones a toujours été fasciné par l’histoire de John Davidson. Il a souhaité en faire un biopic format comédie dont le titre initial I Swear signifie Je jure.

Pour interpréter John Davidson adolescent, Kirk Jones a choisi Scott Ellis Watson qui fait ses débuts au cinéma dans un rôle principal. C’est robert Aramayo connu pour avoir incarné Elrond dans la série télévisée Le Seigneur Des Anneaux qui interprète John adulte.

Doris Orlut

La maison des femmes de Mélisa Godet

La maison des femmes de Mélisa Godet

Mélisa Godet est une scénariste et réalisatrice française de 41 ans. Elle s’est formée aux métiers de l’image et du son à l’INA, l’institut National de l’Audiovisuel que nous connaissons surtout pour la conservation des archives de l’audiovisuel.

Elle débute comme chargée de développement au sein des Productions du Trésor, société de production fondée en 1995 par Alain Attal qui rassemble autour de lui des réalisateurs, comédiens et auteurs tels que Gilles Lellouche, Guillaume Canet, Jeanne Herry, Nicole Garcia ou Maïwenn.

C’est d’ailleurs avec Douglas Attal, le fils d’Alain Attal, — qui n’a précisons-le, aucun lien de parenté, ni avec Yvon Attal ni avec Gabriel Attal, — qu’elle coécrit en 2020 un premier long métrage Comment je suis devenu super-héros.

Ce film est adapté du roman de Gérard Bronner qui raconte l’histoire d’un trafic d’une substance qui procure des super-pouvoirs et est interprété par le trio Pio Marmaï, Leïla Bekhti et Vimala Pons.

En 2022, elle écrit et réalise un court métrage Les Enfants d’Oma, qui raconte l’histoire de Milou élevé par Oma, sa grand-mère et Olivia et Mehdi, deux enfants de l’Assistance. A la mort d’Oma, Cathy la mère de Milou resurgit pour organiser les obsèques et bouleverse l’équilibre de la fratrie.

La Maison des femmes, le film de ce soir, est donc son premier long métrage en solo.

L’idée du film naît dans la tête de Mélisa Godet en 2016 lorsqu’elle entend à la radio Ghada Hatem parler de l’ouverture de la première Maison des Femmes.

Quelques mots sur le parcours de cette femme d’exception : Ghada Hatem-Gantzer est née à Beyrouth en 1959 dans une famille de 4 enfants, où elle est la seule fille. Elle fait ses études au lycée français de Beyrouth auprès de jeunes professeurs venus de France qui lui transmettent leur goût de la culture et de la littérature françaises ainsi que les valeurs des Lumières et de la laïcité. Quelques mois après le début de la guerre civile au Liban, elle s’exile en France et s’inscrit en médecine. Elle se passionne alors pour la gynécologie-obstétrique, qui allie prise en charge humaine et technicité des actes médicaux. Elle exerce dans plusieurs maternités, les Bluets à Paris où elle est cheffe de service et crée un centre de prise en charge de FIV. Elle exerce ensuite à l’hôpital militaire Béjin à st Mandé, où elle parvient à imposer la pratique des avortements. Jusqu’alors les militaires qui souhaitaient une IVG devaient se rendre dans d’autres structures.

En 2011, elle prend la chefferie de la maternité de l’hôpital Delafontaine à St Denis. Elle y découvre la détresse et la grande précarité des patientes qui réunissent violences physiques, sexuelles et psychologiques, irrégularité administrative, isolement, mutilations génitales. À l’hôpital Delafontaine, environ 14 % des femmes qui accouchent sont excisées. Elle se forme alors à la reconstruction des clitoris mutilés puis elle a l’idée de créer une maison des femmes qui accueille les femmes victimes de violence. Cette maison des femmes offrira une prise en charge globale pluridisciplinaire qui allie soin, prévention et recueil de preuves pour aider les femmes qui le souhaitent à porter plainte et à faire reconnaitre leur préjudice auprès de la justice.

Si la maison des femmes de St Denis est la première à avoir été créée, l’idée a fait son chemin puisqu’aujourd’hui trente-deux structures de ce type fonctionnent en France, et bientôt trente-six. Mais ne nous y trompons pas les violences faites aux femmes ne sont ni l’apanage d’un milieu social ni celui d’une zone géographique.Au départ, Ghada Hatem était réticente à raconter son histoire et à de montrer sa maison. Mais petit à petit, Mélisa Godet l’a convaincue en choisissant de traiter le sujet comme une fiction et de tourner dans un lieu neutre avec uniquement des actrices professionnelles. Mélisa Godet avait conscience que le film serait émotionnellement dur à écrire et à tourner mais elle ne voulait pas qu’il soit dur à voir. C’est pour cela qu’elle a choisi de ne pas montrer directement les violences à l’écran mais de donner à voir l’après violence. Vous verrez la part d’humour et de force vitale ne sont pas en reste.

C’est un film choral avec presqu’une cinquantaine de rôles tenues par des actrices reconnues et des actrices peu connues, comme une grande de photo de famille. Elle a réuni tout le monde avant le tournage pour une lecture complète du scénario puis a pris un temps individuel avec chacun pour parler de son personnage spécifique.

Elle a choisi avec Fabien Faure, le chef opérateur, de découper les séquences chorales qui relèvent de la comédie et sont assez dynamiques et de filmer les scènes d’entretien en plans séquence sans couper la parole au montage. Pas de musique non plus pour couvrir les témoignages des patientes, mais des percussions avec des sonorités qui frottent pour marquer la notion d’urgence et de combativité.

La réalisatrice, Mélisa Godet et la productrice, Emma Javaux ne souhaitaient pas travailler dans un climat de tension et de violence et portées par le sujet du film ont imposé un code d’éthique aux équipes artistique et technique afin de garantir un climat de respect et de bienveillance. Le retour des professionnels a été extrêmement positif et dernière anecdote avant la projection : lorsque Ghada Hatem s’est rendue sur le plateau découvrant ébahie l’ingénierie monumentale d’un tournage, tout le monde s’est levé pour l’applaudir chaleureusement pendant plus de cinq minutes !

Doris Orlut

Alter ego, de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine


ALTER EGO

Le film que nous vous proposons ce soir, est le nouveau long métrage du duo de réalisateurs, scénaristes, dialoguistes, photographes, acteurs et metteurs en scènes français Nicolas Charlet et Bruno Lavaine tous deux nés en 1970. Ils ont débuté en écrivant et en réalisant des clips musicaux et des films publicitaires dans les année 90. Ils collaborent avec T Ardisson à la conception et à l’habillage de la chaine de télévision Free One. Ils créent ensuite des sketches diffusés dans le Vrai Journal sur Canal + où ils détournent une mini série vénézuélienne dont les personnages se déchirent sur des sujets d’actualité française.En 98 dans Nulle part ailleurs est diffusé le premier « Message à caractère informatif » où les deux auteurs réalisateurs doublent des employés de bureau des années 70 à partir de véritables films institutionnels de l’époque. En 2007 ils écrivent et réalisent « La Personne aux deux personnes » une comédie improbable avec D Auteuil A Chabat. En 2008 ils écrivent et réalisent le clip du single de Julien Doré « Figures imposées », Suivent bien d’autres réalisations de courts et longs-métrages où ils ont une énorme capacité à se départir du réel dans des récits autant fantasques que décalés.

Le film Alter Ego est leur nouveau long-métrage. Ils reviennent avec une comédie grinçante qui flirte avec le fantastique et le thriller. Ce film est décrit comme une satire sociale féroce sur l’envie, la jalousie et le culte de l’apparence. Fidèle à leur style, Nicolas et Bruno utilisent un humour absurde et décalé, mais ce film semble plus sombre que leurs précédentes œuvres, glissant vers le burlesque et parfois l’horreur psychologique.

Le scénario a mis presque 10 ans à voir le jour. Ils ont cité Luis Bunuel comme influenceur majeur pour le côté suréaliste, où une situation totalement absurde est acceptée comme normale par tout l’entourage.

L’acteur principal Laurent Lafitte livre une performance impressionnante en incarnant deux rôles. Le film repose entièrement sur la confrontation physique entre Alex et Axel. Plutôt que d’utiliser des doublures numériques, Nicolas et Bruno ont opté pour, je cite
« Le Motion Control : une technologie de caméra robotisée qui permet de répéter exactement le même mouvement 2 fois de suite, permettant à L Lafitte de jouer face à lui-même avec une précision milimétrée.
Et « La performance vocale » : l’acteur a travaillé 2 timbres de voix légèrement différentes.

La critique salue particulièrement le numéro comique sidérant le L Lafitte et l’inventivité de la mise en scène qui réussit à rendre la confrontation entre les deux personnages à la fois hilarante et angoissante. Il a reçu un prix d’interprétation au festival 2026 de l’Alpe d’Huez.

Pour le casting, L Lafitte joue Alex Floutard et Axel Chambon
Blanche Gardin est Nathalie, l’épouse d’ Alex Floutard,
Olga Kurylenko joue Tatiana l’épouse d’Axel Chambon
Marc Fraise est Denis Moulard un collègue d’ Alex
Zabou Breitman est Nicole Lecovec , la patronne d’Alex

Le film a été tourné principalement en Picardie, dans une banlieue pavillonnaire.
Avant sa sortie nationale, le film a fait sensation en compétition au Festival de l’Alpe d’Huez qui est consacré aux films de comédie, et a été projeté hors compétition au Festival de Gérardmer qui lui met le cap sur le cinéma fantastique d’horreur, deux sélections très différentes qui nous montrent bien son mélange des genres.

La musique est signée Nicolas Errèra. Agé de 58 ans Il a composé plus d’une soixantaine de musique de film français et internationnaux : à la télévision il compose des musiques de fictions, de téléfilms et d’émissions, notamment Rendez-vous en terre inconnue depuis 2006 : , il compose aussi pour le théâtre c’est un compositeur multi récompensé et son œuvre est impressionnante.

Pour finir, parlons un peu de la critique :
Depuis sa sortie début Mars le film divise : une partie du public est déroutée par le virage très sombre de la dernière partie du film tandis que les fans de la première heure y voient le chef d’oeuvre de maturité du duo Nicolas et Bruno.
La critique salue particulièrement le numéro comique sidérant de Laurent Lafitte, et l’inventivité de la mise en scène qui réussit à rendre la confrontation entre les deux personnages à la fois hilarante et angoissante.

J’espère que vous êtes fans de la première heure de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine et si en plus vous êtes des inconditionnels de Laurent Lafitte, comme le dit Télérama vous allez sauter de fous rires en fous rires.

Je vous souhaite une excellente soirée

Sylvie Guiseppin

Rue Malaga, de Maryam Touzani


Rue Malaga, de Maryam Touzani

Maryam Touzani est née en 1980 à Tanger où elle a passé sa jeunesse et le film de ce soir peut être considéré comme un hommage à cette ville du Nord du Maroc, c’est la première fois qu’elle situe dans cette ville l’action d’un de ses films. Après des études à Londres, elle devient journaliste spécialisée dans le cinéma, puis se lance dans l’écriture de scénarios avant de passer en 2011 à la réalisation de courts métrages et de documentaires : en 2014 elle tourne le documentaire Sous ma vieille peau, consacré à la prostitution au Maroc. Elle participe également au scénario du film de fiction Much loved, de Nabil Ayouch, son époux, sur le même sujet. En 2017 elle co-écrit et joue dans un autre film de Nabil Ayouch avant de réaliser en 2019 son 1er long métrage, Adam, qui remporte de nombreux prix est sélectionné à Cannes et concourt même pour les Oscars, comme le film de ce soir. Adam aborde le sujet des filles-mères dans la société marocaine. Un autre sujet tabopu au Maroc est au centre de son 2ème long métrage, Le bleu du caftan très beau film sur un homme marié homosexuel.
En 2023, MTouzani a fait partie du jury qui a remis la Palme d’or à Justine Triet à Cannes.

J’ai dit tout à l’heure que le film était un hommage à Tanger, c’est aussi un hommage à la grand-mère andalouse de la réalisatrice, à laquelle ce film est dédié. En effet, depuis les années 30, une importante communauté espagnole est implantée dans cette ville cosmopolite. Ce personnage de grand-mère audacieuse espiègle et pleine de vitalité et est interprétée par la délicieuse Carmen maura, actrice fétiche d’Almodovar, qui a fêté ses 80 ans l’an dernier.
Et voici enfin un film qui ne se contente pas d’aborder un sujet tabou, celui des amours tardives mais qui, par sa réalisation, magnifie ce sujet en montrant la sensualité des corps âgés et la joie du désir retrouvé.

A pied d’oeuvre, Valérie Donzelli


À pied d’œuvre est au départ le roman autobiographique de Franck Courtès, paru chez Gallimard en 2023. Franck Courtès a fait partie des grands noms de la photographie de presse, travaillant pour Le Monde, Libération ou encore Les Inrockuptibles. Il s’est fait une spécialité des portraits de personnalités. Il a photographié Arletty, Jean-Pierre Léaud, Jacques Demy, Iggy Pop, Joey Starr, Karim Benzema, Pierre Bérégovoy, Patrick Modiano et bien d’autres. Il explique que la superficialité des rencontres avec les stars, le sentiment d’un appauvrissement de l’usage de la photographie à l’arrivée du numérique et du smartphone, le conduisent à ne plus trouver de sens dans son métier et il va brutalement stopper sa carrière de photographe pour devenir écrivain.
Mais écrire ne lui permettra pas de vivre ; il sera donc contraint à faire de multiples « petits boulots » mal payés pour arriver à survivre. Commencera pour lui une période d’invisibilité et d’errance sociale, ballotté entre son ancien milieu bourgeois, qui le rejette, et son nouveau statut, dont il ne possède pas les codes.
Lorsque Valérie Donzelli lit le roman, peu après la mort de son père, la résonnance avec son histoire familiale est intense. Son grand-père et son arrière-grand-père paternels étaient peintre et sculpteur et ont vécu dans une extrême pauvreté. A tel point que son père, très doué pour le dessin, s’est tourné vers des études de droit pour fuir cette précarité. Et lorsque vers 23 ans, Valérie Donzelli laisse tomber ses études d’architecte pour devenir comédienne, son père a très peur et tente de la décourager.
On sait depuis que la donzelle s’est accrochée au désir de faire son cinéma et a tracé son chemin comme actrice, scénariste puis réalisatrice.
Pour cette adaptation à l’écran, Valérie Donzelli a souhaité rester fidèle à l’esprit et au texte du roman.
Tous les acteurs présents ont déjà joué dans ses précédentes réalisations. Elle ne leur a pas donné de direction particulière. Elle a simplement demandé à Bastien Bouillon, qui avait pris 10 kg pour Connemara, le film d’Alex Lutz, de perdre du poids.
Bastien Bouillon qui se décrit comme quelqu’un de très peu physique, se retrouve dans la même situation que Paul, son personnage qui découvre les travaux de manœuvre. Il est maladroit au départ comme lui, puis il s’habitue peu à peu. Bastien Bouillon a fait le choix de ne pas lire le livre avant le tournage, par contre il l’a lu après et en a réalisé un enregistrement audio.
Valérie Donzelli va filmer les acteurs tout le temps de très près et en super 8. Elle choisit une production légère en équipe réduite, qui colle à l’histoire très intime du roman. En revanche le montage du film avec Pauline Gaillard, la monteuse sera je cite, un véritable chamboule-tout pour trouver la juste place émotionnelle de chaque situation.
Alors êtes-vous à pied d’œuvre ?
Doris Orlut

Fuori, de Mateo Martone


Fuori, de Mateo Martone
Soirée dans le cadre de Non, mais genre(s) en partenariat avec MJC, La Célestine…
M Martone a été à l’honneur d’une de nos récentes soirées italiennes avec le film Nostalgia qui racontait le retour à Naples d’un personnage interprété par Pierfrancesco Favino. Le film de ce soir est donc un biopic de GS mais centré sur une période de sa vie. Pour ce film, Martone s’est appuyé sur l’ouvrage, L’università di Rebibbia qui raconte son séjour à la prison romaine de Rebibbia en 1980 suite à d’un vol de bijoux. Après sa sortie, son amitié avec ses co-détenues prostituées, voleuses, junkies … va perdurer, ce qui provoquera l’incompréhension de ses proches et du milieu intellectuel qu’elle fréquente. Ce livre raconte comment Goliarda transforme ce séjour en prison en expérience de liberté et le film se construit sur ce paradoxe. Mais il se nourrit aussi d’un autre ouvrage, Les certitudes du doute, récit de sa relation passionnelle avec une jeune révolutionnaire rencontrée à Rebibbia.
Martone s’est également inspiré de films pour réaliser Fuori, d’abord un film que vous pouvez peut-être deviner d’après l’affiche : Thelma et Louise, de Ridley Scott. Mais également les films de Cassavetes et il pense que la meilleure actrice pour interpréter Goliarda aurait été Gena Rowlands.
C’est Valeria Golino qui interprète le rôle principal, une actrice qui connait bien l’univers de Goliarda Sapienza. En effet, en 2024, elle a réalisé et scénarisé une adaptation en série de L’Art de la joie.
Le film alterne 2 époques : celle de l’été 80, où l’autrice est souvent seule dans son appartement en quête d’inspiration ou dans les rues de Rome en compagnie de Roberta, avec des moments parfois oniriques, voire cauchemardesques. Ce présent alterne avec des flash-backs renvoyant à la période de son incarcération à Rebibbia.
La bande originale mêle également les époques entre jazz des années 40 et 50 avec Duke Ellington et John Coltrane, des compositions plus récentes de l’artiste avant-gardiste Robert Wyatt, ainsi que des titres italiens des années 50 et contemporains.

Baise en ville, de Martin Jauvat


BAISE EN VILLE
Bonsoir
Tout d’abord je vais vous donner quelques définitions d’un
baise en ville. Le petit Larousse nous donne celle-ci : tout sac,
bagage etc, susceptibles de contenir un nécesaire de nuit ou
de toilette. Mais on peut aussi dire de façon un peu
trash : expression désignant une rencontre express, sans
lendemain, souvent plus rapide qu’un ticket de métro, et avec
autant d’émotion qu’un café pris debout. Et en version plus
poétique, instant volé au temps où deux solitudes se croisent
se reconnaissent sans se connaître et se quittent avant que le
jour ne pose de question,
Notre culture générale étant au top, je vais vous parler, un peu
du film qui nous intéresse, vous l’avez deviné BAISE EN
VILLE
Martin Jauvat âgé de 31 ans est un acteur réalisateur et
scénariste autodidacte qui a grandi à Chelles en Seine et
Marne. Il réalise des courts métrages auto-produits dans sa
ville natale, les Vacances à Chelles en 2018, Mazeb en 2020
le Sang de la Veine en 2021. Début 2026 sort sur les écrans
sont deuxième long métrage Baise en Ville, après Grand
Paris sorti en 2022 qui explorait déjà les réalités de la grande
banlieue parisienne avec humour et sensibilité.
Cette comédie, décalée et absurde traite de thèmes
sociétaux avec une légèreté déconcertante. Sprite, un jeune
adulte se retrouve confronté à une série de paradoxes ;
d’abord il doit travailler pour payer son permis, mais il a
besoin d’une voiture pour travailler. Martin Jauvat puise dans
sa propre expérience de vie : grandir en banlieue parisienne,
les galères pour trouver un travail ou obtenir le permis, pour
donner au film une saveur réaliste sous une forme comique. Il
veux montrer les grandes inégalités sociales en grande
banlieue tout en évitant les clichés habituels.
Selon lui derrière le ton souvent déjanté et drôle, se cache
une réflexion sur la jeunesse, l’emploi, la mobilité et le
passage à l’âge adulte. Jauvat explique qu’il s’inspire parfois
de la bande dessinée et des mangas, pour leur structure leur
rythme et leur dynamisme visuel, pour imaginer ses scènes. Il
cherche à proposer un cinéma vivant et coloré, avec un
univers personnel, qui se démarque des comédies françaises
plus traditionnelles.
Le film a principalement été tourné en île de France, autours
de lieux qu’il connaît bien pour montrer la réalité des
transports compliqués. Il était présent dans les choix de
décors, de cadrage. Beaucoup de scènes ont été tournées
dans de vraies rues, des parking, des centres commerciaux,
des zones pavillonnaires, des petites entreprises.
Comme le permis est central dans le film, les scènes en
voiture ont demandé une organisation précise : voiture
montée sur remorque pour certains plans, caméras fixées à
l’intérieur, mais les acteurs conduisent vraiment pour les plans
simples, sur des routes peu fréquentées ou fermées
temporairement : l’objectif étant d’avoir un rendu naturel, pas
trop cinéma trafiqué.
La performance des acteurs est l’un des points forts.
Martin Jauvat incarne Sprite,le héros du film. Son
interprétation de doux loser, naïf, paumé et touchant est très
appréciée
Géraldine Pailhas est la mère de Sprite. Elle est à la fois
ferme et aimante, sert de moteur à l’émancipation de son fils
en lui posant un ultimatum.
Emmanuelle Bercot : Elle surprend dans le rôle de la
monitrice d’auto-école / conseillère sentimentale.
Dans les seconds rôles : La présence de William Lebghil,
Sébastien Chassagne et même la brève apparition de Michel
Hazanavicius, apportent un comique supplémentaire au film.
« La critique Salue majoritairement une comédie « fraîche »
«vivace » et «atypique ». Le film est décrit comme une œuvre
qui remonte le moral, portée par un humour loufoque mais
jamais méchant. Une mise en scène fluide et rythmée qui
évite les pièges de la comédie potache malgré un titre
provocateur ».
« Cette comédie légère et intelligente, portée par un casting
impeccable n’attend plus que vous pour vous entraîner dans
l’univers aussi fleur bleue qu’absurde de Martin Jauvat »
Je vous souhaite une bonne soirée
Sylvie Guiseppin