Archives de catégorie : Les fiches de présentation des films

Les fiches de présentations rédigées par les bénévoles et présentées avant les séances « Toiles Émoi ».

Leto

Le film de ce soir s’inscrit dans le cadre de la Biennale des cultures organisée par la MjC; cette année la Russie est à l’honneur, nous avons donc choisi un film du réalisateur russe: Kirill Serebrennikov: Leto, ce qui signifie l’été en russe.

Il s’agit d’une histoire vraie, celle de jeunes musiciens et chanteurs à Léningrad au début des années 80; c’est donc avant la série de réformes entreprises sous l’impulsion de Gorbatchev à partir de 1985, période connue sous le nom de Perestroîka.On est à la fin de la présidence de Brejnev, Andropov, puis Tchernenko lui succèdent.

Le film se situe à une époque où la chape de la censure se relâche un peu, ouvrant une brèche à la musique rock venue de l’ouest.Cette musique est alors vécue par la jeunesse sov iétique comme un refuge momentané.Dans les années 80, à Léningrad le rock apparaît comme une culture libertaire, une discipline d’émancipation.

Le film s’inspire des Mémoires de la veuve de Mike Naumenko, le Bob Dylan soviétique( nous le verrons dans le film): leader d’un des plus grands groupes de blues-rock d’URSS, Mike fait la rencontre d’une autre star de l’époque: Viktor Tsoî, tout aussi inconnu en Europe de l’ouest.

Cette tribu de musiciens , fascinée par la musique anglo-saxonne vit du rock, de cigarettes, d’amour et de vodka ! Ils s’échangent , sous le manteau, les vinyles des Beatles, de Lou Reed, de David Bowie.

Kirill Serebrennikov, dissident connu des autorités, , âgé de 49 ans, est arrêté sur le tournage de Leto en mai 2017, inculpé en août 2017 pour de supposés détournements de fonds publics, ce qu’il a toujours nié.Assigné à résidence à Moscou depuis cette date, il a réussi à finaliser le montage du film, il a même dû monter des séquences en partie filmées sans lui.Il vient d’être libéré entre guillemets , car , il n’est toujours pas autorisé à quitter le territoire russe, depuis quelques jours seulement, depuis ce lundi 8 avril exactement.

En compétition à Cannes en mai 2018 pour Leto, son 5ème long métrage, il fait lire ces mots en son nom puisqu’il était bien-sûr absent de Cannes. »J’ai fait ce film à la fois pour et à propos d’une génération qui considère la liberté comme un choix personnel et le seul choix possible, dans le but de capturer et de souligner la valeur de cette liberté ».L’équipe du film a monté les marches en tenant une grande pancarte portant son nom. Le Président du festival Pierre Lescure et le délégué général Thierry Frémaux avaient tenté de convaincre Poutine de le laisser assister à la présentation de son film.Je vous laisse apprécier la réponse du Président russe: »J’aurais été très heureux d’aider le Festival de Cannes, mais c’est impossible car dans mon pays , la justice est indépendante ».

Leto a emballé le public de la Croisette mais le film n’a remporté , si je puis dire , que le prix Cannes -Soundtrack, c ‘est-à- dire le prix de la meilleure bande originale de tous les films vus pendant le festival.La musique a été composée par le rocker russe : Roma Zver et son groupe Zveri aidés par German Osipov.Par souci d’authenticité , ces compositeurs ont tenu à ce que les chansons du film soient jouées sur des instruments d’époque.L’un des compositeurs : Roma Zver interprète Mike dans le film.

Sur le plan technique, Serebrennikov, fait le choix d’un très beau format scope c’est – à dire : écran large, en noir et blanc, qu’il parsème d’éclats colorés lorsque l’euphorie atteint son paroxysme. »Le noir et blanc, dit le réalisateur, était pour moi, la seule manière de raconter l’histoire de cette génération »

Je vous souhaite une bonne soirée en compagnie de ce film très musical et original sur le plan esthétique.

Denise Brunet

Vice, de Adam Mac Kay

Vice, de Adam Mac Kay

Le biopic est un genre très répandu au cinéma, notamment dans le cinéma américain, et parmi les personnages dont la vie est retracée dans ces films, les personnages politiques ont une place de choix. Pour illustrer cela, rappelons quelques exemples célèbres, sous la forme d’un petit jeu (je vous donne la date et l’acteur principal/vous me donnez le film):

  • 1982, Ben Kingsley
    • Gandhi, de Richard Attenborough
  • 1992, Denzel Washington
    • Malcolm X, de Spike Lee
  • 2004, Michel Bouquet
    • Le promeneur du champ de mars, de Guédiguian
  • 2007, Helen Mirren
    • The Queen, de Stehen Frears
  • 2009, Sean Penn
    • Harvey Milkde Gus van Sant
  • 2011, Leonardo Di Caprio
    • J Edgar,de Clint Eastwood
  • 2011, Denis Podalydès
    • la conquête de Xavier Durringer
  • 2012, Meryll Streep 
    • la Dame de fer, de Phyllida Lloyd
  • 2012, Daniel Day Lewis
    • Lincolnde Spielberg
  • 2018, Gary Oldman
    • Les heures sombres, de Joe Wright

Parmi ces biopics, on peut distinguer 2 grandes catégories : ceux qui tracent un portrait  hagiographique du personnage, en montrant son parcours tourmenté pour faire aboutir ses idées (Gandhi, Harvey Milk,film sur Mandela) et ceux qui cherchent à mettre en évidence les failles intimes de ces personnages publics (Le promeneur, J Edgar…)

Comme l’indique son titre, avec le jeu sur le mot « vice » qui, pour une fois,  fonctionne aussi bien en anglais qu’en français, le film de ce soir entre plutôt dans la 2èmecatégorie pour retracer le parcours de Dick Cheney. Ceci n’est pas surprenant quand on sait qu’Adam Mac Kay a suivi une formation de théâtre, mais a commencé sa carrière professionnelle dans l’émission télévisée de Michael Moore, appelée « L’Amérique de Michael Moore, l’incroyable vérité », émission qui avait pour but de dénoncer hommes d’affaires sans scrupules et politiciens verreux. Par la suite, dans le show télévisé « Saturday night live » puis dans ses films il a appliqué la recette suivante : injecter une dose de dénonciation dans un propos résolument comique. Ce n’est qu’à partir du film The big short (sur la crise des subprimes, avec Christian Bale, déjà), qu’il inverse les proportions en injectant une dose de comédie dans un propos résolument engagé.

Mac Kay parvient ici à éviter l’académisme qui guette souvent le genre, grâce à plusieurs éléments :

  • le jeu de Christian Bale et sa transformation physique extraordinaire (il a pris 20kg et s’est rasé les cheveux), transformation qui est devenue le passage obligé de tout biopic et une véritable fabrique à Oscar (Gary Oldman, Daniel Day Lewis, Helen Mirren, Meryl Streep, ou encore cette année Olivia Colman pourLa Favorite )
  • mais surtout, des choix de mise en scène originaux : les récits face caméra, la narration prise en charge à la 1èrepersonne, le mélange d’images de statuts différents
  • un montage original, non linéaire, à suivre jusqu’à la fin du générique qui révèle une dernière surprise
  • et enfin un cameo très original : saurez-vous le repérer ?

Réponse: le « cameo » était constitué de quelques clichés des radios cardiaques du réalisateur, qui a lui-même fait un infarctus pendant le tournage! (on les aperçoit après la 1ère opération de Cheney dans le film)

#ADOCINE: clap de fin pour l’atelier de cinéma

La Peste, Thérapie sous haute tension 2, Mask Time… ce sont les titres des trois films qui ont été réalisés ce week-end par nos trois groupes de jeunes cinéastes prometteurs. Des adolescents passionnés et impliqués qui ont mené à terme 3 projets très divers et sans prétention. Aucun n’est parfait, et le manque de temps a obligé à revoir certaines ambitions, à laisser passer quelques erreurs… mais chacun a fait de son mieux et la fraîcheur du résultat est garantie!

Venez encourager ces jeunes et découvrir leurs films sur grand écran: lors de « l’aprèm des ado » mercredi 27 mars ou au début de la ciné-conférence de Lionel Lacour jeudi 28 mars à 21h.

un groupe au travail

Les Invisibles, Louis-Julien Petit

« Les invisibles » est le 3° long metrage de Louis-Julien Petit, c’est un film militant au même titre que ses 2 films précédents:, d’ailleurs le metteur en scene est souvent qualifié par les critiques de « KEN LOACH » français

– le 1er, « Discount » a remporté « le Valois du public » au Festival du film francophone d’Angouleme, Ce film traitait des marchandises, invendues et détruites par les super-marchés

Il me plait de penser qu’il a quelque part inspiré la loi de 2015 exigeant que les super-marchés ne détruisent plus les invendus mais les remettent aux associations caritatives
Malheureusement l’actualité de la semaine démontre, une fois de plus, que certains oublient de respecter cette loi.

-le 2°, « Carole Mathieu » réalisé pour ARTE , met en scène une médecin du travail face au mal-être au travail

Le cadre du film de ce soir, « LES INVISIBLES » est la fermeture programmée d’un centre d’accueil pour femmes « sans domicile », en raison de l’absence de résultats en terme de réinsertion, donc non rentable. Nous suivons le combat des travailleuses sociales pour les réinsérer. Le réalisateur s’est inspiré d’un livre et d’un documentaire de Claire Lajeunie qui a passé un an, en tant que bénévole , dans un centre d’accueil pour femmmes  

Au côté des acteurs professionnels notament CORINE MASIERO qui participait déjà à « Discount »,et « Carole Mathieu », et dont on connait les engagements,de NOEMIE LVOVSKY, AUDREY LAMY,et  DEBORAH LUKUMUENA , une quinzaine d’actrices non professionnelles, qui ont connu la rue, et dont vous trouverez les interwievs dans le magazine « CAUSETTE » de janvier

Les invisibles ce sont tous ces gens que nous ne voyons plus, ou que nous ne voulons pas voir. Peut-Être avons-nous peur de devenir comme eux, comment supporterions nous le regard des autres sur nous? Vivre dans la rue c’est, endurer le froid, la fain, le manque d’hygiene.supporter le regard des autres. Vivre dans la rue c’est encore plus dur pour les femmes qui pour la plupart ne veulent pas aller dans les centres d’Accueil. En effet, ceux-ci etant mixtes, elles risquent constament d’être agressées. Elles restent dans la rue, se cachent en essayant d’être invisibles.

Dans notre pays « developpé » :

– pres de 9 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté

– on compte 7 % de travailleurs pauvres

  • il y a près de 4 millions de personnes très mal logées
  • pres de 200 000 personnes sont sans abri, dont 2000 meurent chaque année dans la rue

Ce sont tous ceux-la dont nous parle ce film, des travailleurs sociaux , des bénévoles,et des associations caritatives, sans tomber dans le pathos mais avec humour.

Pour terminer, je voudrais vous lire d’édito du magazine, »CAUSETTE » qui nous parle simplement d’une de ces invisibles

I feel good, Delépine et Kervern

Monique dirige une communauté Emmaüs près de Pau. Après plusieurs années d’absence, elle voit débarquer son frère, Jacques, un bon à rien qui n’a qu’une obsession : trouver l’idée qui le rendra riche. Plus que des retrouvailles familiales, ce sont deux visions du monde qui s’affrontent.

Le duo Delépine/Kerven

Gustave Kervern et Benoit Delépine ont fait leurs premières armes à la télévision, en écrivant et jouant des sketches. Pour Gustave Kerven, ce fut Le plein de Super (émission rock), pour Benoît Delépine : les Guignols de l’Info et Groland (émissions satiriques).

Ils se rencontrent tous deux en travaillant ensemble sur Golandsat.

Ce soir, c’est le 7 films communs.

En 2004, ce duo tourne leur premier film dans lequel ils jouent les 2 rôles principaux : deux voisins qui se disputent constamment et se font écraser par une benne agricole. Paralysés, ils partent réclamer des indemnités au constructeur du matériel agricole qui se trouve en Finlande.

Depuis, ils ont fait plusieurs films :

– Avida en 2006

– Louise Michel en 2008 avec Yolande Moreau et Bouli Lanners : comédie noire sur des employés d’une usine décidés à liquider leur patron après une délocalisation sauvage

– Mammuth en 2010 avec Gérard Depardieu et Yolande Moreau. Serge Pilardosse vient d’avoir 60 ans. Il travaille depuis l’âge de 16 ans, jamais au chômage, jamais malade. Mais l’heure de la retraite a sonné, et c’est la désillusion : il lui manque des points, certains employeurs ayant oublié de le déclarer ! Poussé par Catherine, sa femme, il enfourche sa vieille moto des années 70, une « Mammut » qui lui vaut son surnom, et part à la recherche de ses bulletins de salaires…

– Le Grand soir en 2012 avec Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel : deux frères, un éternel punk à chien et l’autre commercial licencié partent faire leur révolution à leur manière !

– Near Death Experience en 2014 avec Michel Houellebecq

– Saint Amour en 2016 avec  Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Vincent Lacoste : histoire d’un père et de son fils qui partent en taxi faire la route des vins pour mieux se retrouver…

Dans la filmographie de ces deux compères, on retrouve l’humour noir et décalé de Groland, des personnages issus d’un milieu modeste, leurs déboires avec l’administration, une société fondée sur le profit, un esprit de solidarité, avec un ton de comédie, un humour militant àune comédie sociale ! Kerven en parlant de I feel good, disait qu’il fallait monter un groupe politique « En marge » pour parler de ses personnages.

Dans le film de ce soir, nous allons retrouver Yolande Moreau, une habituée du duo et Jean Dujardin, qui, près Depardieu, c’est un autre poids lourd du cinéma français. Dujardin est plutôt habitué à des personnages sûrs d’eux, sophistiqués et charmeurs. Mais ce sont justement ces caractéristiques qui définissent Jacques, un peu comme OSS 117, investi d’une suffisance, d’une fatuité à toute épreuve, qui en font à la fois un être abject, mais qui inspire une certaine tendresse par tant de bêtise.

« I Feel Good » mélange humour et tendresse, au bénéfice d’un message social, où domine la solidarité dans une joyeuse entreprise des sentiments. Comédie qui fait malheureusement beaucoup moins d’entrées que d’autres comédies actuelles…

Pearl d’Elsa Amiel

Comme chaque année, en partenariat avec la MJC, nous célébrons ce soir, avec un peu d’avance, la journée internationale des femmes.A quand l’égalité complète pour que cette journée n’ait même plus lieu d’être ?… A l’origine, cette date a été choisie en souvenir des manifestations des ouvrières en Russie le 8 mars 1917, et il a fallu attendre 1962 pour que la France ait sa journée internationale des droits des femmes.L’exposition à la MJC nous rappelle tout cela et je ne peux que vous encourager à aller la voir , c’est vraiment intéressant.

Tout naturellement, ce soir nous nous sommes tournés vers une réalisatrice:Elsa Amiel, âgée de 40 ans, qui , dans son 1er film: Pearl, dresse un beau portrait de femme.Certes,elle interroge une représentation atypique de la féminité.L’action du film se déroule dans un univers surprenant, peu représenté au cinéma, très codifié, et sur lequel on ne peut s’empêcher d’avoir beaucoup de préjugés: celui du culturisme féminin .

Elsa Amiel a eu l’idée de ce film en découvrant le travail du photographe allemand Martin Schoeller, sur des femmes américaines pratiquant le bodybuilding.Ces photos exerçaient sur elle un mélange de répulsion et de fascination.

La thématique du corps a toujours intéressé la réalisatrice, son 1er court-métrage: » Faccia d’Angelo« , était centré sur le corps d’un ancien champion de boxe. Le père d’Elsa était mime et elle dit avoir toujours été captivée par le travail du corps.Sa caméra détaille des plans serrés pour, dit-elle, »faire parler le corps ».

Pour une femme, s’adonner au culturisme semble synonyme de négation de sa féminité, mais en allant à la rencontre des athlètes , en se rendant à des compétitions, Elsa Amiel a découvert une sensibilité, une vulnérabilité, qu’elle ne soupçonnait pas.

Dans le film, elle a voulu explorer les différentes formes de la féminité que sont l’apparence, la soi-disant faiblesse, la maternité. Léa Pearl est jouée par Julia Föry,une authentique bodybuildeuse, elle a 28 ans et c’est bien -sûr sa première apparition au cinéma.

Le tournage, qui s’est déroulé principalement à Villeneuve d’Ascq, dans les Hauts de France, a dû s’adapter à l’entraînement drastique de l’athlète: 3 séances par jour, soit 6 heures de travail quotidien.On remarquera que les murs des chambres d’hôtel où sont logés les culturistes sont recouverts de plastique afin de protéger ces murs de l’espèce de fond de teint huileux qui recouvre le corps des athlètes.Ils ont d’ailleurs beaucoup de mal à l’ôter de leur peau….

Pour entrer dans ce monde, qui n’est pas fait que de paillettes, Fred Avril a composé une musique électronique assez austère.

Je vous souhaite d’apprécier ce portrait de femme qui pratique une discipline méconnue chez nous.

Denise Brunet

Green Book, Peter Farelly

Green book – 28 février 2019 –

Vous allez découvrir Green Book, sacré dimanche soir aux Oscars  meilleur film 2018. Je vous signale en passant que  l’Académie des Oscars  comprend 85 % de blancs, et 70 % d’hommes de plus de 55 ans…

Son réalisateur, Peter Farrely,  est né aux USA en 1956. Avec son frère Bobby, né deux ans après lui, il crée un type nouveau de comédies, burlesques, sans aucun tabou,  volontiers scatologiques,  dont un parfait exemple est l’inénarrable « Mary à tout prix ». 

Avec « Green book », réalisé cette fois sans son frère, Peter change  complètement de registre,  dans un style humaniste qui rappellerait plutôt « la vie est belle » de Frank Capra. Rappelons que Frank Capra a commencé lui aussi  par des films burlesques et « Arsenic et vieilles dentelles » pourrait être l’ancêtre de « Mary à tout prix ».

Le film est  la véridique histoire de Don Shirley,  célèbre pianiste de jazz afro-américain, élégant et cultivé,  et Tony Lip Villalonga,  chauffeur- livreur-videur dans le Bronx,  italo-américain plutôt rustre, beauf et raciste. Le musicien noir avait recruté le chauffeur blanc pour conduire sa voiture et  lui servir de garde du corps en 1962 lors de la tournée de concerts, qui devait le mener depuis Manhattan jusque dans les états ségrégationnistes du Sud des USA. 

Et « Green book » c’est un authentique  guide de voyage écrit en 1935 par un postier noir new yorkais, nommé, ça ne s’invente pas, Victor Hugo Green. Remis  chaque année à jour, il était destiné à indiquer aux touristes de couleur les lieux dans les états du Sud qu’ils devaient absolument éviter et ceux qu’ils pouvaient fréquenter sans risquer leur vie. Et il n’a a cessé de paraître qu’en 1966…

Le scénario est de Nick Villalonga, le propre fils de Tony Lip, qui a coaché pendant tout le film l’acteur  qui joue son père, le beau  et surdoué Viggo Mortensen, acteur américain  d’origine danoise. Polyglotte, il faut l’entendre raconter, en français, comment il s’est trouvé en avion par hasard à côté de notre Agnès Varda qui l’a littéralement charmé par son humour et sa sensibilité…

Vous avez aimé Mortensen dans le Seigneur des Anneaux, Captain Fantastic, Promesse de l’ombre. Dans Green book, il est magistral et hilarant, mais j’ai le regret de vous dire qu’il ne sera pas aussi beau cette fois, ayant dû  prendre 20 kg avec des pizzas, pour respecter le déséquilibre physique entre les deux hommes. 

Et c’est l’excellent acteur afro-américain Mahershala Ali, le premier acteur américain musulman à avoir obtenu un Oscar, qui interprète Don Shirley. Il a reçu dimanche son deuxième oscar, pour le meilleur acteur de second rôle.

 Green Book a aussi  recueilli le prix du meilleur scénario original. Et toutes ces récompenses ont provoqué la rage  de Spike Lee, dont le film Blackkklansman  n’a obtenu que l’oscar  du meilleur scénario adapté.Il  considére  que Green Book, réalisé par un blanc,   présente une vision condescendante et simpliste  des tensions raciales et un traitement réducteur de l’histoire du Racisme.Mais  comme ce film, qui mélange subtilement des sentiments de pudeur  et d’amitié est assez long, je n’en dirai pas plus. Est-ce le meilleur film 2018 ? A vous de juger.

Marion Magnard

Les Frères Sisters de Jacques Audiard

C’est à un western atypique que nous vous convions.Jacques Audiard, le réalisateur de « 120 battements par minute », de Deephan, qui a remporté la palme d’or à Cannes en 2015, de »De rouille et d’os » pour ne citer que ses films les plus récents, J.Audiard , oh surprise ! signe son 1er film américain.

Il l’a tourné avec des comédiens américains parce que , dit-il, « c’est leur histoire, leur culture »; et c’est d’ailleurs à l’initiative d’un acteur américain John Reilly, qui joue l’aîné des frères Sisters dans le film.En effet J.Reilly a souhaité qu’Audiard adapte le roman du CanadienPatrick De Witt intitulé : Les Frères Sisters.:il met en scène des tueurs à gages au service d’un parrain local: le Commodore.

Dans une première partie , le réalisateur respecte les conventions du western: dans les années 1850, en pleine ruée vers l’or, des hommes forts , courageux, poussiéreux, chevauchent l’ouest américain de l’Oregon à la Californie (en fait le film a été tourné en Espagne et en Roumanie , mais on s’y croirait).On est alors plongé dans un Far West impitoyable.

Puis les frères rencontrent leurs cibles : un autre tandem dont on suit en parallèle le chemin vers la Californie.Cette rencontre va provoquer un changement de ton, une parenthèse utopique, inédite dans un western.Les personnages vont se parler , se questionner,écrire, lire, tout cela est étranger au genre western. Audiard va explorer la relation complexe entre les 2 frères et , selon lui, le film évolue vers un conte intimiste sur la fraternité, l’amitié.On remarquera dans le générique la dédicace au frère aîné du réalisateur ,décédé.

La musique composée par Alexandre Desplat suit cette évolution: on passe d’une musique heurtée, jouée notamment, sur un violon électrique, à des sonorités plus harmonieuses.A.Desplat est un compositeur de talent, il a reçu l’an dernier l’Oscar pour la musique du film  » La forme de l’eau ».

Denise Brunet

Amanda

En novembre dans « Nos batailles » nous avions vu Romain Duris endosser les responsabilités d’un père devenu célibataire.Le thème de la paternité est également à l’oeuvre dans le 3ème long métrage de Mikhaël Hers, mais traité de manière b ien différente.

Ce réalisateur de 43ans a fait ses études de cinéma à la Femis et apparaît comme une figure montante du cinéma français.Dans ses 2 films précédents, « Memory Lane » sorti en 2010 et « Ce sentiment de l été » de 2015, il abordait déjà, aves beaucoup de finesse, la fragilité de l’existence.Il faut bien toute la douceur du regard de M.Hers et de sa scénariste Maud Ameline pour traiter de sujets poignants.

Dans le film de ce soir, ils ont voulu rendre hommage à la jeunesse parisienne décimée le 13 novembre 2015 au Bataclan.Un attentat sert de départ et de cadre au film, mais n’en constitue pas le sujet.Observer les efforts des survivants pour s’inventer un présent et un avenir: voilà ce qui intéresse le réalisateur.

Dans le 1er tiers du film, il prend le temps d’installer ses personnages dans un quotidien qu’il nourrit d’infinis détails à la manière de Patrick Modiano dont il est un grand lecteur ou du cinéaste Eric Rohmer.Le film a été tourné dans le XIIème arrondissement de Paris, près du bois de Vincennes, un Paris post-attentats.Des plans sur les espaces verts, sur les trajets à vélo traduisent une certaine harmonie.

Puis le cours des choses vole en éclats et M.Hers va dès lors étudier le parcours personnel de ses personnages, notamment de David, jeune homme de 24ans, insouciant, légèrement immature, qui va devoir se glisser au rang d’adulte.Il est interprété de manière magistrale par Vincent Lacoste, très convaincant dans son 1er grand rôle dramatique.La jeune Amanda, dont la silhouette poupine tranche avec une étonnante maturité, est jouée par Isaure Multrier, ce sont ses 1ers pas au cinéma.(Pour la petite histoire, elle est la fille de la productrice de Koh-Lanta, de Fort-Boyard: Alexia Laroche-Joubert.D’autres figures féminines , Stacy Martin qui a le rôle d’une étudiante, Greta Scacchi, celui de la mère lointaine, viennent aérer le récit.

Beaucoup de plans rapprochés sur les visages nous permettent de lire la trajectoire de chaque personnage.Tous les comédiens ont apprécié leur réalisateur qui dirige assez peu, mais qui sait créer une atmosphère pour qu’ils se sentent à l’aise.

Découvrons-les dans ce film qui sait rester lumineux , optimiste malgré l’injustice de la vie.

Denise Brunet.