Archives de catégorie : Les fiches de présentation des films

Les fiches de présentations rédigées par les bénévoles et présentées avant les séances « Toiles Émoi ».

La vie invisible d’Euridice Gusmão, Karim Ainouz

  • Karim AINOUZ est né en 1966 dans le Nord-Est brésilien. Son père, émigré Kabyle venu chercher une meilleure vie au Brésil, séduit une jeune brésilienne, lui fait un enfant et abandonne mère et fils. Karim est élevé dans la famille de sa mère, une famille de mère, de grand-mères, de tantes et de sœurs, joyeuses et généreuses mais sous la totale domination des hommes, souvent violents, qui décident de tout sans contestation possible..
  • Karim fait de bonnes études, l’architecture à Brasilia, puis la peinture, la photographie. S’intéressant au cinéma expérimental, il part à New York, où il découvre la vie américaine. A partir de 1990, il assiste des cinéastes confirmés, réalise des documentaires puis se partage entre longs métrages (notamment Madame Sata, histoire vraie d’un bandit brésilien homosexuel noir) et créations d’ évènements dans des musées, installations où il mêle tous les arts.
  • En 2015,la lecture du roman de Martha Baralha « La vie invisible d‘Euridice Gusmao » racontant l’impossible émancipation de deux sœurs, lui fait remonter les souvenirs de sa propre enfance dans le nord-est brésilien ultra-conservateur , et subjugué, il décide d’en faire un « Mélodrame Tropical » qui mettra les femmes à l’honneur. Il veut que son fim soit chargé de sensualité, de musique, de larmes, de sueur et de mascara qui coule, de cruauté, de violence et de sexe, un film « sentimental et excessif » avec des couleurs saturées. L’histoire se déroulera à Rio dans les années 50 et le réalisateur fera un véritable travail d’archéologue, les maisons, les meubles, les vêtements, les plats, les ustensiles de cuisine, tout doit être rigoureusement authentique. Au tournage, il est avant tout le monde dans les décors, pour s’imprégner de l’atmosphère, et il appelle les acteurs du prénom de leurs personnages.
  • Le film a reçu le prix de la section Un Certain regard au Festival de Cannes 2019. Le réalisateur en a été très heureux, comblé par le succès du film au Brésil « presque aussi fier de ce prix Cannois que d’une coupe de football » et plus encore, dit il, de ressentir l’émotion des spectateurs à la sortie de la projection.

It must be heaven

Le film de ce soir ressemble à son auteur : Elia Suleiman, qui va jusqu’à jouer le 1er rôle sous son propre nom, dans un style qui rappelle celui de Jacques Tati. Il y a beaucoup de M.Hulot dans le personnage qu’interprète le cinéaste palestinien.Coiffé de son petit chapeau, les yeux perpétuellement écarquillés, il ne dit pratiquement rien pendant tout le film , mais observe tout ce qui fait le lot de notre quotidien: instants banals , décalés…

Chez lui, l’humour est une règle et aussi une arme.Il utilise le plus souvent de longs plans fixes où lentement l’absurde surgit.Cette appétence pour l’absurdité, il est possible que Suleiman la tire de son propre statut: il est né en 1960 et a grandi à Nazareth en terre d’Israël, il est un arabe israëlien. Nazareth est une ville à majorité palestinienne, donc arabe, mais située en Israël. De plus Suleiman est chrétien en terre d’islam  » je suis donc minoritaire sur toute la ligne  » confesse t-il

Il aime son pays et dans ses 4 longs-métrages, il fait exister la Palestine.En 1996 il a réalisé » Chronique d’une disparition » qui a reçu le prix du meilleur film au festival de Venise.En 2002 il était le 1er réalisateur palestinien en compétition à Cannes avec « In tervention divine »: il a obtenu le prix du jury.En 2009 « Le temps qu’il reste » a été également sélectionné à Cannes.Son 4ème film: « It must be heaven » a été récompensé au dernier festival de Cannes par une mention spéciale du jury ( prix créé pour lui) et le prix de la critique internationale.Nombreux sont ceux qui estiment que le film a pâti d’être montré le dernier jour du festival.Il méritait , paraît-il meilleure récompense.

Fâché de voir sa terre palestinienne en conflit perpétuel, empêchée de devenir un Etat, Suleiman commence une migration à l’étranger.L’enfer est en Palestine, c’est donc que le paradis doit être ailleurs, quelque part à l’ouest. « It must be heaven » signifie : »Ce doit être le paradis ».

Il part d’abord à Paris, puis à New-York où il a vécu 14 ans .il promène partout son regard étonné sur l’état du monde comme Montesquieu l’avait fait , quelques siècles plus tôt, dans « « Les Lettres persanes« , et comme lui il se livre à une satire de ce monde.Il réalise une comédie grinçante en forme de jeu de miroirs entre son pays et l’Occident.

« Le monde entier s’est transformé en une sorte de Palestine » conclut-il.

Je vous laisse en compagnie d’un héritier de Buster Keaton, de Jacques Tati, de Ionesco…et vous souhaite une bonne soirée.

Denise Brunet

Une vie cachée

Terrence Malik, réalisateur américain de 76 ans , a coutume de se soustraire aux regards et aux questions y compris à Cannes,parce qu’il pense que tout ce qu’il a à dire se trouve dans ses films. Après plusieurs films expérimentaux, en rupture avec le public, même « The tree of life », pour lequel il a reçu une palme d’or en 2011 ( je précise que ce n’est pas lui qui est venu la chercher, on raconte qu’il était bien dans la salle , mais caché ! ), donc après des films plutôt déroutants pour le public , comme sa trilogie « A la merveille » 2012, « Knight of cups« 2016,ou « Song to Song« 2017,Malick revient, pour son 10ème film à un récit plus accessible.

Il s’est inspiré de l’histoire réelle de Franz Jägerstätter, fermier autrichien, objecteur de conscience, pendant la seconde guerre mondiale.Peu nombreux sont ceux qui connaissent la vie de ce paysan autrichien condamné à mort à 36 ans par les nazis en août 1943, et béatifié en 2007, la pape Benoît XVI, le reconnaissant comme martyr. Rien ne le prédisposait à sortir de l’anonymat: c’est un chercheur américain Gordon Zahn, qui , en enquêtant sur les opposants catholiques au régime nazi, l’a fait connaître.Il a rédigé sa biographie en 1964,; dès lors le parcours de cet homme a été le sujet de plusieurs livres , documentaires etc…

Le film démarre en 1939 soit un an après l’Anschluss c’est -à -dire l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie, rattachement qui s’est fait sans la moindre opposition.Le récit est fidèle à la vérité historique et juste quant à l’image qu’il montre de l’objection de conscience.

Nous allons suivre le voyage intérieur de cet homme qui lutte pour préserver son humanité intacte alors que le monde autour de lui plonge dans le mal. La foi personnelle de T.Malick donne une dimension religieuse omniprésente.De nombreuses scènes sont accompagnées de passages de la Bible en voix off.Cette voix off est tirée des lettres authentiques que s’envoyaient Franz et son épouse lors de leur éloignement.C’est à l’intérieur de sa relation de couple que Franz a perçu la voie de sa conscience.

August Diehl, que nous avons vu dans «  Inglorious Basterds« , dans «  Le jeune Karl Marx« , joue le rôle de Franz; une force communicative se dégage de sa personne. Son épouse interprétée par Valerie Pachner sait traduire aussi bien leurs moments heureux au milieu des alpages du Tyrol dans une première partie, que leurs souffrances dans une seconde.

On doit au directeur de la photo Jörg Widmer de superbes plans filmés au grand angle, avec une rigueur absolue.Un critique Romain Thoral prétend que « la 1ère partie du film est peut-être ce que Malick a filmé de plus beau de toute sa vie ».

Un dernier point qui peut déranger : les dialogues des nazis sont en allemand ( vociféré, hurlé) non sous -titré, tandis que les personnages autrichiens parlent anglais bien que l’histoire ne concerne que des germanophones

Par ce long métrage T.Malick donne une voix aux vrais héros qui ont souvent vécu une vie cachée.

Denise Brunet

Notre dame, de Valérie Donzelli

Notre dame, de Valérie Donzelli. 

Quel est le point commun entre les 4 films programmés par TEM depuis début janvier ? Eh bien leurs réalisateurs sont des réalisatrices ! Après Lucie Borleteau pour Chanson douce, Alice Winocour pour Proxima et Sara Suco pour Les Eblouis, nous terminons (provisoirement) ce cycle avec Valérie Donzelli. Et l’on peut se réjouir d’autant plus que cette sélection féminine ce n’est pas du tout un choix imposé mais un hasard de programmation, comme si les femmes commençaient à trouver une place dans le cinéma de façon presque « normale », en France au moins. Vous remarquerez d’ailleurs le titre du film de ce soir : Notre dame (sans tiret ni majuscule)

Notre dame est le 5ème long métrage de Valérie Donzelli. Après une incursion dans le cinéma historique avec Marguerite et Julien, basé sur un scénario qui avait été écrit pour François Truffaut, elle revient au matériau qui est le cœur de son cinéma, à savoir sa propre vie, comme dans La Reine des pommes ou La guerre est déclarée. En effet, le personnage principal du film Maud Crayon, a un certain nombre de poins communs avec la réalisatrice qui est aussi son interprète. Comme elle, elle est née dans les Vosges ; comme elle, elle a un ex-mari, père de ses deux 1ers enfants, dont elle a du mal à se séparer… Comme elle, elle a une profession très prenante… Certes elle n’est pas cinéaste, mais après son baccalauréat, Valérie Donzelli a d’abord suivi des études… d’architecture ! Selon elle, les deux métiers ont des points communs : mener un projet à terme avec un budget à respecter, courir le risque de voir son oeuvre critiquée… et le choix de cette profession lui permettait de parler d ‘elle tout en prenant un peu de distance. 

Ce film est né d’une demande de de ses producteurs qui souhaitaient une oeuvre plus autobiographique que la précédente, mais aussi d’une volonté de déclarer son amour à la ville de Paris, une ville malmenée depuis les attentats de 2015 et à laquelle elle voulait redonner un peu de beauté. En choisissant comme projet architectural l’aménagement du parvis de Notre Dame, elle voulait traiter l’histoire d’un échec lié à l’architecture. Elle s’est inspirée de plusieurs projets qui ont fait scandale comme Beaubourg, la pyramide du Louvre, ou le plug de Paul Mac Carthy place Vendôme en 2014, et surtout les colonnes de Buren au palais Royal. 

Vous constaterez une particularité dans ce film : le personnage porte presque toujours le même costume, et la robe de chambre est faite dans le même imprimé que la robe, pour donner un côté côté BD, un peu comme si le personnage était une sorte de figurine, comme Bécassine ou Tintin. En effet, la réalisatrice ne manque pas de faire quelques clins d’oeil à la BD, mais aussi aux films de Demy voire au cinéma muet. 

Evidemment, l’incendie de la cathédrale a donné une tonalité différente au film et un petit parfum de nostalgie, mais c’est bien d’une comédie qu’il s’agit, une comédie burlesque et fantasque sur les vicissitudes de la vie d’une parisienne moderne. 

Les Eblouis, de Sara Suco

Les Eblouis, de Sarah Suco

Sarah Suco est d’abord une actrice de théâtre. Elle a commencé sa carrière dans une troupe spécialisée dans le spectacle pour jeune public avant d’intégrer la troupe de Pierre Palmade, collaborateur qui l’a incitée à écrire elle-même. Au cinéma, elle est également actrice, nous avons pu la voir récemment dans Les Invisibles, de Louis-Julien Petit, mais aussi dans Guy d’Alex Lutz ou encore Orpheline, d’Arnaud des Pallières. Elle est passée à la réalisation avec son ami Louis-Julien Petit pour un premier court-métrage en 2017, intitulé Nos enfants. 

Les Eblouis est son premier long-métrage, il est né à la suite d’une proposition de Dominique Besnéhard qui lui avait demandé d’écrire pour la série 10%. A la place, elle lui a proposé ce projet à forte teneur autobiographique puisque Sarah Suco a passé 10 ans de sa vie, de 1989 à 1999, avec ses parents et ses 5 frères et sœurs, dans une communauté religieuse charismatique. Pourtant il ne s’agit pas d’un documentaire sur sa vie, ce qui aurait été pour elle du voyeurisme. Elle a souhaité, en partant de son vécu, écrire une histoire qui aboutisse à un film à la fois populaire et exigeant, et pour cela, elle a choisi de ne pas travailler seule, que ce soit à la réalisation ou au scénario. Elle dit d’ailleurs que tous les éléments empruntés à la réalité ont été édulcorés pour éviter aussi bien le film d’horreur que le réquisitoire. Son idée-phare, c’est d’adopter le point de vue exclusif de Camille, l’héroïne âgée de 12 ans. On entre dans le film avec elle, donc sans jugement, avec son regard d’abord neutre, puis de plus en lus lucide et critique. 

Ce film est le 1er en France consacré aux dérives sectaires. Il est vrai qu’on a tendance à penser que ce genre de choses n’existe qu’aux Etats-Unis ; que les sectes, c’est le Temple du Soleil ou la scientologie. D’ailleurs, la réalisatrice recommande à ceux qui s’intéressent au sujet de regarder un documentaire disponible sur youtube qui s’intitule : Les béatitudes, une secte aux portes du Vatican. Ce que nous décrit Sarah Zuco, c’est une lente descente dans une spirale infernale, un passage progressif chez les enfants de la joie à l’angoisse, chez les parents de la douce excentricité à l’aveuglement coupable et la complicité terrifiante. Même si certaines ellipses accélèrent nettement le processus, le film montre comment ce mouvement attire et capture des personnalités fragiles et les isole de leur entourage pour avoir toute l’emprise possible sur eux. 

Dans cet engrenage, le personnage salvateur de la jeune Camille est incarné par Céleste Brunnquell, 15 ans au moment du tournage et une incroyable palette d’expressions et de mimiques pour exprimer sa révolte et son rejet de cet univers effroyable. Car c’est un univers qui torture les esprits et les corps, le corps de cet enfant qui rêve de cirque et se retrouve soumise à l’emprise implacable du Berger, gourou joué par Jean-Pierre Darroussin. 

Enfin, un mot sur le titre aux significations multiples : il désigne bien sûr les communautaires éblouis par leur gourou, mais aussi la jeune Camille éblouie par l’amour qu’elle porte à ses parents. « Grandir et devenir adulte, c’est accepter de ne plus être ébloui, de sortir de l’aveuglement, de réfléchir par soi-même. »

Proxima

Ce soir nous allons découvrir un monde qui cultive son mystère vis à vis du grand public; nous allons donc voir des endroits d’ordinaire cachés. Proxima est le nom d’une mission dans l’espace.

Le film spatial semble très à la mode en ce moment, il « colle  » à l’actualité puisqu’un équipage vers la planète Mars est en préparation. On a déjà vu des acteurs hollywoodiens envoyés dans l’espace: Matt Damon dans  » Seul sur Mars », Ryan Gosling dans »First Man »,et plus récemment Brad Pitt dans »Ad Astra ».

Mais dans le film d’Alice Winocour, pas d’imagerie à l’américaine.On vit dans le quotidien des astronautes qui se préparent au grand décollage: un univers essentiellement masculin.Les femmes ne représentent que 10% des spationautes et elles doivent redoubler d’efforts pour entrer dans ce monde d’hommes. Mêmes les combinaisons spatiales sont conçues pour les hommes attendu qu’elles ont un poids important aux épaules tout simplement parce que les hommes sont forts aux épaules.

La jeune réalisatrice ( elle a 44 ans) , a choisi de nous montrer l’entraînement acharné de l’unique femme retenue pour cette mission : elle doit se muscler pour pouvoir soutenir le poids du scaphandre, elle doit aussi vaincre des préjugés, dompter ses propres faiblesses et prouver plus que se compagnons masculins.

Pour incarner cette astronaute prête à s’envoler vers son rêve, elle a fait appel à Eva Green pour son côté  » amazone, guerrière, qui correspond aux femmes cosmonautes que j’ai rencontrées « , dit la réalisatrice. Elle poursuit « Eva Green ne sera jamais une actrice parmi d’autres, selon elle, il lui restera toujours une part d’étrangeté, d’apparente froideur ». Le précédent rôle d‘Eva Green l’avait obligée à faire du trapèze dans Dumbo de Tim Burton, elle qui avait le vertige. Elle avait dû apprendre à vaincre sa peur du vide.

Certaines scènes ont été tournées dans un véritable centre d’entraînement spatial , près de Cologne, là où s’entraînent les astronautes européens ( Thomas Pesquet fait d’ailleurs une apparition dans le film ). Alice Winocour a eu également l’autorisation de faire entrer sa caméra dans la « Cité des Etoiles », près de Moscou, véritable ville fermée. Puis elle a filmé la base de Baïkonour , seul endroit d’où partent vraiment les fusées pour atteindre la Station Spatiale Européenne. Aucun décor n’a été construit, tout a été tourné dans les installations où se déroulent les faits décrits.

Se confronter à l’espace , c’est aussi faire l’expérience de la fragilité humaine. On coupe le cordon avec la Terre-Mère, on coupe aussi le cordon avec ses proches. Lors de la phase de décollage, les scientifiques utilisent d’ailleurs l’expression : « séparation ombilicale ». Qui dit départ dit aussi douleur des adieux. Dans son scénario coécrit avec Stéphane Bron, la réalisatrice a tenu à mettre en scène une super-héroïne qui est aussi mère d’une fillette de 7-8 ans, jouée par Zélie Boulant-Lemesle et leurs relations sont particulièrement bien analysées.

Ce film qui se déroule dans un univers rigoureux, aseptisé, n’empêche jamais l’émotion, comme le souligne la musique subtile du Japonais Sakamoto. Ce musicien avait reçu l’Oscar de la meilleure musique pour « Le dernier empereur ».

LE GENERIQUE DE FIN NOUS PRéSENTE DES FEMMES ASTRONAUTES QUE NOUS AURONS SANS DOUTE ENVIE DE SALUER AVEC RESPECT APRéS AVOIR VU PROXIMA.

DENISE BRUNET

LE TRAÎTRE

NOUS ALLONS VOIR CE SOIR UN FILM SUR LA MAFIA, REALISE POUR UNE FOIS PAR UN ITALIEN,AVEC DES ACTEURS ITALIENS: MARCO BELLOCHIO. IL A VOULU APPORTER SON PROPRE REGARD…D’ITALIEN . JUSQU’ALORS C’ETAIT UNE SPECIALITE AMERICAINE: ON PENSE NATURELLEMENT AU « PARRAIN » DE COPPOLA . MAIS BELLOCHIO EST LOIN DE LA FASCINATION QUI CARACTERISE LES FILMS DE CE GENRE. PAS DE ROMANTISME SPECTACULAIRE,PAS DE FIORITURES, SEULEMENT DES CADRAGES SERRES SUR LES PROTAGONISTES. IL NE GLORIFIE SURTOUT PAS LE MILIEU QU’IL TRAITE, COMME SOUVENT LE FONT LES AMERICAINS. IL DEPEINT UN PANIER DE CRABES Où LES COUPS BAS ET LES BATAILLES D’EGO SONT MONNAIE COURANTE.

BELLOCHIO S’EST TOUJOURS CONFRONTE AUX SYMBOLES FORTS DE L’ITALIE : L’EGLISE,(AVEC SON FILM« AU NOM DU PERE » SORTI EN 1972),LA FAMILLE(DANS « LES POINGS DANS LES POCHES » DE 1965 OU DANS « FAIS DE BEAUX RÊVES » DE 2016, L’ARMEE » AVEC »MARCHE TRIOMPHALE » DE 1976 ET DESORMAIS LA MAFIA, SUJET SUGGERE AU REALISATEUR DE 79 ANS PAR SON PRODUCTEUR : « IL EST TEMPS A TON ÂGE DE T’ATTAQUER AU SUJET ».AVANT D’ACCEPTER L IDEE, IL S’EST BEAUCOUP DOCUMENTE SUR LE MONDE DE « COSTA NOSTRA« ,LA MAFIA SICILIENNE,SUR CELUI DES JUGES, ET CE PENDANT 2 ANS.

CETTE ORGANISATION,NEE DANS LA SECONDE MOITIE DU XIXEME SIECLE POUR DEFENDRE LES PAUVRES, A BASCULE DANS LA VIOLENCE CREANT UNE SOCIETE PARALLELE. SON IMPLANTATION ANCREE DANS LES MOEURS,FAIT PARTIE INTEGRANTE DU PAYS. LA MAFIA A SES CODES: PAR EXEMPLE LE SENS DE L’HONNEUR,QUI,ENTRE PARENTHESES SERT DE PARAVENT AUX INTERÊTS ET à LA CRAPULERIE DE CHACUN…,LA FAMILLE RELEVE DU SACRé. C’EST A ELLE QU’ IL CONVIENT DE S’ATTAQUER POUR TOUCHER L ENNEMI.

LE CINEASTE A COUTUME DE MÊLER L’INTIME à L’HISTOIRE. IL DECIDE DONC DE RETRACER L’ITINERAIRE SINGULIER D’UN MAFIOSO: TOMMASO BUSCETTA: C’EST MOINS LA MAFIA QUI PASSIONNE LE REALISATEUR QUE LES MECANISMES INTIMES DE BUSCETTA A TRAVERS SON PORTRAIT CE SONT NEANMOINS 15 ANS DE LA MAFIA SICILIENNE QU ‘ IL NOUS RACONTE .BUSCETTA A VRAIMENT EXISTE COMME EN TEMOIGNENT LES PHOTOS DU GENERIQUE DE FIN.

DANS LES ANNEES 80 COSA NOSTRA PROCEDAIT à DES ELIMINATIONS TRèS VIOLENTES,N’EPARGNANT NI FEMMES,NI ENFANTS,NI JUGES CON TRAIREMENT à L’ETHIQUE DE LA COSA NOSTRA D’ANTAN.

BUSCETTA EST INTERPRETE PAR UN ACTEUR TRèS CONNU EN ITALIE:PIERFRANCESCO FAVINO. A 50 ANS IL REUSSIT UNE COMPOSITION INOUBLIABLE AU POINT QUE CERTAINS REGRETTENT QU’IL N’AIT PAS REçU LA RECOMPENSE DU MEILLEUR ACTEUR MASCULIN; ELLE A ETE DECERNEE à ANTONIO BANDERAS. FAVINO A RECHERCHE DES VIDEOS SUR BUSCETTA,,A ETUDIE SA FAçON DE BOUGER LES MAINS? DE S’HABILLER,DE PARLER AUX GENS. IL CONFIE » JE N’AI PAS HONTE DE DIRE QUE JE SUIS ALLE à FOND DANS L’IMITATION »

BUSCETTA S’EST DESOLIDARISE DU GROUPE ET MARCO BELLOC HIO TENTE D’EN SAISIR LES RAISONS SANS TOUTEFOIS APPORTER DE REPONSES: EST-CE LA NECESSITE DE LA SURVIE ? EST-CE LA VENGEANCE ? LA REDEMPTION ? CE N’EST PAS LE VISAGE IMPENETRABLE DE FAVINO QUI NOUS AIDERA à LA COMPREHENSION DEFINITIVE DU PERSONNAGE.

LA BRILLANTE BANDE SONORE EST DUE à NICOLA PIOVANI: NOUS ENTENDRONS DES AIRS D’OPERA DE VERDI,NABUCCO NOTAMMENT. CE 26èME FILM DE M.BELLOCHIO REPRESENTERA L’ITALIE AUX OSCARS. QUELQUES SCENES NOUS RESTERONT EN MEMOIRE: LA SCENE INAUGURALE DANS CETTE SPLENDIDE VILLA DE PALERME,LE JOUR DE LA STE ROSALIE ( DANS CES AFFAIRES MIEUX VAUT SE PLACER SOUS PROTECTION DIVINE ! ) OU ENCORE LES SEQUENCES DE PROCES QUI TOURNENT à LA FOIRE,à LA COMEDIA DELL’ARTE.

J’AJOUTE QUE LE FILM EST SORTI EN ITALIE LE 23 MAI DERNIER,JOUR ANNIVERSAIRE DE LA MORT DU JUGE FALCONE SUR L ‘AUTOROUTE PRèS DE PALERME.

BONNE PROJECTION !

DENISE BRUNET

Martin Eden, de Pietro Marcello

Martin Eden, Pietro Marcello

J’assume aujourd’hui une présentation à la 1ère personne, car Martin Eden, avant d’être un film, est un de mes coups de coeur littéraires. Si vous croyez que Jack London n’a écrit que des histoires de chien de traîneaux, précipitez-vous dans une librairie ou une bibliothèque pour acquérir ce livre. Il s’agit d’un récit largement autobiographique, paru en 1909, racontant l’histoire d’un marin des quartiers pauvres d’Oakland, qui décide de se cultiver pour séduire une jeune bourgeoise. Après avoir exercé toutes sortes de métiers souvent très durs physiquement (j’ai le souvenir de pages où il décrit son travail dans une laverie), il se met à écrire et devient, non sans difficultés, un auteur à succès. Néanmoins, sa nouvelle situation ne peut pas satisfaire celui qui, au fond de lui, se souvient toujours du milieu d’où il vient et ne peut le renier, ce qui le conduit dans une impasse. 

En général, j’évite d’aller voir les films tirés de mes livres préférés, pour différentes raisons. Parce qu’il y a forcément un côté réducteur dans le changement de langage, mais aussi parce que le film m’impose des images différentes de celles que j’avais imaginées, et dont j’ai du mal à me défaire. J’ai par exemple toujours regretté d’être allée voir le film tiré du Liseur de Bernard Schlink.

Pourtant, j’ai choisi de voir ce film car il s’agit d’un projet original et pas d’une simple adaptation. Le réalisateur Pietro Marcello et le scénariste Maurizio Braucci voient dans ce roman l’histoire de tous ceux qui se sont formés non pas dans leur famille ou à l’école mais à travers une culture acquise en autodidactes, de tous ceux qui croient en la culture comme outil d’émancipation mais finissent forcément déçus. Ils ont donc transposé l’action dans un Xxème siècle sans repères temporels précis, une sorte de Xxème siècle rêvé, qui rappelle souvent les années 80, parfois aussi les années 50, sans qu’il y ait de cohérence chronologique claire. Pour le lieu, ils ont remplacé Oakland par Naples, mais cela pourrait être n’importe quelle ville portuaire, d’Italie ou d’ailleurs. Le film commence par la fin de la vie de Martin Eden, pour revenir ensuite sur différents moments du passé du personnage avant qu’il rencontre le succès. Il s’agit donc d’un film qui veut rendre l’esprit plutôt que la lettre du roman, qui ne cherche pas à l’adapter mais à en faire une véritable œuvre cinématographique. 

Le réalisateur est lui-même un autodidacte, né en 1976, qui a surtout tourné jusqu’ici des documentaires et s’intéresse toujours à son pays et aux gens du peuple. Il insère d’ailleurs dans son film des images qu’il avait tournées pour des films précédents, et de nombreuses images d’archives, ce qui rapproche parfois le film de ces grandes fresques comme celles de Bertolucci par exemple. En tout cas il s’agit d’un film en rupture avec les genres préétablis, qui ne manque pas d’audace du point de vue de la forme. 

Signalons enfin que l’acteur Luca Marinelli, qui interprète le rôle titre, a reçu à la mostra de Venise le 1er prix d’interprétation devant Joaquim Phoenix !

Bon film, et bonne lecture du roman ensuite !

Un jour de pluie à New-York

Nous vous présentons ce soir le 53ème de Woody Allen et de l’avis de tous ceux qui l’ont vu, il s’agit de son meilleur depuis une décennie.Il a fait l’ouverture du 45 ème festival du film américain à Deauville en septembre.

Il devait être distribué en 2018 aux USA, mais sa sortie a été annulée en raison du mouvement Me Too et de plusieurs accusations d’agressions sexuelles à l’encontre du réalisateur ,dont une particulièrement embarrassante pour lui puisqu’elle provenait de sa fille adoptive Dylan Farrow.Deux acteurs du film de ce soir:Rebecca Hall et Timothée Chalamet qui joue un des rôles principaux, ont partagé leur regret d’avoir tourné dans « Un jour de pluie à New-York » et ont reversé leur salaire à l’association Time’s up, destinée à venir en aide aux personnes victimes de harcèlements sexuels.En France, le distributeur des films de Woody Allen;:Mars Films, a attendu que les choses se tassent pour sortir le film, ne se sentant pas directement concerné par ce contexte extra-cinématographique.

Le récit est d’apparence futile:un couple d’étudiants prévoit de passer un week-end à Manhattan.En fait il raconte le désarroi d’une certaine bourgeoisie américaine.L’acuité du regard du réalisateur sur ces communautés bourgeoises , désinvoltes, est toujours aussi remarquable, même à 83 ans.Mais au fond il décrit son propre milieu social et culturel qu’il n’hésite pas à critiquer.

Sa caricature d’une jeunesse dorée, interprétée par une nouvelle génération de comédiens américains, conjugue légèreté, tendresse et humour.A travers son trio d’acteurs d’une vingtaine d’années : Timothée Chalamet, Elle Fanning, Selena Gomez, W.Allen a voulu capter l’idée même de jeunesse, synonyme d’élan vital , d’optimisme indestructible.Ce renouvellement des générations contribue à ce que le charme opère.

On retrouve bien-sûr tout ce qui caractérise les comédies sentimentales du réalisateur:des filles pétillantes, jolies, des garçons souvent pédants, des adultes inconséquents….Ajoutons la pluie » pour une comédie romantique, il faut de la pluie« plaisante W.Allen.Je crois savoir qu’il n’a pas hésité à en mettre beaucoup….

Cette balade frivole, loufoque, est jalonnée de bons mots, de répliques qui font mouche.Plus il vieillit, plus W.Allen se concentre sur l’écriture.Peut-être est-ce parce qu’il est conscient de savoir filmer sa ville comme personne, aidé en cela de son chef-opérateur: Vittorio Storano., il a donc plus de temps à consacrer aux dialogues.

Le cinéma de W.Allen prend ses racines à New-York.Sa caméra a voyagé ensuite dans les plus grandes métropoles romantiques d’Europe, mais il revient de nouveau à Manhattan.C’est avec délectation qu’il filme les rues , les bars, le Metropolitan Museum, les promenades à Central Park.

Quant à la musique, le réalisateur a proposé une compilation jazz dont 7 titres de Erroll Garner et une scène musicale au piano avec l’acteur Timothée Chalamet.

Je vous souhaite une bonne projection, ce film va sans doute nous donner envie d’avoir 20 ans à nouveau.

Denise Brunet

Ad Astra de James Gray

L’astronaute Roy McBride s’aventure jusqu’aux confins du système solaire à la recherche de son père disparu et pour résoudre un mystère qui menace la survie de notre planète.

Le titre du film, Ad Astra, en latin, signifie « vers les étoiles » et constitue un raccourcis de la formule « Ad Astra per Aspera » qui pourrait se traduire par « vers les étoiles, à travers la difficulté ».

James Gray est américain de 50 ans. C’est réalisateur et scénariste de films plutôt intimistes, il n’est pas habitué à des grands spectacles. C’est son 7ème film :
• Little Odessa (1994),
• The Yards (2000),
• La nuit nous appartient (2007),
• Two Lovers (2008),
• The Immigrant (2013)
• The Lost City of Z (2016).

On retrouve les thèmes déjà abordés dans ses précédents films :
• d’un côté la figure tutélaire du père
• de l’autre, le voyage vers l’inconnu pour s’en affranchir.

The Lost City of Z se déroulait au fond de la jungle amazonienne où une explorateur était à la recherche d’une cité perdue.
Ad astra et The Lost City of Z sont 2 films qui constituent les deux faces d’une même histoire, celle d’une quête existentielle incarnée par un héros, inadapté à son monde, qui part toujours plus loin à la recherche de réponses pour découvrir ce qu’il peut y avoir au bout.

Dans cette quête de l’inconnu, on ne peut s’empêcher de penser à Apocalypse Now.
Concernant l’espace et sa finitude ou son infinitude, sa difficulté d’appréhension, on ne peut non plus s’empêcher non plus de penser à 2001, l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick.
Et Brad Pitt dans une scène nous rappelle Solaris d’Andreï Tarkovski.

On pourrait penser que cela va être un film de science fiction et le voir comme un grand spectacle, ce n’est pas le cas, ce qui est recherché avant tout, ce sont les émotions aussi diverses soient-elles (solitude, émerveillement, incompréhension…)
Ici on ne parle pas de science fiction mais de science future factuelle. On essaie d’être dans un forme de réalisme.
La Lune est vue comme un réseau d’avant poste. Mars est vu comme une base scientifique de la même manière qu’une base antarctique actuelle.
Ce n’est pas un film de dimension technique, la dimension méta-physique est « presque le prétexte » de ce film.

Les acteurs que l’on ne présente plus :
• Brad Pitt : le fils Roy McBride
• Tommy Lee Jones : le père Clifford McBride
• Donald Sutherland : Colonel Thomas Pruitt
• Liv Tyler : Femme de Roy McBride
• Ruth Negga : Helen Lantos, peut-être incarne-t-elle la vérité ?

La musique des compositeurs Max Richter et Lorne Balfe (collaborateur de Hans Zimmer) ajoute les dimensions voyage vers l’inconnu, réflexion, analyse voire introspection.
• Churchil
• Gemini man
• The last man on the moon
• Good morning england

Le mot du soir : sonate