Archives de l’auteur : Danièle Mauffrey

La vie invisible d’Euridice Gusmão, Karim Ainouz

  • Karim AINOUZ est né en 1966 dans le Nord-Est brésilien. Son père, émigré Kabyle venu chercher une meilleure vie au Brésil, séduit une jeune brésilienne, lui fait un enfant et abandonne mère et fils. Karim est élevé dans la famille de sa mère, une famille de mère, de grand-mères, de tantes et de sœurs, joyeuses et généreuses mais sous la totale domination des hommes, souvent violents, qui décident de tout sans contestation possible..
  • Karim fait de bonnes études, l’architecture à Brasilia, puis la peinture, la photographie. S’intéressant au cinéma expérimental, il part à New York, où il découvre la vie américaine. A partir de 1990, il assiste des cinéastes confirmés, réalise des documentaires puis se partage entre longs métrages (notamment Madame Sata, histoire vraie d’un bandit brésilien homosexuel noir) et créations d’ évènements dans des musées, installations où il mêle tous les arts.
  • En 2015,la lecture du roman de Martha Baralha « La vie invisible d‘Euridice Gusmao » racontant l’impossible émancipation de deux sœurs, lui fait remonter les souvenirs de sa propre enfance dans le nord-est brésilien ultra-conservateur , et subjugué, il décide d’en faire un « Mélodrame Tropical » qui mettra les femmes à l’honneur. Il veut que son fim soit chargé de sensualité, de musique, de larmes, de sueur et de mascara qui coule, de cruauté, de violence et de sexe, un film « sentimental et excessif » avec des couleurs saturées. L’histoire se déroulera à Rio dans les années 50 et le réalisateur fera un véritable travail d’archéologue, les maisons, les meubles, les vêtements, les plats, les ustensiles de cuisine, tout doit être rigoureusement authentique. Au tournage, il est avant tout le monde dans les décors, pour s’imprégner de l’atmosphère, et il appelle les acteurs du prénom de leurs personnages.
  • Le film a reçu le prix de la section Un Certain regard au Festival de Cannes 2019. Le réalisateur en a été très heureux, comblé par le succès du film au Brésil « presque aussi fier de ce prix Cannois que d’une coupe de football » et plus encore, dit il, de ressentir l’émotion des spectateurs à la sortie de la projection.

Notre dame, de Valérie Donzelli

Notre dame, de Valérie Donzelli. 

Quel est le point commun entre les 4 films programmés par TEM depuis début janvier ? Eh bien leurs réalisateurs sont des réalisatrices ! Après Lucie Borleteau pour Chanson douce, Alice Winocour pour Proxima et Sara Suco pour Les Eblouis, nous terminons (provisoirement) ce cycle avec Valérie Donzelli. Et l’on peut se réjouir d’autant plus que cette sélection féminine ce n’est pas du tout un choix imposé mais un hasard de programmation, comme si les femmes commençaient à trouver une place dans le cinéma de façon presque « normale », en France au moins. Vous remarquerez d’ailleurs le titre du film de ce soir : Notre dame (sans tiret ni majuscule)

Notre dame est le 5ème long métrage de Valérie Donzelli. Après une incursion dans le cinéma historique avec Marguerite et Julien, basé sur un scénario qui avait été écrit pour François Truffaut, elle revient au matériau qui est le cœur de son cinéma, à savoir sa propre vie, comme dans La Reine des pommes ou La guerre est déclarée. En effet, le personnage principal du film Maud Crayon, a un certain nombre de poins communs avec la réalisatrice qui est aussi son interprète. Comme elle, elle est née dans les Vosges ; comme elle, elle a un ex-mari, père de ses deux 1ers enfants, dont elle a du mal à se séparer… Comme elle, elle a une profession très prenante… Certes elle n’est pas cinéaste, mais après son baccalauréat, Valérie Donzelli a d’abord suivi des études… d’architecture ! Selon elle, les deux métiers ont des points communs : mener un projet à terme avec un budget à respecter, courir le risque de voir son oeuvre critiquée… et le choix de cette profession lui permettait de parler d ‘elle tout en prenant un peu de distance. 

Ce film est né d’une demande de de ses producteurs qui souhaitaient une oeuvre plus autobiographique que la précédente, mais aussi d’une volonté de déclarer son amour à la ville de Paris, une ville malmenée depuis les attentats de 2015 et à laquelle elle voulait redonner un peu de beauté. En choisissant comme projet architectural l’aménagement du parvis de Notre Dame, elle voulait traiter l’histoire d’un échec lié à l’architecture. Elle s’est inspirée de plusieurs projets qui ont fait scandale comme Beaubourg, la pyramide du Louvre, ou le plug de Paul Mac Carthy place Vendôme en 2014, et surtout les colonnes de Buren au palais Royal. 

Vous constaterez une particularité dans ce film : le personnage porte presque toujours le même costume, et la robe de chambre est faite dans le même imprimé que la robe, pour donner un côté côté BD, un peu comme si le personnage était une sorte de figurine, comme Bécassine ou Tintin. En effet, la réalisatrice ne manque pas de faire quelques clins d’oeil à la BD, mais aussi aux films de Demy voire au cinéma muet. 

Evidemment, l’incendie de la cathédrale a donné une tonalité différente au film et un petit parfum de nostalgie, mais c’est bien d’une comédie qu’il s’agit, une comédie burlesque et fantasque sur les vicissitudes de la vie d’une parisienne moderne. 

Les Eblouis, de Sara Suco

Les Eblouis, de Sarah Suco

Sarah Suco est d’abord une actrice de théâtre. Elle a commencé sa carrière dans une troupe spécialisée dans le spectacle pour jeune public avant d’intégrer la troupe de Pierre Palmade, collaborateur qui l’a incitée à écrire elle-même. Au cinéma, elle est également actrice, nous avons pu la voir récemment dans Les Invisibles, de Louis-Julien Petit, mais aussi dans Guy d’Alex Lutz ou encore Orpheline, d’Arnaud des Pallières. Elle est passée à la réalisation avec son ami Louis-Julien Petit pour un premier court-métrage en 2017, intitulé Nos enfants. 

Les Eblouis est son premier long-métrage, il est né à la suite d’une proposition de Dominique Besnéhard qui lui avait demandé d’écrire pour la série 10%. A la place, elle lui a proposé ce projet à forte teneur autobiographique puisque Sarah Suco a passé 10 ans de sa vie, de 1989 à 1999, avec ses parents et ses 5 frères et sœurs, dans une communauté religieuse charismatique. Pourtant il ne s’agit pas d’un documentaire sur sa vie, ce qui aurait été pour elle du voyeurisme. Elle a souhaité, en partant de son vécu, écrire une histoire qui aboutisse à un film à la fois populaire et exigeant, et pour cela, elle a choisi de ne pas travailler seule, que ce soit à la réalisation ou au scénario. Elle dit d’ailleurs que tous les éléments empruntés à la réalité ont été édulcorés pour éviter aussi bien le film d’horreur que le réquisitoire. Son idée-phare, c’est d’adopter le point de vue exclusif de Camille, l’héroïne âgée de 12 ans. On entre dans le film avec elle, donc sans jugement, avec son regard d’abord neutre, puis de plus en lus lucide et critique. 

Ce film est le 1er en France consacré aux dérives sectaires. Il est vrai qu’on a tendance à penser que ce genre de choses n’existe qu’aux Etats-Unis ; que les sectes, c’est le Temple du Soleil ou la scientologie. D’ailleurs, la réalisatrice recommande à ceux qui s’intéressent au sujet de regarder un documentaire disponible sur youtube qui s’intitule : Les béatitudes, une secte aux portes du Vatican. Ce que nous décrit Sarah Zuco, c’est une lente descente dans une spirale infernale, un passage progressif chez les enfants de la joie à l’angoisse, chez les parents de la douce excentricité à l’aveuglement coupable et la complicité terrifiante. Même si certaines ellipses accélèrent nettement le processus, le film montre comment ce mouvement attire et capture des personnalités fragiles et les isole de leur entourage pour avoir toute l’emprise possible sur eux. 

Dans cet engrenage, le personnage salvateur de la jeune Camille est incarné par Céleste Brunnquell, 15 ans au moment du tournage et une incroyable palette d’expressions et de mimiques pour exprimer sa révolte et son rejet de cet univers effroyable. Car c’est un univers qui torture les esprits et les corps, le corps de cet enfant qui rêve de cirque et se retrouve soumise à l’emprise implacable du Berger, gourou joué par Jean-Pierre Darroussin. 

Enfin, un mot sur le titre aux significations multiples : il désigne bien sûr les communautaires éblouis par leur gourou, mais aussi la jeune Camille éblouie par l’amour qu’elle porte à ses parents. « Grandir et devenir adulte, c’est accepter de ne plus être ébloui, de sortir de l’aveuglement, de réfléchir par soi-même. »

Martin Eden, de Pietro Marcello

Martin Eden, Pietro Marcello

J’assume aujourd’hui une présentation à la 1ère personne, car Martin Eden, avant d’être un film, est un de mes coups de coeur littéraires. Si vous croyez que Jack London n’a écrit que des histoires de chien de traîneaux, précipitez-vous dans une librairie ou une bibliothèque pour acquérir ce livre. Il s’agit d’un récit largement autobiographique, paru en 1909, racontant l’histoire d’un marin des quartiers pauvres d’Oakland, qui décide de se cultiver pour séduire une jeune bourgeoise. Après avoir exercé toutes sortes de métiers souvent très durs physiquement (j’ai le souvenir de pages où il décrit son travail dans une laverie), il se met à écrire et devient, non sans difficultés, un auteur à succès. Néanmoins, sa nouvelle situation ne peut pas satisfaire celui qui, au fond de lui, se souvient toujours du milieu d’où il vient et ne peut le renier, ce qui le conduit dans une impasse. 

En général, j’évite d’aller voir les films tirés de mes livres préférés, pour différentes raisons. Parce qu’il y a forcément un côté réducteur dans le changement de langage, mais aussi parce que le film m’impose des images différentes de celles que j’avais imaginées, et dont j’ai du mal à me défaire. J’ai par exemple toujours regretté d’être allée voir le film tiré du Liseur de Bernard Schlink.

Pourtant, j’ai choisi de voir ce film car il s’agit d’un projet original et pas d’une simple adaptation. Le réalisateur Pietro Marcello et le scénariste Maurizio Braucci voient dans ce roman l’histoire de tous ceux qui se sont formés non pas dans leur famille ou à l’école mais à travers une culture acquise en autodidactes, de tous ceux qui croient en la culture comme outil d’émancipation mais finissent forcément déçus. Ils ont donc transposé l’action dans un Xxème siècle sans repères temporels précis, une sorte de Xxème siècle rêvé, qui rappelle souvent les années 80, parfois aussi les années 50, sans qu’il y ait de cohérence chronologique claire. Pour le lieu, ils ont remplacé Oakland par Naples, mais cela pourrait être n’importe quelle ville portuaire, d’Italie ou d’ailleurs. Le film commence par la fin de la vie de Martin Eden, pour revenir ensuite sur différents moments du passé du personnage avant qu’il rencontre le succès. Il s’agit donc d’un film qui veut rendre l’esprit plutôt que la lettre du roman, qui ne cherche pas à l’adapter mais à en faire une véritable œuvre cinématographique. 

Le réalisateur est lui-même un autodidacte, né en 1976, qui a surtout tourné jusqu’ici des documentaires et s’intéresse toujours à son pays et aux gens du peuple. Il insère d’ailleurs dans son film des images qu’il avait tournées pour des films précédents, et de nombreuses images d’archives, ce qui rapproche parfois le film de ces grandes fresques comme celles de Bertolucci par exemple. En tout cas il s’agit d’un film en rupture avec les genres préétablis, qui ne manque pas d’audace du point de vue de la forme. 

Signalons enfin que l’acteur Luca Marinelli, qui interprète le rôle titre, a reçu à la mostra de Venise le 1er prix d’interprétation devant Joaquim Phoenix !

Bon film, et bonne lecture du roman ensuite !

30 ans Toiles Emoi

Quelques photos de notre soirée d’anniversaire. Merci encore aux élèves et aux professeurs de l’Ecole de Musique, à Christian Paboeuf, à nos anciens présidents, aux élus, à toute l’équipe de Cinéfestival, à nos partenaires et à vous tous qui nous avez fait l’honneur de partager ce moment avec nous!

une bonne partie des membres du bureau
le concert de l’Ecole de Musique
l’entracte sucré
la chanteuse au baiser
délicieux gâteau de la pâtisserie Randot à Ambérieu

22 novembre: une date à réserver!

Le vendredi 22 novembre à partir de 19h30, notre association fête les 30 ans de sa conception. A cette occasion, nous avons préparé une belle soirée à partager, dès 6 ans:

  • 19h30 accueil au cinéma (tenue rouge et noire conseillée), photos…
  • 20h: concert de l’école de musique (élèves et professeurs)
  • 20h45: gâteau
  • 21h30: ciné-concert, « Charlot s’amuse », par Christian Paboeuf (création)