The Phoenician scheme, de Wes Anderson

Deux ans après Asteroid City, Wes Anderson propose une nouvelle plongée dans les années 1950 avec The Phoenician scheme.

Cet américain de 56 ans d’origine scandinave nait à Houston au Texas d’une mère archéologue et d’un père dans les relations publiques. Jeune homme, il choisit de suivre des études de philosophie et tourne en parallèle des courts métrages en super 8. Il apprend donc par la pratique sans suivre de véritables études de cinéma. Dans son université à Houston, il rencontre Owen Wilson et Bill Murray dans un cours d’écriture de scénario.

Le réalisateur autodidacte débute alors dans le cinéma d’auteur indépendant en 1993 par un court-métrage en noir et blanc Bottle Rocket, une comédie policière qui raconte les aventures de trois jeunes Texans désœuvrés qui commettent un braquage sans avoir l’envergure de criminels professionnels.

Le cinéma de Wes Anderson a une facture très caractéristique et a fait l’objet d’une récente exposition à la cinémathèque de Paris. Son univers esthétique et sophistiqué inspire tellement d’artistes et de photographes qu’un compte Instagram intitulé Accidentally Wes Anderson a été créé en 2017 pour réunir des clichés évoquant l’esthétique de ses films et a donné lieu en 2020 à la publication d’un livre préfacé par Wes Anderson lui-même.

On peut dire que son cinéma se situe au carrefour de la comédie dramatique, du film d’aventures et du conte surréaliste . Il se caractérise par le goût de l’artisanat avec l’utilisation de miniatures et de maquettes ainsi que d’objets sophistiqués ; le goût des tableaux vivants et des scènes colorées filmées en pellicule 35 mm avec des plans frontaux ou verticaux fixes ou balayés en travelling latéral et l’omniprésence de la musique.

L’objectif dans The Phoenician scheme est d’inventer une histoire proche des grandes figures de l’industrie européenne comme Calouste Gulbenkian, Onassis ou Niárchos, armateur grec connu pour avoir lancé le premier super pétrolier ou encore Árpád Plesch, banquier et avocat hongrois, propriétaire d’une célèbre collection de livres rares de botanique et de dessins précieux de pornographie ésotérique qui fut le mentor de la première fortune d’Italie le patron de Fiat, Gianni Agnelli.

Ainsi le personnage du prince Farouk, interprété par Riz Ahmed est inspiré de Calouste Gulbenkian homme d’affaires, mécène et grand collectionneur arménien. Cet industriel a eu un rôle central dans le partage des richesses pétrolières du Moyen-Orient entre les grandes puissances britanniques françaises et américaines et dans la structuration de l’industrie pétrolière au Moyen-Orient. En 1920 , il avait judicieusement négocié une part de 5% des champs de pétrole qui venaient d’être découverts en Irak et en retira un revenu de plusieurs millions de dollars, d’où son surnom de Monsieur 5%. Il amassa une des fortunes les plus colossales de son temps et constitua une des premières collections d’art mondiales qu’il légua à une fondation portugaise, la fondation Calouste-Gulbenkian située à Lisbonne .

Wes Anderson explique que l’intrigue se nourrit je cite « des enjeux politiques de la région, de ses multiples territoires, de ses fiefs ».

Les personnages sont nombreux et hauts en couleur comme Marseille Bob, joué par Mathieu Amalric qui s’inspire de films comme Bob le flambeur de Jean-Pierre Melville ou de Touchez pas au grisbi de Jacques Becker. Wes Anderson précise qu’ils sont aussi en partie inspirés par des figures issues du cercle de Fouad Malouf, son beau-père homme d’affaires libanais à qui il dédie le film.

L’essentiel du film a été tourné en intérieur dans les plus anciens studios de cinéma du monde fondés en 1912, et situés dans le quartier de Babelsberg à Potsdam dans la banlieue sud-ouest de Berlin. C’est dans ses mêmes studios qu’il avait filmé les maquettes miniatures pour The grand Budapest hôtel. Le bâtiment qui accueille la création de costumes et de décors a depuis cette année été rebaptisé Bâtiment Wes Anderson.

Les 3 acteurs principaux Benicio Del Toro, Mia Threapleton et Michael Cera y ont retrouvé Wes Anderson pour deux semaines de répétitions avant le début du tournage, tournage qui a duré 3 mois pendant lesquels la complicité entre techniciens, comédiens et figurants a pu s’installer au cours des dîners collectifs traditionnels organisés par Wes Anderson.

Pour l’anecdote un Renoir issu de la collection Nahmad ayant autrefois appartenu à Greta Garbo, un Magritte provenant de la collection Pietzsch, et plusieurs tableaux prêtés par la Hamburger Kunsthalle participent au décor ce qui a imposé la présence de gardiens sur le plateau.

La costumière Milena Canonero, multi oscarisée, a conçu les costumes. À partir de recherches sur la période où se déroule le film, mais aussi de photographies de peintures ou d’autres films. Elle a défini le style de chaque personnage avant de les présenter aux acteurs.

Les effets spéciaux ont été réalisés de manière artisanale comme pour la libellule qui se pose sur l’avion de Zsa-Zsa et qui en réalité est une marionnette. Le ciel et les nuages qu’on aperçoit par le hublot, sont faits en toile peinte et en boules de coton.

Enfin, la bande-originale réunit des morceaux des jazzmen légendaires, Glenn Miller et Gene Krupa, dont la batterie a inspiré la percussion qui traverse toute la bande-son.

Au-delà des références cinématographiques et historiques, Wes Anderson confie qu’il a souhaité explorer le rapprochement entre un père et sa fille. Je vous laisse maintenant découvrir The Phoenician scheme.

Doris Orlut