Archives de catégorie : Les fiches de présentation des films

Les fiches de présentations rédigées par les bénévoles et présentées avant les séances « Toiles Émoi ».

L’Intérêt d’Adam, de Laura Wandel


Film en partenariat avec la MJC, présenté dans le cadre du Festisol dont le thème est cette année : prendre soin.

Ce film est le 2ème long métrage de la réalisatrice belge Laura Wandel. Son 1er long métrage, Un Monde, portait sur le thème du harcèlement scolaire. Il a été présenté au festival de Cannes en 2021 où il a obtenu de la part du public une ovation de plusieurs minutes. Malgré son œuvre encore à ses débuts, Laura Wandel est déjà une habituée du Festival de Cannes puisqu’en 2014 son court métrage Les corps étrangers y était déjà en compétition et que L’Intérêt d’Adam a fait l’objet d’une séance spéciale d’ouverture à la semaine de la critique.
Le film s’inscrit dans la lignée des frères Dardenne, compatriotes de la réalisatrice, dans la mesure où il plonge le spectateur au plus près de la réalité hospitalière, souvent caméra à l’épaule, pour suivre, comme dans Rosetta avec Emilie Dequenne, le personnage de Lucy, interprétée par Léa Drucker, placée au cœur d’un dilemme moral. Cette manière de filmer cherche à rendre le rythme effréné du personnel hospitalier qui bouge tout le temps et n’a pas le temps de se poser pour réfléchir.
Le point de départ du film n’a pas été une histoire ou même un personnage, mais le lieu : la volonté de filmer un hopital comme lieu représentatif de la société dans son ensemble. Il est tourné à l’hôpital Saint-Pierre à Bruxelles, un hôpital public très social, et connu pour ça en Belgique. Laura Wandel s’est fait passer pour stagiaire pendant 3 semaines dans le service pédiatrique de cet établissement.
Le rôle de Lucy a été écrit spécialement pour Léa Drucker, que la réalisatrice a découverte dans Avant que de tout perdre. Le tournage a été très éprouvant en raison du choix de filmer chaque scène en plan séquence, ce qui a donné lieu parfois à 40 prises pour obtenir l’émotion juste
Le film est à la fois court et dense, ce qui nous laissera le temps d’échanger à l’issue du film avec 2 professionnelles du soin : Alixia Lignet, éducatrice spécialisée auprès des adolescents à Bourg et Monique Parisot, psychologue retraitée qui a travaillé à l’Aide Sociale à l’Enfance.
En attendant je vous laisse découvrir ce film.
D Mauffrey

La femme la plus riche du monde, Thierry Klifa


LA FEMME LA PLUS RICHE DU MONDE

Film réalisé par Thierry Klifa, sur un scénario coécrit par Cédric Anger, Jacques Fieschi et Thierry Klifa.

C’est une comédie dramatique très remarquée, inspirée de la célèbre affaire Bettencourt/Banier, qui tout en étant une fiction, utilise le contexte de l’affaire pour offrir une comédie de mœurs à la fois burlesque et cruelle, explorant les thèmes de l’argent, du pouvoir et de la dépendance affective.Thierry Klifa dit :« Il ne s’agissait pas de faire pleurer sur les états d’âme des ultra-riches, mais de montrer en quoi l’argent vient décupler les conflits dans les rapports humains. Ce n’est pas une histoire à juger, mais à observer avec un contexte historique encore trop peu exploré en France : celui des grandes familles industrielles dont une partie du pouvoir s’est aussi construite sur des zones d’ombre, la collaboration notamment ».

Le film est décrit comme drôle cynique, féroce, avec un humour caustique et un regard satirique sur la haute bourgeoisie , qui met en avant non seulement l’argent, mais aussi les émotions, la jalousie, la soif de reconnaissance et la complexité du lien mère / fille.

Isabelle Huppert incarne Liliane Bettencourt alias Marianne Farrère. Son interprétation est qualifiée de magistrale et libre. L’actrice à infuser son personnage d’une grande humanité et d’humour , le rendant attachant et inspirant. Elle excelle à naviguer entre comédie grinçante et gravité. Son personnage est une figure complexe , loin de la simple victime ou de la bourgeoise rigide, explorant des thèmes de solitude et de dépendance affective.

Laurent Lafitte est Pierre Alain Fantin ; librement inspiré de François Marie Banier. Il fait irruption dans la vie de Marianne et cette rencontre est décrite comme un coup de foudre qui bouleverse sa vie. Le personnage de Fantin est un mélange d’ambiguïté et de panache, souvent décrit comme flamboyant et fantasque, haut en couleur, insaisissable, un trublion qui envoie valser toutes les conventions et les bonnes manières. Il est dédestable, mais offre quelque chose de nouveau et de libérateur à Marianne. Il est ambitieux, insolent, dit ce qu’il pense qu’importe si ça choque et c’est ce qui plaît à Marianne.

Le rôle de Marina Foïs qui incarne Frédérique Spielman la fille de Marianne, est crucial, car elle représente la résistance et la raison face à la folie du duo Marianne/Fantin. Elle est la figure de l’opposition et la défense de l’héritage. Elle est celle qui va intenter l’action en justice contre Fantin. Elle est la première à se méfier de cet homme, voyant en lui un opportuniste et un prédateur, exploitant la solitude et le vieillissement de sa mère pour lui extorquer des millions d’euros.

Raphaël Personnaz incarne le majordome. Il est plutôt discret et en retrait , il observe et enregistre tout. C’est le témoin des secrets et des alliances.

Mathieu Demy incarne Jean Marc Spielman, mari de Frédérique et gendre de Marianne. Sa loyauté est mise à l’épreuve : devoir familial, fidélité et tension autour du pouvoir et de la richesse. (petite parenthèse Mathieu n’est autre que le fils d’Agnès Varda et Jacques Demy)

Ce film met en lumière les conséquences de la richesse extrême, non seulement le pouvoir financier, mais aussi la vulnérabilité émotionnelle, les trahisons et la solitude : il questionne aussi sur la morale, le pouvoir et la famille.

Il a bénéficié d’une première très remarquée lors de sa présentation hors compétition au festival de Cannes 2025 et Toiles Emoi vous le présente ce soir , « Parce que vous le valez bien »
Sylvie Guiseppin

Nino, de Pauline Loques

NINO

Ce soir Toiles Emoi vous propose NINO, scénario de Pauline Loquès avec la collaboration de Maud Ameline, et interprété par Théodore Pellerin, William Lebghil, Salomé Dewaels, Jeanne Balibar et la participation de Mathieu Amalric.

Délicatesse, justesse, nuances sont quelques unes des qualités de la cinéaste Pauline Loquès. Des études de lettres et de droit l’ont conduite au journalisme. Après avoir été rédactrice pour des émissions culturelles, elle commence une formation de scénariste.

Pour ce film, il se trouve que ce sont essentiellement des femmes qui ont constitué son équipe technique (directrice de photo, directrice de casting, monteuse, cheffe déco, scripte, etc) Cela s’est fait naturellement, elles ont été choisies pour leur talent, leur force de travail et leur intelligence. NINO est donc aussi le fruit d’un regard féminin porté par une majorité de femmes.

Pauline Loquès est une nouvelle venue au cinéma. Pour ces premiers pas elle a choisi un thème qui la hante : elle qui a perdu un proche d’un cancer à l’âge de 37 ans, ce film lui est dédié.

Plutôt que de nous raconter un long parcours médical dont on ne connaît pas l’issue, elle nous emmène aux cotés de NINO pendant le W E qui suit son diagnostic et précède son traitement à l’hôpital. Les médecins lui ont confié 2 missions :

– faire congeler son sperme avant le traitement car celui-ci risque de le rendre stérile,
– se faire accompagner par une personne de confiance pour sa première séance de traitement.

Nino, sous le choc et l’incapacité de gérer la nouvelle (il n’a que 29 ans) a énormément de mal à annoncer sa maladie à ses proches. Comment le leur dire ? Qui sera la personne de confiance qui voudra bien l’accompagner à l’hôpital ? NINO erre dans Paris, un peu à la manière de «  Cloé de 5 à 7 » d’Agnès Varda, sauf que Cloé attendait un diagnostic alors que NINO le sait, et nous aussi.

Chacune de ses rencontres prend alors un goût particulier : avec qui va-t-il partager son secret ? Sa mère, son ancienne petite amie, son meilleur ami Sofiane qui lui organise un anniversaire surprise, un inconnu aux bains publics, une ancienne connaissance de lycée rencontrée par hasard ?

Ces partenaires on peu de scènes à jouer, et sont pourtant tous intenses et justes. Pauline Loquès dit « apporter une douce attention aux détails du quotidien qui nourrissent la beauté de la réalité ».

Plus on avance dans le film, plus on se rapproche de NINO. Il est interprété par Théodore Pellerin, jeune comédien québécois jusqu’alors complètement inconnu en France. On pourrait dire, avec un certain humour noir qu’il crève l’écran, s’il ne s’agissait d’une histoire de vie ou de mort. C’est aussi une double naissance, celle d’une cinéaste et celle d’un acteur.

En ce qui concerne la musique du film, Pauline Loquès dit « je voulais qu’on puisse éprouver la ville tantôt comme une amie réconfortante, tantôt comme une personne insupportable. Pour la musique qui accompagne les errances de NINO, j’ai pioché dans le répertoire de Flore Laurentienne, groupe multi instrumentiste québecois, en choisissant 3 morceaux de rock pour rendre compte des accès d’urgence et de vitalité de NINO par moment.

Pour finir, votre soirée cinéma ne sera pas « plombée » car si le film est décrit comme un drame humain, subtil et émouvant, il parvient à mêler humour et tendresse à un sujet difficile et évite le pathos.

Je vous souhaites un très bon film

Deux pianos, d’Arnaud Desplechin

Depuis ses débuts dans les années 1990, Arnaud Desplechin formé, à la réalisation et à la prise de vues, mêle à chacune de ses œuvres cinématographiques introspection intellectuelle et sentimentale. Il explore les thématiques de la mémoire, de l’identité et la complexité des relations humaines.

Deux pianos est un drame romanesque coécrit avec Kamen Velkovsky et les conseils de la romancière Anne Berest. Le film imbrique les destins croisés de personnages mêlant deux histoires, celle d’une transmission et celle d’un amour impossible.

Au départ, le film s’appelait An affair to remember en référence à Love affair le film de Leo McCarey sorti en 1957 avec Cary Grant et Deborrah Kerr qui racontait l’histoire d’un playboy et d’une chanteuse de cabaret qui tombaient éperdument amoureux lors d’une traversée à bord d’un paquebot. Ils décidaient de se retrouver 6 mois plus tard après avoir mis de l’ordre dans leur vie amoureuse. Mais la traduction française qui signifie adultère, était trop réductrice. C’est pourquoi Arnaud Desplechin a choisi de le renommer Deux pianos comme pour illustrer l’histoire du couple et l’histoire des deux musiciens.

Le film est tourné caméra à l’épaule et se passe à l’automne à Lyon dans un décor baigné de couleurs ocres. Vous y reconnaitrez sans doute l’Auditorium avec l’entrée des artistes, le bar du Passage et le parc de la tête d’or.

François Civil, ancré dans un jeu plus introspectif qu’à l’ordinaire y incarne Mathias, un personnage qui mêle charme et talent mais aussi arrogance et autodestruction. François Civil s’est longuement préparé au rôle avec Grégoire Hetzel, le compositeur de la bande originale du film et un coach pour je cite « apprendre à respirer la musique, faire passer le tumulte intérieur par la main et le regard. ». C’est lui qui joue notamment le morceau de Bach à la fin du film Ich ruf zu dir. Il a d’ailleurs découvert récemment que son arrière-grand-mère maternelle improvisait au piano pour accompagner les films muets.

À son retour du Japon, il découvre Claude, Nadia Tereszkiewicz, son amour de jeunesse mère d’un jeune garçon qui lui ressemble étrangement. Arnaud Desplechin aime à dire qu’il s’est inspiré des deux héroïnes du roman de Stendhal, le Rouge et le Noir pour créer le personnage de Claude.

En arrière-plan, Charlotte Rampling joue Elena, sa magnétique mentore et Hippolyte Girardot interprète Max son agent fantasque.

Arnaud Desplechin a volontairement repoussé la demande de lecture collective du scénario pour préserver la part de mystère de chaque acteur.

Doris Orlut

Une bataille après l’autre, de Paul Thomas Anderson

UNE BATAILLE APRES L’AUTRE – Paul Thomas ANDERSON – 6 nov. 2025

Pres. Marion Magnard

Paul Thomas ANDERSON, surnommé PTA pour les Français, est né en 1970 à Los Angeles, au cœur du cinéma américain. Son père, acteur, lui donne une caméra dès l’âge de 12 ans. PTA, encouragé par ce père et nourri de films, s’exerce à tourner toutes sortes de courts métrages, sachant parfaitement situer sa caméra pour obtenir le meilleur résultat émotionnel. Il a déjà choisi ses maîtres : Kubrick, Scorcese et Tarentino. On pourrait rajouter à sa liste Sydney Lumet et les frères Cohen quand on aura vu le film de ce soir.

Il débute comme assistant de production et animateur à la Télévision, puis son père l’inscrit à la section cinéma de l’Université New-yorkaise. Il est très vite renvoyé pour n’avoir pas payé ses droits d’inscription. Il a en effet préféré utiliser les sous pour tourner un court métrage, « Cigarettes and Coffee », qui le fait connaitre au Festival Sundance. Et c’est le début d’une carrière remarquable et très personnelle, avec des ruptures de tons, des silences, des tournures énigmatiques, des dialogues hilarants, dans des films comme Magnolia, They will be blood, Punch drunk love, très souvent nommés aux Oscars….

En 1997, il propose à Leonardo Di Caprio, de 4 ans son cadet, le rôle principal (celui d’un acteur porno) dans « Boogie Nights ». Di Caprio est très tenté. Il aime les films que tourne Anderson, mais voilà que James Cameron lui offre au même moment de tenir la vedette du Titanic. Et Anderson ne lui a pas tenu rigueur d’avoir préféré embarquer à bord du célèbre paquebot dans ce film iconique et…meilleur pour son plan de carrière.

ET 28 ans plus tard Di Caprio et Anderson se retrouvent, avec Sean Penn et l’apparition prometteuse de la jeune Chase Infiniti, dans « une bataille après l’autre », adaptation très libre de « Vineland », roman culte de Thomas Pynchon. Et là, nous sommes au sommet du cinéma américain, dans une production Warner à 130 millions de dollars…qui démarre trés fort.

« Une bataille après l’autre », comme « Eddington » de Ari Aster que je vous ai présenté récemment, c’est un tableau angoissant des Etats Unis bipolarisés, du grand cinéma politique, jugé, suivant les éditorialistes américains soit « cri de ralliement » soit « apologie du terrorisme », mais aussi comédie désopilante, avec des trouvailles incroyables, des poursuites vrombissantes dans les montagnes, un festin visuel saturé de chansons et de la musique originale de Joony Greenwood, compositeur de plusieurs films d’Anderson.

Des amis qui ont déjà vu « Une bataille » me demandent de vous avertir : Le film ouvre sur un champ/ contre-champ brutal et se poursuit en une séquence que le critique du Nouvel-Obs qualifie de  « galipettes semi-contraintes» … Eh oui, PTA aime marier les genres, sexe et burlesque, politique et déglingue, block-buster et Art et Essai. Bienvenue dans le monde de PTA !

Les Tourmentés, de Lucas Belvaux

Lucas Belvaux a passé les premières années de sa vie à la campagne dans la province de Namur dans l’internat dirigé par son père et où sa mère était institutrice.  A l’âge où les lycéens préparent leur bac, il s’affranchit de la cellule familiale et part seul à Paris en auto-stop pour devenir comédien.

Après quelque mois de cours de théâtre, il tourne dans un téléfilm, puis décroche son premier rôle au cinéma dans Allons’z’enfants, le plaidoyer anti-militariste d’Yves Boisset. Il tourne ensuite avec des cinéastes de la Nouvelle vague, Claude Chabrol dans Poulet au vinaigre et Jacques Rivette dans Hurlevent.

10 ans plus tard, au début des années 90, il passe derrière la caméra. Il prend alors l’habitude d’écrire seul les scénarios de ses films, qui traitent souvent de questions sociales et philosophiques.

Puis récemment, lassé par l’écriture scénaristique trop contrainte selon lui par les problématiques de temps et de budget, il souhaite retrouver le plaisir d’écrire en toute liberté et il publie son premier roman Les tourmentés. Cette activité solitaire tombe bien, puisque l’on est en plein confinement. Au départ, Il veut faire un roman noir sur une chasse à l’homme avec des personnages déshumanisés, marqués par la souffrance et les traumatismes, mais, progressivement, au fil de l’écriture, il se désintéresse de l’action proprement dite, et s’interroge sur comment les personnages en sont arrivés là. Il transforme ainsi le roman noir en un roman d’apprentissage pour adultes.

Dès l’écriture terminée, comme il ne veut pas vendre les droits d’auteur, il adapte son propre roman en film. La transformation du livre construit à partir d’une suite de monologues intérieurs le met au défi. Il n’a de cesse de trouver le bon rythme, la bonne tension pour que le spectateur ne s’ennuie pas.

Lucas Belvaux a comme référence l’œuvre fondatrice du cinéma d’horreur, Les chasses du comte Zaroff, film de 1932 adapté de la nouvelle de Richard Connell, The Most Dangerous Game qui raconte l’histoire d’un célèbre chasseur qui s’échoue sur l’île d’un ancien membre de l’armée du tsar, le général Zaroff, qui organise des parties de chasse à l’homme en traquant les naufragés qu’il trouve. Petite digression amusante dans l’histoire du cinéma c’est que Les chasses du comte Zaroff, œuvre réalisée par Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper, s’est vue contrainte par la société de production de réduire drastiquement son budget et sa durée de tournage. Ceci a forcé les réalisateurs à économiser par tous les moyens et à faire preuve d’inventivité en jouant avec le montage, les effets visuels et la mise en scène. La réduction des coûts a certainement été infernale pour eux, mais la courte durée, le rythme et l’ingéniosité qui en résultent font que leur film est aujourd’hui toujours aussi prenant et efficace. Ils l’ont tourné en même temps que King Kong, dans les mêmes décors et avec la même actrice, Fay Wray pour interpréter le premier rôle : King Kong le jour et Les Chasses du comte Zaroff la nuit.

Dans Les tourmentés les scènes de forêts ont été tournées en Isère dans le Parc naturel de la Chartreuse et dans la montagne ardéchoise. Le froid, la pluie et le brouillard ont certes perturbé le tournage mais les scènes de montagne sous la pluie ont permis de créer un univers particulier.

Pour la composition musicale, Lucas Belvaux a transmis à Frédéric Vercheval un extrait de Casse-Noisette arrangé pour un quintet de cors.

Côté casting il a choisi l’actrice, Linh-Dan Pham pour son côté mystérieux et sa capacité à passer rapidement de la légèreté à une profonde introspection. Il a voulu que « Madame », c’est ainsi qu’elle est nommée tout au long du film, soit à la fois dominatrice et bienveillante. Ramzy Bedia, plus connu dans ses spectacles comiques avec Eric Judor, incarne Max le majordome en personnage tragique et opaque. Niels Schneider est Skender, un personnage très seul et hanté par la violence, qui crée la tension nécessaire au film. Enfin pour le rôle de Manon, Lucas Belvaux a choisi Déborah François pour son jeu épuré sans sur-intellectualisation caractéristique, selon lui, des comédiens belges.

Je vous laisse apprécier !

Doris ORLUT

Un simple accident, de Jafar Panahi

UN SIMPLE ACCIDENT, de Jafar PANAHI – 25 /9/2025- Pr Marion Magnard

C’est clandestinement que Jafar PANAHI, réalisateur et producteur iranien, a tourné « Un simple accident », palme d’or du Festival de Cannes 2025. Et vous allez le voir en avant- première puisqu’il sort officiellement le 1er octobre.

Dès le début du 20ème siècle, sous l’impulsion du shah MOZZAFFAREDIN, qui avait découvert le cinématographe lors d’une cure à Contrexéville, l’industrie du Cinéma s’est développée rapidement avec essentiellement des films populaires.

Avec la révolution islamique, le cinéma devient un instrument du pouvoir. Mais en même temps que notre nouvelle vague, un mouvement différent dit Motafavet fait émerger des cinéastes novateurs comme Kiarostami, Fanhadi ou les Makmalbaf père et fille (car il y a des réalisatrices iraniennes, je suis sûre que vous n’avez pas oublié La Pomme et les Tableaux noirs, de Samira Makmalbaf).

JAFAR PANAHI est né à Téhéran en 1960, fils d’un peintre en bâtiment. Après des études au Collège du Cinéma, il tourne des courts métrages pour la Télévision. KIAROSTAMI remarque son travail, et l’engage en 1990 comme assistant pour le tournage d’au travers les oliviers.

En 1995 PANAHI tourne son premier long métrage, LE BALLON BLANC d’emblée Caméra d’Or au Festival de Cannes. Tous ses films suivants reçoivent le meilleur accueil aux Festivals de Berlin, Venise, Cannes, Locarno, en l’absence du cinéaste emprisonné « pour propagande contre le régime » et « non-respect de l’interdiction de tourner ». Ce sont ses filles ou sa nièce qui le représenteront.

En 2011 le réalisateur était en attente d’un jugement en appel contre une condamnation à 6 ans d’emprisonnement et 20 ans d’interdiction de tourner. Et il décide de réaliser chez lui sur son tapis « ceci n’est pas un film » une vidéo sur la difficulté d’être un cinéaste en Iran. Et cette vidéo a été envoyée au Festival de Cannes dans une clé USB dissimulée dans un gateau.

Grâce aux sélections attentives de votre CINEFESTIVAL et votre association TOILES-EMOI vous avez pu voir les excellents HORS JEU et sa courageuse adolescente footballeuse, TAXI-TEHERAN où PANAHI filme ses concitoyens dans une voiture en marche, TROIS VISAGES, avec sa caméra embarquée, et les deux équipes de tournages, l’officielle et la clandestine.

Actuellement PANAHI présente « un simple accident » dans les pays d’Europe et en Australie. Ceux d’entre vous qui ont regardé avant-hier soir « C’est dans l’Air » à la Télévision ont pu voir le réalisateur raconter avec une très jolie émotion comme il a été bouleversé de voir enfin un de ses films sur le grand écran du Festival de Cannes.

Et à cette émission il a été annoncé que la France présenterait aux Oscars 2026 « un simple accident », co-produit par Jafar Panahi et les films Pelléas société française, pour le prix du meilleur film étranger. Et Panahi lui-même a déclaré son intention de retourner tourner quelques soient les risques dans son pays natal l’Iran, qui est actuellement un des points cruciaux sur la terre…

Et dans ces temps où la démocratie est attaquée de toutes parts, on ne peut que dire à JAFAR PANAHI : Merci pour votre courage et votre talent.

 

The brutalist, de Brady Corbet

The brutalist, Brady Corbet

Je vous souhaite la bienvenue pour une soirée qui s’annonce tout à fait exceptionnelle, voire colossale. Tout d’abord quelques mots pour expliquer la programmation de ce film aujourd’hui. La municipalité ayant mis en place cette année une « semaine du patrimoine » sur le modèle de la semaine musicale, TEM a décidé de s’y associer. Et le thème retenu étant l’architecture, nous avons décidé d’en profiter pour programmer ce film que nous n’avions pas eu l’occasion de proposer lors de sa sortie au printemps.

En effet, son titre renvoie immédiatement à l’architecture, puisque le « brutalisme » est un mouvement architectural qui doit son nom à l’utilisation du béton brut, mais se caractérise aussi par ses formes épurées, répétitives et fonctionnelles, dans le prolongement des travaux de Le Corbusier. Ce style architectural bon marché a été très en vogue dans les années 50 à 70. Il a été employé pour de nombreux bâtiments lors de la reconstruction d el’après-guerre, notamment des universités, des bâtiments administratifs. Malheureusement l’utilisation d’un béton parfois de mauvaise qualité a eu pour conséquence que ces bâtiments ont souvent mal vieilli par la suite.

Le personnage principal du film est donc un Juif hongrois survivant de l’holocauste qui débarque aux USA après la guerre, il s’agit d’un personnage imaginaire, mais qui rappelle néanmoins beaucoup d’artistes du mouvement brutaliste. Pour jouer ce rôle , Adrian Brody raconte s’être servi de 2 expériences majeures : son rôle de de compositeur rescapé des camps dansLe Pianiste mais aussi le fait d’être lui-même le fils d’une réfugiée hongroise. Nous allons suivre le destin du personnage sur plus d’une 30aine d’années, de 1947 à 1980, dans un film d’une grande ampleur, qui nous rapellera l’expérience de ces grands films à entracte des années 70 comme Le Parrain, 2001 l’Odyssée de l’espace. Le film a demandé 7 ans de préparation à son réalisateur : recherches historiques et architecturales, quête de financements, repérages en Hongrie pour chercher des paysages susceptibles de passer pour ceux de la Pennsylvanie. Pourtant il a été tourné à Budapest en seulement 33 jours et avec un budget très limité et sur pellicule 35mm développée sur place. Le réalisateur a par ailleurs tenu à utiliser un format rare, le vistavision, format large qui demande une grande technicité.

Je vais maintenant vous laisser découvrir cette œuvre que vous me permettrez de qualifier de… monumentale !