Archives de catégorie : Les fiches de présentation des films

Les fiches de présentations rédigées par les bénévoles et présentées avant les séances « Toiles Émoi ».

Fuori, de Mateo Martone


Fuori, de Mateo Martone
Soirée dans le cadre de Non, mais genre(s) en partenariat avec MJC, La Célestine…
M Martone a été à l’honneur d’une de nos récentes soirées italiennes avec le film Nostalgia qui racontait le retour à Naples d’un personnage interprété par Pierfrancesco Favino. Le film de ce soir est donc un biopic de GS mais centré sur une période de sa vie. Pour ce film, Martone s’est appuyé sur l’ouvrage, L’università di Rebibbia qui raconte son séjour à la prison romaine de Rebibbia en 1980 suite à d’un vol de bijoux. Après sa sortie, son amitié avec ses co-détenues prostituées, voleuses, junkies … va perdurer, ce qui provoquera l’incompréhension de ses proches et du milieu intellectuel qu’elle fréquente. Ce livre raconte comment Goliarda transforme ce séjour en prison en expérience de liberté et le film se construit sur ce paradoxe. Mais il se nourrit aussi d’un autre ouvrage, Les certitudes du doute, récit de sa relation passionnelle avec une jeune révolutionnaire rencontrée à Rebibbia.
Martone s’est également inspiré de films pour réaliser Fuori, d’abord un film que vous pouvez peut-être deviner d’après l’affiche : Thelma et Louise, de Ridley Scott. Mais également les films de Cassavetes et il pense que la meilleure actrice pour interpréter Goliarda aurait été Gena Rowlands.
C’est Valeria Golino qui interprète le rôle principal, une actrice qui connait bien l’univers de Goliarda Sapienza. En effet, en 2024, elle a réalisé et scénarisé une adaptation en série de L’Art de la joie.
Le film alterne 2 époques : celle de l’été 80, où l’autrice est souvent seule dans son appartement en quête d’inspiration ou dans les rues de Rome en compagnie de Roberta, avec des moments parfois oniriques, voire cauchemardesques. Ce présent alterne avec des flash-backs renvoyant à la période de son incarcération à Rebibbia.
La bande originale mêle également les époques entre jazz des années 40 et 50 avec Duke Ellington et John Coltrane, des compositions plus récentes de l’artiste avant-gardiste Robert Wyatt, ainsi que des titres italiens des années 50 et contemporains.

Baise en ville, de Martin Jauvat


BAISE EN VILLE
Bonsoir
Tout d’abord je vais vous donner quelques définitions d’un
baise en ville. Le petit Larousse nous donne celle-ci : tout sac,
bagage etc, susceptibles de contenir un nécesaire de nuit ou
de toilette. Mais on peut aussi dire de façon un peu
trash : expression désignant une rencontre express, sans
lendemain, souvent plus rapide qu’un ticket de métro, et avec
autant d’émotion qu’un café pris debout. Et en version plus
poétique, instant volé au temps où deux solitudes se croisent
se reconnaissent sans se connaître et se quittent avant que le
jour ne pose de question,
Notre culture générale étant au top, je vais vous parler, un peu
du film qui nous intéresse, vous l’avez deviné BAISE EN
VILLE
Martin Jauvat âgé de 31 ans est un acteur réalisateur et
scénariste autodidacte qui a grandi à Chelles en Seine et
Marne. Il réalise des courts métrages auto-produits dans sa
ville natale, les Vacances à Chelles en 2018, Mazeb en 2020
le Sang de la Veine en 2021. Début 2026 sort sur les écrans
sont deuxième long métrage Baise en Ville, après Grand
Paris sorti en 2022 qui explorait déjà les réalités de la grande
banlieue parisienne avec humour et sensibilité.
Cette comédie, décalée et absurde traite de thèmes
sociétaux avec une légèreté déconcertante. Sprite, un jeune
adulte se retrouve confronté à une série de paradoxes ;
d’abord il doit travailler pour payer son permis, mais il a
besoin d’une voiture pour travailler. Martin Jauvat puise dans
sa propre expérience de vie : grandir en banlieue parisienne,
les galères pour trouver un travail ou obtenir le permis, pour
donner au film une saveur réaliste sous une forme comique. Il
veux montrer les grandes inégalités sociales en grande
banlieue tout en évitant les clichés habituels.
Selon lui derrière le ton souvent déjanté et drôle, se cache
une réflexion sur la jeunesse, l’emploi, la mobilité et le
passage à l’âge adulte. Jauvat explique qu’il s’inspire parfois
de la bande dessinée et des mangas, pour leur structure leur
rythme et leur dynamisme visuel, pour imaginer ses scènes. Il
cherche à proposer un cinéma vivant et coloré, avec un
univers personnel, qui se démarque des comédies françaises
plus traditionnelles.
Le film a principalement été tourné en île de France, autours
de lieux qu’il connaît bien pour montrer la réalité des
transports compliqués. Il était présent dans les choix de
décors, de cadrage. Beaucoup de scènes ont été tournées
dans de vraies rues, des parking, des centres commerciaux,
des zones pavillonnaires, des petites entreprises.
Comme le permis est central dans le film, les scènes en
voiture ont demandé une organisation précise : voiture
montée sur remorque pour certains plans, caméras fixées à
l’intérieur, mais les acteurs conduisent vraiment pour les plans
simples, sur des routes peu fréquentées ou fermées
temporairement : l’objectif étant d’avoir un rendu naturel, pas
trop cinéma trafiqué.
La performance des acteurs est l’un des points forts.
Martin Jauvat incarne Sprite,le héros du film. Son
interprétation de doux loser, naïf, paumé et touchant est très
appréciée
Géraldine Pailhas est la mère de Sprite. Elle est à la fois
ferme et aimante, sert de moteur à l’émancipation de son fils
en lui posant un ultimatum.
Emmanuelle Bercot : Elle surprend dans le rôle de la
monitrice d’auto-école / conseillère sentimentale.
Dans les seconds rôles : La présence de William Lebghil,
Sébastien Chassagne et même la brève apparition de Michel
Hazanavicius, apportent un comique supplémentaire au film.
« La critique Salue majoritairement une comédie « fraîche »
«vivace » et «atypique ». Le film est décrit comme une œuvre
qui remonte le moral, portée par un humour loufoque mais
jamais méchant. Une mise en scène fluide et rythmée qui
évite les pièges de la comédie potache malgré un titre
provocateur ».
« Cette comédie légère et intelligente, portée par un casting
impeccable n’attend plus que vous pour vous entraîner dans
l’univers aussi fleur bleue qu’absurde de Martin Jauvat »
Je vous souhaite une bonne soirée
Sylvie Guiseppin

Vie privée, de Rebecca Zlotowski

Bonsoir
Ce soir, nous vous proposons Vie Privée. Rebecca Zlotowski en
est la réalisatrice et la co-scénariste avec Anne Berest et Gaëlle
Macé. Rebecca est une figure importante du cinéma français
contemporain. Elle est née en 1980 à Paris. Son parcours est
initialement orienté vers les lettres. Elle est agrégée en lettres
modernes, est reconnue pour son travail d’écritures et de
réalisation avec des films qui explorent souvent des sujets
sensibles et des figures féminines complexes.
En 2010 elle sort son premier long métrage Belle Epine qui lui vaut
le prix Louis Delluc du premier film.
En 2013 sort Grand Central, sélectionné dans la section Un Certain
Regard au Festival de Cannes
Planétarium suit en 2016 : c’est un film d’époque avec Nathalie
Portman et Lily-Rose Depp .
Une fille facile en 2019 présenté à la quinzaine des réalisateurs du
Festival de Cannes où il a reçu le prix SACD…..bon je vous
donne la signification: Sté des Auteurs et Compositeurs
dramatiques.
Puis les enfants des autres en 2022 avec Virginie Efira et Roschdy
Zem. Ce film a été nominé aux Lions d’or au cours de la mostra
de Venise en 2022 et Virginie Efira y a reçu la coupe Volpi de la
meilleurs interprétation.
Vie Privée repose en grande partie sur l’excellence de son casting.
Jodie Foster interprète Lilian Steimer une psychiatre parisienne
renommée, très structurée et bilingue, dont le quotidien est
bouleversé par la mort d’une patiente. C’est le pilier central du
film. Elle offre une performance intense et nuancée, saluée
pour sa retenue et sa précision. Elle incarne parfaitement la
façade professionnelle, impassible de Lilian, qui se fissure
progressivement sous le poids de la culpabilité et de
l’obsession.
Daniel Auteuil est Gabriel Haddad, ex mari de Lilan,ophtalmologue,
il représente l’ancrage dans la réalité et le passé personnel de
Lilian. Il apporte une chaleur et une mélancolie, il est le
confident involontaire et le témoin de l’effondrement de Lilian.
Virginie Efira est Paula Cohen-Solal, la patiente dont le suicide
déclenche l’enquête de Lilian. Bien que ce soit un rôle moins
présent à l’écran, sa performance est cruciale et son
interprétation sert de catalyseur à l’intrigue.
Mathieu Amalric est le mari de Paula qui accuse Lilan d’avoir causé
la mort de sa femme, et devient rapidement le principal
suspect. Mathieu Amalric excelle dans les rôles ambigus. Il joue
un homme déchiré par le deuil, mais dont la violence verbale et
l’attitude défensive sèment le doute.
Vincent Lacoste est Julien le fils de Lilian et Gabriel. Il apporte une
touche de jeunesse au milieu de ce drame, et son interprétation
est souvent celle d’un fils qui observe la détresse de sa mère
avec impuissance.
Le film a été tourné à Paris, dans le 2ème arrondissement, pour les
scènes d’intérieur , et en Normandie. Le mélange grande ville
et région côtière est typique des thriller français parait-il !
Rebecca Zlotowski a ajusté certaines scènes au fur et à mesure,
notamment en développant davantage la relation entre les
personnages de Jodie Foster et Daniel Auteuil. Cette approche
demande une grande flexibilité de la part des acteurs et de
l’équipe, car des scènes peuvent être réécrites juste avant le
tournage, ce qui est stimulant mais aussi très exigent.
La critique souligne la performance de Jodie Foster, qui est la plus
française des actrices étrangères. Elle a tout de même débuté
sa carrière à l’âge de 15 ans dans un film français « Moi fleur
bleue » de 1977, des films marquants comme « Taxi Driver » en
1976, « Les Accusés » en 1988, « Le silence des agneaux » en
1991, « Nell » en 1994 entre autres. Puis à nouveau un film
français, « Un long dimanche de fiançailles » en 2004, et bien
sûr Vie Privé en 2025. Ce film est loué pour son mélange
atypique de genres : thriller psychologique et comédie
policière. Ce côté « bancal » est parfois vu comme une force
s’inspirant de film à la Hitchcock et parfois on lui reproche
justement de ne pas trancher.
Toujours est-il que ce film a été projeté au Festival de Cannes, hors
compétition, très bien accueilli, salué par une standing-ovation
de plusieurs minutes, notamment pour la performance en
français de Jodie Foster.
Je vous souhaite une excellente soirée
Sylvie GUISEPPIN

Father mother sister brother, de Jim Jarmush

Cadet d’une fratrie de trois enfants, James Jarmush goûte très tôt au 7ème art car sa mère, critique de cinéma dans un journal local de l’Ohio, le dépose au cinéma de quartier, lorsqu’elle fait les courses.
à 17 ans, il étudie la littérature à Columbia puis part pour Paris, où il découvre un cinéma différent. De retour à New York, il s’inscrit en section cinéma à l’université de New York. Il s’y fait remarquer pour son talent, mais aussi, parce qu’il utilise sa bourse universitaire pour financer son film de fin d’études, Permanent vacation. Le film raconte l’errance d’un jeune homme dans Manhattan en été. On y trouve les fondements du style Jarmush : l’éloge de la musique et de la littérature, l’intérêt pour les anti-héros aux styles décalés et le regard sur le vide existentiel. Bien que le film soit un succès, il y a un petit souci, car le règlement de l’université n’autorise pas le dévoiement d’argent et il ne décrochera pas son diplôme. Par chance, Wim Wenders a repéré le talentueux jeune homme et l’engage comme assistant.
Jim Jarmusch est l’archétype du cinéaste indépendant américain. La Cinémathèque qualifie son œuvre de minimaliste, d’avant-gardiste et de désenchantée. Adepte d’un cinéma éclectique, il aime explorer des genres cinématographiques différents. Il est scénariste de tous ses films et participe à leur composition musicale.
Le long métrage de ce soir déroule une suite d’études de personnages qui font famille. Il est construit comme un tableau qui se déroule en trois parties distinctes dans trois lieux différents : les montagnes du Catskill dans l’État de New-York, les faubourgs chics de Dublin et les rues de l’Est parisien. La narration est agrémentée d’éléments qui reviennent d’une histoire à l’autre. Ce peut être les trajets en voiture, des objets ou des expressions verbales.
Jarmush a choisi de travailler avec 2 équipes de techniciens, une équipe américaine avec le chef opérateur Frederick Elmes pour la partie tournée aux États-Unis, et une équipe française, pour les parties européennes autour du chef opérateur, Yorick Le Saux et de l’ingénieur du son, Nicolas Cantin.
C’est Affonso Gonçalves, son collaborateur régulier, qui a réalisé le montage de l’ensemble.
Pour la musique, Jim Jarmusch a composé avec Anika, la chanteuse anglo-allemande post-punk. Ils ont pas mal improvisé et ont adapté des tubes des années 60-70 comme These Days de Jackson Browne et Spooky de Dusty Springfield.
Habitué à écrire les scénarios pour des acteurs spécifiques, il les avait presque tous en tête sauf la mère.
Ainsi, on retrouve l’acteur et musicien, Tom Waits, l’actrice australo-américaine, Cate Blanchett ou l’américain Adam Driver, acteurs avec lesquels il a déjà tourné.
À l’affiche également, l’actrice germano-luxembourgeoise Vicky Krieps, qui donnait la réplique à Daniel Day-Lewis dans Phantom Thread, de Paul Thomas Anderson, une chronique épique entre un génie de la mode et son modèle. Le casting est complété par Mayim Bialik, révélée dans la série The Big Bang Theory ; Sarah Greene, l’actrice et chanteuse irlandaise ; Indya Moore, artiste non binaire  et Luka Sabbat, l’acteur et mannequin franco-américain.
Pour le rôle de la mère il pensera finalement à Charlotte Rampling. Vous la verrez dans la scène du thé qu’elle qualifie de rituel du silence à l’anglaise, où sous une apparente convivialité on évite tout sujet de fond. Un dernier nom complète ce casting prestigieux, à vous de le deviner.
Un indice : les initiales F L

Ma frère, de Lise Akoka et Romane Guéret


Ma frère
Ma frère a été réalisé par un duo féminin, Lise Akoka et Romane Guéret. C’est leur
2ème long métrage après Les pires, sorti en 2022, qui racontait un tournage de film dans le Nord pour lequel l’équipe fictive avait choisi comme acteurs des jeunes marginaux, ceux que la population du quartier considère comme « les pires », d’où le titre. Un film qui avait le mérite de poser un regard sur leur pratique de cinéaste tout en évitant les clichés sur les quartiers populaires.
Leur 2ème film reste dans le même milieu social, mais version colonie de vacances, un univers que les 2 réalisatrices connaissent bien puisque les 2 en ont beaucoup fait et l’une d’elles a travaillé comme animatrice puis directrivce d’une colonie de vacances. Pour préparer leur rôle, les 2 actrices principales se sont immergées dans ce milieu en effectuant des stages dans des groupes périscolaires puis en travaillant dans une véritable colonie de vacances. L’immersion s’est poursuivie pendant le tournage puisque les cinéastes ont organisé une vraie colonie de vacances sur le lieu de tournage, au cours de laquelle elles ont enregistré 150 heures de rushes, et en ont tiré un film où on a vraiment l’impression d’entendre ces enfants parler leur vrai langage.
Ce film sur la sororité est incarné par un duo d’actrices qui se connaissent bien, puisqu’elles jouaient ensemble dans la web série des 2 réalisatrices : Tu préfères ? , disponible sur le site d’Arte. Une 3ème femme vient compléter l’équipe, c’est le 1er rôle au cinéma de la chanteuse Amel Bent, qui se révèle dans son rôle de directrice de colo.
La majeure partie du film a été tournée dans la Drôme, plus précisément dans les environs de Die. Il en ressort un film solaire et optimiste, loin des clichés sur la jeunesse des quartiers, et qui peut atteindre une dimension universelle.
Je vous laisse découvrir ce film qui fait du bien, en pariant qu’à la sortie, un air de Barbara vous trottera dans la tête

Rebuilding, de Max Walker Silverman


Rebuilding, de Max Walker Silverman

Rebuilding est le 2ème long métrage de Max Walker Silverman,après The love song sorti aux USA en 2022. MWS est originaire du Colorado, où il a tourné ce film inspiré d’un épisode de sa vie. En effet, il y a quelques années, le cinéaste se trouvait dans le Colorado où il n’y avait pas eu de pluie pendant plusieurs mois. Des conditions climatiques extrêmes qui avaient eu pour conséquences de terribles incendies. La sœur du réalisateur avait réussi à s’en sortir de justesse. Max Walker-Silverman s’est donc inspiré de ce moment éprouvant de sa vie pour construire le scénario du film.

Je m’attache en général assez peu aux acteurs dans mes présentations, mais ce soir j’ai décidé d’attirer votre attention sur l’acteur principal, Josh O Connor qui apparaît comme le nouveau chouchou de Hollywood :
acteur britannique interprète du voleur de tableau dans The mastermind.
il s’est fait connaître en interprétant le prince héritier Charles d’Angleterre dans la série The Crown
acteur principal dans Disclosure day, le prochain Spielberg et aux côtés de Frances Mac Dormand dans le prochain film de Joel Coen
Il incarne ici Dusty, un cow-boy du Colorado qui a tout perdu dans un violent incendie, qui va renouer contact avec sa fille alors qu’il vit dans un modeste mobile home mis à sa disposition par la FEMA, l’agence américaine qui gère les situations d’urgence qui touchent le territoire (attentats, catastrophes). Un anti-héros marginal, mélancolique et doux, qui apprend à revivre au contact des autres.

Le film que vous allez voir est très sobre et délicat, calme et sensible, entre documentaire et western naturaliste. Mais on peut le lire aussi comme une fable politique qui donne à voir une Amérique rurale, aujourd’hui confrontée aux aléas climatiques et à la dureté du système libéral américain et qui montre que la reconstruction d’un homme et d’un pays peut passer par l’empathie, la solidarité et la diversité. Un film humaniste donc, à une époque où l’Amérique et nous en avons particulièrement besoin.

Bugonia, de Yorgos Lanthimos

Ce soir Toiles Emoi a choisi de retrouver l’univers déroutant et inconfortable de Yórgos Lánthimos.
Bugonia est le remake horrifique de Save the green planet, une comédie de science-fiction coréenne sortie en 2003.
Ari Aster, le producteur, a imaginé que cette comédie pouvait être transposée au monde actuel, où à l’aune des nouvelles technologies, chacun vit dans sa bulle et conforte ses certitudes et préjugés.
Pendant la Covid, Will Tracy va en adapter le scénario.
Le tournage se déroule de juillet à septembre 2024 dans plusieurs sites de la campagne anglaise ainsi que sur les routes d’Atlanta aux États-Unis. Yórgos Lánthimos voulait tourner la scène finale à l’acropole d’Athènes, mais faute d’autorisations, il a choisi la plage de Sarakiniko située au nord de l’île de Milos. Cette plage au paysage lunaire est l’un des endroits les plus photographiés de la mer Égée.
Le film est construit comme une sorte de microcosme, un huis clos, où les personnages sont la plupart du temps dans un sous-sol, exprimant des points de vue qui peuvent être erronés ou biaisés et où chacun s’enferme dans une spirale et finit par se convaincre de ses propres obsessions.

Le sous-sol précise Yorgos Lanthimos « constitue un environnement clos qui fonctionne presque comme une expérience scientifique dévoyée, plongeant des cobayes dans un bassin où se mêlent toutes les angoisses, peurs et absurdités de la modernité »
Yorgos Lanthimos a tourné en Vista Vision, procédé de prise de vues cinématographique sur pellicule 35 mm à l’aide d’une caméra Wilcam 11, massive et bruyante. Le résultat donne des images très statiques mais le format, presque deux fois plus large que le 35 mm standard, met en valeur les personnages.
Les décors de James Price entièrement inventés renvoient vers un univers crasseux et lugubre. Et bien que le film se passe à l’époque actuelle, il donne le sentiment d’être figé dans l’espace-temps dans une sorte de ranch américain des années 90.
Yorgos Lanthimos, qui aime l’alchimie singulière qui se crée entre les acteurs expérimentés et les non professionnels a confié le rôle de Don à Aidan Delbis, un débutant.
Ne cherchez pas la chevelure d’Emma Stones, elle s’est rasée la tête pendant le tournage, tout comme le cinéaste, par solidarité avec elle.
Sans doute retrouverez vous des analogies avec le graphisme du film de Wes Anderson, The Phoenician Scheme ou thématique avec Sirat d’Óliver Laxe. À vous de juger ! Bonne séance