Bonsoir
Ce soir, nous vous proposons Vie Privée. Rebecca Zlotowski en
est la réalisatrice et la co-scénariste avec Anne Berest et Gaëlle
Macé. Rebecca est une figure importante du cinéma français
contemporain. Elle est née en 1980 à Paris. Son parcours est
initialement orienté vers les lettres. Elle est agrégée en lettres
modernes, est reconnue pour son travail d’écritures et de
réalisation avec des films qui explorent souvent des sujets
sensibles et des figures féminines complexes.
En 2010 elle sort son premier long métrage Belle Epine qui lui vaut
le prix Louis Delluc du premier film.
En 2013 sort Grand Central, sélectionné dans la section Un Certain
Regard au Festival de Cannes
Planétarium suit en 2016 : c’est un film d’époque avec Nathalie
Portman et Lily-Rose Depp .
Une fille facile en 2019 présenté à la quinzaine des réalisateurs du
Festival de Cannes où il a reçu le prix SACD…..bon je vous
donne la signification: Sté des Auteurs et Compositeurs
dramatiques.
Puis les enfants des autres en 2022 avec Virginie Efira et Roschdy
Zem. Ce film a été nominé aux Lions d’or au cours de la mostra
de Venise en 2022 et Virginie Efira y a reçu la coupe Volpi de la
meilleurs interprétation.
Vie Privée repose en grande partie sur l’excellence de son casting.
Jodie Foster interprète Lilian Steimer une psychiatre parisienne
renommée, très structurée et bilingue, dont le quotidien est
bouleversé par la mort d’une patiente. C’est le pilier central du
film. Elle offre une performance intense et nuancée, saluée
pour sa retenue et sa précision. Elle incarne parfaitement la
façade professionnelle, impassible de Lilian, qui se fissure
progressivement sous le poids de la culpabilité et de
l’obsession.
Daniel Auteuil est Gabriel Haddad, ex mari de Lilan,ophtalmologue,
il représente l’ancrage dans la réalité et le passé personnel de
Lilian. Il apporte une chaleur et une mélancolie, il est le
confident involontaire et le témoin de l’effondrement de Lilian.
Virginie Efira est Paula Cohen-Solal, la patiente dont le suicide
déclenche l’enquête de Lilian. Bien que ce soit un rôle moins
présent à l’écran, sa performance est cruciale et son
interprétation sert de catalyseur à l’intrigue.
Mathieu Amalric est le mari de Paula qui accuse Lilan d’avoir causé
la mort de sa femme, et devient rapidement le principal
suspect. Mathieu Amalric excelle dans les rôles ambigus. Il joue
un homme déchiré par le deuil, mais dont la violence verbale et
l’attitude défensive sèment le doute.
Vincent Lacoste est Julien le fils de Lilian et Gabriel. Il apporte une
touche de jeunesse au milieu de ce drame, et son interprétation
est souvent celle d’un fils qui observe la détresse de sa mère
avec impuissance.
Le film a été tourné à Paris, dans le 2ème arrondissement, pour les
scènes d’intérieur , et en Normandie. Le mélange grande ville
et région côtière est typique des thriller français parait-il !
Rebecca Zlotowski a ajusté certaines scènes au fur et à mesure,
notamment en développant davantage la relation entre les
personnages de Jodie Foster et Daniel Auteuil. Cette approche
demande une grande flexibilité de la part des acteurs et de
l’équipe, car des scènes peuvent être réécrites juste avant le
tournage, ce qui est stimulant mais aussi très exigent.
La critique souligne la performance de Jodie Foster, qui est la plus
française des actrices étrangères. Elle a tout de même débuté
sa carrière à l’âge de 15 ans dans un film français « Moi fleur
bleue » de 1977, des films marquants comme « Taxi Driver » en
1976, « Les Accusés » en 1988, « Le silence des agneaux » en
1991, « Nell » en 1994 entre autres. Puis à nouveau un film
français, « Un long dimanche de fiançailles » en 2004, et bien
sûr Vie Privé en 2025. Ce film est loué pour son mélange
atypique de genres : thriller psychologique et comédie
policière. Ce côté « bancal » est parfois vu comme une force
s’inspirant de film à la Hitchcock et parfois on lui reproche
justement de ne pas trancher.
Toujours est-il que ce film a été projeté au Festival de Cannes, hors
compétition, très bien accueilli, salué par une standing-ovation
de plusieurs minutes, notamment pour la performance en
français de Jodie Foster.
Je vous souhaite une excellente soirée
Sylvie GUISEPPIN
Archives de catégorie : Séances du jeudi soir
Father mother sister brother, de Jim Jarmush
Cadet d’une fratrie de trois enfants, James Jarmush goûte très tôt au 7ème art car sa mère, critique de cinéma dans un journal local de l’Ohio, le dépose au cinéma de quartier, lorsqu’elle fait les courses.
à 17 ans, il étudie la littérature à Columbia puis part pour Paris, où il découvre un cinéma différent. De retour à New York, il s’inscrit en section cinéma à l’université de New York. Il s’y fait remarquer pour son talent, mais aussi, parce qu’il utilise sa bourse universitaire pour financer son film de fin d’études, Permanent vacation. Le film raconte l’errance d’un jeune homme dans Manhattan en été. On y trouve les fondements du style Jarmush : l’éloge de la musique et de la littérature, l’intérêt pour les anti-héros aux styles décalés et le regard sur le vide existentiel. Bien que le film soit un succès, il y a un petit souci, car le règlement de l’université n’autorise pas le dévoiement d’argent et il ne décrochera pas son diplôme. Par chance, Wim Wenders a repéré le talentueux jeune homme et l’engage comme assistant.
Jim Jarmusch est l’archétype du cinéaste indépendant américain. La Cinémathèque qualifie son œuvre de minimaliste, d’avant-gardiste et de désenchantée. Adepte d’un cinéma éclectique, il aime explorer des genres cinématographiques différents. Il est scénariste de tous ses films et participe à leur composition musicale.
Le long métrage de ce soir déroule une suite d’études de personnages qui font famille. Il est construit comme un tableau qui se déroule en trois parties distinctes dans trois lieux différents : les montagnes du Catskill dans l’État de New-York, les faubourgs chics de Dublin et les rues de l’Est parisien. La narration est agrémentée d’éléments qui reviennent d’une histoire à l’autre. Ce peut être les trajets en voiture, des objets ou des expressions verbales.
Jarmush a choisi de travailler avec 2 équipes de techniciens, une équipe américaine avec le chef opérateur Frederick Elmes pour la partie tournée aux États-Unis, et une équipe française, pour les parties européennes autour du chef opérateur, Yorick Le Saux et de l’ingénieur du son, Nicolas Cantin.
C’est Affonso Gonçalves, son collaborateur régulier, qui a réalisé le montage de l’ensemble.
Pour la musique, Jim Jarmusch a composé avec Anika, la chanteuse anglo-allemande post-punk. Ils ont pas mal improvisé et ont adapté des tubes des années 60-70 comme These Days de Jackson Browne et Spooky de Dusty Springfield.
Habitué à écrire les scénarios pour des acteurs spécifiques, il les avait presque tous en tête sauf la mère.
Ainsi, on retrouve l’acteur et musicien, Tom Waits, l’actrice australo-américaine, Cate Blanchett ou l’américain Adam Driver, acteurs avec lesquels il a déjà tourné.
À l’affiche également, l’actrice germano-luxembourgeoise Vicky Krieps, qui donnait la réplique à Daniel Day-Lewis dans Phantom Thread, de Paul Thomas Anderson, une chronique épique entre un génie de la mode et son modèle. Le casting est complété par Mayim Bialik, révélée dans la série The Big Bang Theory ; Sarah Greene, l’actrice et chanteuse irlandaise ; Indya Moore, artiste non binaire et Luka Sabbat, l’acteur et mannequin franco-américain.
Pour le rôle de la mère il pensera finalement à Charlotte Rampling. Vous la verrez dans la scène du thé qu’elle qualifie de rituel du silence à l’anglaise, où sous une apparente convivialité on évite tout sujet de fond. Un dernier nom complète ce casting prestigieux, à vous de le deviner.
Un indice : les initiales F L
Ma frère, de Lise Akoka et Romane Guéret

Ma frère
Ma frère a été réalisé par un duo féminin, Lise Akoka et Romane Guéret. C’est leur
2ème long métrage après Les pires, sorti en 2022, qui racontait un tournage de film dans le Nord pour lequel l’équipe fictive avait choisi comme acteurs des jeunes marginaux, ceux que la population du quartier considère comme « les pires », d’où le titre. Un film qui avait le mérite de poser un regard sur leur pratique de cinéaste tout en évitant les clichés sur les quartiers populaires.
Leur 2ème film reste dans le même milieu social, mais version colonie de vacances, un univers que les 2 réalisatrices connaissent bien puisque les 2 en ont beaucoup fait et l’une d’elles a travaillé comme animatrice puis directrivce d’une colonie de vacances. Pour préparer leur rôle, les 2 actrices principales se sont immergées dans ce milieu en effectuant des stages dans des groupes périscolaires puis en travaillant dans une véritable colonie de vacances. L’immersion s’est poursuivie pendant le tournage puisque les cinéastes ont organisé une vraie colonie de vacances sur le lieu de tournage, au cours de laquelle elles ont enregistré 150 heures de rushes, et en ont tiré un film où on a vraiment l’impression d’entendre ces enfants parler leur vrai langage.
Ce film sur la sororité est incarné par un duo d’actrices qui se connaissent bien, puisqu’elles jouaient ensemble dans la web série des 2 réalisatrices : Tu préfères ? , disponible sur le site d’Arte. Une 3ème femme vient compléter l’équipe, c’est le 1er rôle au cinéma de la chanteuse Amel Bent, qui se révèle dans son rôle de directrice de colo.
La majeure partie du film a été tournée dans la Drôme, plus précisément dans les environs de Die. Il en ressort un film solaire et optimiste, loin des clichés sur la jeunesse des quartiers, et qui peut atteindre une dimension universelle.
Je vous laisse découvrir ce film qui fait du bien, en pariant qu’à la sortie, un air de Barbara vous trottera dans la tête
Rebuilding, de Max Walker Silverman

Rebuilding, de Max Walker Silverman
Rebuilding est le 2ème long métrage de Max Walker Silverman,après The love song sorti aux USA en 2022. MWS est originaire du Colorado, où il a tourné ce film inspiré d’un épisode de sa vie. En effet, il y a quelques années, le cinéaste se trouvait dans le Colorado où il n’y avait pas eu de pluie pendant plusieurs mois. Des conditions climatiques extrêmes qui avaient eu pour conséquences de terribles incendies. La sœur du réalisateur avait réussi à s’en sortir de justesse. Max Walker-Silverman s’est donc inspiré de ce moment éprouvant de sa vie pour construire le scénario du film.
Je m’attache en général assez peu aux acteurs dans mes présentations, mais ce soir j’ai décidé d’attirer votre attention sur l’acteur principal, Josh O Connor qui apparaît comme le nouveau chouchou de Hollywood :
acteur britannique interprète du voleur de tableau dans The mastermind.
il s’est fait connaître en interprétant le prince héritier Charles d’Angleterre dans la série The Crown
acteur principal dans Disclosure day, le prochain Spielberg et aux côtés de Frances Mac Dormand dans le prochain film de Joel Coen
Il incarne ici Dusty, un cow-boy du Colorado qui a tout perdu dans un violent incendie, qui va renouer contact avec sa fille alors qu’il vit dans un modeste mobile home mis à sa disposition par la FEMA, l’agence américaine qui gère les situations d’urgence qui touchent le territoire (attentats, catastrophes). Un anti-héros marginal, mélancolique et doux, qui apprend à revivre au contact des autres.
Le film que vous allez voir est très sobre et délicat, calme et sensible, entre documentaire et western naturaliste. Mais on peut le lire aussi comme une fable politique qui donne à voir une Amérique rurale, aujourd’hui confrontée aux aléas climatiques et à la dureté du système libéral américain et qui montre que la reconstruction d’un homme et d’un pays peut passer par l’empathie, la solidarité et la diversité. Un film humaniste donc, à une époque où l’Amérique et nous en avons particulièrement besoin.
Bugonia, de Yorgos Lanthimos
Ce soir Toiles Emoi a choisi de retrouver l’univers déroutant et inconfortable de Yórgos Lánthimos.
Bugonia est le remake horrifique de Save the green planet, une comédie de science-fiction coréenne sortie en 2003.
Ari Aster, le producteur, a imaginé que cette comédie pouvait être transposée au monde actuel, où à l’aune des nouvelles technologies, chacun vit dans sa bulle et conforte ses certitudes et préjugés.
Pendant la Covid, Will Tracy va en adapter le scénario.
Le tournage se déroule de juillet à septembre 2024 dans plusieurs sites de la campagne anglaise ainsi que sur les routes d’Atlanta aux États-Unis. Yórgos Lánthimos voulait tourner la scène finale à l’acropole d’Athènes, mais faute d’autorisations, il a choisi la plage de Sarakiniko située au nord de l’île de Milos. Cette plage au paysage lunaire est l’un des endroits les plus photographiés de la mer Égée.
Le film est construit comme une sorte de microcosme, un huis clos, où les personnages sont la plupart du temps dans un sous-sol, exprimant des points de vue qui peuvent être erronés ou biaisés et où chacun s’enferme dans une spirale et finit par se convaincre de ses propres obsessions.
Le sous-sol précise Yorgos Lanthimos « constitue un environnement clos qui fonctionne presque comme une expérience scientifique dévoyée, plongeant des cobayes dans un bassin où se mêlent toutes les angoisses, peurs et absurdités de la modernité »
Yorgos Lanthimos a tourné en Vista Vision, procédé de prise de vues cinématographique sur pellicule 35 mm à l’aide d’une caméra Wilcam 11, massive et bruyante. Le résultat donne des images très statiques mais le format, presque deux fois plus large que le 35 mm standard, met en valeur les personnages.
Les décors de James Price entièrement inventés renvoient vers un univers crasseux et lugubre. Et bien que le film se passe à l’époque actuelle, il donne le sentiment d’être figé dans l’espace-temps dans une sorte de ranch américain des années 90.
Yorgos Lanthimos, qui aime l’alchimie singulière qui se crée entre les acteurs expérimentés et les non professionnels a confié le rôle de Don à Aidan Delbis, un débutant.
Ne cherchez pas la chevelure d’Emma Stones, elle s’est rasée la tête pendant le tournage, tout comme le cinéaste, par solidarité avec elle.
Sans doute retrouverez vous des analogies avec le graphisme du film de Wes Anderson, The Phoenician Scheme ou thématique avec Sirat d’Óliver Laxe. À vous de juger ! Bonne séance
L’Etranger, de François Ozon
L’Etranger, de François OZON – 4 décembre 2025 – Par Marion Magnard
C’est en travaillant sur un autre projet de film, traitant d’un jeune homme face à l’absurdité du monde que François OZON a relu l’Etranger d’Albert Camus. Il l’avait beaucoup aimé en l’étudiant au Lycée. Touché de retrouver intacte son émotion, il décide d’en faire l’adaptation.
Et, si vous me permettez ce misérable jeu de mots, OZON, il ose tout : d’abord choisir d’adapter un tel chef d’œuvre, qui a conquis toute la planète, été traduit en 64 langues., et fait l’objet de savantes exégèses de toutes sortes.
D’autres ont essayé avant lui : Jean Renoir en 1950 avec Gérard Philipe dans le rôle-titre, projet abandonné faute de financement, en 1967 Luchini Visconti avec Maestroianni, faute d’Alain Delon, film qu’il désavoue car trop freiné par les exigences de la veuve de Camus, et en 2002 un film Turc jamais distribué en France.
En préparant son film, François Ozon a lu Meursault, contre-enquête , livre de Kamel Daoud, franco-algérien. Les 2 hommes se rencontrent et échangent leurs points de vue sur le livre, le film et Albert Camus. Daoud précise que l’écrivain a été complètement et volontairement effacé dans la conscience algérienne, Ozon qu’il n’a pas pu faire des repérages en Algérie et que le film sera tourné au Maroc près de Tanger.
Pour OZON, d’emblée, pas d’ouverture en voix off: « aujourd’hui maman est morte », non, mais des séquences sans dialogues, avec prédominance du vide et du silence. Et c’est un génial et implacable noir et blanc qui magnifie la lumière étincelante et le feu de l’été algérien. Et la beauté de l’Algérie, le grand-père de François Ozon, pied-noir juge à Alger rapatrié en France après avoir échappé à un attentat, l’a longuement chantée à son petit-fils.
Dans le rôle-titre, Benjamin Voisin, à la fois indolent et sensuel, est un Meursault taiseux, absent au monde, mais charnel, terrien et fascinant. Et OZON fait exister davantage que dans le livre les deux personnages féminins, la maitresse de Meursault, jouée par Rebecca Marder, et la sœur de l’arabe tué. Toutes deux apportent un supplément d’âme au film. Et OZON sait à la fois incarner l’Algérie coloniale et donner plus que dans le roman une réelle existence aux « colonisés »..
Dans L’Etranger d’Albert Camus, ce n’est que lorsque Meursault est emmené en prison qu’il verbalise : « J’ai tué un arabe ». Dans Meursault, Contre-enquête de Kamel Daoud et le film d’Ozon, les années ont passé et « l’Arabe » a un nom.
Et c’est « Killing an Arab » du groupe The Cure, qui accompagne le générique du film.
L’Intérêt d’Adam, de Laura Wandel

Film en partenariat avec la MJC, présenté dans le cadre du Festisol dont le thème est cette année : prendre soin.
Ce film est le 2ème long métrage de la réalisatrice belge Laura Wandel. Son 1er long métrage, Un Monde, portait sur le thème du harcèlement scolaire. Il a été présenté au festival de Cannes en 2021 où il a obtenu de la part du public une ovation de plusieurs minutes. Malgré son œuvre encore à ses débuts, Laura Wandel est déjà une habituée du Festival de Cannes puisqu’en 2014 son court métrage Les corps étrangers y était déjà en compétition et que L’Intérêt d’Adam a fait l’objet d’une séance spéciale d’ouverture à la semaine de la critique.
Le film s’inscrit dans la lignée des frères Dardenne, compatriotes de la réalisatrice, dans la mesure où il plonge le spectateur au plus près de la réalité hospitalière, souvent caméra à l’épaule, pour suivre, comme dans Rosetta avec Emilie Dequenne, le personnage de Lucy, interprétée par Léa Drucker, placée au cœur d’un dilemme moral. Cette manière de filmer cherche à rendre le rythme effréné du personnel hospitalier qui bouge tout le temps et n’a pas le temps de se poser pour réfléchir.
Le point de départ du film n’a pas été une histoire ou même un personnage, mais le lieu : la volonté de filmer un hopital comme lieu représentatif de la société dans son ensemble. Il est tourné à l’hôpital Saint-Pierre à Bruxelles, un hôpital public très social, et connu pour ça en Belgique. Laura Wandel s’est fait passer pour stagiaire pendant 3 semaines dans le service pédiatrique de cet établissement.
Le rôle de Lucy a été écrit spécialement pour Léa Drucker, que la réalisatrice a découverte dans Avant que de tout perdre. Le tournage a été très éprouvant en raison du choix de filmer chaque scène en plan séquence, ce qui a donné lieu parfois à 40 prises pour obtenir l’émotion juste
Le film est à la fois court et dense, ce qui nous laissera le temps d’échanger à l’issue du film avec 2 professionnelles du soin : Alixia Lignet, éducatrice spécialisée auprès des adolescents à Bourg et Monique Parisot, psychologue retraitée qui a travaillé à l’Aide Sociale à l’Enfance.
En attendant je vous laisse découvrir ce film.
D Mauffrey
La femme la plus riche du monde, Thierry Klifa

LA FEMME LA PLUS RICHE DU MONDE
Film réalisé par Thierry Klifa, sur un scénario coécrit par Cédric Anger, Jacques Fieschi et Thierry Klifa.
C’est une comédie dramatique très remarquée, inspirée de la célèbre affaire Bettencourt/Banier, qui tout en étant une fiction, utilise le contexte de l’affaire pour offrir une comédie de mœurs à la fois burlesque et cruelle, explorant les thèmes de l’argent, du pouvoir et de la dépendance affective.Thierry Klifa dit :« Il ne s’agissait pas de faire pleurer sur les états d’âme des ultra-riches, mais de montrer en quoi l’argent vient décupler les conflits dans les rapports humains. Ce n’est pas une histoire à juger, mais à observer avec un contexte historique encore trop peu exploré en France : celui des grandes familles industrielles dont une partie du pouvoir s’est aussi construite sur des zones d’ombre, la collaboration notamment ».
Le film est décrit comme drôle cynique, féroce, avec un humour caustique et un regard satirique sur la haute bourgeoisie , qui met en avant non seulement l’argent, mais aussi les émotions, la jalousie, la soif de reconnaissance et la complexité du lien mère / fille.
Isabelle Huppert incarne Liliane Bettencourt alias Marianne Farrère. Son interprétation est qualifiée de magistrale et libre. L’actrice à infuser son personnage d’une grande humanité et d’humour , le rendant attachant et inspirant. Elle excelle à naviguer entre comédie grinçante et gravité. Son personnage est une figure complexe , loin de la simple victime ou de la bourgeoise rigide, explorant des thèmes de solitude et de dépendance affective.
Laurent Lafitte est Pierre Alain Fantin ; librement inspiré de François Marie Banier. Il fait irruption dans la vie de Marianne et cette rencontre est décrite comme un coup de foudre qui bouleverse sa vie. Le personnage de Fantin est un mélange d’ambiguïté et de panache, souvent décrit comme flamboyant et fantasque, haut en couleur, insaisissable, un trublion qui envoie valser toutes les conventions et les bonnes manières. Il est dédestable, mais offre quelque chose de nouveau et de libérateur à Marianne. Il est ambitieux, insolent, dit ce qu’il pense qu’importe si ça choque et c’est ce qui plaît à Marianne.
Le rôle de Marina Foïs qui incarne Frédérique Spielman la fille de Marianne, est crucial, car elle représente la résistance et la raison face à la folie du duo Marianne/Fantin. Elle est la figure de l’opposition et la défense de l’héritage. Elle est celle qui va intenter l’action en justice contre Fantin. Elle est la première à se méfier de cet homme, voyant en lui un opportuniste et un prédateur, exploitant la solitude et le vieillissement de sa mère pour lui extorquer des millions d’euros.
Raphaël Personnaz incarne le majordome. Il est plutôt discret et en retrait , il observe et enregistre tout. C’est le témoin des secrets et des alliances.
Mathieu Demy incarne Jean Marc Spielman, mari de Frédérique et gendre de Marianne. Sa loyauté est mise à l’épreuve : devoir familial, fidélité et tension autour du pouvoir et de la richesse. (petite parenthèse Mathieu n’est autre que le fils d’Agnès Varda et Jacques Demy)
Ce film met en lumière les conséquences de la richesse extrême, non seulement le pouvoir financier, mais aussi la vulnérabilité émotionnelle, les trahisons et la solitude : il questionne aussi sur la morale, le pouvoir et la famille.
Il a bénéficié d’une première très remarquée lors de sa présentation hors compétition au festival de Cannes 2025 et Toiles Emoi vous le présente ce soir , « Parce que vous le valez bien »
Sylvie Guiseppin
Nino, de Pauline Loques
NINO
Ce soir Toiles Emoi vous propose NINO, scénario de Pauline Loquès avec la collaboration de Maud Ameline, et interprété par Théodore Pellerin, William Lebghil, Salomé Dewaels, Jeanne Balibar et la participation de Mathieu Amalric.
Délicatesse, justesse, nuances sont quelques unes des qualités de la cinéaste Pauline Loquès. Des études de lettres et de droit l’ont conduite au journalisme. Après avoir été rédactrice pour des émissions culturelles, elle commence une formation de scénariste.
Pour ce film, il se trouve que ce sont essentiellement des femmes qui ont constitué son équipe technique (directrice de photo, directrice de casting, monteuse, cheffe déco, scripte, etc) Cela s’est fait naturellement, elles ont été choisies pour leur talent, leur force de travail et leur intelligence. NINO est donc aussi le fruit d’un regard féminin porté par une majorité de femmes.
Pauline Loquès est une nouvelle venue au cinéma. Pour ces premiers pas elle a choisi un thème qui la hante : elle qui a perdu un proche d’un cancer à l’âge de 37 ans, ce film lui est dédié.
Plutôt que de nous raconter un long parcours médical dont on ne connaît pas l’issue, elle nous emmène aux cotés de NINO pendant le W E qui suit son diagnostic et précède son traitement à l’hôpital. Les médecins lui ont confié 2 missions :
– faire congeler son sperme avant le traitement car celui-ci risque de le rendre stérile,
– se faire accompagner par une personne de confiance pour sa première séance de traitement.
Nino, sous le choc et l’incapacité de gérer la nouvelle (il n’a que 29 ans) a énormément de mal à annoncer sa maladie à ses proches. Comment le leur dire ? Qui sera la personne de confiance qui voudra bien l’accompagner à l’hôpital ? NINO erre dans Paris, un peu à la manière de « Cloé de 5 à 7 » d’Agnès Varda, sauf que Cloé attendait un diagnostic alors que NINO le sait, et nous aussi.
Chacune de ses rencontres prend alors un goût particulier : avec qui va-t-il partager son secret ? Sa mère, son ancienne petite amie, son meilleur ami Sofiane qui lui organise un anniversaire surprise, un inconnu aux bains publics, une ancienne connaissance de lycée rencontrée par hasard ?
Ces partenaires on peu de scènes à jouer, et sont pourtant tous intenses et justes. Pauline Loquès dit « apporter une douce attention aux détails du quotidien qui nourrissent la beauté de la réalité ».
Plus on avance dans le film, plus on se rapproche de NINO. Il est interprété par Théodore Pellerin, jeune comédien québécois jusqu’alors complètement inconnu en France. On pourrait dire, avec un certain humour noir qu’il crève l’écran, s’il ne s’agissait d’une histoire de vie ou de mort. C’est aussi une double naissance, celle d’une cinéaste et celle d’un acteur.
En ce qui concerne la musique du film, Pauline Loquès dit « je voulais qu’on puisse éprouver la ville tantôt comme une amie réconfortante, tantôt comme une personne insupportable. Pour la musique qui accompagne les errances de NINO, j’ai pioché dans le répertoire de Flore Laurentienne, groupe multi instrumentiste québecois, en choisissant 3 morceaux de rock pour rendre compte des accès d’urgence et de vitalité de NINO par moment.
Pour finir, votre soirée cinéma ne sera pas « plombée » car si le film est décrit comme un drame humain, subtil et émouvant, il parvient à mêler humour et tendresse à un sujet difficile et évite le pathos.
Je vous souhaites un très bon film
Deux pianos, d’Arnaud Desplechin
Depuis ses débuts dans les années 1990, Arnaud Desplechin formé, à la réalisation et à la prise de vues, mêle à chacune de ses œuvres cinématographiques introspection intellectuelle et sentimentale. Il explore les thématiques de la mémoire, de l’identité et la complexité des relations humaines.
Deux pianos est un drame romanesque coécrit avec Kamen Velkovsky et les conseils de la romancière Anne Berest. Le film imbrique les destins croisés de personnages mêlant deux histoires, celle d’une transmission et celle d’un amour impossible.
Au départ, le film s’appelait An affair to remember en référence à Love affair le film de Leo McCarey sorti en 1957 avec Cary Grant et Deborrah Kerr qui racontait l’histoire d’un playboy et d’une chanteuse de cabaret qui tombaient éperdument amoureux lors d’une traversée à bord d’un paquebot. Ils décidaient de se retrouver 6 mois plus tard après avoir mis de l’ordre dans leur vie amoureuse. Mais la traduction française qui signifie adultère, était trop réductrice. C’est pourquoi Arnaud Desplechin a choisi de le renommer Deux pianos comme pour illustrer l’histoire du couple et l’histoire des deux musiciens.
Le film est tourné caméra à l’épaule et se passe à l’automne à Lyon dans un décor baigné de couleurs ocres. Vous y reconnaitrez sans doute l’Auditorium avec l’entrée des artistes, le bar du Passage et le parc de la tête d’or.
François Civil, ancré dans un jeu plus introspectif qu’à l’ordinaire y incarne Mathias, un personnage qui mêle charme et talent mais aussi arrogance et autodestruction. François Civil s’est longuement préparé au rôle avec Grégoire Hetzel, le compositeur de la bande originale du film et un coach pour je cite « apprendre à respirer la musique, faire passer le tumulte intérieur par la main et le regard. ». C’est lui qui joue notamment le morceau de Bach à la fin du film Ich ruf zu dir. Il a d’ailleurs découvert récemment que son arrière-grand-mère maternelle improvisait au piano pour accompagner les films muets.
À son retour du Japon, il découvre Claude, Nadia Tereszkiewicz, son amour de jeunesse mère d’un jeune garçon qui lui ressemble étrangement. Arnaud Desplechin aime à dire qu’il s’est inspiré des deux héroïnes du roman de Stendhal, le Rouge et le Noir pour créer le personnage de Claude.
En arrière-plan, Charlotte Rampling joue Elena, sa magnétique mentore et Hippolyte Girardot interprète Max son agent fantasque.
Arnaud Desplechin a volontairement repoussé la demande de lecture collective du scénario pour préserver la part de mystère de chaque acteur.
Doris Orlut






