A pied d’oeuvre, Valérie Donzelli


À pied d’œuvre est au départ le roman autobiographique de Franck Courtès, paru chez Gallimard en 2023. Franck Courtès a fait partie des grands noms de la photographie de presse, travaillant pour Le Monde, Libération ou encore Les Inrockuptibles. Il s’est fait une spécialité des portraits de personnalités. Il a photographié Arletty, Jean-Pierre Léaud, Jacques Demy, Iggy Pop, Joey Starr, Karim Benzema, Pierre Bérégovoy, Patrick Modiano et bien d’autres. Il explique que la superficialité des rencontres avec les stars, le sentiment d’un appauvrissement de l’usage de la photographie à l’arrivée du numérique et du smartphone, le conduisent à ne plus trouver de sens dans son métier et il va brutalement stopper sa carrière de photographe pour devenir écrivain.
Mais écrire ne lui permettra pas de vivre ; il sera donc contraint à faire de multiples « petits boulots » mal payés pour arriver à survivre. Commencera pour lui une période d’invisibilité et d’errance sociale, ballotté entre son ancien milieu bourgeois, qui le rejette, et son nouveau statut, dont il ne possède pas les codes.
Lorsque Valérie Donzelli lit le roman, peu après la mort de son père, la résonnance avec son histoire familiale est intense. Son grand-père et son arrière-grand-père paternels étaient peintre et sculpteur et ont vécu dans une extrême pauvreté. A tel point que son père, très doué pour le dessin, s’est tourné vers des études de droit pour fuir cette précarité. Et lorsque vers 23 ans, Valérie Donzelli laisse tomber ses études d’architecte pour devenir comédienne, son père a très peur et tente de la décourager.
On sait depuis que la donzelle s’est accrochée au désir de faire son cinéma et a tracé son chemin comme actrice, scénariste puis réalisatrice.
Pour cette adaptation à l’écran, Valérie Donzelli a souhaité rester fidèle à l’esprit et au texte du roman.
Tous les acteurs présents ont déjà joué dans ses précédentes réalisations. Elle ne leur a pas donné de direction particulière. Elle a simplement demandé à Bastien Bouillon, qui avait pris 10 kg pour Connemara, le film d’Alex Lutz, de perdre du poids.
Bastien Bouillon qui se décrit comme quelqu’un de très peu physique, se retrouve dans la même situation que Paul, son personnage qui découvre les travaux de manœuvre. Il est maladroit au départ comme lui, puis il s’habitue peu à peu. Bastien Bouillon a fait le choix de ne pas lire le livre avant le tournage, par contre il l’a lu après et en a réalisé un enregistrement audio.
Valérie Donzelli va filmer les acteurs tout le temps de très près et en super 8. Elle choisit une production légère en équipe réduite, qui colle à l’histoire très intime du roman. En revanche le montage du film avec Pauline Gaillard, la monteuse sera je cite, un véritable chamboule-tout pour trouver la juste place émotionnelle de chaque situation.
Alors êtes-vous à pied d’œuvre ?
Doris Orlut