Archives mensuelles : novembre 2013

In another country

In another country

Comme Barack Obama et Ban Ki Moon, vous n’avez pas pu échapper  en 2012 au tube mondial Gangnam Style de la nouvelle star du pop sud coréenne Psy.

Ce soir, c’est un tout autre aspect de la culture sud coréenne qui nous est présenté, intimiste et intellectuel, mais aussi influence par la culture occidentale.

Le réalisateur, Hong Sang Soo, 52 ans, a suivi des cours de cinéma et de théâtre à l’université de Séoul, avant de poursuivre ses études au Collège  of Arts de Californie et à l’Art institute  de Chicago, ou il réalise des courts métrages expérimentaux.

Il a également vécu un an en France, et il est un admirateur de Rohmer et de Robert Bresson.

Il réalise son premier long métrage en 1996 : le jour ou le cochon est tombe dans le puits.

Il est depuis quelques années un habitué des festival, et il a présenté en particulier à Cannes ses films : la femme est l’avenir de l’homme en 2004, et conte de cinéma en 2005.

Il a remporté le prix de la sélection « un certain regard » en 2010 avec « HA HA HA », et à à nouveau concouru dans cette sélection en 2011 avec le film  » matins calmes à Séoul ».

Dans ce film, joue le comédien Yu Jungsang, qui interprète le rôle du maître nageur dans le film présente ce soir.

In another country est le 13 eme film de Hong Sang Soo.

L’interprète principale est Isabelle Huppert, prénommée Anne dans le film, qui endosse successivement 3 identités différentes :
1/ une cinéaste parisienne en visite chez un confrère coréen marié, avec lequel elle a échange un baiser dans un festival,
2/ l’épouse d’un industriel français en poste à Séoul, qui s’offre une escapade avec un coréen célèbre,
3/ une maîtresse de maison qui tente de se consoler en voyageant après que son mari l’a quittée.

Chaque histoire à son autonomie et ses points communs : les comédiens, le lieu : la station balnéaire de Mohang Ni, en particulier.

Le réalisateur se livre à une variation autour de l’intrigue, des personnages, du décor, des différents choix possibles, à la manière du Smoking/no Smoking d’Alain Resnais, et autour des thèmes de prédilection du réalisateur que sont l’amour, l’ivresse, la duperie.

A l’opposé du bling bling de la danse du cavalier, partons à la découverte de cette autre facette de la culture sud coréenne.

Jeune et jolie

JEUNE ET JOLIE

Le film

Jeune & jolie, c’était le nom d’un magazine pour les filles de 15 ans, et ce sont deux épithètes qui vont parfaitement à l’héroïne du film et actrice débutante, la ravissante Marine Vacth.

Sauf que l’occupation favorite de l’adolescente héroïne du film de François Ozon n’est pas le shopping ou le chat avec les copines, mais… la prostitution.

On comprend progressivement qu’elle ne se prostitue ni pour l’argent ni pour le plaisir.

On recherche alors les raisons de cette jeune et jolie fille :

  • mettre du sel dans sa vie bourgeoise un peu fade,
  • se différencier secrètement de ses copines,
  • soigner une blessure due à la recomposition de sa famille, etc.

Mais le film ne donne aucune explication, et rien ne permet de déchiffrer les motivations du personnage.

Le film tient sur cette absence de sens.

L’actrice

Marine VACTH a 15 ans lorsque, dans un magasin H&M du quartier de l’Opéra à Paris, elle est repérée par une agente de mannequins.

 

Elle apparaît dans un clip pour la publicité du parfum « La Nuit de l’homme » d’Yves Saint Laurent au côté de Vincent Cassel, puis comme nouvelle égérie du parfum La Parisienne.

 

En 2011, Cédric Klapisch cherche un top model pour un rôle dans Ma part du gâteau. La voici au cinéma.

Quand François OZON lui propose le rôle d’Isabelle, il l’avertitque ce rôle risque de lui coller à la peau, comme Portier de nuit pour Charlotte Rampling, ou Belle de jour pour Catherine Deneuve.

Mais selon lui, elle a comme elles, ce truc de star : elle fascine.

Pourtant, Marine VACTH n’avait pas envisagée de devenir comédienne, dit-elle.

Un père chauffeur routier, une mère comptable, elle avait 19 ans quand elle s’est envolée de sa banlieue parisienne, abandonnant l’idée de repasser le bac littéraire qu’elle avait raté.

Elle parle ainsi du personnage d’Isabelle qu’elle incarne à l’écran « Je me suis retrouvée dans son silence, dans sa distance aux autres. »

« Elle vit ce qu’elle a à vivre, elle ne s’excuse de rien, ne veut pas débattre de ça, parce que cela ne regarde qu’elle » 

 

Bonne séance.

Killer Joe

KILLER JOE

 

Le réalisateur : William Friedkin

 

Américain,77 ans.

A débuté par la réalisation de séries TV

 

Filmographie :

Ses films les plus célèbres :

 

French Connection, sorti en 1971, qui reçoit 5 Oscars en 1972, dont les Oscars du meilleur film et du meilleur réalisateur

 

En 1973, l’Exorciste, classique du film d’épouvante, est également un succès considérable. Musique de Mike Oldfield « Tubular Bells ».

 

Son film suivant, un remake du salaire de la peur est un échec commercial. A cette époque il épouse Jeanne Moreau, dont il divorcera qq mois plus tard.

 

Années 1990 : mise en scène d’operas, en Europe et aux US et à Tel Haviv (Samson et Dalila de Camille Saint Saens) – Wozzek Alban Berg dans un festival d’art lyrique à Florence.

Mise en scène d’opéra = mise en scène film, sauf la caméra (lumières, décors, direction du jeu des acteurs…)

 

Killer Joe, comme son film précédent (Bug) est une adaptation d’une pièce de théâtre de Tracy Letts (auteur et dramaturge américain, prix Pulitzer en 2008).

 

Le film a été tourné en deux mois en 2010 « 2 prises, c’est tout ».

 

Sélectionné en 2011 pour la Mostra de Venise, puis en 2012 au festival du film américain de Deauville.

 

Synopsis :

 

L’action se passe en Louisiane, dans le milieu « White Trash » (milieu des blancs pauvres, qui vivent dans des caravanes, dépensent leur argent au Kentucky Fried Chiken, passent leur temps devant la télé…) Ambiance Delivrance, ou Eight Miles.

 

Chris, un jeune dealer (Emile Hirsch), engage un tueur à gages, Killer Joe, (Matthew Mc Conoughey), pour qu’il assassine sa propre mère afin de toucher l’assurance vie qui lui permettra de rembourser ses dettes.

 

Casting :

 

WF dit que le plus souvent, le casting s’est imposé à lui dans ses films.

 

Ex : dans French Connection, il y avait un seul acteur qu’il voulait à tout prix : Marcel Bozzuffi qu’il avait adoré dans Z. Il n’avait jamais pensé à Gene Hackman, ni Roy Scheider qu’il ne connaissait pas.

 

Matthew Mac Conaughey :

 

Né au Texas en 1969. Connu pour des films plus légers tels que « un mariage trop parfait » avec Jennifer Lopez, pour son physique avantageux, ou dernièrement, Magic Mike.

 

WF, qui avait entendu une interview de lui parlant de son enfance texane pensait qu’il « serait parfait pour interpréter un rôle de flic ripou engagé comme tueur à gages ».

 

Pourtant, MMC a dans un premier temps refusé le rôle et dit à WF qu’il haïssait le scénario et qu’après l’avoir lu il n’avait qu’une envie : prendre une douche et se nettoyer tellement il se sentait sali. Mais ses proches lui ont demandé de le relire, et il y a vu finalement un moyen de réorienter sa carrière.

 

Pour le journal le Monde, l’acteur trouve ici le rôle de sa vie.

 

Prochains rôles dans M. Scorcese « le loup de Wall Street » aux cotes de Leonardo DI CAPRIO et Jean Dujardin, et dans film de Terrence Malik.

 

Emile Hirsch, (Chris) acteur américain né en 1985, est surtout connu au cinéma comme l’interprète principal du film de Sean Penn, Into the Wild.

 

Choix de Juno Temple : britannique, elle a commencé très jeune (8 ans) par jouer quelques rôles dans les films de son père, le réalisateur Julien Temple.

 

Récemment, elle a participé au tournage du dernier volet de la trilogie de Batman The Dark Knight Rises.

 

Pour les scènes de nudité, WF a dû voir de nombreuses actrices, et dit qu’il a choisi celle qui était à ses yeux la plus courageuse, celle qui se donnerait à corps perdu dans le rôle : Gina Gershon, qui a accepté d’emblée.

 

Pourquoi ce film ?

 

WF dit que dès qu’il a reçu le scénario, il a eu envie de faire ce film « avec des personnages qui ont le diable en eux, et que je ne vais jamais chercher à juger ; des personnages qui peuplent mes films depuis toujours…Ils sont tellement prisonniers de leurs propres douleurs, noyés dans leurs problèmes apparemment insolubles qu’ils cherchent à en sortir à tout prix, sans réfléchir aux conséquences de leurs actes ».

 

Il dit qu’il n’a jamais en tête ce que sont les règles. De ce fait, il n’a jamais l’intention de transgresser quoi que ce soit, ni de choquer pour choquer.

 

Il affirme ne pas vouloir parler en termes de violence ou de sexe, mais qu’il veut raconter une histoire sans s’autocensurer. Il rejoint sans doute en cela des réalisateurs plus jeunes tels que Quentin Tarantino ou les Frères Coen.

 

A la sortie du film en France, la critique s’est montrée très partagée, certains jugeant le film brillant et fort, d’autres restant réservés sur l’intérêt de son caractère outrancier et dérangeant.

 

Une scène dite « du pilon de poulet » est à ce titre très symbolique. WF dit que, pour la tourner, il n’a pas fait de répétition car il voulait que les comédiens la jouent sans avoir une conscience totale de ce qu’ils allaient faire.

 

« Je leur ai juste expliqué comment j’allais filmer cette scène, et que je n’allais pas plus les juger que je ne juge les personnages. »

 

 

Je vous laisse maintenant découvrir le film et vous forger votre propre opinion.

 

Bonne séance !

La grande bellezza

LA GRANDE BELLEZZA

La Grande Bellezza a été présenté en compétition au Festival de Cannes 2013.

Il s’agit du cinquième long métrage cité à Cannes pour le réalisateur italien, Paolo SORRENTINO, qui a remporté le Prix du Jury Œcuménique en 2011 pour son dernier film This Must Be the Place porté par Sean Penn.

Après « this must be the place » tourné en Irlande et aux Etats-Unis, La Grande Bellezza signe le retour de Paolo Sorrentino chez lui, en Italie.

L’intrigue du film se passe à Rome, où Jep Gambardella, ( interprété par Toni SERVILLO), est un grand séducteur, journaliste à succès âgé de 65 ans.

Dans sa jeunesse, il a écrit un roman, L’Appareil humain, qui lui a valu un prix.

Ensuite, il est devenu journaliste, mais surtout mondain, passant l’essentiel de son temps à observer le Tout-Rome, dans de grandes fêtes décadentes et autres occasions.

Incapable de retrouver le chemin de l’écriture, il pense à Flaubert qui n’a jamais réussi à achever le roman sur le néant qu’il projetait d’écrire.

Parfois, il part contempler les splendeurs de la ville au monde qui lui donnent un sentiment d’éternité.

Le journal le Monde définit ce personnage tiré à 4 épingles comme un « cousin romain de.Gatsby le Magnifique ».

Dans ce film, l’interprète principal, Toni Servillo, retrouve Paolo Sorrentino pour la quatrième fois de sa carrière après :

– le premier film du réalisateur L’uomo in più (2001),

Les Conséquences de l’amour (2003) et

Il Divo (2008), Prix du Jury à Cannes.

 

Toni SERVILLO est également à l’affiche du récent La Belle endormie, drame sur l’euthanasie réalisé par Marco Bellocchio.

L’actrice américaine Angelina Jolie fait une apparition dans La Grande Bellezza, comme journaliste de mode.

 

La Grande Bellezza s’inscrit dans la lignée des films romains mélancoliques : La Dolce Vita, Roma ou La Terrasse.

Sorrentino dit lui-même avoir tiré son inspiration du « grand cinéma italien, Scola, Fellini, Ferreri… », et en particulier du cinéma d’Ettore Scola (Affreux sales et méchants, Une journée particulière…), auquel Paolo Sorrentino a tenu à montrer La Grande Bellezza.

Comme chez Ettore Scola, on bavarde sur tout et rien, on cancane, on ragote.

Il y a là un petit côté Bûcher des vanités qui donne en définitive au film une humanité dont on le croyait exempt au début.

Bonne séance.

 

Extrait

« Stefania, tu travailles toute la semaine à la télé, tu sors tous les soirs. Tes enfants ne te voient jamais, même pas pendant tes longues vacances. Tu as, pour être précis, un majordome, un domestique, un cuisinier, un chauffeur qui accompagne tes enfants à l’école, plus trois baby-sitters… Tu as 53 ans et une vie dévastée, comme nous tous. Alors, au lieu de nous faire la morale et de nous regarder avec mépris, tu devrais le faire avec affection. Nous sommes tous au bord du gouffre. Notre seul remède est de nous tenir compagnie et de rire un peu de nous. Non ? »

 

L’inconnu du lac

L’INCONNU DU LAC

Un film d’Alain GUIRAUDIE

Français, 49 ans, né à Villefranche-de-Rouergue, Aveyron, c’est sa 10ème réalisation.

Sa biographie

Fils aîné d’une famille d’agriculteurs aveyronnais, Alain Guiraudie se nourrit, adolescent, de culture populaire (BD, séries télévisées, films de genre). Le bac en poche, il s’inscrit à l’Université de Montpellier, où se développe surtout son goût pour le militantisme.

Après avoir écrit plusieurs romans, jamais publiés, il réalise en 1990 un premier court métrage, Les Héros sont immortels, bientôt suivi de Tout droit jusqu’au matin et La Force des choses.

Il réalise ensuite deux moyens métrages : Du Soleil pour les gueux, puis Ce vieux rêve qui bouge, moyen-métrage lauréat du Prix Jean-Vigo, très remarqué à la Quinzaine des Réalisateurs –Jean-Luc Godard parle même à son propos du « meilleur film du Festival de Cannes », qui témoigne de sa volonté de représenter à l’écran la classe ouvrière.

Il passe ensuite au long métrage : Pas de repos pour les braves en 2003, puis Voici venu le temps en 2005, nouveaux fragments d’une utopie politique et sexuelle, avec comme terrain d’expérimentation son Sud-Ouest natal.

Genèse du film :

Au sujet du film présenté ce soir, Alain GUIRAUDIE explique qu’il travaillait sur quatre projets, chacun à des stades différents : le premier était en écriture – une histoire d’amour entre un policier et une femme, en hiver, en ville –, deux autres projets, pour lesquels il n’est pas arrivé au terme de l’écriture, et le projet le plus immédiat, L’inconnu du lac : c’est-à-dire, une intrigue policière, mais qui se déroule exclusivement au bord d’un lac, au sein d’une communauté homosexuelle masculine.

L’idée était « d’écrire vite, de financer vite, de tourner vite et de monter vite » : en un an, chaque saison correspondant à un temps du travail. Sauf qu’il n’a pas obtenu l’avance sur recette. Grosso modo, le seul financement provenait de la région PACA – 200 000 euros. Ce qui ne permettait pas de faire le film dans des conditions décentes. Du coup, le tournage a été repoussé d’un an, après que le film ait été partiellement réécrit (la fin notamment a été changée).

L’avance sur recette ayant finalement été obtenue, avec la région PACA et une Sofica, un financement de 850 000 euros a été réuni, permettant de faire le film.

Arte est rentré dans la production une fois le film terminé. A posteriori, l’équipe a ainsi obtenu un financement complémentaire, ce qui a permis de rehausser les salaires.

Le film :

Au départ, il y avait l’idée du trio masculin – Franck, Henri et Michel ;

L’idée aussi d’avoir un lieu de tournage unique, et d’y revenir tous les jours.

L’accent a aussi été mis sur les questions de points de vue : la subjectivité et l’objectivité.

GUIRAUDIE a beaucoup réfléchi à des plans qui permettaient de donner le sentiment d’être à la fois subjectif, avec Franck, et aussi de poser sur l’action un regard objectif.

Il a d’abord envisagé de mettre une caméra fixe portée sur l’épaule quand il voulait montrer le point de vue subjectif de la part de Franck, et une caméra plantée sur pied, quand il souhaitait que ce soit objectif.

Finalement il a opté pour la solution de rester toujours sur pied, car il avait la sensation de tomber dans un effet de mode, et aussi parce qu’il préférait au final qu’il y ait une sorte de trouble sur qui regarde : nous ou le personnage ?

Alain GUIRAUDIE explique également qu’il voulait faire un film « simple et sensuel », et aussi partant du monde réel.

Il voulait évoquer la sexualité, parler d’un monde qu’il connait, à savoir la communauté gay masculine, et souhaitait évoquer deux conceptions différentes de l’amour : Franck est sur un lieu de drague, mais il a quand même envie de nouer une relation plus sérieuse que ça avec Michel.

Alors que Michel, lui, est très « consommateur », même si, en même temps, il a un aspect mystérieux.

Le réalisateur a aussi eu la volonté de mêler « la trivialité du sexe à la noblesse de la passion ».

De ce fait, il a décidé d’imbriquer dans le film des scènes très courtes de sexe non simulé, avec l’idée qu’il faut sortir le sexe de la pornographie : c’est la raison pour laquelle le film est interdit aux moins de 16 ans.

C’est donc un geste à la fois esthétique et politique de montrer des scènes de sexe dans le film, avec l’idée esthétique de rendre le trivial, beau.

Les comédiens viennent surtout du théâtre. C’est Christophe Paou qui a fait le plus d’image (Il est apparu dans la série télévisée les Larrieu) : Lorsqu’ils ont lu le scénario ils ont immédiatement demandé comment les scènes d’amour seraient filmées.

Dans les scènes les plus réalistes, le réalisateur a recouru à des doublures.

Compte tenu de son sujet sulfureux, c’est un film qui a donné lieu à certaines polémiques, et notamment l’affiche en a été censurée par certaines villes telles que Versailles et Saint Cloud. (article très intéressant à ce sujet sur télérama.fr>cinéma).

Enfin, le film a reçu un très bon accueil de la critique (prix de la mise en scène dans la sélection « un certain regard »), mais les spectateurs sont plus partagés.

Le cinéma d’Alain Guiraudie, entretien avec Quentin Mével, édition Independencia. Livre à paraître fin d’année. A consulter sur Médiapart.

MA VIE AVEC LIBERACE

MA VIE AVEC LIBERACE

 

Ce film est base sur les mémoires de Scott Thorson, ami de Liberace pendant 6 ans.

Liberace est un pianiste américain, né en 1919 et mort en 1987 du sida.

Roi du music-hall façon Las Vegas, il était célèbre pour ses costumes délirants, sa vélocité sur le clavier, les doigts couverts de bagues énormes.

Il était l’idole des ménagères américaines à cheveux mauves dans les années 50 à 70.

Steven Soderbergh a eu l’idée de réaliser ce film dès l’année 2000, pendant le tournage de Traffic après avoir lu le livre de Scott Thorson « Derrière le candélabre« .

Il avait aussitôt demandé à Michael Douglas s’il accepterait d’interpréter Liberace.

Cependant, il a réalisé d’autres films dans l’intervalle, et d’autre part, il a attendu que Michael Douglas soit rétabli d’un cancer pour réaliser le film en 2012.

Il est intéressant de savoir que ce film n’a pas trouvé de producteur auprès des studios américains, qui estimaient que le film était trop connoté gay et ne trouverai pas de public en salle.

C’est donc la chaîne de télévision HBO qui a financé le film et l’a d’abord diffuse pour 11 millions de téléspectateurs américains.

Le film est sorti ensuite en salle au Royaume Uni et en Australie où il a rencontré un grand succès.

D’une manière générale, le film a reçu un accueil dithyrambique de la critique et passe pour l’un des tous meilleurs de Soderbergh.

Pour beaucoup, il est incompréhensible qu’il soit reparti bredouille de Cannes cette année, malgré l’interprétation brillante de ses deux acteurs principaux, Michael Douglas et Matt Damon.

Pour Steven Soderbergh, Liberace est le créateur du Bling, avant Elvis, Elton John, Madonna ou Lady Gaga.

Le film est l’histoire d’une star âgée, fascinée par la beauté de la jeunesse. C’est un film sur le spectacle mais aussi et surtout sur une relation intime, passionnelle entre deux êtres.

 

En ce sens, Steven Soderbergh l’estime très relié à son premier film Sexe Mensonge et Vidéo, puisque le cœur de ce film était déjà une relation entre deux personnes dans une même pièce, très proches l’une de l’autre, sauf que cette fois, dit-il avec humour, « c’est dans un bain moussant ».

Ce film devrait être le dernier de Steven Soderbergh, qui a déclaré vouloir arrêter de tourner en 2013, année de ses 50 ans.

Son réalisateur de référence est Hal Ashby, dont il estime qu’il aurait dû interrompre sa carrière après ses immenses succès des années 70, tels Harold et Maude (1971) et Bienvenue Mister Chance (1979).

 

Il rejoint ainsi la préoccupation également exprimée par son confrère, Quentin Tarantino, également né en 1963, invité du Festival Lumière 2013, de réaliser le film de trop.

Rappelons qu’il a commencé sa carrière en obtenant la Palme d’Or à Cannes en 1989 pour son premier film, Sexe Mensonge et Vidéo, à 26 ans.

Actuellement, il a commencé le tournage d’une série télé dont l’action se déroule dans la ville de New York en 1900.

Il se consacre également à la mise en scène d’une pièce de théâtre, à l’animation de son site internet, et à l’édition d’un récit d’espionnage avec textes et photos.

 

Bonne séance.

MUD

MUD de Jeff Nichols

 

MUD est le 3eme long métrage du jeune réalisateur américain Jeff Nichols.

Ses précédents films étaient : Shotgun Stories (2007), et le très apprécié Take Shelter (2010) qui a remporté de nombreux prix.

 

Ce film marque également la troisième collaboration de Jeff Nichols avec son acteur fétiche Michael Shannon, qui dans le film incarne Galen, le frère aîné d’un des petits garçons surnommé Neckbone.

 

Ellis, l’autre petit garçon héros de MUD est interprété par Tye Sheridan. Ce jeune comédien a joué dans The Tree of Life, le film de Terrence Malick, Palme d’Or à Cannes 2011.

 

Habitué des festivals, Jeff Nichols a eu le privilège de voir son film MUD sélectionné à Cannes en 2012.

 

En 2011, Take Shelter avait remporté à Cannes le grand prix d la semaine de la critique.

 

En 2012, en revanche, MUD reçut un accueil relativement mitigé et a rencontré de ce fait quelques difficultés à être distribué.

 

Pourtant, il a ensuite reçu un accueil très enthousiaste du public, et dans les festivals américains de Sundance et d’Austin.

 

J’avais demandé à présenter ce film parce que j’avais déjà présenté cet hiver le film « Killer Joe » de William Friedkin, avec dans le rôle titre Matthew Mc Conaughey, qui m’avait impressionnée par son interprétation de marginal dans l’Amérique profonde, en Louisiane.

 

Matthew Mc Conaughey interprète cette fois encore le rôle titre, et retrouve un personnage de marginal dans l’Amérique profonde, sur les bords du Mississipi, très différent cependant.

A nouveau il impressionne par son interprétation.

 

Mais ce qui m’a fascinée réellement cette fois, c’est la personnalité du réalisateur lui-même, qui, à seulement 34 ans, paraît tenir du génie.

 

Jeff Nichols explique dans une interview qu’il souhaitait réaliser avec ce film un classique américain, avec beaucoup plus de mouvements que les deux précédents, des scènes de fusillades, des chasseurs de primes, des serpents…

 

Pour cela il s’est inspiré de Steven Spielberg, dont il est un grand admirateur, mais aussi du film de Clint Eastwood interprèté par Kevin Costner  » un monde parfait« , pour décrire une relation entre adulte et enfant.

 

Sur le plan littéraire, il s’est inspiré des romans de Mark Twain, Huckleberry Fin et Tom Sawyer, et il tenait à faire passer la joie, la liberté et l’esprit d’aventure liés à la vie au bord du Mississipi.

 

Le tournage a eu lieu le plus possible en lumière naturelle, à l’instar de Terrence Malick dans les Moissons du Ciel.

 

La caméra est très fluide dans Mud.

 

Jeff Nichols y utilise pour la première fois une steadicam : cad ce procédé qui permet de réaliser des plans rapides en caméra portée, mais avec un système qui évite de transmettre les vibrations du corps humain à la caméra.

 

Jeff Nichols dit en effet détester la caméra sur l’épaule et l’image qui bouge dans tous les sens.

 

Il voulait au contraire que la caméra se déplace avec élégance, au rythme lent du fleuve Mississipi.

 

Dans une autre interview, il explique que l’une de ses scènes préférées au cinéma est la scène d’ouverture de Rosemary’s Baby, le film de Roman Polanski : cette scène d’ouverture est un long plan séquence, une vue du ciel plongeant sur New York, qui s’achève sur une entrée d’immeuble.

 

J.N estime pour sa part que ce plan reflète le point de vue du diable, et que, dans un film, il est essentiel de refléter le ou les points de vue des protagonistes.

 

Les protagonistes, en l’occurrence, sont deux jeunes garçons au seuil de l’adolescence, Ellis et Neckbone.

 

Ils rencontrent sur les bords du Mississipi un homme étrange et inquiétant, qui n’est pas sans rappeler l’effroyable pasteur que jouait Robert Mitchum dans la Nuit du Chasseur.

 

L’inquiétude se dissipe peu à peu, à mesure que cet homme, Mud, dévoile son histoire à ses deux jeunes compagnons.

 

L’intrigue est une métaphore de la quête existentielle d’Ellis, qui bascule entre le début et la fin du film de l’âge de l’innocence à celui de la connaissance.

 

J.N avoue avoir placé beaucoup de ses propres émotions d’adolescent dans ce film, auquel il a réfléchi pendant plus de 8 ans avant de le réaliser.

 

Je vous laisse maintenant le découvrir.

Stoker

STOKER

Film de Park Chan-wook, sorti en France le 1er mai 2013.

Ecrit par Wentworth Miller, le Michael Scofield de la série Prison Break, Stoker est le premier film à Hollywood de Park Chan-wook, réalisateur sud-coréen de 50 ans (le 23 août).

Le cinéaste de Old Boy (Grand Prix à Cannes 2004 décerné par le Jury présidé par Quentin Tarantino) s’est arrêté sur ce scénario dans lequel on retrouve ses thèmes de prédilection : une histoire de famille, de vengeance et de cruauté, sur l’origine et la transmission du mal.

Le film commence alors qu’IndiaStoker (l’actrice australienne Mia Wasikowska) vient de perdre son père, mort dans des circonstances étranges.

À l’enterrement, elle est la seule à apercevoir un homme, en retrait, qui observe la cérémonie. Elle le revoit chez elle et apprend que c’est son oncle dont elle ignorait l’existence jusqu’à présent qui vient s’installer avec elle et sa mère (Nicole Kidman).

L’ambiance familiale est pesante, entre le mutisme d’India et l’égoïsme de sa mère.

Tout au long du film, la caméra de Park Chan-wook s’applique à suivre les perceptions et les sensations d’India. D’où une suite de gros plans, de détails et de plans subjectifs pour nous faire pénétrer dans son univers.

Le scénario est très inspiré d’Hitchcock, et en particulier de son film l’Ombre d’un doute.

C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles Park Chan-Wook a décidé de réaliser le film, qui implique un jeu psychologique et manipulateur avec le spectateur.

De nombreuses scènes font référence à certains films de Hitchcock :  le film s’ouvre dans un champ de maïs qui évoque La Mort aux trousses. Le va-et-vient d’une lampe qui se balance dans la cave et une scène de douche qui prend rapidement une tournure macabre renvoient directement à Psychose.

Matthew Goode (interprète de l’oncle) a de faux airs d’Anthony Perkins. Et bien sûr, le duo diabolique opposant brune et blonde platine est respecté (avec Nicole Kidman arborant le même brushing que Grace Kelly).

Park Chan-wook tire également son inspiration de Roman Polanski et de son film Répulsion, dont il est un grand admirateur.

Park Chan-wook explique que c’est la raison pour laquelle il a ajouté la voix-off au scénario originel afin d’amplifier la subjectivité de l’héroïne et aussi greffé l’idée du don ultra-sensoriel et de la prémonition.

Il a aussi travaillésur leflashback et le flashforward pour créer un univers intemporel – on ne sait pas réellement quand se déroule l’action – et brouiller les répères.

Lorsque la réalisation du scénario de Wentworth Miller lui a été proposée, Park Chan-Wook estimait avoir réalisé jusqu’ici tous les films qu’il voulait ; il lui fallait un nouveau défi. Et ce « Stoker » d’en ouvrir un nouveau.

Il explique cependant avoir vraiment eu peur de ne pas se faire comprendre auprès de Nicole Kidman ou de Mia Wasikowska carla direction d’acteurs devait passer par un traducteur, ce qui l’a contraint à être le plus clair et le plus direct possible.

Le temps était également une difficulté pour lui, car le tournage devait être relativement rapide et il n’avait jamais eu aussi peu de temps sur un tournage.

Les acteurs principaux du film sont :

Mia Wasikowska, 23 ans, dont la carrière a décollé après que Tim Burton l’ait choisie pour incarner l’héroïne principale de son Alice au Pays des Merveilles, produit par les studios Disney, et où elle côtoie au générique Johnny Depp et Helena Bonham Carter.

On ne présente plus Nicole Kidman, qui interprète dans ce film Evelyn, la mère d’India Stoker.

Enfin, Matthew Goode est un acteur britannique de 35 ans, qui a tenu un second rôle précédemment dans le film de Tom Ford, a Single Man, au côté de Colin Firth et Julianne Moore.

 

Bonne séance !

The master

THE MASTER

Paul Thomas ANDERSON

Joaquin PHOENIX

Philip Seymour HOFFMAN

Paul Thomas ANDERSON.

Sa filmographie :

PTA, âgé de 42 ans à la sortie du film, a déjà reçu des récompenses prestigieuses pour ses précédents films :

2000 – Magnolia / Ours d’Or à Berlin, avec déjà PSH

2002 – Punch Drunk Love / prix de la mise en scène à Cannes

2007 – There will be blood avec Daniel Day Lewis – fresque sur un magnat du pétrole au début du 19è siècle – 8 nominations aux Oscars –

Le film

2009 : début du travail sur The Master, sorti en 2012. Projet long à concrétiser en raison de difficultés de financement, d’abandon d’acteurs (Jeremy Renner) et d’ attaques de l’église de Scientologie qui voit des similitudes entre le personnage interprété par PSH et le fondateur de l’église, Ron Hubbard, auteur du livre « la dianétique : la science moderne de la santé mentale » paru en mai 1950.

Présenté en avant première au festival de Venise, le film a remporté le Lion d’argent du meilleur réalisateur, et le prix Volpi a été décerné aux deux interprètes principaux, JPh et PSH.

Paul Thomas ANDERSON dit avoir été inspiré par les romans de John Steinbeck et par les récits de Jason Robards, soldat pendant la Guerre du Pacifique pour la réalisation de ce film.

Raconte le retour à la vie civile d’un ancien combattant de la 2nde GM, Freddie, incarné par J Ph, revenu à moitié fou, obsédé sexuel et gravement alcoolique.

Ce vétéran fait la connaissance d’un étrange individu, Lancaster Dodd, interprété par PhSH, un homme apparemment richissime, qui va le prendre sous son aile.

Progressivement, on découvre que Dodd écrit des livres, et qu’il a fondé un mouvement appelé « La Cause », qui s’apparente à ce que nous appelons en France une secte.

Le film met en scène les relations dominant/dominé entre Dodd et Freddie.

 

On assiste à deux grands numéros d’acteurs, tel que celui de Daniel Day Lewis dans « there will be blood ».

 

Le film évoque des questions psychologiques telles que l’ambiguité, l’inversion possible entre les rôles de dominant/dominé (notamment entre Ph Seymour Hoffamn et son épouse).

 

Le film, tourné en 70 mm (format de Lawrence d’Arabie – Cecil B de Mille) impressionne par sa dimension, la qualité des reconstitutions, les numéros d ‘acteurs.

Par sa perfection, il a suscité des comparaisons avec certains films de Stanley Kubrick ;

D’un autre côté, cette perfection lui confère également un caractère un peu académique, dépourvu de véritable émotion.

A vous de juger.

Bonne projection !