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The cakemaker de Ofir Raul Graizer

The cakemaker de Ofir Raul Graizer

Réalisateur et vidéaste israélien, Ofir Raul Graizer a d’abord travaillé dans la gastronomie, avant d’étudier le cinéma. THE CAKEMAKER est son premier long métrage.

Courant juin dans cette même salle je vous présentais le film isralien Foxtrot de Samuel Maoz dont l’action se déroulait dans un poste de contrôle de l’armée israélienne. Ce soir, point d’armée, point de guerre, point de violence mais une histoire d’amour entre 2 hommes. Thomas, un jeune pâtissier allemand, a une liaison avec Oren, un homme marié, israélien qui voyage régulièrement à Berlin pour affaires. Suite à sa mort, Thomas se plonge dans la vie d’Anat, la veuve de Oren, qui tient un petit café. Il commence alors à travailler pour elle.

Inspiré de la vie même du réalisateur, c’est un film sur le deuil à double titre :

  • tout d’abord sur le fait de faire le deuil d’une personne qui vous à menti toute sa vie

  • mais aussi sur l’impossibilité de faire son deuil de l’être aimé car la relation est restée secrète.

Le réalisateur dit qu’il a grandi dans une société militante et machiste, tout en vivant son homosexualité grâce à beaucoup d’imagination. Il a toujours voulu briser ces règles, et en même temps il est tiraillé par une envie de revenir à des valeurs traditionnelles tout en sachant que c’est impossible. Ce qui l’intéresse c’est la dualité, le conflit entre les valeurs.

Je vous livre sa vision concernant la transmission :

« J’apprécie particulièrement l’importance des traditions, tant qu’elles restent personnelles et physiques. Quand il s’agit de religion, de famille, de mariage et de société, les traditions doivent être cassées, rejetées. Quand il s’agit de nourriture, de pâtisserie et même d’art, je me sens beaucoup plus proche des traditions que des pratiques modernes. J’adore le cinéma classique, l’architecture classique et la cuisine traditionnelle, bien davantage que ce qui est contemporain. Lorsqu’on apprécie l’ancien et le traditionnel, il faut aussi être conscient des contextes historiques et politiques de l’époque. Quand il s’agit de nourriture, de pain et de gâteaux, il y a un autre aspect, celui de la famille, du désir et de la nostalgie. »

Un petit mot sur la structure du film

Les deux mondes au travers des deux villes Berlin et Jerusalem sont très différents en même temps très semblables. Le Berlin chaud et romantique devient froid et mélancolique, et la Jérusalem froide et mélancolique devient vivante et sonore, puis cela s’inverse à nouveau. La perspective de l’histoire change et modifie alors le point de vue des personnages.

TIM KALKHOF (Thomas)

Acteur allemand de 31 ans, il est surtout connue pour ses rôles dans des séries télévisées. Il a été choisi parmi plus de 100 comédiens, le réalisateur chercher quelqu’un qui soit capable de jouer ce qu’il avait lui même ressenti dans sa propre expérience.

SARAH ADLER (Anat)

Actrice franco-israélienne, elle est connue pour ses rôles dans LES MEDUSES d’Etgar Keret et Shira Geffen (Caméra d’or 2007), AVANIM de Raphael Nadjari (2005), NOTRE MUSIQUE de Jean-Luc Godard (2004) et MARIE-ANTOINETTE de Sofia Coppola (2006). Plus récemment, elle a travaillé à deux reprises avec Amos Gitaï, dans ANA ARABIA (2014) et TSILI (2015), ainsi qu’avec Katia Lewkowicz, TIENS-TOI DROITE (2014) et POURQUOI TU PLEURES ? (2011). Nous l’avons vu également le mois dernier dans le fameux FOXTROT

Foxtrot de Samuel MAOZ

Foxtrot de Samuel MAOZ

Imaginez un jeune homme-enfant de 20 ans enrôlé par Tsahal (l’armée israélienne) en 1982 qui se retrouve dans un tank en pleine guerre du Liban. Il n’avais jamais pris part à aucun acte de violence et qui s’est retrouvé du jour au lendemain à tuer des gens. On peut comprendre qu’il a souffert d’une grande culpabilité et de ce qu’on appelle des troubles post-traumatiques mineurs.

Ce n’est pas pas le thème du film de ce soir, mais c’est l’histoire du réalisateur israélien Samuel Maoz. Il lui a fallu 25 ans pour être capable de « digérer » ce traumatisme et en faire un film Lebanon sorti en 2009 dans lequel il raconte sous la forme d’un huis clos dans un tank ce traumatisme. Ce film avait reçu le lion d’or à la Mostra de Venise.

Dans le film de ce soir Foxtrot, il parle de ce qui suit, c’est à dire la phase post-traumatique.

Il fait partie de la deuxième génération des survivants de l’holocauste. Dans la société israélienne, les hommes n’ont jamais été autorisés à se plaindre de quoi que ce soit. Face à ce qu’avaient vécu leurs parents, leurs professeurs, revenus des camps, ils n’étaient que des enfants gâtés, nés dans un pays où le ciel est bleu et la mer magnifique. Mais où la guerre n’était jamais finie. On leur répétait que c’était bon de mourir pour son pays, on leur parlait d’un étudiant qui s’était sacrifié pour sauver six soldats.

Il dit « Cette société du trauma où nous vivions nous a complètement dérangés, c’était un lavage de cerveau. Quand on voit le jeune soldat dans Foxtrot, on se demande ce qu’il peut bien faire avec ses camarades au milieu du désert. Il vit cette guerre infinie dans laquelle nous avons été élevés et dont nous ne sommes jamais sortis. Qu’elle soit réelle ou non. L’Holocauste puis les guerres que nous avons menées pour survivre ont créé une mémoire traumatisée qui est toujours plus forte que n’importe quelle réalité, n’importe quelle autre logique. Le trauma se transmet de génération en génération, entretenant le sentiment que nous sommes en danger constamment, même si ce n’est pas vrai, et le résultat est que nous sommes dans une guerre sans fin. Foxtrot parle de ce cercle du traumatisme dans lequel les Israéliens sont enfermés. Comme les danseurs de foxtrot qui font une série de pas pour revenir exactement à leur position de départ. »

Revenons au film :

On sonne à la porte d’un bel appartement de Tel-Aviv. Trois militaires se présentent. Dafna, la mère et Michael, le père, apprennent un terrible nouvelle à propos de leur fils Yonatan. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que c’est un film en trois actes, chacun reflètant un des trois personnages.

Le premier acte est à l’image de Michael, très géométrique, graphique, froid, fermé, des compositions détachées.

Le deuxième acte flotte au-dessus du sol comme la vision d’un artiste, il ressemble au fils, qui est lui-même un artiste.

Et le dernier acte ressemble à la mère, plus douce, plus chaleureuse, c’est pour cela que la mise en scène y est encore différente et donne ce sentiment d’une plus grande proximité. Foxtrot est conçu comme un voyage émotionnel : le premier acte doit choquer ; le deuxième, hypnotiser et le troisième, émouvoir.

Le film a reçu le lion d’argent en 2017 à la Mostra de Venise, il a eu aussi un beau succès en Israël.

Le représentants, les élus israliens n’ont pas du tout apprécié ce film :

  • Miri Regev, ministre la culture, sans avoir vu le film, affirmait « avoir honte » que l’académie israélienne ait loué les mérites d’une œuvre qui « salit l’image de l’armée» de son pays.

  • L’ambassade d’Israël a boycotté, en mars, la dernière édition du festival du film israélien à Paris, pour protester contre la programmation de Foxtrot.

Je vous souhaite une bonne séance riche en symboles, métaphores et allégories.

Call me by your name de Luca Guadagnigno

Call me by your name de Luca Guadagnigno

Tiré du roman d’André Aciman « Appelle-moi par ton nom », est l’histoire sensuelle et magnifique d’un premier amour.

Ce roman a été écrit en 3 mois en 2007, l’auteur raconte qu’il était comme en transe. Dès sa parution début 2007, le roman a très vite été érigé en classique moderne de la littérature sur le premier amour.

Bien qu’il ait été accueilli à bras ouverts par la communauté LGBT et qu’il soit considéré comme une référence de la littérature gay, cela n’empêche pas le roman de toucher un large public. Peter Spears, un des producteurs, explique : « Il fait vibrer la corde sensible de ceux qui le lisent parce qu’il évoque non seulement le premier amour, mais également l’empreinte indélébile qu’il laisse et la douleur qui lui est associée, ce que tout le monde peut comprendre, indépendamment de son sexe ou de son orientation sexuelle. »

Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia.

Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour. Un jour, Oliver, un séduisant Américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir.

Dans les rôles

  • Timothée Chalamet : Elio Perlman (que nous avons vu la semaine dernière dans Lady Bird).

  • Armie Hammer : Oliver

  • Michael Stuhlbarg : M. Perlman (le père) (La forme de l’eau, Dalton Trumbo, Pentagon papers,…)

  • Amira Casar : Mme Perlman (la mère)

Le scénario. En 2014, les producteurs confient à James Ivory l’écriture du scénario (RETOUR À HOWARDS END, LES VESTIGES DU JOUR (Anthnoy Hopkins, Emma Thompson), CHAMBRE AVEC VUE, MAURICE.

Que dit Luca Guadagnigno de son propre film ? :« CALL ME BY YOUR NAME vient clore une trilogie de films sur le thème du désir qui se compose également de AMORE et A BIGGER SPLASH.

« Alors que dans les deux premiers volets de ce triptyque, le désir était associé à la possession, au regret, au mépris et au besoin d’émancipation, j’ai voulu l’explorer ici à travers le prisme d’une idylle de jeunesse. Elio, Oliver et Marzia naviguent dans les eaux troubles d’un amour qui, comme l’a jadis décrit Truman Capote, « celui qui n’a pas degéographie, ne connaît pas de frontières ».

« CALL ME BY YOUR NAME est également un hommage aux figures paternelles qui m’ont guidé tout au long de ma vie : mon propre père évidemment, mais aussi mes pères de cinéma : Renoir, Rivette, Rohmer ou Bertolucci… »

Les films de Luca Guadagnino sont salués pour leur érotisme, il n’a jamais recours à la sexualité gratuitement. Regardons ce que le réalisateur et les acteurs disent à propos des scènes de sexe :

Le réalisateur : « Au cinéma, le sexe peut être très ennuyeux à regarder. Mais s’il permet de mettre en lumière le comportement des personnages et nous éclaire sur leur nature profonde, alors cela m’intéresse. En revanche, s’il ne s’agit que d’une mise en scène de l’acte, ça n’a aucun intérêt. »

Timothée Chalamet raconte : « Les scènes dans lesquelles Elio et Oliver s’embrassent et font l’amour pour la première fois sont composées de plans longs qui rendent palpables leur gêne et la tension physique, alors que s’il y avait des millions de coupes, ce ne serait pas le cas. »

Armie Hammer ajoute : « Au cinéma, la plupart des scènes de sexe sont filmées de manière à mettre les acteurs en valeur alors que ce film met en scène deux personnes qui explorent avidement le corps de l’autre. Et je trouve que cela illustre bien l’incertitude et l’émerveillement que l’on ressent lors d’une première expérience sexuelle avec un nouveau partenaire. »

Je terminerai par une citation, Michael Stuhlbarg le père : « Si on a la chance de ressentir profondément une émotion, même douloureuse, il ne faut pas s’en détourner. Quel gâchis de ressentir quelque chose d’aussi beau pour essayer ensuite de prétendre que cela ne s’est jamais produit ! »

Cette émotion peut être le film de ce soir !

Bonne séance.

Lady Bird de Greta Gerwig

Lady Bird de Greta Gerwig

Américaine de 34 ans, premier film de Greta Gerwig en tant que réalisatrice.

Actrice dans

  • 20TH CENTURY WOMEN

  • JACKIE

  • MAGGIE A UN PLAN

  • MISTRESS AMERICA

  • FRANCES HA

  • TO ROME WITH LOVE

L’histoire

En 2002, au début des rapides mutations du paysage économique américain, Christine alias « Lady Bird » se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady Bird a perdu son emploi.

Les acteurs

SAOIRSE RONAN : Lady Bird, actrice actrice irlandaise, depuis l’age de 13 ans tourné dans :

  • REVIENS-MOI (Keira Knightley et James McAvoy),

  • THE GRAND BUDAPEST HOTEL,

  • HANNA

  • LES CHEMINS DE LA LIBERTÉ

LAURIE METCALF : Mario, la mère, active américaine de 62 ans

  • RECHERCHE SUSAN DESESPÉRÉMENT,

  • LEAVING LAS VEGAS,

  • L’ONCLE BUCK,

  • JFK

  • AFFAIRES PRIVÉES

  • TV : DESPERATE HOUSEWIVES, THE BIG BANG THEORY

TRACY LETTS : dramaturge, scénariste, comédien américain de 52 ans, le père. Il a reçu le prix Pulitzer pour la pièce « Un été à Osage County ». Tourné dans :

  • PENTAGON PAPERS

  • CHRISTINE

  • INDIGNATION

  • TV : HOMELAND

LUCAS HEDGES : Acteur américain de 21 ans, Danny le copain de Lady Bird, a tourné dans :

  • MANCHESTER BY THE SEA

  • MOONRISE KINGDOM

  • THE GRAND BUDAPEST HOTEL

  • LAST DAYS OF SUMMER

  • ZERO THEOREM

  • SECRET D’ÉTAT

  • 3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE

THIMOTHÉE CHALAMET : acteur franco-américain de 22 ans

  • CALL ME BY YOUR NAME

  • HOSTILES

Sacramento, cette ville est un des personnages important du film. Lorsque l’on vous dit Californie, vous pensez San Francisco et Los Angeles, les 2 villes phares. Mais cet état est avant tout très agricole, Sacramento est une ville rurale, les m’as-tu-vu n’habitent pas là, c’est une ville modeste et humble comme ses habitants.

Lady Bird vit une année en classe de terminale, année où au États-Unis c’est souvent un deuil de l’adolescence, on se rend compte que ce sont « les dernières fois » pour les enfants ou pour les parents.

Dans ce film on assiste à de nombreuses relations entre les personnages, mais une seule est au centre du film celle entre la mère et la fille, d’ailleurs le titre provisoire du film était MERES ET FILLES.

Selon la réalisatrice, à l’adolescence les rapports mère/fille sont à la fois extraordinaires et incroyablement complexes. Greta Gerwig considère qu’on ne se dispute qu’avec les gens que l’on connaît vraiment. La scène de la dispute dans la voiture a été tournée la dernière semaine du tournage, lorsque les 2 actrices se connaissaient bien.

La réalisatrice a décidé de ne pas fournir de détails, de ne pas expliquer les relations entre les personnages. Elles sont celles qu’elles sont, comme dans la vraie vie, on croise toutes sortes de familles sans en connaître le parcours.

Elle les personnages a cherché à ce que les personnages soient beaux en raison de leurs défauts mêmes, et non malgré ces défauts.

Coté technique, pas de caméra à l’épaule style documentaire mais au contraire des décors précis « comme le Chemin de croix déroule les épisodes de la Passion du Christ. »

Un gros travail a été fait sur les couleurs de manière à ce qu’elles évoquent le passé mais sans être la réalité de ce passé. Tout a été fait pour que le spectateur éprouve une certaine distance avec le film, qu’il ressente la présence du cadre et de la mise en scène.

Quant on pose la question de savoir si ce film a été inspiré par ses parents, elle répond :

« Ils m’ont appris que ce n’est pas la génétique qui détermine les liens familiaux, mais l’amour, et qu’il faut toujours partager ce qu’on a, comme on peut ».

Ce soir nous sommes tous là, chanceux pour partager cette séance de cinéma. Bon film.

L’échange des princesses de Marc Dugain

L’échange des princesses de Marc Dugain

Marc Dugain est romancier, scénariste et réalisateur français de 60 ans. À 35 ans il abandonne sa vie d’entrepreneur et se consacre à l’écriture de romans. Il écrit notamment « La chambre des officiers » qui a servi de base, en 2001, au film du même nom de François Dupeyron. Il commence à tourner en 2009 et notamment « Une exécution ordinaire », adaptation de son propre roman avec André Dussolier dans le rôle de Staline.

C’est aussi un metteur en scène de théâtre fidèle de Tchekov.

À travers ses propres romans et films il aime traiter le thème de la manipulation politique et des complots.

Ce soir, le roman qui sert de base au film n’est pas de lui mais de Chantal Thomas qui avait écrit les « Adieux à la reine » également adapté au cinéma. Marc Dugain ajoute deux thèmes extrêmement liés : la religion et la mort, ou plus exactement la peur de la mort, tout cela dans un contexte de fin annoncée de la monarchie en mettant en scène des enfants au milieu d’adultes qui ne sont eux même peut être que des enfants…

C’est l’histoire vraie d’un troc de fillettes : en 1721, pour mettre fin à 13 années de guerre entre la France et l’Espagne, le régent Philippe d’Orléans a l’idée d’un double mariage.

Pour recréer les ambiances intérieures et extérieures, les tournages ont eu lieu dans des châteaux mais ce ne sont pas de châteaux français mais belges (le château de Belœil, intérieur identique à Versailles et le château Gaasbeek symbole de l’art flamand d’influence espagnole.

Les acteurs :

  • Les 4 enfants :
    • Anamaria Vartolomei : Louise Elisabeth
    • Juliane Lepoureau : Marie-Victoire
    • Kacey Mottet Klein : Don Luis
    • Igor Van Dessel : Louis XV
  • Vous reconnaitrez Catherine Mouchet dans le rôle de Madame de Ventadour, elle était la Thérèse d’Alain Cavalier il y 32 ans…
  • Et puis 2 acteurs du cinéma français :
    • Lambert Wilson
    • Olivier Gourmet

Ce film pose plusieurs questions, mais notamment :

De tous temps, les enfants n’ont-ils pas servis ou été instrumentalisés par les adultes ? Avec son corollaire, ne le sont-ils pas pour d’autres raisons aujourd’hui ?

Je vous laisse vous plonger dans cet univers de l’an 1721 pour vous retrouver dans 1h40 en 2018, ah la magie du cinéma !

DIANE A LES ÉPAULES de Fabien Gorgeart

DIANE A LES EPAULES de Fabien Gorgeart – 11janvier 2018

Diane a les épaules, le 1er long métrage de Fabien Gorgeart s’inscrit dans la lignée de ses 4 courts métrages réalisés entre 2009et 2016 : ils s’intéressaient déjà à la parentalité : par exemple Le Sens de l’Orientation racontait l’histoire d’un homme qui n’avouait pas sa stérilité à sa petite amie qui désirait un enfant ; Un Chien de ma chienne, primé dans plusieurs festivals internationaux, rappelait l’épuisante grossesse vécue par une femme.

Dans le film de ce soir, il s’agit d’une procréation décalée :une grossesse pour autrui.Mettre au cœur de son 1er long métrage un sujet ultra –sensible, jamais encore abordé frontalement dans le cinéma, est un acte plutôt osé de la part du jeune réalisateur.

Il a voulu le traiter avec une certaine légèreté dans le ton,mais sans exclure la profondeur des sentiments et les questionnements.Il se garde de porter tout jugement et explore le sujet avec subtilité, sans clichés.Pour lui, le film n’est pas un film sur un sujet de société, mais le parcours d’une femme indépendante, drôle, un peu garçonne, qui casse les représentations connues.

Elle aborde sa grossesse comme un pur acte de générosité, son geste n’est pas associé à un sacrifice ; elle n’a pas été non plus payée pour le faire.Son apparente nonchalance, sa décontraction, cachent en fait une grande fragilité.

Le réalisateur interroge non seulement la question du lien maternel, filial, mais aussi celle du lien amical, amoureux, par l’attitude des 3 autres personnages masculins.Dans les dernières séquences , la comédie romantique s’approche du mélodrame.On retiendra l’ultime plan-séquence d’une forte intensité mais aussi d’une grande puissance affective.

Fabien Gorgeart a écrit le scénario pour Clotilde Hesme, sa comédienne fétiche.En 2011 elle avait décroché le César du meilleur espoir féminin pour Angèle et Tony.On l’a vue au bras d’Omar Sy dans « Chocolat ».Certaines images du film ont été tournées alors qu’elle attendait son 1er enfant et ce avant le tournage.

Le film repose sur elle, mais il serait injuste de ne pas citer les acteurs qui l’entourent : Fabrizio Rongione, révélé par les Frères Dardenne, Thomas Suire, acteur de théâtre surtout, et Gregory Montel, remarqué dans la série Dix pour Cent.

On vit à une époque où la société est bousculée par des rapports de filiation qui ont tendance à s’affranchir du modèle parental dit traditionnel. C’est aussi le portait d’une génération à la croisée des époques qui est dressé ici, génération tiraillée entre les vieilles valeurs des parents et l’angoisse du présent.

Fabien Gorgeart nous présente une histoire de notre temps.Débuut janvier de cette année, le quotidien La Croix a mandaté l’Ifop pour poser des questions bioéthiques à un échantillon représentatif de 1010personnes ; une des questions portait sur l’autorisation de la GPA :gestation pour autrui : résultat du sondage :64% des personnes interrogées se disaient favorables.Il me reste à vous souhaiter une bonne soirée en vous laissant découvrir ce film touchant, en plein dans l’actualité.

Logan Lucky de Steven Soderberg

 

Logan Lucky

Steven Soderberg est réalisateur, scénariste et producteur de cinéma américain de 54 ans.

Ce soir nous avons de la chance, car si nous voyons le film réalisé par lui ce soir c’est parce qu’il est revenu sur sa parole, en effet en ces dernières années il avait déclaré qu’il ne ferait plus de film et puis en 2016, il décide de faire Logan Lucky.

Nous avons affaire à un surdoué du cinéma, il est après Louis Malle le plus jeune réalisateur à avoir reçu une palme d’or à Cannes en 1989, il avait 26 ans, c’était pour Sexe, mensonges et vidéo. Ce qui le caractérise outre son côté prolixe, il arrive à sortir 2 films par an certaines années, c’est également son éclectisme, il touche à beaucoup de genres :
• biopic,
• film policier,
• thriller,
• science fiction.

Après quelques courts métrages, en 1986 il tourne un documentaire sur le groupe de rock Yes. Ce documentaire est nommé aux Grammy Awards, cela lui permet de se faire remarquer.

À partir de ce moment là, vont s’enchainer plusieurs périodes.

Tout d’abord 1989-1999
Steven Soderberg est tout sauf un conformiste, la célébrité acquise à Cannes lui aurait permis de tourner des films produits par les plus grands studios, mais il préfère tourner des films indépendants ainsi que des films dont le style expérimental ne génère pas un grand nombre d’entrées.
Il réalise cependant Hors d’atteinte, un thriller comico-doux-amère, avec George Clooney et Jennifer Lopez.

Ensuite c’est l’année 2000
2 de ses films se voient récompensés :
Erin Brokovitch, seule contre tous avec Julia Roberts
Trafic avec Benicio del Toro, Michael Douglas et Catherine Zeta-Jones, Dennis Quaid
Oscars : Meilleur réalisateur + Meilleure actrice et meilleur second rôle

Il fonde la société Section eight avec son ami George Clooney, ce qui va leur permettre de monter des projets en toute indépendance financière.

Puis ce sont les années 2001-2007
2001 le célèbre Ocean’s eleven et ses suites en 2004 et 2007
2002 Solaris un film mal reçu par la critique et le public. Il est perçu comme un film de science fiction alors que c’est un psychodrame dans une ambiance futuriste. (George Clooney)
2002 Full frontal tourné de manière expérimentale, ne rencontre pas son public malgré Julia Roberts et Terence Stamp
En 2006, il tourne un film d’espionnage The Good German, très moyennement apprécié par la critique.
Bref des années de succès avec la série des Ocean et des films plus confidentiels.

À partir de 2008 suivent les années post Section eight (fermée pour se recentrer sur la réalisation).
Il tourne le biopic sur Che Guevara,
puis the informant !, une comédie d’espionnage avec Matt Damon
puis contagion, thriller d’anticipation avec Matt Damon, Kate Winslet, Marion Cotillard, Gwyneth Paltrow, Jude Law et Laurence Fishburne
On le retrouve en collaboration de la réalisation sur Hunger Games
et enfin en 2013 Effets secondaires, un thriller psychologique avec Catherine Zeta-Jones, Jude Law, Channing Tatum et Rooney Mara

Puis à partir des années 2013
On a vu ici même, le biopic « ma vie avec Liberace » avec Michael Douglas et Matt Damon (téléfilm HBO car personne ne voulait le produire).
Il continue sa collaboration avec la télévision pour l’excellente série The Knick avec Clive Owen (débuts de la chirurgie moderne aux US début des années 1900).
C’est donc en 2013 qu’il déclare ne plus vouloir faire de films.

Comment a-t-il succombé à la tentation de refaire un film ?
Il dit que une des amies du couple Steven Soderberberg/Jules Asner, nommée Rebecca Blunt lui a fait parvenir le scénario et qu’elle était à la recherche d’un réalisateur. À la lecture du scénario il n’a pu résister.

Pitch
Deux frères pas très futés décident de monter le casse du siècle : empocher les recettes de la plus grosse course automobile de l’année. Pour réussir, ils ont besoin du meilleur braqueur de coffre-fort du pays : Joe Bang. Le problème, c’est qu’il est en prison…

« C’est une sorte de frère de Ocean’s Eleven, mais un frère inversé, car dans Logan Lucky les héros n’ont pas d’argent et aucune technologie. Ils vivent dans des conditions économiques très difficiles, et quelques sacs poubelle remplis de billets suffiraient à transformer leur vie. J’aimais aussi le fait que, lorsque le film commence, ce ne sont pas des délinquants. Contrairement à la bande de « Ocean », Jimmy Logan et les autres doivent apprendre le boulot, et je trouvais ça marrant. Donc, l’histoire m’a paru à la fois proche et suffisamment différente pour me donner envie »

Le seul problème, c’est que cette amie Rebbeca Hunt, semble ne pas exister, est-ce Jules Asner ou Steven Sodeberg himself ?
Bref, un sacré personnage ce Steven !

Pour la petite histoire, il est non seulement réalisateur, scénariste et producteur mais également monteur et directeur de la photographie. Il signe avec les noms de ses parents au générique de ses films Mary Ann Bernard et Peter Andrews.

Corps et âmes de Ildikó Enyedi

Corps et âmes de Ildikó Enyedi

Ildikó Enyedi est réalisatrice et scénariste hongroise de 62 ans. Elle a été découverte à Cannes en 1989 dans la section premier regard pour son 1er long métrage « mon Xxème siècle » et remporte la caméra d’or.

Le film de ce soir « Corps et âme » est une histoire d’amour entre une femme et un homme. Ces deux êtres travaillent dans la même entreprise, des abattoirs. Maria, est contrôleuse qualité récemment embauchée et Endre est le directeur. Ce qui va les rapprocher, c’est un rêve identique que chacun fait toutes les nuits : une biche et un cerf lient connaissance dans une forêt enneigée. Peuvent-ils, malgré le handicape de chacun, vivre une histoire d’amour qui serait réelle ?

On retrouve les ingrédients d’une comédie romantique à l’américaine mais aussi d’une fable critique de la société post-communiste et surtout de multiples antagonismes qui paradoxalement forment un tout :

• corps et âme

• animaux et humains

• économie libérale et économie communiste

• pureté et souillure

• monde du travail et intimité

• femme et homme

• éveil et rêve

• et tant d’autres

Au delà des oppositions, l’important c’est l’amour. Elle émet  comme postulat que l’amour est une condition préexistante, c’est à dire que l’on est amoureux avant de le savoir, peut-être même avant de connaitre l’autre. Ne pas le trouver c’est d’une certaine manière ne pas bien le chercher, même si cette quête peut comporter des risques voire nous faire souffrir. Il faut vaincre sa phobie de l’autre. « On est tous plus ou moins anesthésiés par nos habitudes et ça vaut la peine de se réveiller de temps en temps. » Comme dit Ildikó Enyedi « L’amour, c’est l’humanité à son meilleur. Quand on est amoureux, on voit ce qu’il y a de plus beau et de plus précieux dans la personne aimée. Accepter l’autre totalement, c’est une forme extrême de communication. Mais c’est ainsi que l’on fait partie de l’humanité. »

À propos des acteurs :

Maria c’est Alexandra Borbély : actrice et comédienne hongroise de 31 ans, c’est son second film, le précédent Swing en 2014.

Endre, c’est Géza Morcsányi, hongrois de 65 ans, ancien éditeur devenu acteur

À propos du titre : « A Teströl és Lélekröl » qui se traduirait par « À propos du corps et de l’esprit » mais le titre choisi en français est « Corps et âme ».

Âme est au singulier, mais comment interpréter Corps, est il au pluriel ?

Plusieurs interprétations sont possibles : cela veut-il dire :

• chacun son corps et chacun son âme

ou bien

• deux corps rassemblés en une seule âme

ou encore

• chacun son corps mais rassemblés en une seule âme.

Dans tous les cas nous, nous sommes rassemblés pour une séance poétique que je vous souhaite excellente.

L’atelier de Bertrand Cantet

L’ATELIER

Laurent CANTET, fils d’un couple d’instituteurs, est né en 1961. Après une maîtrise d’audiovisuel à Marseille, il entre à l’IDHEC dans la même promotion que Robin CAMPILLO son cadet d’un an.En 1999, Laurent CANTET réalise son premier long métrage, « Ressources Humaines » qui reçoit deux César, dont l’un à Jalil Lespert pour son interprétation d’un jeune DRH mis en demeure de licencier son père. Robin CAMPILLO, lui, ne tournera son premier film qu’en 2017, « 120 battements de cœur par minute », prix du Jury au Festival de Cannes. Mais il faut savoir que les scénarios de tous les films de Laurent CANTET sont co-écrits par Laurent CANTET et Robin CAMPILLO.

CANTET réalise ensuite « L’emploi du temps » inspiré de la vie de Jean Claude Romand, assez librement puisque le personnage principal ne tue personne et est sutout une victime du salariat, puis « Vers le Sud », avec une émouvante C harlotte Rampling, qui dresse un parallèlisme entre les misères sexuelles des femmes vieillissantes et esseulées et les misères sociales des jeunes hommes sans travail à Haïti.

En 2008, « Entre les murs » remporte la palme d’or à Cannes. Et dans « L’Atelier », vous allez rencontrer non plus des collègiens de la périphérie Nord de Paris en confrontation avec leur professeur, mais de jeunes adultes en problème d’insertion à la Ciotat, la ville de la célèbre arrivée du train. A l’origine du film, en 1999, la Télévision Française avait demandé à Robin CAMPILLO de faire un reportage sur une romancière anglaise chargée par la Mission Locale de gérer un atelier d’insertion par l’écriture à la Ciotat, encore sous le choc de la fermeture du chantier naval. Robin parle de ce reportage à Laurent, ils pensent que cela ferait un bon sujet de film, travaillent un peu sur le projet. Mais ce n’est que 17 ans plus tard qu’ils s’attaquent à nouveau au scénario, alors que le chantier est devenu un atelier pour les bateaux de luxe…

C’est Marina Foïs qui va jouer la romancière ; elle n’est pas anglaise, Laurent CANTET ne souhaitant pas ajouter des problèmes de langue aux difficultés d’insertion des jeunes que Laurent CANTET a recrutés dans des bars, des clubs de sports, « en casting sauvage ». Quant à Matthieu Lucci, « débutant fulgurant » qui joue Antoine, le rôle principal, Laurent l’a rencontré alors qu’il fumait une clope devant son lycée, où il était supposé préparer le bac. CANTET n’est pas étonné par l’aisance de ses jeunes acteurs tous non professionnels, car, dit il, « l’école est une incitation permanente au jeu de rôles, surtout pour les mauvais élèves qui ont la tchatche, la mauvaise foi et un grand don pour l’invention ».

Dans les films de Laurent CANTET, et spécialement dans l’Atelier, chaque personnage est enfermé dans une case sociale et se débat à sa manière pour en sortir. Son co-scénariste CAMPILLO, lui, préfère focaliser sur deux protagonistes. Dans « 120 battements de coeur» c’était le couple des jeunes hommes amoureux, et dans « l’Atelier » le jeune rebelle Antoine et sa formatrice intello.

Et ensemble, ils ont écrit ce film exprimant leur espoir d’une restauration possible du dialogue avec ces jeunes, accablés par l’absence de perspectives, enragés par l’ennui et quelquefois tentés par le pire, peut être pour se sentir vivre. Et Marina Foïs précise que ce dialogue peut aussi contribuer à « réveiller » le partenaire adulte, et que le tournage lui a beaucoup appris.

Et je gage que le discours final d’Antoine vous rappellera les mos de « L’Etranger », le roman qu’’Albert Camus a écrit en 1942…