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Ad Astra de James Gray

L’astronaute Roy McBride s’aventure jusqu’aux confins du système solaire à la recherche de son père disparu et pour résoudre un mystère qui menace la survie de notre planète.

Le titre du film, Ad Astra, en latin, signifie « vers les étoiles » et constitue un raccourcis de la formule « Ad Astra per Aspera » qui pourrait se traduire par « vers les étoiles, à travers la difficulté ».

James Gray est américain de 50 ans. C’est réalisateur et scénariste de films plutôt intimistes, il n’est pas habitué à des grands spectacles. C’est son 7ème film :
• Little Odessa (1994),
• The Yards (2000),
• La nuit nous appartient (2007),
• Two Lovers (2008),
• The Immigrant (2013)
• The Lost City of Z (2016).

On retrouve les thèmes déjà abordés dans ses précédents films :
• d’un côté la figure tutélaire du père
• de l’autre, le voyage vers l’inconnu pour s’en affranchir.

The Lost City of Z se déroulait au fond de la jungle amazonienne où une explorateur était à la recherche d’une cité perdue.
Ad astra et The Lost City of Z sont 2 films qui constituent les deux faces d’une même histoire, celle d’une quête existentielle incarnée par un héros, inadapté à son monde, qui part toujours plus loin à la recherche de réponses pour découvrir ce qu’il peut y avoir au bout.

Dans cette quête de l’inconnu, on ne peut s’empêcher de penser à Apocalypse Now.
Concernant l’espace et sa finitude ou son infinitude, sa difficulté d’appréhension, on ne peut non plus s’empêcher non plus de penser à 2001, l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick.
Et Brad Pitt dans une scène nous rappelle Solaris d’Andreï Tarkovski.

On pourrait penser que cela va être un film de science fiction et le voir comme un grand spectacle, ce n’est pas le cas, ce qui est recherché avant tout, ce sont les émotions aussi diverses soient-elles (solitude, émerveillement, incompréhension…)
Ici on ne parle pas de science fiction mais de science future factuelle. On essaie d’être dans un forme de réalisme.
La Lune est vue comme un réseau d’avant poste. Mars est vu comme une base scientifique de la même manière qu’une base antarctique actuelle.
Ce n’est pas un film de dimension technique, la dimension méta-physique est « presque le prétexte » de ce film.

Les acteurs que l’on ne présente plus :
• Brad Pitt : le fils Roy McBride
• Tommy Lee Jones : le père Clifford McBride
• Donald Sutherland : Colonel Thomas Pruitt
• Liv Tyler : Femme de Roy McBride
• Ruth Negga : Helen Lantos, peut-être incarne-t-elle la vérité ?

La musique des compositeurs Max Richter et Lorne Balfe (collaborateur de Hans Zimmer) ajoute les dimensions voyage vers l’inconnu, réflexion, analyse voire introspection.
• Churchil
• Gemini man
• The last man on the moon
• Good morning england

Le mot du soir : sonate

Bacurau de Kleber Mendonça Filho & Juliano Dornelles

Bacurau de Kleber Mendonça Filho & Juliano Dornelles

Prix du jury au festival de Cannes en 2019.

Né en 1968, Kleber Mendonça Filho vit actuellement à Recife au Nord-Est du Brésil
où il a passé son enfance.
• 2015 AQUARIUS – Scénariste et réalisateur
• 2012 LES BRUITS DE RECIFE

Né à Recife en 1980, Juliano Dornelles est membre fondateur du groupe de création ‘Símio Filmes’. En tant que chef décorateur depuis 16 ans, Juliano a commencé son partenariat avec Kleber Mendonça Filho en 2004 dans le court-métrage ELETRODOMÉSTICA.
Il a également été chef décorateur des films
• LES BRUITS DE RECIFE
• AQUARIUS.

Le pitch
Le village de Bacurau fait le deuil de sa matriarche Carmelita qui s’est éteinte à 94 ans. Quelques jours plus tard, les habitants remarquent que Bacurau a disparu de la carte.

L’idée du thème est venue à Kleber Mendonça Filho & Juliano Dornelles il y a plusieurs années. Cette idée était de situer l’action dans un petit village isolé du Sertao dans le Nordeste (région agricole tout en étant aride, peuplée malgré tout de 53 M de personnes et grande comme 3 fois la France.). L’idée du lieu, le village, était là mais pas encore de scénario. C’est au cours du festival du Brasilia qu’après avoir vu des documentaires et des fictions qu’ils ont l’idée, l’idée du « Et si… ».
Alors comment présenter un film si on ne peut parler des 3 petits points ? Tentons tout de même de relever le défi.

C’est un film d’anticipation
Anticipation – dans un film d’anticipation, ce qui coûte bien souvent le plus cher ce sont les effets spéciaux. Dans Bacurau, l’effet spécial qui a couté le moins cher du film se résume à la phrase « Dans un futur proche » de manière à vous inviter à chercher ce qui est futuriste. Ce futur proche, au fur et à mesure que le film se tournait, devenait réalité par à cause de la survenue d’évènements au Brésil (violence, corruption, accès à la santé…)
C’est un drame
Drame – Dans le festival de Brasilia, comme dans certainement beaucoup de festivals, les contradictions sociales sont criantes. Les réalisateurs ont décidé de parler de personnes vivant dans un petit village pauvre et isolé, méprisées par les urbains et les puissants qui les voient comme des êtres fragiles. Pourtant la vie dans ce genre de village est complexe et enrichissante. Ces habitants pourraient bien se venger.

C’est un thriller
Thriller – de la tension, du suspense. On est en haleine.

C’est surtout un western.
Western – Comme dans une majorité de westerns, il a une ville, un village et des héros, des braves qui se manifestent, des victimes, des méchants, de la violence.

Mais c’est aussi un style typiquement brésilien : le cangaço . La cangço a été une forme de banditisme social dans le Nordeste de la fin du XIXème siècle et début du XXème , et a été beaucoup exploré par le cinéma brésilien des années 1950 et 1960.

Comme vous pourrez le voir, cette région du Nordeste a passionné les réalisateurs brésiliens. Walter Salles avait tourné en 1997 CENTRAL DO BRASIL dans la même région du Nordeste. Cependant en 1997, il y avait beaucoup de trace des années 60, 70 et 80 et donc une certaine nostalgie. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, la société mondialisée dominée par la production chinoise est passée par là. Pour un film d’anticipation pas besoin de faire beaucoup d’effort de décors et d’accessoires même si…

Le titre.
Bacurau : oiseau crépusculaire et nocturne, appelé en français « engoulevent » qui a la particularité de se confondre avec les arbres dans lesquels il se repose. Il choisit de n’être visible que s’il l’a décidé. On pourrait dire de manière plus générale que le mot bacurau évoque une aventure nocturne.

La musique a été pensée de manière à marquer le début d’un nouveau chapitre ou l’annonce que quelque chose de très étrange va arriver. La musique est toujours au service du film, elle est là pour renforcer, jamais pour combler.

Je ne parlerai pas des acteurs car c’est avant tout un film choral.

Voici les ingrédients, je vous laisse profiter de la cuisine réalisée par Kleber Mendonça Filho & Juliano Dornelles.

Avant de vous quitter, tradition oblige, le petit mot lié au film de ce soir est :cachaça.

Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma

Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma

Transportons nous en France en 1770. Marianne est peintre et doit réaliser le portrait de mariage d’Héloïse, une jeune femme qui vient de quitter le couvent. Héloïse résiste à son destin d’épouse en refusant de poser. Marianne va devoir la peindre en secret. Introduite auprès d’elle en tant que dame de compagnie, elle la regarde.

La réalisatrice Céline Sciamma est une scénariste et réalisatrice française de 40 ans à laquelle on doit pêle-mêle: Tomboy, bande de filles, ma vie de courgette, quand on a 17 ans.
Jusque là ses films se situent à l’époque contemporaine, c’est donc son premier film historique. Elle indique que « ce n’est pas parce que les problématiques sont anciennes qu’elles n’ont pas leur actualité : celle des artistes femmes et des femmes tout court. »

En recherchant au-delà des artistes féminins connus de l’époque i.e Elisabeth Vigée Le Brun, Artemisia Gentileschi, Angelica Kauffmann, elle a découvert qu’il y avait une véritable ébullition artistique dans le seconde moitié du XVIII ème siècle. Les peintres de portraits étaient nombreuses, mais les critiques d’art féminines étaient déjà en marche pour revendiquer plus d’égalité et de visibilité. Beaucoup d’œuvres d’artistes féminines sont dans des musées mais peu sont entrées dans les récits d’histoire. Céline Sciamma a ressenti un manque de n’avoir pu se construire avec ces œuvres féminines.

Un petit mot sur la reconstitution des décors et des costumes. Tourné dans un château inhabité depuis bien longtemps, il a fallu utiliser ce qui était resté en l’état et en profiter. Les costumes sont là pour témoigner de la sociologie de chacun des personnages, les costumières ont joué sur les coupes, les matières et le poids, tout cela a contraint les actrices dans leur jeu.
Mais revenons sur les femmes, celles qui avaient une vie toute tracée de l’enfance au couvent en passant par le mariage, puis les maternités, etc. bref une vie dominée par l’abnégation. Cela ne les empêchaient pas d’être curieuses, intelligentes avoir envie d’aimer on dirait aujourd’hui de se lâcher lorsque le protocole n’est plus pressant voire oppressant.
Mais au-delà de l’univers des femmes c’est l’amour le thème principal. Pour la réalisatrice c’est son premier film sur un amour vécu. Un amour qui commence par le trouble, le délai et le dialogue amoureux et qui se poursuit par la résonance de l’amour et son amplitude.
« Le film est pensé pour vivre à la fois le plaisir d’une passion au présent et celui de la fiction émancipatrice pour les personnages et les spectateurs. Cette double temporalité propose à la fois une expérience et une philosophie du sentiment. »

Casting
Dans le rôle d’Éloïse, on trouve Adèle Haenel, 30 ans que nous sommes habitués à voir lors séances TEM. Elles a notamment tourné dans Les combattants, 120 battements par minutes, En liberté.
Adèle Haenel est compagne de Céline Sciamma à la ville. C’est un rôle que la réalisatrice a pensé et écrit pour elle, en s’appuyant sur toutes les qualités dont elle a fait preuve dans ses précédents rôles mais en même temps il fallait lui donner un rôle nouveau. Plutôt que de parler de muse, Céline Sciamma préfère décrire leur relation de travail par la collaboration, un travail à deux, une inspiration mutuelle. Le rôle d’Éloïse est sentimental et intellectuel. Nous connaissons la voix très particulière de Adèle Haenel, vous remarquerez certainement le travail sur fait sur cette voix.
Qui mettre en face de Adèle Haenel pour incarner la peintre ? Noémie Merlant une actrice française de 30 ans, une étoile montante du cinéma français (elle est à l’affiche de 5 films en 2019 et un en 2020) Pourquoi ce choix ? Céline Sciamma a choisi un visage qu’elle ne connaissait pas. Cette actrice ne devait pas être débutante, être solide, courageuse volontaire et sentimentale. Une belle équation à résoudre.

Le mot du soir : poches

Un havre de paix de Yona Rozenkier

Un havre de paix de Yona Rozenkier.

On ne compte plus les films où le conflit israélo-palestinien est en toile de fond.

On peut malgré tout citer quelques films qui sont passés ces dernières années dans les séances toiles émoi  :

  • Une bouteille à la mer (Thierry Binisti en 2010) : une jeune française installée à Jérusalem écrit une lettre suite à un attentat. Lettre qu’elle met dans une bouteille qu’elle jette à la mer et qui est ouverte par un certain gazaman.
  • Le fils de l’autre (Lorraine Levy en 2012) : Joseph apprend peu de temps avant de rentrer dans l’armée israélienne qu’il n’est pas le fils bilogique de ses parents juifs mais qu’il a été échangé à la naissance et qu’il est en fait palestinien.
  • Mon fils (Eran Riklis en 2015) : un brillant palestinien intègre un lycée juif d’excellence. Il sympathise avec un garçon atteint d’un grave maladie. Il se rapproche de la famille de ce dernier.
  • Tempête de sable (Elite Zexer en 2016) : l’amour entre une étudiante palestinienne et un étudiant juif.
  • Foxtrot (Samuel Maoz en 2017) : une bavure le long de la frontière israélo-palestinienne va faire tomber les masques d’un famille entière.

Le film de ce soir est réalisé par Yona Rozenkier. Il est né 1981 au kibboutz Yehiam au nord d’Israël. Il y a grandi et y a travaillé comme fermier, avant d’étudier le cinéma à l’université de Tel Aviv. Il a réalisé des courts métrages, puis c’est un de ses producteurs qui lui a conseillé de faire un long métrage. L’idée a rapidement germé et « un havre de paix » était né.

C’est l’histoire de 3 frères qui se retrouvent dans le kibboutz de leur enfance pour enterrer leur père. 2 jours plus tard, le plus jeune frère doit partir dans à la frontière où un conflit a éclaté. L’ainé et le cadet s’opposent, le premier veut l’endurcir, le second veut tout faire pour qu’il ne parte pas.

L’histoire est inspiré de la vie du réalisateur. Il tellement voulu que ce soit proche de lui qu’il a demandé à ses frères de jouer avec lui les rôles des frères.

Un kibboutz, un havre de paix ? Le kibboutz qui est présenté et peut paraître irréel est bien réel, il existe.

En revanche la guerre n’est jamais montrée, elle est toujours hors-champs. En revanche on l’entend.

Yona Rozenkier n’aime pas les films de guerre, les films sur la guerre réalisés par Zak Snyder ou Clint Eastwood où les soldats sont des héros. Il préfère aborder le poids terrible de la culpabilité et du doute, de personnes tiraillées par la pression machiste et sociale, de la honte d’avouer des blessures invisibles. Il va même jusqu’à parler de « virilité toxique ». Souvenez-vous, dans Foxtrot le machisme de la société israélienne était également très présent.

Ne soyez pas surtout pas anxieux il y a aussi des vrais moments d’humour burlesque et de rires sont là mais pour quels effets ?

Comme le dit le réalisateur :

« À sa création, Israël était un pays athée et séculaire où des femmes, comme la tante dans le film, se battaient pour l’indépendance. Le droit d’existence d’Israël ne doit pas devenir un droit religieux mais rester le droit laïc d’un peuple qui a été persécuté et qui, comme les Palestiniens, a droit à une terre. »

Nouveauté : dorénavant, j’essaierai dans mes présentations j’essaierai de m’imposer un dernier mot ayant un rapport très fort avec le film, ce soir ce sera : tuyau d’arrosage.

Bonne séance.

Philippe Malinge

SYBYL de Justine TRIET

SIBYL – Justine TRIET – 11 juillet 2019-

Justine Triet est née en Normandie en 1978. Bien que diplômée de l’Ecole Nationale des Beaux Arts de Paris, elle décide d’être comédienne. Puis elle bifurque vers la technique, videos, courts métrages, documentaires.

Dès son premier film, la Bataille de Solférino, en 2013, on comprend  que son truc, c’est de mélanger, tambour battant, de multiples strates qu’elle monte ensuite comme des œufs en neige. Dans la bataille de Solférino, les strates ce sont la garde alternée des enfants, le deuxième tour des élections présidentielles…

En 2016, Victoria, son deuxième film, voit la rencontre explosive de la réalisatrice et de l’actrice Virginie Efira , deux piles atomiques de même intensité, et curieusement semblables, allant jusqu’à avoir toutes les deux un frère prénommé Jorrick  ! Virginie Efira qui joue une avocate au bord de la crise de nerfs, dira de Justine Triet « qu’elle lui a ouvert un nouvel espace de jeu d’actrice  ».

Et précisément, Justine Triet adore créer « des personnages féminins  qui respectent l’ordre puis les démolir et les regarder chuter ».

Et c’est ainsi que dans SIBYL, son 3ème film, elle présente une Virginie Efira que nous avons l’habitude de voir plus simple et plus solaire, même si déjà dans « Le grand bain » et « Victoria » elle jouait des personnalités plus complexes. Et je gage que vous serez surpris par des scènes crues et torrides…Nous découvrons une nouvelle Virginie Efira, « avec une puissance de jeu, une capacité de métamorphoses, entre raison et folie » qui peut rappeler Gena Rowlands

La distribution comprend également Laure Calamy, Adèle Exarchopoulos, Sandra Hüller, Gaspard Ulliel, Niels Schneider. Schneider a dejà joué ave Virginie Efira dans « un amour impossible » de Catherine Corsini.

Le scénario brasse beaucoup de thèmes, la réalité et son déni, le travail, la famille, la création, tout est lié et imbriqué.

Et Justine explique  : « je voulais parler de ce vertige face à une autre jeune femme, soudain confrontée à une sorte de portrait inversé d’elle-même » Et elle précise qu’elle a réalisé son film en s’inspirant d’ « Opening night » de Cassavetes et  d’ « Eve » « de Mankiewiez. Nous pouvons penser aussi à « Sils Maria » d’Olivier Assayas.

Avec SIBYL, Justine est en compétition à Cannes, enceinte de 8 mois et demi. Elle fait observer qu’elles sont 3 réalisatrices à être sélectionnées. Ce n’est pas la parité mais c’est un début ! Elle raconte en riant : « Je ne sais pas ce qui m’a pris de faire un bébé pendant le tournage. La montée des marches, c’est un truc dont on rêve toutes, et là… » Mais elle a assumé crânement, en tailleur pantalon noir et blanc sur le tapis rouge.

Certains ont jugé sévèrement le film, le trouvant trop bobo, trop fabriqué, d’autres au contraire ont été touchés par la masse d’émotion qu’il dégage. Maintenant, à vous de voir …

Une peuple et son roi

UN PEUPLE ET SON ROI – Pierre SCHOELLER – 27 juin 2019

Avec « Un peuple et son roi » de Pierre SCHOELLER, TOILES-EMOI et CINEFESTIVAL ouvrent les festivités d’« AMBERIEU EN FETE », pour célébrer le 230ème anniversaire de la Déclaration des Droits de l’Homme.

Pierre Schoeller est né à Paris en 1961. Il débute en écrivant des scénarios pour la Télévision et le Cinéma. En 2008 il se lance dans la réalisation avec son premier long métrage « Versailles », qui n’a rien à voir avec la Révolution, dans lequel Guillaume Depardieu joue un homme qui vit dans les bois et s’occupe d’un petit garçon abandonné. Son deuxième film, en 2011, « l’exercice de l’Etat », avec un excellent Olivier Gourmet et un très bon Michel Blanc à contre-emploi, multicésarisé, est une réflexion sur la Politique et le Pouvoir .

Son troisième film, que vous découvrez ce soir, va vous faire réviser votre histoire de France depuis le prise de la Bastille jusqu’ à la décapitation de Louis XVI joué par Laurent Lafitte, de la Comédie Française. Certains ont dit malicieusement que Laurent Lafitte n’avait pas dû avoir beaucoup de peine à apprendre son texte car au total il ne parle pas beaucoup mais il dit les mots que le roi a réellement prononcés. Et il en est de même pour les discours à la toute neuve Assemblée Nationale, retranscrits des Archives.

La distribution est prestigieuse : tous les rôles, depuis les monstres sacrés Marat, Robespierre, Danton et autres, jusqu’à la lavandière affamée, sont joués par des acteurs que vous vous amuserez à reconnaitre, de Gaspard Ulliel à Olivier Gourmet en passant par Adèle Heanel, Noémie Lvovsky, Céline Salette, Louis Garrel, Denis Lavant, Izia Higelin, et bien d’autres encore. Les décors et les costumes sont réalistes. Mais je dirais que certains des acteurs qui jouent les parisiens affamés ont peut être un peu trop bonne mine pour être vraiment crédibles..

La musique est une création du compositeur Philipe Schoeller, frère du réalisateur. Deux chansons d’époque sont interprétées a capella…Et il y a beaucoup d’autres chants, le réalisateur estimant que le chant porte mieux les émotions que les paroles seules

Et vous n’oublierez pas des scènes symboliques comme celles des pierres qui tombent de la tour de la Bastille et ouvrent la sombre ruelle au soleil, annoncant le Siècle des Lumières, ou le cheval errant dans les Tuileries…

Schoelller a fait de solides recherches historiques et voulu montrer la Révolution à hauteur des hommes et surtout des femmes, dans les Faubourgs de Paris comme dans les ors de Versailles. Et il déclare que ses modèles pour la réalisation ont été le KUROSAWA des 7 Samouraïs (1955), pour son admirable gestion des mouvements de groupes, le Jean RENOIR de la Marsaillaise de 1938 pour sa description de la chaude complicité du peuple dans son désir de progrès social, et Igmar BERGMAN pour sa connaissance de la psychologie féminine.

Et maintenant place au Peuple et son Roi…

Le jeune Ahmed – Jean-Pierre et Luc Dardenne

Communément appelés les frères Dardenne, Jean-Pierre et Luc Dardenne sont deux réalisateur belges de 68 et 65 ans.

Ils font partie d’un groupe restreint de 8 réalisateurs : ceux ayant été 2 fois lauréats la palme d’or à Cannes :
• Francis Ford Coppola,
• Shōhei Imamura,
• Emir Kusturica,
• Bille August,
• Michael Haneke
• Ken Loach
Ils ont reçu ces palmes d’or pour : « Rosetta » en 1999 et « L’enfant » en 2005
En 2011, pour « Le gamin au vélo » : ils reçoivent le grand prix.

Cette année ils remportent le prix de la mise en scène à Cannes.

Leur cinéma pourrait être qualifié de naturaliste, terme que l’on associe souvent à la littérature. Émile Zola aurait trouvé là de merveilleux représentants de son style.
Ce cinéma naturaliste reprend certaines règles définies dans le Dogme95 publié par Lars von Trier et Thomas Vinterberg.
Le Dogme95 est lancé en réaction aux superproductions anglo-saxonnes et à l’utilisation abusive d’artifices et d’effets spéciaux aboutissant à des produits formatés, jugés lénifiants et impersonnels. Le but du Dogme95 est de revenir à une sobriété formelle plus expressive, plus originale et jugée plus apte à exprimer les enjeux artistiques contemporains. Dépouillés de toute ambition esthétique et en prise avec un réel direct, les films qui en découlent cristallisent un style vif, nerveux, brutal et réaliste, manifesté généralement par un tournage entrepris avec une caméra 35mm portée au poing ou à l’épaule et avec improvisation de plusieurs scènes. Les deux premiers films labellisés Dogme95 : Festen de Thomas Vinterberg et Les Idiots (Idioterne) de Lars von Trier.
Si on décide d’aller encore un peu plus loin dans l’analyse de leurs films on considère qu’ils reconnus comme ceux qui en ont renouvelé l’esthétique et la narration grâce à un style concret, épuré et loin des facilités : caméra à l’épaule ou poing suivant au plus près les visages crispés et les corps en mouvement, longs plans-séquences dilatant la durée, captation de gestes de nervosité, moments de vide, d’irritation, voire de frustration, absence de plage musicale, silences, choix d’acteurs non professionnels ou méconnus.

Pour comprendre le style et les thèmes de prédilection des frères Dardenne, il faut revenir au lieu de leur enfance. Ils vivent dans une petite ville de Belgique Engis (6000 habitants).  Engis a longtemps été le village le plus pollué d’Europe. Dans les années 1930, des dizaines de personnes y sont mortes d’intoxication. C’est suite à ces morts qu’une enquête sera ouverte et fera un lien pour la première fois entre pollution de l’air et les maladies pulmonaires. À propos de Engis, Sartre le mentionne dans « Critique de la raison dialectique » comme une illustration des contradictions du capitalisme. » Luc Dardenne précise que « Les gens du village se sont énormément battus pour améliorer leurs conditions de vie. »

Mais revenons sur le film de ce soir « le jeune Ahmed », encore un thème autour de la famille et notamment l’enfance (« le gamin au vélo, l’enfant »).

Remarque : aucun des acteurs n’est professionnel.

Les frères Dardenne ont voulu s’interroger et nous faire nous interroger sur les raisons qui poussent un garçon de 13 ans à vouloir tuer sa professeure au nom de ses convictions religieuses. Ils ont faits face au personnage si fermé de Ahmed en tentant de répondre aux interrogations suivantes :
Comment arrêter la course au meurtre de ce jeune garçon fanatique, hermétique à la bienveillance de ses éducateurs, à l’amour de sa mère, à l’amitié et aux jeux amoureux de la jeune Louise ?
Comment l’immobiliser dans un moment où, sans l’angélisme et l’invraisemblance d’un happy end, il pourrait s’ouvrir à la vie, se convertir à l’impureté jusque-là abhorrée ?
Quelle serait la scène, quels seraient les plans qui permettraient de filmer cette métamorphose et troubleraient le regard du spectateur entré dans la nuit d’Ahmed, au plus près de ce qui le possède, de ce dont il serait enfin délivré ?

Réponse à ces questions d’ici 1:30h

Bonne séance

The cakemaker de Ofir Raul Graizer

The cakemaker de Ofir Raul Graizer

Réalisateur et vidéaste israélien, Ofir Raul Graizer a d’abord travaillé dans la gastronomie, avant d’étudier le cinéma. THE CAKEMAKER est son premier long métrage.

Courant juin dans cette même salle je vous présentais le film isralien Foxtrot de Samuel Maoz dont l’action se déroulait dans un poste de contrôle de l’armée israélienne. Ce soir, point d’armée, point de guerre, point de violence mais une histoire d’amour entre 2 hommes. Thomas, un jeune pâtissier allemand, a une liaison avec Oren, un homme marié, israélien qui voyage régulièrement à Berlin pour affaires. Suite à sa mort, Thomas se plonge dans la vie d’Anat, la veuve de Oren, qui tient un petit café. Il commence alors à travailler pour elle.

Inspiré de la vie même du réalisateur, c’est un film sur le deuil à double titre :

  • tout d’abord sur le fait de faire le deuil d’une personne qui vous à menti toute sa vie

  • mais aussi sur l’impossibilité de faire son deuil de l’être aimé car la relation est restée secrète.

Le réalisateur dit qu’il a grandi dans une société militante et machiste, tout en vivant son homosexualité grâce à beaucoup d’imagination. Il a toujours voulu briser ces règles, et en même temps il est tiraillé par une envie de revenir à des valeurs traditionnelles tout en sachant que c’est impossible. Ce qui l’intéresse c’est la dualité, le conflit entre les valeurs.

Je vous livre sa vision concernant la transmission :

« J’apprécie particulièrement l’importance des traditions, tant qu’elles restent personnelles et physiques. Quand il s’agit de religion, de famille, de mariage et de société, les traditions doivent être cassées, rejetées. Quand il s’agit de nourriture, de pâtisserie et même d’art, je me sens beaucoup plus proche des traditions que des pratiques modernes. J’adore le cinéma classique, l’architecture classique et la cuisine traditionnelle, bien davantage que ce qui est contemporain. Lorsqu’on apprécie l’ancien et le traditionnel, il faut aussi être conscient des contextes historiques et politiques de l’époque. Quand il s’agit de nourriture, de pain et de gâteaux, il y a un autre aspect, celui de la famille, du désir et de la nostalgie. »

Un petit mot sur la structure du film

Les deux mondes au travers des deux villes Berlin et Jerusalem sont très différents en même temps très semblables. Le Berlin chaud et romantique devient froid et mélancolique, et la Jérusalem froide et mélancolique devient vivante et sonore, puis cela s’inverse à nouveau. La perspective de l’histoire change et modifie alors le point de vue des personnages.

TIM KALKHOF (Thomas)

Acteur allemand de 31 ans, il est surtout connue pour ses rôles dans des séries télévisées. Il a été choisi parmi plus de 100 comédiens, le réalisateur chercher quelqu’un qui soit capable de jouer ce qu’il avait lui même ressenti dans sa propre expérience.

SARAH ADLER (Anat)

Actrice franco-israélienne, elle est connue pour ses rôles dans LES MEDUSES d’Etgar Keret et Shira Geffen (Caméra d’or 2007), AVANIM de Raphael Nadjari (2005), NOTRE MUSIQUE de Jean-Luc Godard (2004) et MARIE-ANTOINETTE de Sofia Coppola (2006). Plus récemment, elle a travaillé à deux reprises avec Amos Gitaï, dans ANA ARABIA (2014) et TSILI (2015), ainsi qu’avec Katia Lewkowicz, TIENS-TOI DROITE (2014) et POURQUOI TU PLEURES ? (2011). Nous l’avons vu également le mois dernier dans le fameux FOXTROT

Foxtrot de Samuel MAOZ

Foxtrot de Samuel MAOZ

Imaginez un jeune homme-enfant de 20 ans enrôlé par Tsahal (l’armée israélienne) en 1982 qui se retrouve dans un tank en pleine guerre du Liban. Il n’avais jamais pris part à aucun acte de violence et qui s’est retrouvé du jour au lendemain à tuer des gens. On peut comprendre qu’il a souffert d’une grande culpabilité et de ce qu’on appelle des troubles post-traumatiques mineurs.

Ce n’est pas pas le thème du film de ce soir, mais c’est l’histoire du réalisateur israélien Samuel Maoz. Il lui a fallu 25 ans pour être capable de « digérer » ce traumatisme et en faire un film Lebanon sorti en 2009 dans lequel il raconte sous la forme d’un huis clos dans un tank ce traumatisme. Ce film avait reçu le lion d’or à la Mostra de Venise.

Dans le film de ce soir Foxtrot, il parle de ce qui suit, c’est à dire la phase post-traumatique.

Il fait partie de la deuxième génération des survivants de l’holocauste. Dans la société israélienne, les hommes n’ont jamais été autorisés à se plaindre de quoi que ce soit. Face à ce qu’avaient vécu leurs parents, leurs professeurs, revenus des camps, ils n’étaient que des enfants gâtés, nés dans un pays où le ciel est bleu et la mer magnifique. Mais où la guerre n’était jamais finie. On leur répétait que c’était bon de mourir pour son pays, on leur parlait d’un étudiant qui s’était sacrifié pour sauver six soldats.

Il dit « Cette société du trauma où nous vivions nous a complètement dérangés, c’était un lavage de cerveau. Quand on voit le jeune soldat dans Foxtrot, on se demande ce qu’il peut bien faire avec ses camarades au milieu du désert. Il vit cette guerre infinie dans laquelle nous avons été élevés et dont nous ne sommes jamais sortis. Qu’elle soit réelle ou non. L’Holocauste puis les guerres que nous avons menées pour survivre ont créé une mémoire traumatisée qui est toujours plus forte que n’importe quelle réalité, n’importe quelle autre logique. Le trauma se transmet de génération en génération, entretenant le sentiment que nous sommes en danger constamment, même si ce n’est pas vrai, et le résultat est que nous sommes dans une guerre sans fin. Foxtrot parle de ce cercle du traumatisme dans lequel les Israéliens sont enfermés. Comme les danseurs de foxtrot qui font une série de pas pour revenir exactement à leur position de départ. »

Revenons au film :

On sonne à la porte d’un bel appartement de Tel-Aviv. Trois militaires se présentent. Dafna, la mère et Michael, le père, apprennent un terrible nouvelle à propos de leur fils Yonatan. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que c’est un film en trois actes, chacun reflètant un des trois personnages.

Le premier acte est à l’image de Michael, très géométrique, graphique, froid, fermé, des compositions détachées.

Le deuxième acte flotte au-dessus du sol comme la vision d’un artiste, il ressemble au fils, qui est lui-même un artiste.

Et le dernier acte ressemble à la mère, plus douce, plus chaleureuse, c’est pour cela que la mise en scène y est encore différente et donne ce sentiment d’une plus grande proximité. Foxtrot est conçu comme un voyage émotionnel : le premier acte doit choquer ; le deuxième, hypnotiser et le troisième, émouvoir.

Le film a reçu le lion d’argent en 2017 à la Mostra de Venise, il a eu aussi un beau succès en Israël.

Le représentants, les élus israliens n’ont pas du tout apprécié ce film :

  • Miri Regev, ministre la culture, sans avoir vu le film, affirmait « avoir honte » que l’académie israélienne ait loué les mérites d’une œuvre qui « salit l’image de l’armée» de son pays.

  • L’ambassade d’Israël a boycotté, en mars, la dernière édition du festival du film israélien à Paris, pour protester contre la programmation de Foxtrot.

Je vous souhaite une bonne séance riche en symboles, métaphores et allégories.