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SYBYL de Justine TRIET

SIBYL – Justine TRIET – 11 juillet 2019-

Justine Triet est née en Normandie en 1978. Bien que diplômée de l’Ecole Nationale des Beaux Arts de Paris, elle décide d’être comédienne. Puis elle bifurque vers la technique, videos, courts métrages, documentaires.

Dès son premier film, la Bataille de Solférino, en 2013, on comprend  que son truc, c’est de mélanger, tambour battant, de multiples strates qu’elle monte ensuite comme des œufs en neige. Dans la bataille de Solférino, les strates ce sont la garde alternée des enfants, le deuxième tour des élections présidentielles…

En 2016, Victoria, son deuxième film, voit la rencontre explosive de la réalisatrice et de l’actrice Virginie Efira , deux piles atomiques de même intensité, et curieusement semblables, allant jusqu’à avoir toutes les deux un frère prénommé Jorrick  ! Virginie Efira qui joue une avocate au bord de la crise de nerfs, dira de Justine Triet « qu’elle lui a ouvert un nouvel espace de jeu d’actrice  ».

Et précisément, Justine Triet adore créer « des personnages féminins  qui respectent l’ordre puis les démolir et les regarder chuter ».

Et c’est ainsi que dans SIBYL, son 3ème film, elle présente une Virginie Efira que nous avons l’habitude de voir plus simple et plus solaire, même si déjà dans « Le grand bain » et « Victoria » elle jouait des personnalités plus complexes. Et je gage que vous serez surpris par des scènes crues et torrides…Nous découvrons une nouvelle Virginie Efira, « avec une puissance de jeu, une capacité de métamorphoses, entre raison et folie » qui peut rappeler Gena Rowlands

La distribution comprend également Laure Calamy, Adèle Exarchopoulos, Sandra Hüller, Gaspard Ulliel, Niels Schneider. Schneider a dejà joué ave Virginie Efira dans « un amour impossible » de Catherine Corsini.

Le scénario brasse beaucoup de thèmes, la réalité et son déni, le travail, la famille, la création, tout est lié et imbriqué.

Et Justine explique  : « je voulais parler de ce vertige face à une autre jeune femme, soudain confrontée à une sorte de portrait inversé d’elle-même » Et elle précise qu’elle a réalisé son film en s’inspirant d’ « Opening night » de Cassavetes et  d’ « Eve » « de Mankiewiez. Nous pouvons penser aussi à « Sils Maria » d’Olivier Assayas.

Avec SIBYL, Justine est en compétition à Cannes, enceinte de 8 mois et demi. Elle fait observer qu’elles sont 3 réalisatrices à être sélectionnées. Ce n’est pas la parité mais c’est un début ! Elle raconte en riant : « Je ne sais pas ce qui m’a pris de faire un bébé pendant le tournage. La montée des marches, c’est un truc dont on rêve toutes, et là… » Mais elle a assumé crânement, en tailleur pantalon noir et blanc sur le tapis rouge.

Certains ont jugé sévèrement le film, le trouvant trop bobo, trop fabriqué, d’autres au contraire ont été touchés par la masse d’émotion qu’il dégage. Maintenant, à vous de voir …

Une peuple et son roi

UN PEUPLE ET SON ROI – Pierre SCHOELLER – 27 juin 2019

Avec « Un peuple et son roi » de Pierre SCHOELLER, TOILES-EMOI et CINEFESTIVAL ouvrent les festivités d’« AMBERIEU EN FETE », pour célébrer le 230ème anniversaire de la Déclaration des Droits de l’Homme.

Pierre Schoeller est né à Paris en 1961. Il débute en écrivant des scénarios pour la Télévision et le Cinéma. En 2008 il se lance dans la réalisation avec son premier long métrage « Versailles », qui n’a rien à voir avec la Révolution, dans lequel Guillaume Depardieu joue un homme qui vit dans les bois et s’occupe d’un petit garçon abandonné. Son deuxième film, en 2011, « l’exercice de l’Etat », avec un excellent Olivier Gourmet et un très bon Michel Blanc à contre-emploi, multicésarisé, est une réflexion sur la Politique et le Pouvoir .

Son troisième film, que vous découvrez ce soir, va vous faire réviser votre histoire de France depuis le prise de la Bastille jusqu’ à la décapitation de Louis XVI joué par Laurent Lafitte, de la Comédie Française. Certains ont dit malicieusement que Laurent Lafitte n’avait pas dû avoir beaucoup de peine à apprendre son texte car au total il ne parle pas beaucoup mais il dit les mots que le roi a réellement prononcés. Et il en est de même pour les discours à la toute neuve Assemblée Nationale, retranscrits des Archives.

La distribution est prestigieuse : tous les rôles, depuis les monstres sacrés Marat, Robespierre, Danton et autres, jusqu’à la lavandière affamée, sont joués par des acteurs que vous vous amuserez à reconnaitre, de Gaspard Ulliel à Olivier Gourmet en passant par Adèle Heanel, Noémie Lvovsky, Céline Salette, Louis Garrel, Denis Lavant, Izia Higelin, et bien d’autres encore. Les décors et les costumes sont réalistes. Mais je dirais que certains des acteurs qui jouent les parisiens affamés ont peut être un peu trop bonne mine pour être vraiment crédibles..

La musique est une création du compositeur Philipe Schoeller, frère du réalisateur. Deux chansons d’époque sont interprétées a capella…Et il y a beaucoup d’autres chants, le réalisateur estimant que le chant porte mieux les émotions que les paroles seules

Et vous n’oublierez pas des scènes symboliques comme celles des pierres qui tombent de la tour de la Bastille et ouvrent la sombre ruelle au soleil, annoncant le Siècle des Lumières, ou le cheval errant dans les Tuileries…

Schoelller a fait de solides recherches historiques et voulu montrer la Révolution à hauteur des hommes et surtout des femmes, dans les Faubourgs de Paris comme dans les ors de Versailles. Et il déclare que ses modèles pour la réalisation ont été le KUROSAWA des 7 Samouraïs (1955), pour son admirable gestion des mouvements de groupes, le Jean RENOIR de la Marsaillaise de 1938 pour sa description de la chaude complicité du peuple dans son désir de progrès social, et Igmar BERGMAN pour sa connaissance de la psychologie féminine.

Et maintenant place au Peuple et son Roi…

Le jeune Ahmed – Jean-Pierre et Luc Dardenne

Communément appelés les frères Dardenne, Jean-Pierre et Luc Dardenne sont deux réalisateur belges de 68 et 65 ans.

Ils font partie d’un groupe restreint de 8 réalisateurs : ceux ayant été 2 fois lauréats la palme d’or à Cannes :
• Francis Ford Coppola,
• Shōhei Imamura,
• Emir Kusturica,
• Bille August,
• Michael Haneke
• Ken Loach
Ils ont reçu ces palmes d’or pour : « Rosetta » en 1999 et « L’enfant » en 2005
En 2011, pour « Le gamin au vélo » : ils reçoivent le grand prix.

Cette année ils remportent le prix de la mise en scène à Cannes.

Leur cinéma pourrait être qualifié de naturaliste, terme que l’on associe souvent à la littérature. Émile Zola aurait trouvé là de merveilleux représentants de son style.
Ce cinéma naturaliste reprend certaines règles définies dans le Dogme95 publié par Lars von Trier et Thomas Vinterberg.
Le Dogme95 est lancé en réaction aux superproductions anglo-saxonnes et à l’utilisation abusive d’artifices et d’effets spéciaux aboutissant à des produits formatés, jugés lénifiants et impersonnels. Le but du Dogme95 est de revenir à une sobriété formelle plus expressive, plus originale et jugée plus apte à exprimer les enjeux artistiques contemporains. Dépouillés de toute ambition esthétique et en prise avec un réel direct, les films qui en découlent cristallisent un style vif, nerveux, brutal et réaliste, manifesté généralement par un tournage entrepris avec une caméra 35mm portée au poing ou à l’épaule et avec improvisation de plusieurs scènes. Les deux premiers films labellisés Dogme95 : Festen de Thomas Vinterberg et Les Idiots (Idioterne) de Lars von Trier.
Si on décide d’aller encore un peu plus loin dans l’analyse de leurs films on considère qu’ils reconnus comme ceux qui en ont renouvelé l’esthétique et la narration grâce à un style concret, épuré et loin des facilités : caméra à l’épaule ou poing suivant au plus près les visages crispés et les corps en mouvement, longs plans-séquences dilatant la durée, captation de gestes de nervosité, moments de vide, d’irritation, voire de frustration, absence de plage musicale, silences, choix d’acteurs non professionnels ou méconnus.

Pour comprendre le style et les thèmes de prédilection des frères Dardenne, il faut revenir au lieu de leur enfance. Ils vivent dans une petite ville de Belgique Engis (6000 habitants).  Engis a longtemps été le village le plus pollué d’Europe. Dans les années 1930, des dizaines de personnes y sont mortes d’intoxication. C’est suite à ces morts qu’une enquête sera ouverte et fera un lien pour la première fois entre pollution de l’air et les maladies pulmonaires. À propos de Engis, Sartre le mentionne dans « Critique de la raison dialectique » comme une illustration des contradictions du capitalisme. » Luc Dardenne précise que « Les gens du village se sont énormément battus pour améliorer leurs conditions de vie. »

Mais revenons sur le film de ce soir « le jeune Ahmed », encore un thème autour de la famille et notamment l’enfance (« le gamin au vélo, l’enfant »).

Remarque : aucun des acteurs n’est professionnel.

Les frères Dardenne ont voulu s’interroger et nous faire nous interroger sur les raisons qui poussent un garçon de 13 ans à vouloir tuer sa professeure au nom de ses convictions religieuses. Ils ont faits face au personnage si fermé de Ahmed en tentant de répondre aux interrogations suivantes :
Comment arrêter la course au meurtre de ce jeune garçon fanatique, hermétique à la bienveillance de ses éducateurs, à l’amour de sa mère, à l’amitié et aux jeux amoureux de la jeune Louise ?
Comment l’immobiliser dans un moment où, sans l’angélisme et l’invraisemblance d’un happy end, il pourrait s’ouvrir à la vie, se convertir à l’impureté jusque-là abhorrée ?
Quelle serait la scène, quels seraient les plans qui permettraient de filmer cette métamorphose et troubleraient le regard du spectateur entré dans la nuit d’Ahmed, au plus près de ce qui le possède, de ce dont il serait enfin délivré ?

Réponse à ces questions d’ici 1:30h

Bonne séance

The cakemaker de Ofir Raul Graizer

The cakemaker de Ofir Raul Graizer

Réalisateur et vidéaste israélien, Ofir Raul Graizer a d’abord travaillé dans la gastronomie, avant d’étudier le cinéma. THE CAKEMAKER est son premier long métrage.

Courant juin dans cette même salle je vous présentais le film isralien Foxtrot de Samuel Maoz dont l’action se déroulait dans un poste de contrôle de l’armée israélienne. Ce soir, point d’armée, point de guerre, point de violence mais une histoire d’amour entre 2 hommes. Thomas, un jeune pâtissier allemand, a une liaison avec Oren, un homme marié, israélien qui voyage régulièrement à Berlin pour affaires. Suite à sa mort, Thomas se plonge dans la vie d’Anat, la veuve de Oren, qui tient un petit café. Il commence alors à travailler pour elle.

Inspiré de la vie même du réalisateur, c’est un film sur le deuil à double titre :

  • tout d’abord sur le fait de faire le deuil d’une personne qui vous à menti toute sa vie

  • mais aussi sur l’impossibilité de faire son deuil de l’être aimé car la relation est restée secrète.

Le réalisateur dit qu’il a grandi dans une société militante et machiste, tout en vivant son homosexualité grâce à beaucoup d’imagination. Il a toujours voulu briser ces règles, et en même temps il est tiraillé par une envie de revenir à des valeurs traditionnelles tout en sachant que c’est impossible. Ce qui l’intéresse c’est la dualité, le conflit entre les valeurs.

Je vous livre sa vision concernant la transmission :

« J’apprécie particulièrement l’importance des traditions, tant qu’elles restent personnelles et physiques. Quand il s’agit de religion, de famille, de mariage et de société, les traditions doivent être cassées, rejetées. Quand il s’agit de nourriture, de pâtisserie et même d’art, je me sens beaucoup plus proche des traditions que des pratiques modernes. J’adore le cinéma classique, l’architecture classique et la cuisine traditionnelle, bien davantage que ce qui est contemporain. Lorsqu’on apprécie l’ancien et le traditionnel, il faut aussi être conscient des contextes historiques et politiques de l’époque. Quand il s’agit de nourriture, de pain et de gâteaux, il y a un autre aspect, celui de la famille, du désir et de la nostalgie. »

Un petit mot sur la structure du film

Les deux mondes au travers des deux villes Berlin et Jerusalem sont très différents en même temps très semblables. Le Berlin chaud et romantique devient froid et mélancolique, et la Jérusalem froide et mélancolique devient vivante et sonore, puis cela s’inverse à nouveau. La perspective de l’histoire change et modifie alors le point de vue des personnages.

TIM KALKHOF (Thomas)

Acteur allemand de 31 ans, il est surtout connue pour ses rôles dans des séries télévisées. Il a été choisi parmi plus de 100 comédiens, le réalisateur chercher quelqu’un qui soit capable de jouer ce qu’il avait lui même ressenti dans sa propre expérience.

SARAH ADLER (Anat)

Actrice franco-israélienne, elle est connue pour ses rôles dans LES MEDUSES d’Etgar Keret et Shira Geffen (Caméra d’or 2007), AVANIM de Raphael Nadjari (2005), NOTRE MUSIQUE de Jean-Luc Godard (2004) et MARIE-ANTOINETTE de Sofia Coppola (2006). Plus récemment, elle a travaillé à deux reprises avec Amos Gitaï, dans ANA ARABIA (2014) et TSILI (2015), ainsi qu’avec Katia Lewkowicz, TIENS-TOI DROITE (2014) et POURQUOI TU PLEURES ? (2011). Nous l’avons vu également le mois dernier dans le fameux FOXTROT

Foxtrot de Samuel MAOZ

Foxtrot de Samuel MAOZ

Imaginez un jeune homme-enfant de 20 ans enrôlé par Tsahal (l’armée israélienne) en 1982 qui se retrouve dans un tank en pleine guerre du Liban. Il n’avais jamais pris part à aucun acte de violence et qui s’est retrouvé du jour au lendemain à tuer des gens. On peut comprendre qu’il a souffert d’une grande culpabilité et de ce qu’on appelle des troubles post-traumatiques mineurs.

Ce n’est pas pas le thème du film de ce soir, mais c’est l’histoire du réalisateur israélien Samuel Maoz. Il lui a fallu 25 ans pour être capable de « digérer » ce traumatisme et en faire un film Lebanon sorti en 2009 dans lequel il raconte sous la forme d’un huis clos dans un tank ce traumatisme. Ce film avait reçu le lion d’or à la Mostra de Venise.

Dans le film de ce soir Foxtrot, il parle de ce qui suit, c’est à dire la phase post-traumatique.

Il fait partie de la deuxième génération des survivants de l’holocauste. Dans la société israélienne, les hommes n’ont jamais été autorisés à se plaindre de quoi que ce soit. Face à ce qu’avaient vécu leurs parents, leurs professeurs, revenus des camps, ils n’étaient que des enfants gâtés, nés dans un pays où le ciel est bleu et la mer magnifique. Mais où la guerre n’était jamais finie. On leur répétait que c’était bon de mourir pour son pays, on leur parlait d’un étudiant qui s’était sacrifié pour sauver six soldats.

Il dit « Cette société du trauma où nous vivions nous a complètement dérangés, c’était un lavage de cerveau. Quand on voit le jeune soldat dans Foxtrot, on se demande ce qu’il peut bien faire avec ses camarades au milieu du désert. Il vit cette guerre infinie dans laquelle nous avons été élevés et dont nous ne sommes jamais sortis. Qu’elle soit réelle ou non. L’Holocauste puis les guerres que nous avons menées pour survivre ont créé une mémoire traumatisée qui est toujours plus forte que n’importe quelle réalité, n’importe quelle autre logique. Le trauma se transmet de génération en génération, entretenant le sentiment que nous sommes en danger constamment, même si ce n’est pas vrai, et le résultat est que nous sommes dans une guerre sans fin. Foxtrot parle de ce cercle du traumatisme dans lequel les Israéliens sont enfermés. Comme les danseurs de foxtrot qui font une série de pas pour revenir exactement à leur position de départ. »

Revenons au film :

On sonne à la porte d’un bel appartement de Tel-Aviv. Trois militaires se présentent. Dafna, la mère et Michael, le père, apprennent un terrible nouvelle à propos de leur fils Yonatan. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que c’est un film en trois actes, chacun reflètant un des trois personnages.

Le premier acte est à l’image de Michael, très géométrique, graphique, froid, fermé, des compositions détachées.

Le deuxième acte flotte au-dessus du sol comme la vision d’un artiste, il ressemble au fils, qui est lui-même un artiste.

Et le dernier acte ressemble à la mère, plus douce, plus chaleureuse, c’est pour cela que la mise en scène y est encore différente et donne ce sentiment d’une plus grande proximité. Foxtrot est conçu comme un voyage émotionnel : le premier acte doit choquer ; le deuxième, hypnotiser et le troisième, émouvoir.

Le film a reçu le lion d’argent en 2017 à la Mostra de Venise, il a eu aussi un beau succès en Israël.

Le représentants, les élus israliens n’ont pas du tout apprécié ce film :

  • Miri Regev, ministre la culture, sans avoir vu le film, affirmait « avoir honte » que l’académie israélienne ait loué les mérites d’une œuvre qui « salit l’image de l’armée» de son pays.

  • L’ambassade d’Israël a boycotté, en mars, la dernière édition du festival du film israélien à Paris, pour protester contre la programmation de Foxtrot.

Je vous souhaite une bonne séance riche en symboles, métaphores et allégories.

Call me by your name de Luca Guadagnigno

Call me by your name de Luca Guadagnigno

Tiré du roman d’André Aciman « Appelle-moi par ton nom », est l’histoire sensuelle et magnifique d’un premier amour.

Ce roman a été écrit en 3 mois en 2007, l’auteur raconte qu’il était comme en transe. Dès sa parution début 2007, le roman a très vite été érigé en classique moderne de la littérature sur le premier amour.

Bien qu’il ait été accueilli à bras ouverts par la communauté LGBT et qu’il soit considéré comme une référence de la littérature gay, cela n’empêche pas le roman de toucher un large public. Peter Spears, un des producteurs, explique : « Il fait vibrer la corde sensible de ceux qui le lisent parce qu’il évoque non seulement le premier amour, mais également l’empreinte indélébile qu’il laisse et la douleur qui lui est associée, ce que tout le monde peut comprendre, indépendamment de son sexe ou de son orientation sexuelle. »

Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia.

Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour. Un jour, Oliver, un séduisant Américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir.

Dans les rôles

  • Timothée Chalamet : Elio Perlman (que nous avons vu la semaine dernière dans Lady Bird).

  • Armie Hammer : Oliver

  • Michael Stuhlbarg : M. Perlman (le père) (La forme de l’eau, Dalton Trumbo, Pentagon papers,…)

  • Amira Casar : Mme Perlman (la mère)

Le scénario. En 2014, les producteurs confient à James Ivory l’écriture du scénario (RETOUR À HOWARDS END, LES VESTIGES DU JOUR (Anthnoy Hopkins, Emma Thompson), CHAMBRE AVEC VUE, MAURICE.

Que dit Luca Guadagnigno de son propre film ? :« CALL ME BY YOUR NAME vient clore une trilogie de films sur le thème du désir qui se compose également de AMORE et A BIGGER SPLASH.

« Alors que dans les deux premiers volets de ce triptyque, le désir était associé à la possession, au regret, au mépris et au besoin d’émancipation, j’ai voulu l’explorer ici à travers le prisme d’une idylle de jeunesse. Elio, Oliver et Marzia naviguent dans les eaux troubles d’un amour qui, comme l’a jadis décrit Truman Capote, « celui qui n’a pas degéographie, ne connaît pas de frontières ».

« CALL ME BY YOUR NAME est également un hommage aux figures paternelles qui m’ont guidé tout au long de ma vie : mon propre père évidemment, mais aussi mes pères de cinéma : Renoir, Rivette, Rohmer ou Bertolucci… »

Les films de Luca Guadagnino sont salués pour leur érotisme, il n’a jamais recours à la sexualité gratuitement. Regardons ce que le réalisateur et les acteurs disent à propos des scènes de sexe :

Le réalisateur : « Au cinéma, le sexe peut être très ennuyeux à regarder. Mais s’il permet de mettre en lumière le comportement des personnages et nous éclaire sur leur nature profonde, alors cela m’intéresse. En revanche, s’il ne s’agit que d’une mise en scène de l’acte, ça n’a aucun intérêt. »

Timothée Chalamet raconte : « Les scènes dans lesquelles Elio et Oliver s’embrassent et font l’amour pour la première fois sont composées de plans longs qui rendent palpables leur gêne et la tension physique, alors que s’il y avait des millions de coupes, ce ne serait pas le cas. »

Armie Hammer ajoute : « Au cinéma, la plupart des scènes de sexe sont filmées de manière à mettre les acteurs en valeur alors que ce film met en scène deux personnes qui explorent avidement le corps de l’autre. Et je trouve que cela illustre bien l’incertitude et l’émerveillement que l’on ressent lors d’une première expérience sexuelle avec un nouveau partenaire. »

Je terminerai par une citation, Michael Stuhlbarg le père : « Si on a la chance de ressentir profondément une émotion, même douloureuse, il ne faut pas s’en détourner. Quel gâchis de ressentir quelque chose d’aussi beau pour essayer ensuite de prétendre que cela ne s’est jamais produit ! »

Cette émotion peut être le film de ce soir !

Bonne séance.

Lady Bird de Greta Gerwig

Lady Bird de Greta Gerwig

Américaine de 34 ans, premier film de Greta Gerwig en tant que réalisatrice.

Actrice dans

  • 20TH CENTURY WOMEN

  • JACKIE

  • MAGGIE A UN PLAN

  • MISTRESS AMERICA

  • FRANCES HA

  • TO ROME WITH LOVE

L’histoire

En 2002, au début des rapides mutations du paysage économique américain, Christine alias « Lady Bird » se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady Bird a perdu son emploi.

Les acteurs

SAOIRSE RONAN : Lady Bird, actrice actrice irlandaise, depuis l’age de 13 ans tourné dans :

  • REVIENS-MOI (Keira Knightley et James McAvoy),

  • THE GRAND BUDAPEST HOTEL,

  • HANNA

  • LES CHEMINS DE LA LIBERTÉ

LAURIE METCALF : Mario, la mère, active américaine de 62 ans

  • RECHERCHE SUSAN DESESPÉRÉMENT,

  • LEAVING LAS VEGAS,

  • L’ONCLE BUCK,

  • JFK

  • AFFAIRES PRIVÉES

  • TV : DESPERATE HOUSEWIVES, THE BIG BANG THEORY

TRACY LETTS : dramaturge, scénariste, comédien américain de 52 ans, le père. Il a reçu le prix Pulitzer pour la pièce « Un été à Osage County ». Tourné dans :

  • PENTAGON PAPERS

  • CHRISTINE

  • INDIGNATION

  • TV : HOMELAND

LUCAS HEDGES : Acteur américain de 21 ans, Danny le copain de Lady Bird, a tourné dans :

  • MANCHESTER BY THE SEA

  • MOONRISE KINGDOM

  • THE GRAND BUDAPEST HOTEL

  • LAST DAYS OF SUMMER

  • ZERO THEOREM

  • SECRET D’ÉTAT

  • 3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE

THIMOTHÉE CHALAMET : acteur franco-américain de 22 ans

  • CALL ME BY YOUR NAME

  • HOSTILES

Sacramento, cette ville est un des personnages important du film. Lorsque l’on vous dit Californie, vous pensez San Francisco et Los Angeles, les 2 villes phares. Mais cet état est avant tout très agricole, Sacramento est une ville rurale, les m’as-tu-vu n’habitent pas là, c’est une ville modeste et humble comme ses habitants.

Lady Bird vit une année en classe de terminale, année où au États-Unis c’est souvent un deuil de l’adolescence, on se rend compte que ce sont « les dernières fois » pour les enfants ou pour les parents.

Dans ce film on assiste à de nombreuses relations entre les personnages, mais une seule est au centre du film celle entre la mère et la fille, d’ailleurs le titre provisoire du film était MERES ET FILLES.

Selon la réalisatrice, à l’adolescence les rapports mère/fille sont à la fois extraordinaires et incroyablement complexes. Greta Gerwig considère qu’on ne se dispute qu’avec les gens que l’on connaît vraiment. La scène de la dispute dans la voiture a été tournée la dernière semaine du tournage, lorsque les 2 actrices se connaissaient bien.

La réalisatrice a décidé de ne pas fournir de détails, de ne pas expliquer les relations entre les personnages. Elles sont celles qu’elles sont, comme dans la vraie vie, on croise toutes sortes de familles sans en connaître le parcours.

Elle les personnages a cherché à ce que les personnages soient beaux en raison de leurs défauts mêmes, et non malgré ces défauts.

Coté technique, pas de caméra à l’épaule style documentaire mais au contraire des décors précis « comme le Chemin de croix déroule les épisodes de la Passion du Christ. »

Un gros travail a été fait sur les couleurs de manière à ce qu’elles évoquent le passé mais sans être la réalité de ce passé. Tout a été fait pour que le spectateur éprouve une certaine distance avec le film, qu’il ressente la présence du cadre et de la mise en scène.

Quant on pose la question de savoir si ce film a été inspiré par ses parents, elle répond :

« Ils m’ont appris que ce n’est pas la génétique qui détermine les liens familiaux, mais l’amour, et qu’il faut toujours partager ce qu’on a, comme on peut ».

Ce soir nous sommes tous là, chanceux pour partager cette séance de cinéma. Bon film.

L’échange des princesses de Marc Dugain

L’échange des princesses de Marc Dugain

Marc Dugain est romancier, scénariste et réalisateur français de 60 ans. À 35 ans il abandonne sa vie d’entrepreneur et se consacre à l’écriture de romans. Il écrit notamment « La chambre des officiers » qui a servi de base, en 2001, au film du même nom de François Dupeyron. Il commence à tourner en 2009 et notamment « Une exécution ordinaire », adaptation de son propre roman avec André Dussolier dans le rôle de Staline.

C’est aussi un metteur en scène de théâtre fidèle de Tchekov.

À travers ses propres romans et films il aime traiter le thème de la manipulation politique et des complots.

Ce soir, le roman qui sert de base au film n’est pas de lui mais de Chantal Thomas qui avait écrit les « Adieux à la reine » également adapté au cinéma. Marc Dugain ajoute deux thèmes extrêmement liés : la religion et la mort, ou plus exactement la peur de la mort, tout cela dans un contexte de fin annoncée de la monarchie en mettant en scène des enfants au milieu d’adultes qui ne sont eux même peut être que des enfants…

C’est l’histoire vraie d’un troc de fillettes : en 1721, pour mettre fin à 13 années de guerre entre la France et l’Espagne, le régent Philippe d’Orléans a l’idée d’un double mariage.

Pour recréer les ambiances intérieures et extérieures, les tournages ont eu lieu dans des châteaux mais ce ne sont pas de châteaux français mais belges (le château de Belœil, intérieur identique à Versailles et le château Gaasbeek symbole de l’art flamand d’influence espagnole.

Les acteurs :

  • Les 4 enfants :
    • Anamaria Vartolomei : Louise Elisabeth
    • Juliane Lepoureau : Marie-Victoire
    • Kacey Mottet Klein : Don Luis
    • Igor Van Dessel : Louis XV
  • Vous reconnaitrez Catherine Mouchet dans le rôle de Madame de Ventadour, elle était la Thérèse d’Alain Cavalier il y 32 ans…
  • Et puis 2 acteurs du cinéma français :
    • Lambert Wilson
    • Olivier Gourmet

Ce film pose plusieurs questions, mais notamment :

De tous temps, les enfants n’ont-ils pas servis ou été instrumentalisés par les adultes ? Avec son corollaire, ne le sont-ils pas pour d’autres raisons aujourd’hui ?

Je vous laisse vous plonger dans cet univers de l’an 1721 pour vous retrouver dans 1h40 en 2018, ah la magie du cinéma !

DIANE A LES ÉPAULES de Fabien Gorgeart

DIANE A LES EPAULES de Fabien Gorgeart – 11janvier 2018

Diane a les épaules, le 1er long métrage de Fabien Gorgeart s’inscrit dans la lignée de ses 4 courts métrages réalisés entre 2009et 2016 : ils s’intéressaient déjà à la parentalité : par exemple Le Sens de l’Orientation racontait l’histoire d’un homme qui n’avouait pas sa stérilité à sa petite amie qui désirait un enfant ; Un Chien de ma chienne, primé dans plusieurs festivals internationaux, rappelait l’épuisante grossesse vécue par une femme.

Dans le film de ce soir, il s’agit d’une procréation décalée :une grossesse pour autrui.Mettre au cœur de son 1er long métrage un sujet ultra –sensible, jamais encore abordé frontalement dans le cinéma, est un acte plutôt osé de la part du jeune réalisateur.

Il a voulu le traiter avec une certaine légèreté dans le ton,mais sans exclure la profondeur des sentiments et les questionnements.Il se garde de porter tout jugement et explore le sujet avec subtilité, sans clichés.Pour lui, le film n’est pas un film sur un sujet de société, mais le parcours d’une femme indépendante, drôle, un peu garçonne, qui casse les représentations connues.

Elle aborde sa grossesse comme un pur acte de générosité, son geste n’est pas associé à un sacrifice ; elle n’a pas été non plus payée pour le faire.Son apparente nonchalance, sa décontraction, cachent en fait une grande fragilité.

Le réalisateur interroge non seulement la question du lien maternel, filial, mais aussi celle du lien amical, amoureux, par l’attitude des 3 autres personnages masculins.Dans les dernières séquences , la comédie romantique s’approche du mélodrame.On retiendra l’ultime plan-séquence d’une forte intensité mais aussi d’une grande puissance affective.

Fabien Gorgeart a écrit le scénario pour Clotilde Hesme, sa comédienne fétiche.En 2011 elle avait décroché le César du meilleur espoir féminin pour Angèle et Tony.On l’a vue au bras d’Omar Sy dans « Chocolat ».Certaines images du film ont été tournées alors qu’elle attendait son 1er enfant et ce avant le tournage.

Le film repose sur elle, mais il serait injuste de ne pas citer les acteurs qui l’entourent : Fabrizio Rongione, révélé par les Frères Dardenne, Thomas Suire, acteur de théâtre surtout, et Gregory Montel, remarqué dans la série Dix pour Cent.

On vit à une époque où la société est bousculée par des rapports de filiation qui ont tendance à s’affranchir du modèle parental dit traditionnel. C’est aussi le portait d’une génération à la croisée des époques qui est dressé ici, génération tiraillée entre les vieilles valeurs des parents et l’angoisse du présent.

Fabien Gorgeart nous présente une histoire de notre temps.Débuut janvier de cette année, le quotidien La Croix a mandaté l’Ifop pour poser des questions bioéthiques à un échantillon représentatif de 1010personnes ; une des questions portait sur l’autorisation de la GPA :gestation pour autrui : résultat du sondage :64% des personnes interrogées se disaient favorables.Il me reste à vous souhaiter une bonne soirée en vous laissant découvrir ce film touchant, en plein dans l’actualité.