Archives de l’auteur : Dominique Magnard

The Assassin – film taiwanais de Hou Hsiao-hsien

Prix de la mise en scène lors du festival de Cannes 2015, ce film marque le grand retour du maître du cinéma taïwanais après huit ans d’absence.

Figure emblématique de la Nouvelle Vague taïwanaise dès les années 1980, quelques-unes de ses œuvre sont considérées comme des chefs d’œuvre de l’histoire du cinéma contemporain : Les Garçons de Fengkuei, Millenium Mambo, Les Fleurs de Shanghai, Un Temps pour vivre, un temps pour mourir, par exemple.

Ce grand cinéaste est né à Canton en 1947, en pleine guerre civile.

Un an après, sa famille part s’installer à Taïwan. Il vit dans une grande ville du sud de l’Ile, et c’est son départ pour le service militaire, à 22 ans, qui crée une première rupture dans sa vie et lui fait découvrir le cinéma, où il passe toutes ses journées de permission.

A son retour, il entreprend des études de cinéma à Taïpei, devient assistant réalisateur, puis tourne au début des années 1980 ses premiers longs métrages qui rencontrent immédiatement le succès populaire.

La seconde rupture vient alors de sa rencontre avec la romancière Chu Tienwen, personnalité majeure de la littérature taïwanaise, qui devient sa scénariste attitrée.

Grâce à elle, il rencontre d’autres cinéastes taïwanais, avec lesquels il formera bientôt ce qu’on appellera la « Nouvelle Vague taïwanaise » à partir de 1983.

La collaboration avec Chu Tienwen donne d’abord naissance à un cycle autobiographique, quatre films puisés dans les souvenirs de jeunesse du cinéaste. Le premier d’entre eux, Les Garçons de Fengkuei (1983), raconte la vie de quatre adolescents, bande de petits voyous, dans la petite ville côtière de Kiashiong avant leur déménagement en ville. Suivront Un été chez grand-père (1984) puis Un Temps pour vivre, un temps pour mourir (1985), qui évoque l’exil et les décès successifs de ses parents, et enfin Poussières dans le vent (1986), sur l’apprentissage et l’amour de deux jeunes gens séparés par le service militaire.

Puis le cinéaste aborde dans plusieurs films le sujet de l’histoire sino-taïwanaise – l’occupation japonaise (Le Maître de marionnettes, 1993), la reprise en main par le Kuomintang (La Cité des douleurs, 1989), la guerre civile (Good Men, Good Women, 1995) et le XIXe siècle des Fleurs de Shanghai (1998).

Enfin, au tournant du millénaire, Goodbye South, Goodbye (1998), puis Millenium Mambo(2001), et Three Times (2005) traitent à nouveau de la période contemporaine.

L’action de The Assassin se situe dans la Chine du IXème siècle, celle de la dynastie Tang : il s’agit d’un des âges d’or de l’empire chinois, mais qui commence à vaciller sous les attaques de puissants gouverneurs des provinces.

Le film emprunte la forme d’un wu xia pian, littéralement un « film de héros martial » ou film de sabre chinois, genre populaire qui a été également traité par des auteurs tels que  Zhang Yimou (le Secret des poignards volants), Ang Lee (Tigres et Dragons), ou Wong Kar Wai (les Cendres du temps) mais aussi les Kill bill de Quentin Tarantino.

Cependant, dans The Assassin,  les scènes de combats, même très spectaculaires, sont très courtes, l’accent est mis davantage sur la tragédie et l’intrigue, et Hou Hsiao-hsien imprime un style très personnel au genre du film de sabre.

L’héroïne du film est interprétée par une actrice taïwanaise de 39 ans, Shu Qi, avec laquelle Hou Hsiao Hsien a déjà tourné Millenium mambo (présenté à Cannes en 2001) et Three times (2005)

Pour ce film les critiques ont particulièrement rendu hommage au travail effectué par le chef-opérateur attitré de HHH, Mark Lee Ping-Bing sur la lumière.

 

Je vous laisse le découvrir.

Bonne projection !

El Clan – film argentin de Pablo Trapero

Pablo Trapero est un jeune réalisateur argentin de 44 ans, qui a déjà une belle carrière internationale, et fait partie de la Nouvelle vague du  cinéma argentin.

Il a étudié le cinéma à l’université, avant de débuter par la réalisation de quelques courts métrages au début des années 90.

En 1999, son premier long métrage, Monde Grua, s’attache, dans un style proche du documentaire  à décrire le quotidien difficile de la classe ouvrière argentine.

Trois ans après ce premier film remarqué dans de nombreux festivals internationaux, il met en scène le polar El Bonaerense(2002),  sélectionné à Cannes dans la section Un certain Regard.

Il présente à Venise son troisième long métrage, le road-movie Voyage en famille (2004), avant de partir en Patagonie tourner Nacido y criado.

En 2008, il se rend une nouvelle fois à Cannes pour présenter en compétition officielle Leonera, où il dépeint la vie d’une jeune femme contrainte d’élever son fils en prison.

En 2011, il tourne Carancho, qui met en scène un « carancho », avocat spécialisé dans les accidents de la circulation à Buenos Aires qui gagne sa vie grâce aux assurances et à la corruption.

L’année suivante, il participe au film collectif 7 jours à la Havane en compagnie d’autres cinéastes comme Elia SuleimanGaspar Noé ou Laurent Cantet. Trapero tourne le segment intitulé « Jam Session ».

En 2013, il s’attaque aux problèmes des bidonvilles en Argentine à travers la vision de deux prêtres engagés envers les populations (incarnés par Ricardo Darin et Jérémie Renier) dans Elefante Blanco.

Pablo Trapero a été Président du Jury Un Certain Regard du Festival de Cannes 2014.

Pour El Clan, il adapte à l’écran un fait divers très célèbre en Argentine.

Il avait 13 ans, en août 1985, au moment de l’arrestation d’Arquimedes Puccio, dans une station-service de Buenos Aires.

Il garde un souvenir très net des gros titres des journaux sur cette affaire de famille bourgeoise qui séquestrait des gens qu’elle connaissait avant de les tuer.

Dès 2007, après le tournage de Léonera, il décide de faire un film de ce souvenir.

Cependant, les producteurs sont très réticents. Il lui faut donc attendre la rencontre avec les frères Almodovar en 2014, pour pouvoir boucler la production et envisager la réalisation du film qui va devenir le plus gros succès de l’histoire du cinéma argentin avec plus de 2,6 millions d’entrées dans un pays qui compte 43 millions d’habitants.

Ce succès a pris des proportions inattendues, puisque des gens viennent prendre des selfies devant la maison où étaient détenues les victimes des enlèvements !

Pour bien comprendre l’enjeu du film il faut en resituer le contexte historique.

L’action se déroule au moment du basculement de la dictature militaire (1976-1983) et du retour à la démocratie.

A la tête de la famille Puccio, issue d’un milieu modeste, le patriarche du nom d’Arquimedes semble être un vieil homme affable, travaillant pour l’Etat.

Ce que le film énonce moins clairement, c’est qu’il fut plus exactement membre du SIDE (agence de renseignement d’Argentine) qui durant la dictature organisa des enlèvements et actes pour le moins obscurs. La démocratie entraîne  la mise à l’écart de cet homme par un gouvernement qui tente de cacher ses anciennes affaires.
A première vue totalement insoupçonnable, cet homme entraîne sa famille dans une spirale de violence, par une série d’enlèvements et de séquestrations de personnes fortunées en l’échange de rançons.

Ce chef de famille est incarné par l’acteur Guillermo Francella, véritable célébrité en Argentine et connu pour son jeu comique, qui interprète par conséquent à contre-emploi ce personnage méthodique, inexpressif et commettant des actes épouvantables de sang-froid, sans que l’on puisse réellement comprendre sa motivation.

Le fil rouge d’El Clan s’axe sur la relation entre Arquimedes et l’un de ses fils, Alejandro, rugbyman pour l’équipe nationale d’Argentine,  manipulé par son père.

La bande-son du film et notamment la chanson « All i’v got is a sunny afternoon » interprétée par le groupe The Kinks, contribue à l’atmosphère en quelque sorte schizophrène du film, avec la juxtaposition de scènes de violence et de scènes de famille, un peu dans la manière des « Affranchis » de Scorcese.

Cependant, en dehors de la mise en scène, le cinéaste réalise un réel travail de fond et d’enquête pour coller au plus près des événements même si encore aujourd’hui on ne connait pas toute la vérité autour de cette affaire.

Le film contient d’ailleurs des images d’archives télévisées.

Pablo Trapero a reçu le Lion d’argent du meilleur réalisateur pour El Clan.

Les premiers les derniers – film de Bouli Lanners – jeudi 24 mars 2016 – 20h30

Les hasards de notre programmation nous donnent l’occasion de témoigner notre solidarité avec nos voisins belges, en effet le film pour lequel nous sommes réunis ce soir,  même s’il a été en grande partie tourné dans la Beauce, est un film tout à fait belge, tourné par un des réalisateurs les plus belges qui soient.

Les premiers, les derniers est le 4ème long métrage de Bouli Lanners, sorte d’électron libre dans le paysage cinématographique européen. Né en Belgique en 1965, il est entré dans le monde de l’audio-visuel en tant que régisseur pour les Snuls (équivalent belge des Nuls, actifs au début des années 90 sur Canal+ Belgique) et c’est là qu’il a commencé sa carrière d’acteur, poursuivie par la suite en France et en Belgique. Il joue des petits rôles ou des seconds rôles dans une 50aine de films, par exemple dans Toto le héros de Jaco van Dormael, Un long dimanche de fiançailles de Jeunet, dans les films de Kervern et Delépine  ou d’Albert Dupontel (9 mois ferme). A côté de cette carrière d’acteur, il  a réalisé 6 courts métrages et 3 longs métrages qui mettent souvent en scène des personnages de  marginaux et de losers paumés, avec un humour proche de l’absurde, teinté de surréalisme belge.

Il ne faut donc pas s’attendre, ce soir, à un film sage et plan-plan. Bouli Lanners, qui n’a pas peur de bousculer le spectateur, nous offre un film que la presse a qualifié aussi bien de « leçons de ténèbres », d’ « odyssée biblique », de « road movie humaniste », que de « western apocalyptique ». Il nous offre aussi une casting étonnant et de haute volée: pour incarner les figures paternelles, il ose en effet un duo composé de Michael Lonsdale et Max von Sydow. Une des principales figures féminines est interprétée par Suzanne Clément, actrice fétiche de Xavier Dolan. Comme vous avez pu le voir sur l’affiche, c’est Bouli Lanners lui-même et son comparse Dupontel qui jouent les rôles principaux. Mais nous verrons également Serge Riaboukine, que je me rappelle avoir rencontré dans ce cinéma, où il était venu présenter le film Jimmy Rivière.

Le film a été tourné en partie le long de la voie d’essai, aujourd’hui désaffectée et en partie détruite,  de l’aérotrain d’Orléans. Ce lieu étrange est d’ailleurs le point de départ du film ; Bouli Lanners a en effet vu cette espèce de rampe de lancement  posée en pleine campagne lors d’un trajet de nuit en train entre Toulouse et Paris. C’est à partir de cette image qu’il a eu envie d’écrire l’histoire de deux personnages très marginalisés socialement qui errent en suivant une trajectoire rectiligne.

J’achèverai cette brève présentation par une citation de Bouli Lanners à propos de son titre énigmatique, aux consonances bibliques : « Ce qui nous relie aux premiers Hommes, nous qui sommes peut-être les derniers, c’est ce même désir absolu d’exister à travers le clan familial. J’aime l’idée d’un lien qui nous relie encore à eux. Ça me rassure. Et puis, Le premier et Le dernier, c’est Dieu. Les premiers hommes, à la différence des animaux avaient une conscience et recherchaient le divin. Même si ma foi est cabossée, je suis moi aussi toujours à la recherche du divin. Nous sommes peut-être les derniers, mais nous ne sommes pas très différents des premiers. »

 Il ne me reste plus qu’à vous laisser méditer ces paroles, tout en contemplant les images de Bouli Lanners.

Danièle Mauffrey

Spotlight – film américain de Thomas McCarthy – séance du 17 mars 2016

Spotlight raconte comment une minutieuse et exemplaire enquête journalistique menée il y a 15 ans a permis d’établir que le cardinal Bernard Francis Law, personnalité influente de Boston et de l’Etat du Massachusetts, avait exercé cette influence au profit de criminels, des pédophiles qui utilisaient leur position de prêtre pour violer et agresser des enfants.

Le film montre comment, alors que les services de protection de l’enfance, la police, la justice et même les autorités religieuses de l’Etat avaient échoué à mettre un terme à cette situation, une équipe de journalistes d’investigation du quotidien le Boston Globe est parvenue à faire surgir la vérité.

Pour raconter l’enquête des journalistes du Boston Globe, Tom McCarthy, metteur en scène et scénariste avec Josh Singer, adopte un style sobre et rigoureux : pas de musique exaltante, pas de montage frénétique, pas de performances spectaculaires.

Il choisit de montrer les journalistes au travail, faisant du porte-à-porte dans les quartiers catholiques, s’enfermant des jours durant dans des bibliothèques ou des salles d’archives pour accumuler et compiler des informations en apparence parfois anodines.

Il éclaire ainsi de manière détaillée les conditions d’une presse d’investigation libre et rigoureuse, capable de consacrer des ressources importantes à des enquêtes à l’issue incertaine.

Spotlight apparait de ce fait tout d’abord comme un grand film à la gloire du journalisme, dans la lignée du célèbre film d’Alan Pakula « les hommes du président » racontant l’enquête des deux journalistes du Washington Post ayant révélé le scandale du Watergate.

Le titre du film est emprunté au nom de l’équipe de journalistes du Globe chargée des enquêtes d’investigation, dirigée par Walter Robinson dit « Robby » (à l’écran Michael Keaton).

Début 2001, le nouveau directeur de la rédaction, Marty Baron (Liev Schreiber), nommé après avoir fait ses preuves au Miami Herald, oriente l’équipe Spotlight vers une affaire de pédophilie impliquant un prêtre du diocèse de Boston.

Dans le cadre de leur enquête, les journalistes locaux vont à la fois être servis par leur grande connaissance du tissu social, et englués dans les compromissions qui en résultent.

Ils s’aperçoivent que les faits mis au jour avaient parfois déjà été portés à leur connaissance, mais qu’ils ne les avaient pas jugés dignes d’être signalés.

Les trois interprètes principaux de Spotlight : Michael Keaton, Mark Ruffalo et Liev Schreiber ont chacun incarné des superhéros : respectivement Batman, Hulk, et Dents-de-sabre dans la série des X-Men : on sait par conséquent qu’ils sont capables d’en faire « des tonnes » ; le style sobre de Tom Mc Carthy leur impose cette fois de maîtriser leurs superpouvoirs d’acteurs…

Le film est l’aboutissement d’un long processus commencé lorsque les productrices Nicole Rocklin et Blye Faust ont approché l’équipe Spotlight, 5 ans avant le tournage. Le réalisateur Tom Mc Carthy et le scénariste, Josh Singer, ont alors écrit un scénario qui s’est retrouvé en tête du classement Blacklist qui recense chaque année les meilleurs scénarios hollywoodiens en attente de financement.

Les grands studios, tel Dreamworks, ne se sont cependant pas laissé convaincre.

C’est finalement l’association de plusieurs producteurs indépendants, et l’engagement des trois interprètes principaux qui ont permis que le film voie le jour.

On sait que, depuis, le film a été couronné par les Oscars 2016 du meilleur film et du meilleur scénario original !

L’ultime séquence de Spotlight montre les rotatives du Globe tournant dans la nuit du 5 au 6 janvier  2002 pour imprimer le premier des 250 articles que le quotidien allait consacrer au scandale.

L’information se passe désormais d’encre et de papier, et Robby Robinson estime que cette affaire a été l’une des premières à installer la presse d’information dans l’âge numérique : en effet, dès la publication du premier article, plus de 300 appels de victimes ont été recensés dans le seul diocèse de Boston, puis les journalistes ont reçu des e-mails d’Australie, de Nouvelle Zélande, d’Italie, de gens qui s’apercevaient qu’ils n’avaient pas été les seuls à souffrir de ces crimes.

Ce n’est peut-être donc pas un hasard si l’affaire qui secoue actuellement le diocèse de Lyon coïncide avec la sortie en France de Spotlight.

 

Bonne projection.

Carol – film de Todd Haynes jeudi 25 février 2016 20 h

 

à gauche, une photo de Saul Leiter; à droite, un photogramme du film Carol

Le réalisateur : Todd Haynes :

  • un cinéaste rare ; 3ème film en 13 ans : 2006 : I’m not there; 2002 : Loin du paradis ; entre temps, il a réalisé une mini série pour la tv : Mildred Pierce avec Kate Winslet :
  • un cinéaste transgressif: ouvertement gay, il aborde des thèmes et des formes qui valent souvent à ses films d’être censurés : 1987 = Superstar, the story of Karen Carpenter : récit de la vie de la chanteuse du duo the Carpenters, morte d’anorexie à 33 ans, dans lequel les personnages sont « joués » par des poupées Barbie ; 1991 : Poison : film en 3 parties qui illustrent  3 formes de déviance ; 1995 : Safe : film sur la maladie , métaphore du SIDA, avec son actrice fétiche Julianne Moore ; 2002 : Loin du Paradis, adultère et homosexualité dans un quartier résidentiel américain très conformiste
  • un cinéaste dont chaque film constitue un hommage à d’autres artistes (Poison: Jean Genet ; Velvet Goldmine : DBowie et Iggy Popp ; I’m not there : Bob Dylan ; Loin du paradis : d’après un mélodrame de Douglas Sirk ; Mildred Pierce d’après un film de Michael Curtiz…)

Carol s’inscrit donc bien dans la continuité de l’œuvre du réalisateur :

  • par son sujet : une relation homosexuelle entre deux femmes dans une société dont le conformisme est étouffant,
  • par les références convoquées dans ce film :

– sujet tiré du roman The price of salt, de Patricia Highsmith, paru en 1952 sous le pseudonyme de Claire Morgan.

– Hommage à des photographes des années 50, perceptible aussi bien à travers le fait que le personnage secondaire est photographe que dans le travail de l’image .

Le travail de la photo : Todd Haynes a donné à ses collaborateurs un press book de photos des années 50 dont il voulait qu’ils s’inspirent, et notamment de photos de Saul Leiter, pionnier de la photo couleur artistique, dont il voulait retrouver les touches de rouge et de jaune flamboyantes qui se détachent dans un cadre urbain grisâtre, de même que le grain sale, les images voilées par des vitres embuées…

Ed Lachman, chef opérateur (directeur de la photographie sur Virgin Suicides, Erin Brockowich, Loin du paradis, I’m not there, Mildred Pierce) a accompli un travail très minutieux sur la lumière et les matières afin de retrouver l’atmosphère présente chez ce photographe. Le film a été tourné en super 16, et non en numérique. Le Super 16, format de pellicule inventé en 1969, est peu utilisé dans les longs métrages, plutôt dans les courts et pour la télévision car le rapport correspond au format 16:9 ; c’est un des éléments qui donnent à l’image un grain particulier. Ed Lachman est nominé aux prochains Oscars pour ce travail.

Les actrices : autres nominées aux Oscars pour ce film, les deux actrices qui forment à l’écran un couple complémentaire qui n’est pas sans rappeler le duo de Mulholland Drive : la femme mûre et la jeune femme ; la bourgeoise sûre d’elle et la vendeuse timide ; la blonde et la brune. La 1ère est interprétée par Cate Blanchett, qui interprétait déjà une des facettes de Dylan dans le précédent film du réalisateur et qui dans ses vêtements luxueux, incarne ici une femme fatale à la Lauren Bacall. Pour le rôle de la plus jeune, Rooney Mara, que l’on a pu voir dans les films de David Fincher (The Social Network ; Millenium) ferait plutôt penser, elle, à Audrey Hepburn. L’actrice a reçu à Cannes le prix d’interprétation (ex-aequo avec Emmanuelle Bercot). Les deux actrices apportent à ce film un jeu tout en nuances, qui permet de cerner leurs personnages davantage par des gestes ou des regards que par les dialogues.

On est donc loin de l’Adèle d’Abdellatfif Kechiche. Le film apporte bien une réflexion sur la question du genre dans la société, notamment à travers le thème du jouet (poupée/train électrique) mais donne surtout l’impression que Todd Haynes veut élever cette liaison homosexuelle et en faire un « classique » dans tous les sens du terme.

Danièle Mauffrey

 

Béliers, film islandais de Grimur Hakonarson – séance du 4 février 2016 20h30

(Renseignements essentiellement tirés d’une interview parue dans le journal islandais « The Reikjavik Grapewine » le 07 juin 2015)

Grimur Hakonarson, s’est fait connaître en France cette année à Cannes ;  c’est un réalisateur qui mène une oeuvre cohérente, entre documentaire et fiction.

– né en 1977, il a tourné ses premiers films avec une camera VHS à l’adolescence, et remporté dès cette époque des prix au Danemark pour un court métrage réalisé avec un ami : toilet culture  (succession de saynètes vues depuis le fond de la cuvette : visible sur vimeo)

– il a toujours fait du cinéma, mais a appris à l’école de cinéma tchèque (FAMU) à Prague où il réalise  Slavek the shit  (une histoire d’amour dans les toilettes publiques de Prague) qui lui vaut d’aller à Cannes pour la 1ère fois.

– son court-métrage suivant , Wrestling , est une histoire d’amour entre deux hommes qui pratiquent la lutte traditionnelle irlandaise.

Tous ces courts font de lui un réalisateur très prometteur, mais son 1er long, Summerland, qui sort en 2010, est considéré comme décevant. C’est une comédie qui raconte l’histoire d’Une famille ordinaire qui gère une entreprise basée sur le tourisme elfique et les sessions spirituelles.

En 2012 avec A pure heart, il revient au documentaire, sur un prêtre islandais qui affronte les autorités, tourné sans moyen avec une équipe très réduite, ce film confirme son talent

Juste avant Béliers, il a tourné un documentaire sur une révolte de fermiers (islandais)

Il travaille actuellement sur un documentaire intitulé  Little moscow , film sur le socialisme à Nestkauptstadur.

Sujet : situé à Bardardalur (vallée isolée une cinquantaine de km au sud est d’Akureyri)

Une histoire de famille : rivalité entre deux frères qui vivent à deux pas l’un de l’autre mais ne se parlent plus depuis 40 ans.

Une histoire d’animaux : Les moutons, animal presque sacré en Islande, plus nombreux que les habitants. Et une épidémie (la tremblante du mouton) qui n’est pas sans rappeler celle qui touche actuellement les canards français : une épidémie qui oblige à supprimer des troupeaux.

Sources : Grímur Hákonarson, qui a passé ses vacances d’enfant en milieu rural islandais, s’est inspiré de son propre vécu et des gens qu’il a connus pour mettre en scène ce film

Le père du réalisateur a également été une grande source d’inspiration pour Béliers – notamment sur le fonctionnement de l’administration dans le domaine de l’agriculture et sur l’évolution du monde agricole au fil du temps – puisqu’il a travaillé pendant un temps pour le Ministère de l’Agriculture.

Acteurs : les deux acteurs principaux (appelons-les Siggi et Teddi, c’est le surnom que leur donnait le réalisateur sur le tournage) ont dû adapter leur jeu à ce film : ils jouent le rôle de personnages taiseux et ont dû travailler surtout sur les expressions du visage. Acteurs utilisés à contre-emploi dans ces rôles de taiseux (l’un d’eux est une vedette de shows comiques en Islande) :

Récompenses : Film récompensé dans deux festivals en France:

– Festival international des jeunes réalisateurs de St Jean de Luz : Chistera du meilleur réalisateur pour Béliers et Les Cowboys de Bidegain. (A peine j’ouvre les yeux également récompensé lors de ce festival)

– 7 nominations et le prix dans la catégorie « un certain regard » à Cannes.

(Film sorti en Islande après sa nomination au festival de Cannes)

Le réalisateur, à son retour en Islande après le festival, s’enorgueillissait notamment du fait qu’Isabella Rossellini avait apprécié son film, et s’étonnait d’avoir appris qu’elle avait elle-même tourné une série de films sur la vie sexuelle des animaux.

Danièle Mauffrey

L’hermine – film de Christian Vincent – 28 janvier 2016 à 20h30

L’idée du film l’Hermine est venue au producteur de ciné­ma Matthieu Tarot à l’automne 2012, alors qu’il accompagnait un ami avocat à la cour d’assises de Paris. Cela faisait longtemps qu’il avait envie de voir à quoi ressemblait un procès d’assises.

Face aux plus féroces avocats pénalistes, tel Eric Dupont-Moretti, il voit apparaître dans sa robe rouge de président de la cour un homme fluet, au visage juvénile, ­le Président Olivier Leurent, qui l’impressionne par son calme et sa connaissance parfaite du dossier.

Un an passe. L’idée de faire un film autour de l’audience criminelle, son rituel et ses personnages, comme cadre d’un drame humain et social, n’a pas quitté Matthieu Tarot. Il propose à l’un de ses réalisateurs préférés, Christian Vincent, de travailler sur le sujet.

Le producteur et le réalisateur assistent à un procès à Bobigny que préside Olivier Leurent. Six mois plus tard, le scénario de L’Hermine est bouclé.

Il s’agit du 10ème long métrage de Christian Vincent, aujourd’hui âgé de 60 ans.

Lycéen en banlieue parisienne dans les années 70, Christian Vincent se consacre d’abord au militantisme politique. Mais la découverte, à 21 ans, de la Règle du Jeu est un choc pour le jeune homme, qui s’oriente alors vers le 7e art et intègre l’IDHEC en 1979.

Il tourne plusieurs courts métrages remarqués, comme Il ne faut jurer de rien (1983) avec, déjà, Fabrice Luchini, avant de devenir assistant monteur sur les derniers films de … Max Pécas, un pionnier des films érotiques français qui s’oriente ensuite vers le vaudeville vacancier type Les Branchés à Saint Tropez, ou On se calme et on boit frais à Saint Tropez.

Il travaille également pour les actualités régionales de France 3 Nord-Pas de Calais.

A la fin des années 80, Christian Vincent fait des recherches sur la coquetterie au XVIIIe siècle, et notamment l’usage des mouches, pour les besoins d’un film collectif pour lequel il doit réaliser un sketch. Le projet est abandonné, mais fournira au cinéaste l’argument de son premier long métrage, La Discrète, avec Fabrice Luchini.

Le film révèle le réalisateur et l’acteur au grand public et remporte trois César, dont celui du meilleur espoir féminin pour Judith Henry, et celui de la première oeuvre.

Fabrice Luchini y joue un intellectuel parisien qui décide de séduire au hasard une fille a priori banale pour se venger d’une autre femme. Ce marivaudage contemporain évoque le cinéma de Rohmer et tape dans l’oeil du producteur Claude Berri.

Par la suite, Claude Berri produira plusieurs films de Christian Vincent, dont Beau fixe, dans lequel Elsa Zylberstein et Isabelle Carré ont leur premier grand rôle au cinéma, La Séparation, avec Daniel Auteuil, Isabelle Huppert et Karin Viard et plus tard les Enfants, toujours avec Karin Viard, qui est un peu la suite de la Séparation.

Entre-temps, il réalise Je ne vois pas ce qu’on me trouve, avec Jacky Berroyer, et Sauve moi.

Viendront ensuite Quatre Etoiles, avec José Garcia et Isabelle Carré, et Les Saveurs du Palais, avec Catherine Frot, Jean d’Ormesson et Hippolyte Girardot.

L’Hermine marque les retrouvailles de Christian Vincent avec Fabrice Luchini, 25 ans après la Discrète.

L’acteur incarne cette fois Michel Racine, un président de cour d’assises redouté, amer et seul, et adopte un jeu sobre, à l’opposé du ton flamboyant qui était le sien dans la Discrète.

A ses côtés, l’actrice danoise Sidse Babett Knudsen interprète une femme médecin  membre du jury d’assises que va présider Michel Racine.

Sidse Babett Knudsen a suivi des cours de théâtre à Paris pendant 6 ans, puis a poursuivi sa formation à New York, avant de rentrer au Danemark en 1992, où elle débute sa carrière d’actrice de cinéma. En 2006, après avoir joué aux côtés de Mads Mikkelsen, sa notoriété franchit les frontières du Danemark.

Mais c’est son personnage de Birgitte Nyborg dans la série Borgen, une femme au pouvoir qui lui apporte la consécration, puisque la série connaît un immense succès et une diffusion internationale.

C’est d’ailleurs parce qu’il adore la série Borgen que Christian Vincent l’a voulue dans son film.

Sa maîtrise courante de l’anglais et du français lui permet de jouer aussi bien dans des films anglophones que francophones : elle sera prochainement à l’affiche du thriller Inferno adaptation du roman de Dan Brown par Ron Howard, avec Tom Hanks, et tiendra le rôle d’Irène Frachon dans le prochain film d’Emmanuelle Bercot, inspiré du scandale du Médiator.

Aux côtés de ces deux acteurs, plusieurs seconds rôles intéressants, avec une mention spéciale pour Corinne Masiero, qui joue également un rôle de juré.

Toutes les scènes extérieures du film ont été tournées à Saint-Omer, que Christian Vincent connaît bien. Les scènes d’intérieur de tribunal ont en revanche été tournées à Paris.

Le film a été distingué par le prix du scénario, et par le prix d’interprétation pour Fabrice Luchini au dernier festival de Venise.

Bonne projection !

 

Neige et les arbres magiques – matinée Toiles et Mômes du dimanche 17 janvier 2016

Programme de 4 courts métrages français produit par les studios Folimage – 2015 – 51 mn – à partir de 4 ans.

Bonjour !

C’est le matin, et nous voilà tous réunis au cinéma pour regarder quatre courts films d’animation :

Est-ce que certains enfants viennent aujourd’hui au cinéma pour la première fois ?

[si des enfants sont au cinéma pour la première fois :

Est-ce qu’on peut réfléchir ensemble aux différences entre regarder un film à la télévision, et regarder un film au cinéma ?

Télévision Cinéma
A la maison

Petit écran

Lumière allumée

Expérience intime et en petit groupe de gens connus

Au Cinéma

Grand écran

Lumière éteinte

Expérience collective, avec des gens qu’on ne connaît pas

 

Le film est projeté sur l’écran à partir de la cabine de projection, là-haut.

Comme l’écran est grand, les images sont impressionnantes, mais elles ne sortiront pas de l’écran de cinéma, vous pouvez être tout-à-fait tranquilles.

Vous allez peut-être aussi ressentir des émotions, comme la joie, la tristesse, ou même avoir un petit peu peur… c’est normal, et c’est ça qui est bien au cinéma.]

 

Le programme que nous allons voir ce matin s’appelle….Neige et les arbres magiques.

C’est une production des studios Folimage, situés près de chez nous, à Valence, qui sont célèbres pour avoir déjà produits des films importants comme l’Enfant au grelot ou la Prophétie des grenouilles.

Ce programme est composé de quatre courts films d’animation, c’est-à-dire que les personnages ne sont pas des vraies personnes, des personnes vivantes, mais des dessins ou des découpages filmés images par images.

Ces quatre courts films, qu’on appelle des « courts-métrages » sont les suivants :

  • Tigres à la queue leu leu, un film de 6 mn réalisé par un Monsieur qui s’appelle Benoit Chieux ;
  • La Petite Pousse, un film de 10 mn réalisée par une Dame qui s’appelle Chaïtane Conversat à partir de la technique du sable animé ;
  • One, two, Three, un autre film d’environ 6 mn réalisé par une dame qui s’appelle Yulia Aronova ; one two thre, c’est de l’anglais, en français ça veut dire 1, 2, 3 ;
  • Et enfin le film Neige, qui dure 26 mn et qui a été réalisé par deux personnes : Antoine Lanciaux et Sophie Roze.

Le film Neige parle des Inuits.

Est-ce que quelqu’un sait qui sont les Inuits ?

Ce sont des esquimaux, des indiens qui vivent dans le grand Nord, là où il fait froid la plus grande partie de l’année (il peut faire – 40 °), et où il neige souvent.

Le film s’inspire des coutumes et de la vie traditionnelle des Inuits. Les Inuits vivent dans une relation très étroite avec les animaux et la nature.

Leurs activités traditionnelles sont la chasse et la pêche, qui leur procurent leur nourriture, mais aussi les peaux de bêtes comme celle des phoques pour fabriquer leurs vêtements et se protéger ainsi des grands froids.

Les Mamans Inuit portent leur bébé dans un grand capuchon en peau de bête.

Le film s’inspire aussi de la légende Inuit de Sedna, une sorte de déesse de la mer, qui procure aux hommes une pêche et une chasse abondante, mais qui peut aussi se mettre très en colère si elle trouve que les hommes agissent mal.

Dans ce cas, les Inuits font appel à une personne très importante, une sorte de magicienne ou de magicien, qu’on appelle le Chaman : cette personne, en jouant du tambour, arrive à communiquer avec Sedna et essaie de la calmer.

L’ours, appelé Nanouk, est lui aussi très important, car il est fort, il peut se déplacer aussi bien sur terre que dans l’eau, et il domine le monde des animaux.

Il existe dans la culture Inuit des représentations, c’est-à-dire des sculptures de Sedna, de Nanouk et des Chaman : pour les Papas et Mamans, je signale que vous pouvez en voir actuellement de très belles au musée des Confluences de Lyon.

Le film lui-même a été réalisé à partir de papier découpé. Cela veut dire que les créateurs :

  • ont d’abord imaginé l’histoire de Philémon et Kudlu, les héros du film ;
  • puis ils l’ont dessinée entièrement,
  • puis ils ont découpé les personnages dessinés dans toutes les situations de l’histoire,
  • avant de les filmer image par image et de monter le film que nous allons voir aujourd’hui.

Je vous laisse maintenant découvrir les 4 films.

Si vous voulez, nous pourrons en parler après en prenant tous ensemble l’apéro dans le hall.

 

Bonne projection !

 

Concours de dessins Cinéma l’Ain Junior 2015

Suite à la projection des films :

  • Minuscule
  • Le Parfum de la Carotte
  • Loulou et autres loup
  • L’Enfant Lion

un concours de dessins a été organisé par l’association. Les dessins et la belle Fourmi réalisée par la CLIS Jean de Paris ont été exposés dans le hall du cinéma Ciné Festival au mois de mars 2015.

Les classes participantes ont reçu un bon cadeau de la part de l’association, à retirer à la librairie Blanche Neige.

dessins 2015