Midnight special – Jeff Nichols, séance du jeudi 12 mai

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Le film de ce soir est une curiosité dans le parcours du jeune réalisateur Jeff Nichols. En effet, bien qu’il ne s’agisse que de son 4ème film, ce réalisateur a déjà imposé dans le paysage cinématographique sa marque de fabrique, grâce à deux films très remarqués : Take shelter, en 2011 et Mud sur les rives du Mississipi en 2012.

Jeff Nichols est un jeune réalisateur né en 1978 dans l’Arkansas, dans une famille modeste. Il a fait une école de cinéma en Caroline du Nord, dont il sort diplômé en 2001. Il travaille d’abord comme directeur de production puis tourne son 1er long métrage en 2007, déjà une histoire de famille : Shotgun Stories raconte un déferlement de violence dans une fratrie après la mort du père. Il faudra ensuite attendre 5 ans pour voir son 1er véritable chef d’œuvre, Take Shelter, dans lequel Mickael Shannon interprète un père de famille hanté par la menace d’une catastrophe climatique, et qui va mettre toute son énergie, jusqu’à la folie, dans la construction d’un abri anti ouragans. Tous ceux qui l’ont vu se souviennent sans doute du plan final halluciné de ce film. En 2013, Nicholls revient avec Mud, histoire de deux adolescents qui se lient d’amitié avec un homme étrange interprété par Matthew Mac Conaughey.

A travers seulement 3 films, Jeff Nichols a créé une œuvre constituée de drames psychologiques marqués par le thème des relations père/fils et par la présence de l’acteur Mickael Shannon, qui joue dans tous ses films. Le réalisateur a d’ailleurs dit dans une interview : « je ne veux pas faire un seul film sans lui ! (…) Michael Shannon m’inspire, il me rend meilleur, plus efficace. »

Midnight special est un film qui reprend ce thème de la relation père/fils, thème qui hante le réalisateur dans sa vie personnelle – il est le père d’un enfant de 5 ans – : « J’ai commencé l’écriture en pensant à mon propre petit garçon, à cette terreur immense, écrasante, que j’éprouvais pour lui. Il doit vivre dans le monde le plus imprévisible, le moins sûr qu’on puisse imaginer. Les meurtres de masse – la fusillade de l’école primaire Sandy Hook, en 2012, dans le Connecticut, m’a traumatisé –, les terroristes, la planète qui commence lentement à bouillir… En tant que père, je n’ai aucune maîtrise sur cet environnement. »

Mais si le film surprend, c’est pour 2 raisons essentielles : d’abord, c’est le 1er film que Nichols réalise pour un studio américain, la Warner. Toutefois, il a obtenu de garder le final cut (regard final sur le montage), ce qui est rare aux USA où le réalisateur vend son œuvre au producteur qui, de ce fait, en devient le seul propriétaire et reste le décisionnaire du montage final présenté au public. Mais surtout, il s’agit du 1er « film de genre » du réalisateur : film de SF mais aussi film de pure action, au sens où on voit les personnages agir sans que leurs comportements soient expliqués, sans dialogues expliquant leur psychologie. Ces éléments rapprochent le film d’un blockbuster, pour autant, le réalisateur ne donne pas la priorité aux effets spéciaux et aux prouesses techniques mais aux personnages et à l’anxiété d’un père. Pour lui ce film est avant tout « L’histoire d’un homme qui essaie de comprendre qui est son enfant. Et de l’aider comme il peut. »

Le film a été tourné rapidement (40 jours) mais en toute discrétion et son montage a pris plus de temps que prévu, si bien que la sortie, prévue pour l’automne 2015 et très attendue, a été repoussée à mars 2016, si bien que le réalisateur présente déjà son film suivant, Loving, au festival de cannes. Il est tourné sur pellicule 35 mm, ce qui est une sorte de défi pour un film comportant beaucoup de scènes octurnes.

Enfin, un mot sur le titre : The Midnight Special était le nom donné au train partant de Houston au Texas et passait devant une célèbre prison ; la lampe à l’avant du train est devenue au fil du temps un symbole de liberté pour les prisonniers noirs de l’est du Texas. Les détenus espéraient que la lumière passe à travers les barreaux de leurs cellules, ce qui était, selon la croyance populaire, le signe d’une libération prochaine. À noter que Midnight Special était aussi à la base une chanson folklorique traditionnelle interprétée par les prisonniers du sud-est des Etats-Unis au début du 20ème siècle.

Danièle Mauffrey