El Clan – film argentin de Pablo Trapero

Pablo Trapero est un jeune réalisateur argentin de 44 ans, qui a déjà une belle carrière internationale, et fait partie de la Nouvelle vague du  cinéma argentin.

Il a étudié le cinéma à l’université, avant de débuter par la réalisation de quelques courts métrages au début des années 90.

En 1999, son premier long métrage, Monde Grua, s’attache, dans un style proche du documentaire  à décrire le quotidien difficile de la classe ouvrière argentine.

Trois ans après ce premier film remarqué dans de nombreux festivals internationaux, il met en scène le polar El Bonaerense(2002),  sélectionné à Cannes dans la section Un certain Regard.

Il présente à Venise son troisième long métrage, le road-movie Voyage en famille (2004), avant de partir en Patagonie tourner Nacido y criado.

En 2008, il se rend une nouvelle fois à Cannes pour présenter en compétition officielle Leonera, où il dépeint la vie d’une jeune femme contrainte d’élever son fils en prison.

En 2011, il tourne Carancho, qui met en scène un « carancho », avocat spécialisé dans les accidents de la circulation à Buenos Aires qui gagne sa vie grâce aux assurances et à la corruption.

L’année suivante, il participe au film collectif 7 jours à la Havane en compagnie d’autres cinéastes comme Elia SuleimanGaspar Noé ou Laurent Cantet. Trapero tourne le segment intitulé « Jam Session ».

En 2013, il s’attaque aux problèmes des bidonvilles en Argentine à travers la vision de deux prêtres engagés envers les populations (incarnés par Ricardo Darin et Jérémie Renier) dans Elefante Blanco.

Pablo Trapero a été Président du Jury Un Certain Regard du Festival de Cannes 2014.

Pour El Clan, il adapte à l’écran un fait divers très célèbre en Argentine.

Il avait 13 ans, en août 1985, au moment de l’arrestation d’Arquimedes Puccio, dans une station-service de Buenos Aires.

Il garde un souvenir très net des gros titres des journaux sur cette affaire de famille bourgeoise qui séquestrait des gens qu’elle connaissait avant de les tuer.

Dès 2007, après le tournage de Léonera, il décide de faire un film de ce souvenir.

Cependant, les producteurs sont très réticents. Il lui faut donc attendre la rencontre avec les frères Almodovar en 2014, pour pouvoir boucler la production et envisager la réalisation du film qui va devenir le plus gros succès de l’histoire du cinéma argentin avec plus de 2,6 millions d’entrées dans un pays qui compte 43 millions d’habitants.

Ce succès a pris des proportions inattendues, puisque des gens viennent prendre des selfies devant la maison où étaient détenues les victimes des enlèvements !

Pour bien comprendre l’enjeu du film il faut en resituer le contexte historique.

L’action se déroule au moment du basculement de la dictature militaire (1976-1983) et du retour à la démocratie.

A la tête de la famille Puccio, issue d’un milieu modeste, le patriarche du nom d’Arquimedes semble être un vieil homme affable, travaillant pour l’Etat.

Ce que le film énonce moins clairement, c’est qu’il fut plus exactement membre du SIDE (agence de renseignement d’Argentine) qui durant la dictature organisa des enlèvements et actes pour le moins obscurs. La démocratie entraîne  la mise à l’écart de cet homme par un gouvernement qui tente de cacher ses anciennes affaires.
A première vue totalement insoupçonnable, cet homme entraîne sa famille dans une spirale de violence, par une série d’enlèvements et de séquestrations de personnes fortunées en l’échange de rançons.

Ce chef de famille est incarné par l’acteur Guillermo Francella, véritable célébrité en Argentine et connu pour son jeu comique, qui interprète par conséquent à contre-emploi ce personnage méthodique, inexpressif et commettant des actes épouvantables de sang-froid, sans que l’on puisse réellement comprendre sa motivation.

Le fil rouge d’El Clan s’axe sur la relation entre Arquimedes et l’un de ses fils, Alejandro, rugbyman pour l’équipe nationale d’Argentine,  manipulé par son père.

La bande-son du film et notamment la chanson « All i’v got is a sunny afternoon » interprétée par le groupe The Kinks, contribue à l’atmosphère en quelque sorte schizophrène du film, avec la juxtaposition de scènes de violence et de scènes de famille, un peu dans la manière des « Affranchis » de Scorcese.

Cependant, en dehors de la mise en scène, le cinéaste réalise un réel travail de fond et d’enquête pour coller au plus près des événements même si encore aujourd’hui on ne connait pas toute la vérité autour de cette affaire.

Le film contient d’ailleurs des images d’archives télévisées.

Pablo Trapero a reçu le Lion d’argent du meilleur réalisateur pour El Clan.

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