Les premiers les derniers – film de Bouli Lanners – jeudi 24 mars 2016 – 20h30

Les hasards de notre programmation nous donnent l’occasion de témoigner notre solidarité avec nos voisins belges, en effet le film pour lequel nous sommes réunis ce soir,  même s’il a été en grande partie tourné dans la Beauce, est un film tout à fait belge, tourné par un des réalisateurs les plus belges qui soient.

Les premiers, les derniers est le 4ème long métrage de Bouli Lanners, sorte d’électron libre dans le paysage cinématographique européen. Né en Belgique en 1965, il est entré dans le monde de l’audio-visuel en tant que régisseur pour les Snuls (équivalent belge des Nuls, actifs au début des années 90 sur Canal+ Belgique) et c’est là qu’il a commencé sa carrière d’acteur, poursuivie par la suite en France et en Belgique. Il joue des petits rôles ou des seconds rôles dans une 50aine de films, par exemple dans Toto le héros de Jaco van Dormael, Un long dimanche de fiançailles de Jeunet, dans les films de Kervern et Delépine  ou d’Albert Dupontel (9 mois ferme). A côté de cette carrière d’acteur, il  a réalisé 6 courts métrages et 3 longs métrages qui mettent souvent en scène des personnages de  marginaux et de losers paumés, avec un humour proche de l’absurde, teinté de surréalisme belge.

Il ne faut donc pas s’attendre, ce soir, à un film sage et plan-plan. Bouli Lanners, qui n’a pas peur de bousculer le spectateur, nous offre un film que la presse a qualifié aussi bien de « leçons de ténèbres », d’ « odyssée biblique », de « road movie humaniste », que de « western apocalyptique ». Il nous offre aussi une casting étonnant et de haute volée: pour incarner les figures paternelles, il ose en effet un duo composé de Michael Lonsdale et Max von Sydow. Une des principales figures féminines est interprétée par Suzanne Clément, actrice fétiche de Xavier Dolan. Comme vous avez pu le voir sur l’affiche, c’est Bouli Lanners lui-même et son comparse Dupontel qui jouent les rôles principaux. Mais nous verrons également Serge Riaboukine, que je me rappelle avoir rencontré dans ce cinéma, où il était venu présenter le film Jimmy Rivière.

Le film a été tourné en partie le long de la voie d’essai, aujourd’hui désaffectée et en partie détruite,  de l’aérotrain d’Orléans. Ce lieu étrange est d’ailleurs le point de départ du film ; Bouli Lanners a en effet vu cette espèce de rampe de lancement  posée en pleine campagne lors d’un trajet de nuit en train entre Toulouse et Paris. C’est à partir de cette image qu’il a eu envie d’écrire l’histoire de deux personnages très marginalisés socialement qui errent en suivant une trajectoire rectiligne.

J’achèverai cette brève présentation par une citation de Bouli Lanners à propos de son titre énigmatique, aux consonances bibliques : « Ce qui nous relie aux premiers Hommes, nous qui sommes peut-être les derniers, c’est ce même désir absolu d’exister à travers le clan familial. J’aime l’idée d’un lien qui nous relie encore à eux. Ça me rassure. Et puis, Le premier et Le dernier, c’est Dieu. Les premiers hommes, à la différence des animaux avaient une conscience et recherchaient le divin. Même si ma foi est cabossée, je suis moi aussi toujours à la recherche du divin. Nous sommes peut-être les derniers, mais nous ne sommes pas très différents des premiers. »

 Il ne me reste plus qu’à vous laisser méditer ces paroles, tout en contemplant les images de Bouli Lanners.

Danièle Mauffrey