Spotlight – film américain de Thomas McCarthy – séance du 17 mars 2016

Spotlight raconte comment une minutieuse et exemplaire enquête journalistique menée il y a 15 ans a permis d’établir que le cardinal Bernard Francis Law, personnalité influente de Boston et de l’Etat du Massachusetts, avait exercé cette influence au profit de criminels, des pédophiles qui utilisaient leur position de prêtre pour violer et agresser des enfants.

Le film montre comment, alors que les services de protection de l’enfance, la police, la justice et même les autorités religieuses de l’Etat avaient échoué à mettre un terme à cette situation, une équipe de journalistes d’investigation du quotidien le Boston Globe est parvenue à faire surgir la vérité.

Pour raconter l’enquête des journalistes du Boston Globe, Tom McCarthy, metteur en scène et scénariste avec Josh Singer, adopte un style sobre et rigoureux : pas de musique exaltante, pas de montage frénétique, pas de performances spectaculaires.

Il choisit de montrer les journalistes au travail, faisant du porte-à-porte dans les quartiers catholiques, s’enfermant des jours durant dans des bibliothèques ou des salles d’archives pour accumuler et compiler des informations en apparence parfois anodines.

Il éclaire ainsi de manière détaillée les conditions d’une presse d’investigation libre et rigoureuse, capable de consacrer des ressources importantes à des enquêtes à l’issue incertaine.

Spotlight apparait de ce fait tout d’abord comme un grand film à la gloire du journalisme, dans la lignée du célèbre film d’Alan Pakula « les hommes du président » racontant l’enquête des deux journalistes du Washington Post ayant révélé le scandale du Watergate.

Le titre du film est emprunté au nom de l’équipe de journalistes du Globe chargée des enquêtes d’investigation, dirigée par Walter Robinson dit « Robby » (à l’écran Michael Keaton).

Début 2001, le nouveau directeur de la rédaction, Marty Baron (Liev Schreiber), nommé après avoir fait ses preuves au Miami Herald, oriente l’équipe Spotlight vers une affaire de pédophilie impliquant un prêtre du diocèse de Boston.

Dans le cadre de leur enquête, les journalistes locaux vont à la fois être servis par leur grande connaissance du tissu social, et englués dans les compromissions qui en résultent.

Ils s’aperçoivent que les faits mis au jour avaient parfois déjà été portés à leur connaissance, mais qu’ils ne les avaient pas jugés dignes d’être signalés.

Les trois interprètes principaux de Spotlight : Michael Keaton, Mark Ruffalo et Liev Schreiber ont chacun incarné des superhéros : respectivement Batman, Hulk, et Dents-de-sabre dans la série des X-Men : on sait par conséquent qu’ils sont capables d’en faire « des tonnes » ; le style sobre de Tom Mc Carthy leur impose cette fois de maîtriser leurs superpouvoirs d’acteurs…

Le film est l’aboutissement d’un long processus commencé lorsque les productrices Nicole Rocklin et Blye Faust ont approché l’équipe Spotlight, 5 ans avant le tournage. Le réalisateur Tom Mc Carthy et le scénariste, Josh Singer, ont alors écrit un scénario qui s’est retrouvé en tête du classement Blacklist qui recense chaque année les meilleurs scénarios hollywoodiens en attente de financement.

Les grands studios, tel Dreamworks, ne se sont cependant pas laissé convaincre.

C’est finalement l’association de plusieurs producteurs indépendants, et l’engagement des trois interprètes principaux qui ont permis que le film voie le jour.

On sait que, depuis, le film a été couronné par les Oscars 2016 du meilleur film et du meilleur scénario original !

L’ultime séquence de Spotlight montre les rotatives du Globe tournant dans la nuit du 5 au 6 janvier  2002 pour imprimer le premier des 250 articles que le quotidien allait consacrer au scandale.

L’information se passe désormais d’encre et de papier, et Robby Robinson estime que cette affaire a été l’une des premières à installer la presse d’information dans l’âge numérique : en effet, dès la publication du premier article, plus de 300 appels de victimes ont été recensés dans le seul diocèse de Boston, puis les journalistes ont reçu des e-mails d’Australie, de Nouvelle Zélande, d’Italie, de gens qui s’apercevaient qu’ils n’avaient pas été les seuls à souffrir de ces crimes.

Ce n’est peut-être donc pas un hasard si l’affaire qui secoue actuellement le diocèse de Lyon coïncide avec la sortie en France de Spotlight.

 

Bonne projection.