Carol – film de Todd Haynes jeudi 25 février 2016 20 h

 

à gauche, une photo de Saul Leiter; à droite, un photogramme du film Carol

Le réalisateur : Todd Haynes :

  • un cinéaste rare ; 3ème film en 13 ans : 2006 : I’m not there; 2002 : Loin du paradis ; entre temps, il a réalisé une mini série pour la tv : Mildred Pierce avec Kate Winslet :
  • un cinéaste transgressif: ouvertement gay, il aborde des thèmes et des formes qui valent souvent à ses films d’être censurés : 1987 = Superstar, the story of Karen Carpenter : récit de la vie de la chanteuse du duo the Carpenters, morte d’anorexie à 33 ans, dans lequel les personnages sont « joués » par des poupées Barbie ; 1991 : Poison : film en 3 parties qui illustrent  3 formes de déviance ; 1995 : Safe : film sur la maladie , métaphore du SIDA, avec son actrice fétiche Julianne Moore ; 2002 : Loin du Paradis, adultère et homosexualité dans un quartier résidentiel américain très conformiste
  • un cinéaste dont chaque film constitue un hommage à d’autres artistes (Poison: Jean Genet ; Velvet Goldmine : DBowie et Iggy Popp ; I’m not there : Bob Dylan ; Loin du paradis : d’après un mélodrame de Douglas Sirk ; Mildred Pierce d’après un film de Michael Curtiz…)

Carol s’inscrit donc bien dans la continuité de l’œuvre du réalisateur :

  • par son sujet : une relation homosexuelle entre deux femmes dans une société dont le conformisme est étouffant,
  • par les références convoquées dans ce film :

– sujet tiré du roman The price of salt, de Patricia Highsmith, paru en 1952 sous le pseudonyme de Claire Morgan.

– Hommage à des photographes des années 50, perceptible aussi bien à travers le fait que le personnage secondaire est photographe que dans le travail de l’image .

Le travail de la photo : Todd Haynes a donné à ses collaborateurs un press book de photos des années 50 dont il voulait qu’ils s’inspirent, et notamment de photos de Saul Leiter, pionnier de la photo couleur artistique, dont il voulait retrouver les touches de rouge et de jaune flamboyantes qui se détachent dans un cadre urbain grisâtre, de même que le grain sale, les images voilées par des vitres embuées…

Ed Lachman, chef opérateur (directeur de la photographie sur Virgin Suicides, Erin Brockowich, Loin du paradis, I’m not there, Mildred Pierce) a accompli un travail très minutieux sur la lumière et les matières afin de retrouver l’atmosphère présente chez ce photographe. Le film a été tourné en super 16, et non en numérique. Le Super 16, format de pellicule inventé en 1969, est peu utilisé dans les longs métrages, plutôt dans les courts et pour la télévision car le rapport correspond au format 16:9 ; c’est un des éléments qui donnent à l’image un grain particulier. Ed Lachman est nominé aux prochains Oscars pour ce travail.

Les actrices : autres nominées aux Oscars pour ce film, les deux actrices qui forment à l’écran un couple complémentaire qui n’est pas sans rappeler le duo de Mulholland Drive : la femme mûre et la jeune femme ; la bourgeoise sûre d’elle et la vendeuse timide ; la blonde et la brune. La 1ère est interprétée par Cate Blanchett, qui interprétait déjà une des facettes de Dylan dans le précédent film du réalisateur et qui dans ses vêtements luxueux, incarne ici une femme fatale à la Lauren Bacall. Pour le rôle de la plus jeune, Rooney Mara, que l’on a pu voir dans les films de David Fincher (The Social Network ; Millenium) ferait plutôt penser, elle, à Audrey Hepburn. L’actrice a reçu à Cannes le prix d’interprétation (ex-aequo avec Emmanuelle Bercot). Les deux actrices apportent à ce film un jeu tout en nuances, qui permet de cerner leurs personnages davantage par des gestes ou des regards que par les dialogues.

On est donc loin de l’Adèle d’Abdellatfif Kechiche. Le film apporte bien une réflexion sur la question du genre dans la société, notamment à travers le thème du jouet (poupée/train électrique) mais donne surtout l’impression que Todd Haynes veut élever cette liaison homosexuelle et en faire un « classique » dans tous les sens du terme.

Danièle Mauffrey