L’hermine – film de Christian Vincent – 28 janvier 2016 à 20h30

L’idée du film l’Hermine est venue au producteur de ciné­ma Matthieu Tarot à l’automne 2012, alors qu’il accompagnait un ami avocat à la cour d’assises de Paris. Cela faisait longtemps qu’il avait envie de voir à quoi ressemblait un procès d’assises.

Face aux plus féroces avocats pénalistes, tel Eric Dupont-Moretti, il voit apparaître dans sa robe rouge de président de la cour un homme fluet, au visage juvénile, ­le Président Olivier Leurent, qui l’impressionne par son calme et sa connaissance parfaite du dossier.

Un an passe. L’idée de faire un film autour de l’audience criminelle, son rituel et ses personnages, comme cadre d’un drame humain et social, n’a pas quitté Matthieu Tarot. Il propose à l’un de ses réalisateurs préférés, Christian Vincent, de travailler sur le sujet.

Le producteur et le réalisateur assistent à un procès à Bobigny que préside Olivier Leurent. Six mois plus tard, le scénario de L’Hermine est bouclé.

Il s’agit du 10ème long métrage de Christian Vincent, aujourd’hui âgé de 60 ans.

Lycéen en banlieue parisienne dans les années 70, Christian Vincent se consacre d’abord au militantisme politique. Mais la découverte, à 21 ans, de la Règle du Jeu est un choc pour le jeune homme, qui s’oriente alors vers le 7e art et intègre l’IDHEC en 1979.

Il tourne plusieurs courts métrages remarqués, comme Il ne faut jurer de rien (1983) avec, déjà, Fabrice Luchini, avant de devenir assistant monteur sur les derniers films de … Max Pécas, un pionnier des films érotiques français qui s’oriente ensuite vers le vaudeville vacancier type Les Branchés à Saint Tropez, ou On se calme et on boit frais à Saint Tropez.

Il travaille également pour les actualités régionales de France 3 Nord-Pas de Calais.

A la fin des années 80, Christian Vincent fait des recherches sur la coquetterie au XVIIIe siècle, et notamment l’usage des mouches, pour les besoins d’un film collectif pour lequel il doit réaliser un sketch. Le projet est abandonné, mais fournira au cinéaste l’argument de son premier long métrage, La Discrète, avec Fabrice Luchini.

Le film révèle le réalisateur et l’acteur au grand public et remporte trois César, dont celui du meilleur espoir féminin pour Judith Henry, et celui de la première oeuvre.

Fabrice Luchini y joue un intellectuel parisien qui décide de séduire au hasard une fille a priori banale pour se venger d’une autre femme. Ce marivaudage contemporain évoque le cinéma de Rohmer et tape dans l’oeil du producteur Claude Berri.

Par la suite, Claude Berri produira plusieurs films de Christian Vincent, dont Beau fixe, dans lequel Elsa Zylberstein et Isabelle Carré ont leur premier grand rôle au cinéma, La Séparation, avec Daniel Auteuil, Isabelle Huppert et Karin Viard et plus tard les Enfants, toujours avec Karin Viard, qui est un peu la suite de la Séparation.

Entre-temps, il réalise Je ne vois pas ce qu’on me trouve, avec Jacky Berroyer, et Sauve moi.

Viendront ensuite Quatre Etoiles, avec José Garcia et Isabelle Carré, et Les Saveurs du Palais, avec Catherine Frot, Jean d’Ormesson et Hippolyte Girardot.

L’Hermine marque les retrouvailles de Christian Vincent avec Fabrice Luchini, 25 ans après la Discrète.

L’acteur incarne cette fois Michel Racine, un président de cour d’assises redouté, amer et seul, et adopte un jeu sobre, à l’opposé du ton flamboyant qui était le sien dans la Discrète.

A ses côtés, l’actrice danoise Sidse Babett Knudsen interprète une femme médecin  membre du jury d’assises que va présider Michel Racine.

Sidse Babett Knudsen a suivi des cours de théâtre à Paris pendant 6 ans, puis a poursuivi sa formation à New York, avant de rentrer au Danemark en 1992, où elle débute sa carrière d’actrice de cinéma. En 2006, après avoir joué aux côtés de Mads Mikkelsen, sa notoriété franchit les frontières du Danemark.

Mais c’est son personnage de Birgitte Nyborg dans la série Borgen, une femme au pouvoir qui lui apporte la consécration, puisque la série connaît un immense succès et une diffusion internationale.

C’est d’ailleurs parce qu’il adore la série Borgen que Christian Vincent l’a voulue dans son film.

Sa maîtrise courante de l’anglais et du français lui permet de jouer aussi bien dans des films anglophones que francophones : elle sera prochainement à l’affiche du thriller Inferno adaptation du roman de Dan Brown par Ron Howard, avec Tom Hanks, et tiendra le rôle d’Irène Frachon dans le prochain film d’Emmanuelle Bercot, inspiré du scandale du Médiator.

Aux côtés de ces deux acteurs, plusieurs seconds rôles intéressants, avec une mention spéciale pour Corinne Masiero, qui joue également un rôle de juré.

Toutes les scènes extérieures du film ont été tournées à Saint-Omer, que Christian Vincent connaît bien. Les scènes d’intérieur de tribunal ont en revanche été tournées à Paris.

Le film a été distingué par le prix du scénario, et par le prix d’interprétation pour Fabrice Luchini au dernier festival de Venise.

Bonne projection !