Le fils de Saul – film hongrois de Làzlo Nemes – le 10 décembre 2015

Le Fils de Saul est le premier long métrage de Lazlo Nemes, jeune réalisateur hongrois de 38 ans, qui a étudié à Paris avant de travailler comme assistant réalisateur sur des courts et des longs métrages, en France et en Hongrie. Il a notamment été l’assistant de Béla Tarr sur le film L’HOMME DE LONDRES, tourné à Bastia et présenté à Cannes en 2007.

Le Fils de Saul a été distingué par le Grand Prix au Festival de Cannes cette année.

Le film évoque l’extermination des juifs d’Europe, autour de l’histoire imaginée de Saul Ausländer, juif hongrois affecté à un Sonderkommando du camp d’extermination d’Auschwitz, à l’automne 1944.

Un Sonderkommando était un groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Les déportés sélectionnés pour faire ce travail, étaient chargés de faire descendre des trains les déportés, de les mener jusqu’aux vestiaires des chambres à gaz, de les y pousser, puis de retirer les corps et de les faire disparaître avant l’arrivée des nouvelles victimes.

Les membres du Sonderkommando bénéficiaient, le temps de leur mission, d’un relatif traitement de faveur : nourriture prise aux convois, relative liberté de mouvement… Mais pour eux, la tâche est épuisante, et ils étaient éliminés régulièrement par les SS, tous les trois ou quatre mois, pour qu’il ne reste aucun témoin de l’extermination.

Pour quoi faire un tel film ? Làzlo Nemes raconte qu’une partie de sa famille a été assassinée à Auschwitz, et que c’était un sujet de conversation très fréquent dans son enfance, avec lequel le réalisateur a voulu rétablir un lien.

Cependant, la question de la représentation de la Shoah par l’image est très sensible et le jeune réalisateur en était parfaitement conscient.

Ainsi, en l’absence d’images du génocide, Claude Lanzmann, on le sait, a fait le choix de constituer son film Shoah uniquement de témoignages de survivants, et avait violemment critiqué la démarche de Steven Spielberg lorsque ce dernier avait réalisé « la liste de Schindler » en 1993, estimant que toute représentation imaginaire du génocide était frappée de suspicion.

S’agissant de Làzlo Nemes, l’idée précise du film lui est venue après la lecture d’un recueil de textes écrits par des membres des Sonderkommandos du camp d’extermination, enterrés et cachés avant la rébellion d’octobre 1944, puis retrouvés des années plus tard, recueil intitulé « Des voix sous la cendre ».

Ils y décrivent leurs tâches quotidiennes, l’organisation du travail, les règles de fonctionnement du camp et de l’extermination des Juifs, mais aussi la mise en place d’une forme de résistance.

Làzlo est frappé par le caractère très concret de ces témoignages, par la description précise et matérielle du fonctionnement « normal » d’une usine de « production de cadavres » (appelés « Stück » par les SS) avec son organisation, ses cadences, ses équipes, sa productivité maximale.

Or, il a le souci d’éviter toute histoire d’héroïsme, toute reconstitution mythique du passé, ainsi que tout esthétisme, et veut présenter une histoire aussi simple et archaïque que possible.

Avec sa co-scénariste Clara Royer, à partir des témoignages des rares survivants et d’importantes recherches documentaires,  il choisit de raconter l’histoire imaginée de Saul Ausländer, juif hongrois affecté à un Sonderkommando, qui, croyant reconnaître son fils dans une victime de l’Holocauste, décide de préserver son corps, de trouver un rabbin et de l’enterrer.

Pour porter son histoire à l’écran, il adopte entièrement le point de vue de son personnage principal en le suivant en caméra portée sans jamais le quitter et ne montre de son environnement que ce que son héros en perçoit : le format de l’image, carré, est rétréci (1.33), les yeux sont au sol, la vision n’accommode plus, le regard est tourné vers l’intérieur.

En revanche, les sons, le vacarme du camp sont omniprésents.

Le film est donc à la fois une œuvre très documentée, et une œuvre de fiction, qui évoque le mythe Grec d’Antigone.

Ce qui a amené Claude Lanzmann à déclarer au moment du festival de Cannes que le «Fils de Saul » était « l’anti-liste de Schindler » », car « il ne montre pas la mort, mais la vie de ceux qui ont été obligés de conduire les leurs à la mort ».

Saul Ausländer est incarné par Géza Röhrig,  poète, romancier et enseignant de 47 ans, né en Hongrie communiste, passé par la Pologne et Israël, vivant désormais à New York.

Pour son personnage principal, Làzlo Nemes voulait un interprète dont le visage soit inconnu du public. Il a rencontré Géza Röhrig à New York il y a une dizaine d’années.

Comme Làzlo Nemes, Géza Röhrig a perdu une partie de sa famille dans le camp d’Auschwitz. Il a visité ce camp pour la première fois en 1987, sous le régime communiste, alors qu’il était âgé de 19 ans, et qu’il étudiait la littérature polonaise à l’université de Cracovie. C’est dans le camp qu’il a trouvé l’inspiration et a commencé à écrire le premier de ses huit recueils de poésie.

Pour interpréter Saul Ausländer, il a lu des entretiens menés avec d’anciens membres de Sonderkommandos. D’autre part, il a intégré au personnage des éléments de sa trajectoire personnelle : Géza Röhrig, qui a perdu ses parents à 4 ans, a été adopté par des amis de sa famille à 12  ans. Son père disparu, dont il était très proche, lui manque encore.

Dans Le Fils de Saul, il a voulu incarner le père qu’il aurait voulu avoir. Il a fait sienne cette scène où Saul tient absolument à enterrer son fils, estimant qu’il n’avait jamais été assez présent auprès de lui de son vivant.

Dans le film, il s’agit pour le personnage de préserver un facteur humain dans un lieu d’inhumanité absolue.

 

1 réflexion sur « Le fils de Saul – film hongrois de Làzlo Nemes – le 10 décembre 2015 »

  1. Alojamiento web

    Le fils de Saul aurait pu avoir la palme, c’est un film fort, dur parfois, mais qui ne tombe pas dans le voyeurisme. L. Nemes a trouver le juste equilibre.

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