Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, Emmanuel Mouret, jeudi 15 octobre 2020

Nous vous proposons ce soir le 10ème long métrage du réalisateur  Emmanuel Mouret .Son  film, considéré comme le plus abouti, a fait partie  de  la sélection  de Cannes 2020.

« Les choses qu’on dit les choses qu’on fait »  Pourquoi ce titre ? Pour lui  un des grands plaisirs du cinéma est de  confronter un  personnage à ses paroles. Fera-t-il ce  qu’il a dit ? Est-il vraiment  celui qu’il prétend être ?   » La vertu du cinéma , dit-il,  est d’ observer le monde  dans sa complexité et les personnages dans leurs contradictions »

Nous avons découvert E.Mouret en 1999 dans son 1er film qui marquait  sa fin d’études à la Fémis, un film  ayant pour thème l’amour « Promène-toi donc tout nu « .Il y tenait le rôle  principal, nu comme un ver ou presque…..Depuis,  il poursuit  ses variations  sur les tensions du désir avec  » Un baiser  s’il-vous-plaît », « L’art d’aimer », « Caprice » et plus  récemment : « Mademoiselle de Joncquières  » sorti en 2018.

Dans le film de ce soir  , il interroge particulièrement la raison et la déraison du sentiment amoureux  avec un mélange de  douceur mais aussi de cruauté , même si ses personnages  refusent l’affrontement..Il place son propos sous l’égide  du philosophe contemporain  René Girard  ( décédé en 2015).La théorie de Girard  se résume ainsi  » on ne désire jamais  l’autre  en soi mais parce  qu’on le sait lui-même désiré par un tiers ». Ce n’est pas un hasard  si Mouret  s’appuie sur  un philosophe car son cinéma est très littéraire; les mots chez lui  ont beaucoup d’importance; il dit d’ailleurs  » un film se regarde , s’entend et surtout s’écoute ».il refuse que ses interprètes  touchent à une ligne de dialogues  , mais par contre il cherche avec eux la façon de les incarner.

Sur le plan technique, il utilise  surtout des plans-séquences en  mouvement ,et de nombreux flash-back entrelacent les différents  récits amoureux.

Son  film est non seulement littéraire mais  très musical .La musique classique  devient une véritable voix off qui nous  plonge au coeur des émotions et qui nous fait ressentir la variété des sentiments. On entendra des pièces  de Satie, Poulenc, Chopin , Mozart, Purcell.

Sa mise en scène délicate fait écho à la retenue de ses comédiens : Camélia Jordana, Niels Schneider, Emilie Duquenne , Guillaume Gouix, Vincent  Macaigne: le point commun  à tous , si je puis dire , on ne les a jamais entendus parler comme ça ! Ils  donnent vie et épaisseur à des personnages qui auraient pu devenir  les pions d’un banal marivaudage.

Le cinéaste  dit  s ‘être inspiré  de Rohmer, Truffaut, Woody Allen et Buster Keaton : le comique  burlesque  n’est,  paraît-il,  pas absent  de son film.

Sophie Avon , critique de cinéma, participait à l’émission de France Inter   » Le Masque et la Plume », elle nous recommande  en particulier  la scène de la gare , elle qualifie le film de « réservoir d’humanité et d’émotions », j’espère que vous y puiserez  du plaisir.

Denise Brunet