It must be heaven

Le film de ce soir ressemble à son auteur : Elia Suleiman, qui va jusqu’à jouer le 1er rôle sous son propre nom, dans un style qui rappelle celui de Jacques Tati. Il y a beaucoup de M.Hulot dans le personnage qu’interprète le cinéaste palestinien.Coiffé de son petit chapeau, les yeux perpétuellement écarquillés, il ne dit pratiquement rien pendant tout le film , mais observe tout ce qui fait le lot de notre quotidien: instants banals , décalés…

Chez lui, l’humour est une règle et aussi une arme.Il utilise le plus souvent de longs plans fixes où lentement l’absurde surgit.Cette appétence pour l’absurdité, il est possible que Suleiman la tire de son propre statut: il est né en 1960 et a grandi à Nazareth en terre d’Israël, il est un arabe israëlien. Nazareth est une ville à majorité palestinienne, donc arabe, mais située en Israël. De plus Suleiman est chrétien en terre d’islam  » je suis donc minoritaire sur toute la ligne  » confesse t-il

Il aime son pays et dans ses 4 longs-métrages, il fait exister la Palestine.En 1996 il a réalisé » Chronique d’une disparition » qui a reçu le prix du meilleur film au festival de Venise.En 2002 il était le 1er réalisateur palestinien en compétition à Cannes avec « In tervention divine »: il a obtenu le prix du jury.En 2009 « Le temps qu’il reste » a été également sélectionné à Cannes.Son 4ème film: « It must be heaven » a été récompensé au dernier festival de Cannes par une mention spéciale du jury ( prix créé pour lui) et le prix de la critique internationale.Nombreux sont ceux qui estiment que le film a pâti d’être montré le dernier jour du festival.Il méritait , paraît-il meilleure récompense.

Fâché de voir sa terre palestinienne en conflit perpétuel, empêchée de devenir un Etat, Suleiman commence une migration à l’étranger.L’enfer est en Palestine, c’est donc que le paradis doit être ailleurs, quelque part à l’ouest. « It must be heaven » signifie : »Ce doit être le paradis ».

Il part d’abord à Paris, puis à New-York où il a vécu 14 ans .il promène partout son regard étonné sur l’état du monde comme Montesquieu l’avait fait , quelques siècles plus tôt, dans « « Les Lettres persanes« , et comme lui il se livre à une satire de ce monde.Il réalise une comédie grinçante en forme de jeu de miroirs entre son pays et l’Occident.

« Le monde entier s’est transformé en une sorte de Palestine » conclut-il.

Je vous laisse en compagnie d’un héritier de Buster Keaton, de Jacques Tati, de Ionesco…et vous souhaite une bonne soirée.

Denise Brunet