Proxima

Ce soir nous allons découvrir un monde qui cultive son mystère vis à vis du grand public; nous allons donc voir des endroits d’ordinaire cachés. Proxima est le nom d’une mission dans l’espace.

Le film spatial semble très à la mode en ce moment, il « colle  » à l’actualité puisqu’un équipage vers la planète Mars est en préparation. On a déjà vu des acteurs hollywoodiens envoyés dans l’espace: Matt Damon dans  » Seul sur Mars », Ryan Gosling dans »First Man »,et plus récemment Brad Pitt dans »Ad Astra ».

Mais dans le film d’Alice Winocour, pas d’imagerie à l’américaine.On vit dans le quotidien des astronautes qui se préparent au grand décollage: un univers essentiellement masculin.Les femmes ne représentent que 10% des spationautes et elles doivent redoubler d’efforts pour entrer dans ce monde d’hommes. Mêmes les combinaisons spatiales sont conçues pour les hommes attendu qu’elles ont un poids important aux épaules tout simplement parce que les hommes sont forts aux épaules.

La jeune réalisatrice ( elle a 44 ans) , a choisi de nous montrer l’entraînement acharné de l’unique femme retenue pour cette mission : elle doit se muscler pour pouvoir soutenir le poids du scaphandre, elle doit aussi vaincre des préjugés, dompter ses propres faiblesses et prouver plus que se compagnons masculins.

Pour incarner cette astronaute prête à s’envoler vers son rêve, elle a fait appel à Eva Green pour son côté  » amazone, guerrière, qui correspond aux femmes cosmonautes que j’ai rencontrées « , dit la réalisatrice. Elle poursuit « Eva Green ne sera jamais une actrice parmi d’autres, selon elle, il lui restera toujours une part d’étrangeté, d’apparente froideur ». Le précédent rôle d‘Eva Green l’avait obligée à faire du trapèze dans Dumbo de Tim Burton, elle qui avait le vertige. Elle avait dû apprendre à vaincre sa peur du vide.

Certaines scènes ont été tournées dans un véritable centre d’entraînement spatial , près de Cologne, là où s’entraînent les astronautes européens ( Thomas Pesquet fait d’ailleurs une apparition dans le film ). Alice Winocour a eu également l’autorisation de faire entrer sa caméra dans la « Cité des Etoiles », près de Moscou, véritable ville fermée. Puis elle a filmé la base de Baïkonour , seul endroit d’où partent vraiment les fusées pour atteindre la Station Spatiale Européenne. Aucun décor n’a été construit, tout a été tourné dans les installations où se déroulent les faits décrits.

Se confronter à l’espace , c’est aussi faire l’expérience de la fragilité humaine. On coupe le cordon avec la Terre-Mère, on coupe aussi le cordon avec ses proches. Lors de la phase de décollage, les scientifiques utilisent d’ailleurs l’expression : « séparation ombilicale ». Qui dit départ dit aussi douleur des adieux. Dans son scénario coécrit avec Stéphane Bron, la réalisatrice a tenu à mettre en scène une super-héroïne qui est aussi mère d’une fillette de 7-8 ans, jouée par Zélie Boulant-Lemesle et leurs relations sont particulièrement bien analysées.

Ce film qui se déroule dans un univers rigoureux, aseptisé, n’empêche jamais l’émotion, comme le souligne la musique subtile du Japonais Sakamoto. Ce musicien avait reçu l’Oscar de la meilleure musique pour « Le dernier empereur ».

LE GENERIQUE DE FIN NOUS PRéSENTE DES FEMMES ASTRONAUTES QUE NOUS AURONS SANS DOUTE ENVIE DE SALUER AVEC RESPECT APRéS AVOIR VU PROXIMA.

DENISE BRUNET