Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma

Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma

Transportons nous en France en 1770. Marianne est peintre et doit réaliser le portrait de mariage d’Héloïse, une jeune femme qui vient de quitter le couvent. Héloïse résiste à son destin d’épouse en refusant de poser. Marianne va devoir la peindre en secret. Introduite auprès d’elle en tant que dame de compagnie, elle la regarde.

La réalisatrice Céline Sciamma est une scénariste et réalisatrice française de 40 ans à laquelle on doit pêle-mêle: Tomboy, bande de filles, ma vie de courgette, quand on a 17 ans.
Jusque là ses films se situent à l’époque contemporaine, c’est donc son premier film historique. Elle indique que « ce n’est pas parce que les problématiques sont anciennes qu’elles n’ont pas leur actualité : celle des artistes femmes et des femmes tout court. »

En recherchant au-delà des artistes féminins connus de l’époque i.e Elisabeth Vigée Le Brun, Artemisia Gentileschi, Angelica Kauffmann, elle a découvert qu’il y avait une véritable ébullition artistique dans le seconde moitié du XVIII ème siècle. Les peintres de portraits étaient nombreuses, mais les critiques d’art féminines étaient déjà en marche pour revendiquer plus d’égalité et de visibilité. Beaucoup d’œuvres d’artistes féminines sont dans des musées mais peu sont entrées dans les récits d’histoire. Céline Sciamma a ressenti un manque de n’avoir pu se construire avec ces œuvres féminines.

Un petit mot sur la reconstitution des décors et des costumes. Tourné dans un château inhabité depuis bien longtemps, il a fallu utiliser ce qui était resté en l’état et en profiter. Les costumes sont là pour témoigner de la sociologie de chacun des personnages, les costumières ont joué sur les coupes, les matières et le poids, tout cela a contraint les actrices dans leur jeu.
Mais revenons sur les femmes, celles qui avaient une vie toute tracée de l’enfance au couvent en passant par le mariage, puis les maternités, etc. bref une vie dominée par l’abnégation. Cela ne les empêchaient pas d’être curieuses, intelligentes avoir envie d’aimer on dirait aujourd’hui de se lâcher lorsque le protocole n’est plus pressant voire oppressant.
Mais au-delà de l’univers des femmes c’est l’amour le thème principal. Pour la réalisatrice c’est son premier film sur un amour vécu. Un amour qui commence par le trouble, le délai et le dialogue amoureux et qui se poursuit par la résonance de l’amour et son amplitude.
« Le film est pensé pour vivre à la fois le plaisir d’une passion au présent et celui de la fiction émancipatrice pour les personnages et les spectateurs. Cette double temporalité propose à la fois une expérience et une philosophie du sentiment. »

Casting
Dans le rôle d’Éloïse, on trouve Adèle Haenel, 30 ans que nous sommes habitués à voir lors séances TEM. Elles a notamment tourné dans Les combattants, 120 battements par minutes, En liberté.
Adèle Haenel est compagne de Céline Sciamma à la ville. C’est un rôle que la réalisatrice a pensé et écrit pour elle, en s’appuyant sur toutes les qualités dont elle a fait preuve dans ses précédents rôles mais en même temps il fallait lui donner un rôle nouveau. Plutôt que de parler de muse, Céline Sciamma préfère décrire leur relation de travail par la collaboration, un travail à deux, une inspiration mutuelle. Le rôle d’Éloïse est sentimental et intellectuel. Nous connaissons la voix très particulière de Adèle Haenel, vous remarquerez certainement le travail sur fait sur cette voix.
Qui mettre en face de Adèle Haenel pour incarner la peintre ? Noémie Merlant une actrice française de 30 ans, une étoile montante du cinéma français (elle est à l’affiche de 5 films en 2019 et un en 2020) Pourquoi ce choix ? Céline Sciamma a choisi un visage qu’elle ne connaissait pas. Cette actrice ne devait pas être débutante, être solide, courageuse volontaire et sentimentale. Une belle équation à résoudre.

Le mot du soir : poches