Les Misérables de Ladj Ly

Un grand merci à Christophe et Sylvie Jaillet qui ont réussi à faire venir jusqu’à nous »LesMisérables » en avant- première,puisque le film ne sortira dans toutes les salles qu’à la fin du mois prochain.Il a été présenté en compétition officielle au festival de Cannes où il a reçu le prix du jury, et on vient d’apprendre qu’il a été choisi pour postuler à l’Oscar du meilleur film international( Les Oscars seront décernés le 9 février 2020 à Los Angeles)

C’est le 1er long métrage du réalisateur français d’origine malienne: Ladj Ly.Son histoire personnelle mérite qu’on s’y attarde: natif de Montfermeil dans le 93, il n’a jamais quitté son quartier où il habite encore.Sa famille , son quartier se sont réjouis d’apprendre qu’un des leurs, à 39 ans , allait représenter la France.Ils en tirent une grande fierté.

Le père de Ladj Ly, éboueur, et , sa mère restée au foyer, ont donné naissance à 13 enfants qu’ils ont encouragé à fréquenter le centre de loisirs de la cité, et c’est là, que Ladj Ly s’est initié au cinéma d’abord en tant qu’acteur puis en tant que réalisateur.il a commencé sa carrière au sein d’un collectif de cinéastes appelé Kourtrajmé, fondé en 1995 par ses amis d’enfance: Kim Chapiron , devenu scénariste et réalisateur et Romain Gavras (fils du réalisateur Costa Gavras): leurs grands -parents habitaient près de la cité.Ces jeunes gens veulent rompre les codes du cinéma français, peu représentatif , à leurs yeux de la diversité de la population fran çaise.A leur échelle , ils multiplient clips, documentaires , courts-métrages.L’élément déclencheur de leur passion a été « La Haine » de Mathieu Kassowitz, sorti en 1995, l’année de la création de leur collectif.

A 17ans Ladj Ly achète sa 1ère caméra et on pourrait dire que depuis , il ne s’est pas arrêté de filmer, délaissant les différents emplois obtenus après son BEP électrotechnique.Il filme les policiers lorsqu’ils interviennent dans le quartier et archive ainsi tout ce qui s’y passe.En 1997 il réalise son 1er court-métrage« Montfermeil les Bosquets« , en 2004, il co-écrit le documentaire » 28 millimètres » avec le photographe JR qui affiche de grands portraits sur les murs de Montfermeil.On se rappelle le film que JR avait fait avec Agnès Varda »Visages , villages ».En 2007, nouveau documentaire pour Ladj Ly « 365 jours à Clichy-Montfermeil », puis il part au Mali , réalise  » 365 jours au Mali ».2017 est une année importante pour le réalisateur: il co-réalise le film que nous avons vu ici »A voix haute »sur le concours d’éloquence des étudiants de banlieue, et la même année il tourne un court-métrage qu’il intitule »Les Misérables« ; nommé aux César 2018, ce court-métrage est récompensé par une trentaine de prix.Ce succès l’encourage à le retravailler pour en faire le long métrage que nous allons voir.Il le tourne en 6 semaines avec 3 comédiens professionnels qui jouent les policiers de la BAC: brigade anti-criminalité: » les bacqeux ».S’ajoutent à ces acteurs plus de 200 habitants de Clichy-sous-bois et de Montfermeil.Jeanne Balibar (c’est elle qui avait interprété Barbara), a accepté le rôle de la commissaire de police.Il y a 6 mois Ladj Ly , lui l’autodidacte, a ouvert une école gratuite de cinéma,dans la cité: 30places seulement sont offertes pour l’instant, pour 1500 candidatures environ.

« La banlieue, dit-il, est un vivier de talents, je ne veux plus qu’on raconte NOS histoires à NOTRE place »; pour lui, son film parle à toutes les banlieues du monde.Il affirme que tout ce qui est dans le film est fondé sur des choses vécues, fidèle à sa démarche: montrer les réalités.Il fait de sa caméra à la fois une arme de combat et un moteur d’espoir.Pour lui il y a toujours des solutions.Toutefois , avec son film , il lance un cri d’alarme à la société, aux hommes politiques ( il est prêt à faire une projection à l’Elysée) et souhaite être entendu.Préoccupé par la place des enfants qui vivent là, il formule ce qui est , pour lui, LA PRIORITE »: mettre en banlieue les moyens dans l’éducation et la culture.

Quant au titre donné au film, rappelons-nous que Victor Hugo, pour écrire son roman, s’est inspiré de la vie à Montfermeil au début du XIXème siècle.Il y a séjourné et situe l’auberge des Thénardier à Montfermeil.Mais c’est surtout la citation finale qui va donner tout son sens au titre du film.

Denise Brunet