Roubaix , une lumière

Nous vous proposons ce soir le 13ème film d’Arnaud Desplechin, tourné dans sa ville natale : Roubaix, comme nombre de ses films précédents , parmi les plus récents , on peut citer »Un conte de Noël » sorti en 2008, « 3 souvenirs de ma jeunesse » en 2015,« Les fantômes d’Ismaël » en 2017, tous réalisés autour de la maison d’enfance.

A.Desplechin s’est d’abord employé à fuir cette ville , avant d’éprouver le désir de porter un nouveau regard sur elle.Chacun de ses films poursuit ses retrouvailles avec Roubaix.

Dans ce long métrage, il voit la ville à travers les rondes quotidiennes d’un commissariat.Il semble délaisser le romanesque , l’autobiographie pour s’aventurer dans le polar social.A1ère vue, on pense qu’il va quitter ses thèmes de prédilection , mais ce n’est qu’une impression.Desplechin a toujours eu le goût pour le mystère , l’enquête.

Dans ce 1er film policier, il explore un fait divers vrai survenu en 2002.Avec cette matière extraite du réel, il fait une fiction; selon lui « la fiction gagne à être un miroir possible du réel ».Il s’est inspiré d’un documentaire diffusé en 2008 sur France3 , intitulé« Roubaix , commissariat central, affaires courantes  » de Mosco Boucault.Ce documentaire avait d’ailleurs fait sensation.Le film de Desplechin lui reste fidèle dans son découpage.Dans la 1ère partie du film , on suit les pas du commissaire Daoud et de son équipe, confrontés à la misère sociale et humaine de la ville.

Le réalisateur a choisi Roschdy Zem pour incarner Daoud, ce policier aguerri, solitaire , taciturne, doué d’une extrême compassion.Son interprétation, empreinte de dignité, de réserve, mais aussi d’un impressionnant charisme est saluée par tous ceux qui ont vu le film.Il n’a jamais aussi bien joué dit-on.Et là où Daoud paraît , la lumière s’allume ! Son savoir-faire d’enquêteur fait corps avec la ville.

. »Daoud est un oeil, une oreille  » dit de lui le réalisateur.Il est aidé par louis, joué par Antoine Reinartz, remarqué dans  » 120 battements par minute » , il avait d’ailleurs reçu le César du meilleur acteur dans un second rôle.Antoine Reinartz a un rôle délicat, celui d’un personnage maladroit, observateur, rôle dont il s’acquitte à merveille.Pour compléter le casting, ajoutons Léa Seydoux, Sara Forestier qui forment un couple de marginales.

Le jeu déployé par tous ces acteurs aurait mérité d’être salué à Cannes.Le travail de la chef-opératrice Irina Lubtchansky qui fait se côtoyer la lumière et l’ombre avec beaucoup de délicatesse est tout aussi remarquable.Dans chaque plan nocturne se devinent des lueurs porteuses de mystères .Présenté en compétition au dernier festival de Cannes, le film n’a cependant obtenu aucune récompense.

D’un univers de chômage, de misère, Arnaud Desplechin a su faire une oeuvre humaniste.Il y a des films, des scènes que nous gardons en mémoire longtemps après les avoir vus « Roubaix, une lumière » est , paraît-il , de ceux-là.

Denise Brunet

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