So long, my son, de WANG Xiaoshuai

Même si les vacances se terminent, c’est à un long voyage que nous invitons ce soir. Un voyage de 3h ensemble dans cette salle, mais surtout un voyage de plus de 30 ans dans la Chine des années 80 à nos jours. 

Le réalisateur, Wang Xiaoshuai, est né en 1966 à Shanghaï et a étudié son art à l’académie de cinéma de Pékin. So long, my son est son 13èmelong métrage.

Le talent du réalisateur, grâce auquel ces 3h pourraient vous paraitre bien courtes, c’est de nous raconter l’histoire de son pays à travers le prisme d’un couple confronté à la politique de l’enfant unique, qui a régné en Chine de 1979 à 2015. Ce couple modeste et exemplaire montre, pour le réalisateur, que les Chinois ne sont pas maîtres de leur vie, ayant pris l’habitude, pour des raisons politiques, de faire primer le collectif sur les destins individuels. Il a trouvé important de s’intéresser à cette génération sacrifiée de parents d’enfants uniques et d’observer en quoi cette politique a pu influencer le cours de leur vie. 

Mais il nous fait aussi assister à l’évolution de la Chine : la désindustrialisation et la transformation des villes chinoises. Pour nous retracer ces 30 ans, il adopte une construction en forme de puzzle, nous faisant passer d’une époque à une autre sans continuité linéaire, ni dans le temps ni dans l’espace. Cette construction lui a paru nécessaire afin de réussir à concentrer ces 30 années en 3h, même si elle peut paraître déroutante, il la justifie ainsi : « Je suis bien sûr conscient que ma structure en puzzle fait passer le spectateur par des zones de flou, des moments d’incertitude, mais ces incertitudes sont levées ensuite et n’empêchent pas de ressentir les émotions au présent de chaque séquence : c’est-à-dire les souffrances des personnages, les difficultés et vicissitudes de l’existence ».Vous prendrez conscience de la richesse de cette structure dès la séquence d’ouverture, qui nous montre successivement le même lac à 2 époques différentes, et nous permet de comprendre sans nous le montrer qu’un drame a eu lieu. 

Ce film est donc à la fois une grande fresque historique, dont les détails et les reconstitutions ont été particulièrement soignés, et permettent aux Chinois au moins, de reconnaître chacune des époques évoquées sans nécessiter d’explications. Mais c’est aussi un grand mélodrame pudique, parfaitement incarné , sans démonstration excessive, par 2 acteurs qui ont reçu tous deux l’ours d’argent pour leur interprétation au festival de Berlin. Le réalisateur les a choisis car ils ont la 50aine et ont eux-mêmes connu cette époque, si bien qu’il leur a surtout demandé de laisser apparaître leur propre ressenti sur  cette période et cette politique.

Un dernier mot sur le titre du film, qui peut agacer : encore un titre anglais non traduit, et pour un film chinois : quel intérêt ? Eh bien pour cette fois, on peut admettre que le choix est justifié car le français n’a pas l’équivalent de cette formule « so long » qui exprime à la fois l’idée d’un au-revoir, mais aussi d’une durée sans  délimitation. 

N’hésitez donc pas à vous laisser porter par les faits racontés et les émotions qu’ils procurent.