Le jeune Ahmed – Jean-Pierre et Luc Dardenne

Communément appelés les frères Dardenne, Jean-Pierre et Luc Dardenne sont deux réalisateur belges de 68 et 65 ans.

Ils font partie d’un groupe restreint de 8 réalisateurs : ceux ayant été 2 fois lauréats la palme d’or à Cannes :
• Francis Ford Coppola,
• Shōhei Imamura,
• Emir Kusturica,
• Bille August,
• Michael Haneke
• Ken Loach
Ils ont reçu ces palmes d’or pour : « Rosetta » en 1999 et « L’enfant » en 2005
En 2011, pour « Le gamin au vélo » : ils reçoivent le grand prix.

Cette année ils remportent le prix de la mise en scène à Cannes.

Leur cinéma pourrait être qualifié de naturaliste, terme que l’on associe souvent à la littérature. Émile Zola aurait trouvé là de merveilleux représentants de son style.
Ce cinéma naturaliste reprend certaines règles définies dans le Dogme95 publié par Lars von Trier et Thomas Vinterberg.
Le Dogme95 est lancé en réaction aux superproductions anglo-saxonnes et à l’utilisation abusive d’artifices et d’effets spéciaux aboutissant à des produits formatés, jugés lénifiants et impersonnels. Le but du Dogme95 est de revenir à une sobriété formelle plus expressive, plus originale et jugée plus apte à exprimer les enjeux artistiques contemporains. Dépouillés de toute ambition esthétique et en prise avec un réel direct, les films qui en découlent cristallisent un style vif, nerveux, brutal et réaliste, manifesté généralement par un tournage entrepris avec une caméra 35mm portée au poing ou à l’épaule et avec improvisation de plusieurs scènes. Les deux premiers films labellisés Dogme95 : Festen de Thomas Vinterberg et Les Idiots (Idioterne) de Lars von Trier.
Si on décide d’aller encore un peu plus loin dans l’analyse de leurs films on considère qu’ils reconnus comme ceux qui en ont renouvelé l’esthétique et la narration grâce à un style concret, épuré et loin des facilités : caméra à l’épaule ou poing suivant au plus près les visages crispés et les corps en mouvement, longs plans-séquences dilatant la durée, captation de gestes de nervosité, moments de vide, d’irritation, voire de frustration, absence de plage musicale, silences, choix d’acteurs non professionnels ou méconnus.

Pour comprendre le style et les thèmes de prédilection des frères Dardenne, il faut revenir au lieu de leur enfance. Ils vivent dans une petite ville de Belgique Engis (6000 habitants).  Engis a longtemps été le village le plus pollué d’Europe. Dans les années 1930, des dizaines de personnes y sont mortes d’intoxication. C’est suite à ces morts qu’une enquête sera ouverte et fera un lien pour la première fois entre pollution de l’air et les maladies pulmonaires. À propos de Engis, Sartre le mentionne dans « Critique de la raison dialectique » comme une illustration des contradictions du capitalisme. » Luc Dardenne précise que « Les gens du village se sont énormément battus pour améliorer leurs conditions de vie. »

Mais revenons sur le film de ce soir « le jeune Ahmed », encore un thème autour de la famille et notamment l’enfance (« le gamin au vélo, l’enfant »).

Remarque : aucun des acteurs n’est professionnel.

Les frères Dardenne ont voulu s’interroger et nous faire nous interroger sur les raisons qui poussent un garçon de 13 ans à vouloir tuer sa professeure au nom de ses convictions religieuses. Ils ont faits face au personnage si fermé de Ahmed en tentant de répondre aux interrogations suivantes :
Comment arrêter la course au meurtre de ce jeune garçon fanatique, hermétique à la bienveillance de ses éducateurs, à l’amour de sa mère, à l’amitié et aux jeux amoureux de la jeune Louise ?
Comment l’immobiliser dans un moment où, sans l’angélisme et l’invraisemblance d’un happy end, il pourrait s’ouvrir à la vie, se convertir à l’impureté jusque-là abhorrée ?
Quelle serait la scène, quels seraient les plans qui permettraient de filmer cette métamorphose et troubleraient le regard du spectateur entré dans la nuit d’Ahmed, au plus près de ce qui le possède, de ce dont il serait enfin délivré ?

Réponse à ces questions d’ici 1:30h

Bonne séance