Les Veuves, Steve Mac Queen

Les Veuves, Steve Mac Queen

Steve Mac Queen, de son vrai nom Steven Rodney Mac Queen, est né en 1969 à Londres, où il a également fait des études d’art (il a passé 4 mois dans une école de cinéma et a détesté cette expérience). Car c’est d’abord un artiste, dont les 1ers courts métrages sont visibles dans les musées, comme celui qui s’intitule Bearet qui montre de façon presque abstraite les corps de 2 lutteurs dont l’un est interprété par l’artiste lui-même. Entre ce 1erfilm expérimental tourné en 1 journée en 1993 et Les Veuves, film de genre, aux allures de blockbuster, l’écart peut sembler énorme, pourtant ce film a sa place dans la trajectoire du réalisateur. 

Après toute une série de courts métrages expérimentaux, il a tourné 3 longs métrages qui ont tous marqué l’histoire du cinéma. En 2003, c’est Hunger, dans lequel Mickael Fassbender joue le rôle de Bobby Sands, le célèbre prisonnier de l’IRA qui meurt dans une prison suite à sa grève de la faim ; un film impossible à oublier, aussi bien pour le jeu de l’acteur principal que pour ce long plan séquence où Bobby Sand dialogue avec un aumônier. En 2001, il engage de nouveau Fassbender pour interpréter un autre rôle dérangeant, celui d’un drogué du sexe dans Shame. Puis en 2013, c’est le grand succès public et critique de 12 years a slave. Ces 3 films construisent une œuvre originale et forte, non dénuée  d’une certaine radicalité. 

Le film de ce soir peut paraître moins personnel que les précédents, dans la mesure où il s’agit de l’adaptation d’une mini série britannique du début des années 80. Pourtant on comprend pourquoi le réalisateur a choisi de s’en emparer car il dit dans une interview : « Je me rappelle précisément le moment où je suis tombé la première fois sur la série télé de Lynda La Plante, Les Veuves. J’avais 13 ans, j’étais chez mes parents, à plat ventre sur le tapis du salon, la tête appuyée sur mes mains ; ma façon à moi de regarder la télévision à l’époque. L’émission m’a immédiatement transporté dans l’univers du crime, où les gens les plus vulnérables et sous-estimés étaient des femmes. Jugées incapables, seule leur apparence comptait. Cependant, elles étaient si déterminées à prendre leur destin en main qu’elles parvenaient à affronter l’adversité et à trouver en elles des forces insoupçonnées. À cette période de ma vie, je me sentais très proche de ce qu’elles enduraient car j’avais le sentiment qu’on portait le même regard sur moi. Les adversaires de ces veuves les considéraient comme étant incapables d’accomplir quoi que ce soit; malgré tout, elles s’en sortaient. Cela m’a profondément marqué. »

Pour le scénario, il a fait appel une scénariste, Gillian Flynn (Gone Girl) et il  a situé l’action de nos jours à Chicago, la ville d’Al Capone, ville associée selon lui à la corruption et à la criminalité mais aussi à la diversité et la mixité. Changement de lieu et d’époque qui lui permet d’aborder les questions politiques, sociales, raciales qui le préoccupent, notamment par le biais de la diversité d’origines des personnages. Diversité d’origine des actrices  et acteurs également, avec l’afro-américaine Viola Davis dans le rôle principal, la latino-américaine Michelle Rodriguez, l’australienne Elisabeth Debicki, l’irlandais Colin Farrell ou encore le mexicain Manuel Garcia-Rufo. Vous reconnaîtrez également au passage Robert Duvall ou Liam Neeson, qui interprète le mari blanc d’une femme noire, ce qui n’est toujours pas anodin, même pour un film de 2018. 

Un film de braquage, donc, mais aussi un film social, politique et comme le titre l’indique, il s’agit également d’un film sur le deuil. 

Danièle Mauffrey