Archives mensuelles : juin 2019

Une peuple et son roi

UN PEUPLE ET SON ROI – Pierre SCHOELLER – 27 juin 2019

Avec « Un peuple et son roi » de Pierre SCHOELLER, TOILES-EMOI et CINEFESTIVAL ouvrent les festivités d’« AMBERIEU EN FETE », pour célébrer le 230ème anniversaire de la Déclaration des Droits de l’Homme.

Pierre Schoeller est né à Paris en 1961. Il débute en écrivant des scénarios pour la Télévision et le Cinéma. En 2008 il se lance dans la réalisation avec son premier long métrage « Versailles », qui n’a rien à voir avec la Révolution, dans lequel Guillaume Depardieu joue un homme qui vit dans les bois et s’occupe d’un petit garçon abandonné. Son deuxième film, en 2011, « l’exercice de l’Etat », avec un excellent Olivier Gourmet et un très bon Michel Blanc à contre-emploi, multicésarisé, est une réflexion sur la Politique et le Pouvoir .

Son troisième film, que vous découvrez ce soir, va vous faire réviser votre histoire de France depuis le prise de la Bastille jusqu’ à la décapitation de Louis XVI joué par Laurent Lafitte, de la Comédie Française. Certains ont dit malicieusement que Laurent Lafitte n’avait pas dû avoir beaucoup de peine à apprendre son texte car au total il ne parle pas beaucoup mais il dit les mots que le roi a réellement prononcés. Et il en est de même pour les discours à la toute neuve Assemblée Nationale, retranscrits des Archives.

La distribution est prestigieuse : tous les rôles, depuis les monstres sacrés Marat, Robespierre, Danton et autres, jusqu’à la lavandière affamée, sont joués par des acteurs que vous vous amuserez à reconnaitre, de Gaspard Ulliel à Olivier Gourmet en passant par Adèle Heanel, Noémie Lvovsky, Céline Salette, Louis Garrel, Denis Lavant, Izia Higelin, et bien d’autres encore. Les décors et les costumes sont réalistes. Mais je dirais que certains des acteurs qui jouent les parisiens affamés ont peut être un peu trop bonne mine pour être vraiment crédibles..

La musique est une création du compositeur Philipe Schoeller, frère du réalisateur. Deux chansons d’époque sont interprétées a capella…Et il y a beaucoup d’autres chants, le réalisateur estimant que le chant porte mieux les émotions que les paroles seules

Et vous n’oublierez pas des scènes symboliques comme celles des pierres qui tombent de la tour de la Bastille et ouvrent la sombre ruelle au soleil, annoncant le Siècle des Lumières, ou le cheval errant dans les Tuileries…

Schoelller a fait de solides recherches historiques et voulu montrer la Révolution à hauteur des hommes et surtout des femmes, dans les Faubourgs de Paris comme dans les ors de Versailles. Et il déclare que ses modèles pour la réalisation ont été le KUROSAWA des 7 Samouraïs (1955), pour son admirable gestion des mouvements de groupes, le Jean RENOIR de la Marsaillaise de 1938 pour sa description de la chaude complicité du peuple dans son désir de progrès social, et Igmar BERGMAN pour sa connaissance de la psychologie féminine.

Et maintenant place au Peuple et son Roi…

Le jeune Ahmed – Jean-Pierre et Luc Dardenne

Communément appelés les frères Dardenne, Jean-Pierre et Luc Dardenne sont deux réalisateur belges de 68 et 65 ans.

Ils font partie d’un groupe restreint de 8 réalisateurs : ceux ayant été 2 fois lauréats la palme d’or à Cannes :
• Francis Ford Coppola,
• Shōhei Imamura,
• Emir Kusturica,
• Bille August,
• Michael Haneke
• Ken Loach
Ils ont reçu ces palmes d’or pour : « Rosetta » en 1999 et « L’enfant » en 2005
En 2011, pour « Le gamin au vélo » : ils reçoivent le grand prix.

Cette année ils remportent le prix de la mise en scène à Cannes.

Leur cinéma pourrait être qualifié de naturaliste, terme que l’on associe souvent à la littérature. Émile Zola aurait trouvé là de merveilleux représentants de son style.
Ce cinéma naturaliste reprend certaines règles définies dans le Dogme95 publié par Lars von Trier et Thomas Vinterberg.
Le Dogme95 est lancé en réaction aux superproductions anglo-saxonnes et à l’utilisation abusive d’artifices et d’effets spéciaux aboutissant à des produits formatés, jugés lénifiants et impersonnels. Le but du Dogme95 est de revenir à une sobriété formelle plus expressive, plus originale et jugée plus apte à exprimer les enjeux artistiques contemporains. Dépouillés de toute ambition esthétique et en prise avec un réel direct, les films qui en découlent cristallisent un style vif, nerveux, brutal et réaliste, manifesté généralement par un tournage entrepris avec une caméra 35mm portée au poing ou à l’épaule et avec improvisation de plusieurs scènes. Les deux premiers films labellisés Dogme95 : Festen de Thomas Vinterberg et Les Idiots (Idioterne) de Lars von Trier.
Si on décide d’aller encore un peu plus loin dans l’analyse de leurs films on considère qu’ils reconnus comme ceux qui en ont renouvelé l’esthétique et la narration grâce à un style concret, épuré et loin des facilités : caméra à l’épaule ou poing suivant au plus près les visages crispés et les corps en mouvement, longs plans-séquences dilatant la durée, captation de gestes de nervosité, moments de vide, d’irritation, voire de frustration, absence de plage musicale, silences, choix d’acteurs non professionnels ou méconnus.

Pour comprendre le style et les thèmes de prédilection des frères Dardenne, il faut revenir au lieu de leur enfance. Ils vivent dans une petite ville de Belgique Engis (6000 habitants).  Engis a longtemps été le village le plus pollué d’Europe. Dans les années 1930, des dizaines de personnes y sont mortes d’intoxication. C’est suite à ces morts qu’une enquête sera ouverte et fera un lien pour la première fois entre pollution de l’air et les maladies pulmonaires. À propos de Engis, Sartre le mentionne dans « Critique de la raison dialectique » comme une illustration des contradictions du capitalisme. » Luc Dardenne précise que « Les gens du village se sont énormément battus pour améliorer leurs conditions de vie. »

Mais revenons sur le film de ce soir « le jeune Ahmed », encore un thème autour de la famille et notamment l’enfance (« le gamin au vélo, l’enfant »).

Remarque : aucun des acteurs n’est professionnel.

Les frères Dardenne ont voulu s’interroger et nous faire nous interroger sur les raisons qui poussent un garçon de 13 ans à vouloir tuer sa professeure au nom de ses convictions religieuses. Ils ont faits face au personnage si fermé de Ahmed en tentant de répondre aux interrogations suivantes :
Comment arrêter la course au meurtre de ce jeune garçon fanatique, hermétique à la bienveillance de ses éducateurs, à l’amour de sa mère, à l’amitié et aux jeux amoureux de la jeune Louise ?
Comment l’immobiliser dans un moment où, sans l’angélisme et l’invraisemblance d’un happy end, il pourrait s’ouvrir à la vie, se convertir à l’impureté jusque-là abhorrée ?
Quelle serait la scène, quels seraient les plans qui permettraient de filmer cette métamorphose et troubleraient le regard du spectateur entré dans la nuit d’Ahmed, au plus près de ce qui le possède, de ce dont il serait enfin délivré ?

Réponse à ces questions d’ici 1:30h

Bonne séance

The dead don’t die, Jim Jarmusch

The Dead Don’t Die, Jim Jarmush

Si vous êtes ici ce soir, c’est que vous avez sans doute déjà entendu parler de ce film. En effet, il a été à l’honneur au festival de Cannes dont il a récemment fait l’ouverture, et il n’était pas le seul film de zombie présent sur la Croisette, puisque les festivaliers ont également pu voir Zombi Child, de Bertrand Bonello, situé en Haîti, terre des sortilèges vaudou.

Jim Jarmusch a 66 ans et il fait des films depuis 1980. Au cours de sa carrière, il s’est essayé à tous les styles de façon souvent décalée, sans jamais s’enfermer dans les limites d’un genre. Dans sa filmographie je retiens en particulier Dead man, entre western et « river movie » où Johnny Depp dérive sur une rivière en territoire indien sur la musique de Neil Young, en 1995 ; Ghost dogavec Forest Whitaker éleveur de pigeons et tueur à gages philosophe, en 1999 ; Only lovers left alive, avec son couple de vampires dandys, ayant traversé les siècles en cultivant leur amour de la musique et de la littérature entre Tanger et   Détroit.

Jim Jarmusch fait partie de ces cinéastes qui aiment s’entourer d’une « famille » d’acteurs avec lesquels ils tournent de film en film. Dans le film de ce soir on va retrouver , entre autres, Adam Driverqui a joué dans PatersonBill Murray,qui jouait dans Coffee and cigarettes, Broken flowers, The limits of control ; Steve Buscemi, qu’on a vu dans Mistery Train, Dead man, Coffee… ; les chanteurs Iggy Pop(Dead man, Coffee…) et Tom Waits(Down by law, Mistery Train, Coffee…)ainsi que Tilda Swinton (Broken Flowers, The Limits of control, Only lovers…). Jarmush sait utiliser ses acteurs dans des emplois inhabituels, et le film de ce soir n’est pas en reste et donne l’impression que cette bande de vieux  copains s’est bien amusée dans ses rôles de déterrés ou de pépères plus ou moins tranquilles. 

Les films de zombies, comme beaucoup de films de genres, sont généralement l’occasion d’un regard sur la société de leur époque. Lorsque Georges Romero réalise en 1968 La Nuit des morts vivants, film culte du genre, il y met ses convictions politiques : il parle indirectement de la ségrégation (son héros noir est abattu par la police qui le prend pour un zombie) et de la guerre du Viet Nam. D’autres films utilisent le genre pour tourner en dérision la société de consommation, ou encore la folie des scientifiques. On peut voir aussi dans le film de ce soir la satire d’une Amérique réactionnaire.

Mais avant tout, ce film est une comédie, voire une farce, à prendre au 4èmedegré. Il s’agit plus d’une parodie que d’un film profondément engagé. Jim Jarmusch s’est manifestement amusé à parodier ses prédécesseurs et à disséminer dans son film tout un tas de références peut-être pas toujours évidentes à décrypter. Je souhaite que cette pochade vous amuse et vous fasse passer un bon moment !