Archives mensuelles : avril 2019

Leto

Le film de ce soir s’inscrit dans le cadre de la Biennale des cultures organisée par la MjC; cette année la Russie est à l’honneur, nous avons donc choisi un film du réalisateur russe: Kirill Serebrennikov: Leto, ce qui signifie l’été en russe.

Il s’agit d’une histoire vraie, celle de jeunes musiciens et chanteurs à Léningrad au début des années 80; c’est donc avant la série de réformes entreprises sous l’impulsion de Gorbatchev à partir de 1985, période connue sous le nom de Perestroîka.On est à la fin de la présidence de Brejnev, Andropov, puis Tchernenko lui succèdent.

Le film se situe à une époque où la chape de la censure se relâche un peu, ouvrant une brèche à la musique rock venue de l’ouest.Cette musique est alors vécue par la jeunesse sov iétique comme un refuge momentané.Dans les années 80, à Léningrad le rock apparaît comme une culture libertaire, une discipline d’émancipation.

Le film s’inspire des Mémoires de la veuve de Mike Naumenko, le Bob Dylan soviétique( nous le verrons dans le film): leader d’un des plus grands groupes de blues-rock d’URSS, Mike fait la rencontre d’une autre star de l’époque: Viktor Tsoî, tout aussi inconnu en Europe de l’ouest.

Cette tribu de musiciens , fascinée par la musique anglo-saxonne vit du rock, de cigarettes, d’amour et de vodka ! Ils s’échangent , sous le manteau, les vinyles des Beatles, de Lou Reed, de David Bowie.

Kirill Serebrennikov, dissident connu des autorités, , âgé de 49 ans, est arrêté sur le tournage de Leto en mai 2017, inculpé en août 2017 pour de supposés détournements de fonds publics, ce qu’il a toujours nié.Assigné à résidence à Moscou depuis cette date, il a réussi à finaliser le montage du film, il a même dû monter des séquences en partie filmées sans lui.Il vient d’être libéré entre guillemets , car , il n’est toujours pas autorisé à quitter le territoire russe, depuis quelques jours seulement, depuis ce lundi 8 avril exactement.

En compétition à Cannes en mai 2018 pour Leto, son 5ème long métrage, il fait lire ces mots en son nom puisqu’il était bien-sûr absent de Cannes. »J’ai fait ce film à la fois pour et à propos d’une génération qui considère la liberté comme un choix personnel et le seul choix possible, dans le but de capturer et de souligner la valeur de cette liberté ».L’équipe du film a monté les marches en tenant une grande pancarte portant son nom. Le Président du festival Pierre Lescure et le délégué général Thierry Frémaux avaient tenté de convaincre Poutine de le laisser assister à la présentation de son film.Je vous laisse apprécier la réponse du Président russe: »J’aurais été très heureux d’aider le Festival de Cannes, mais c’est impossible car dans mon pays , la justice est indépendante ».

Leto a emballé le public de la Croisette mais le film n’a remporté , si je puis dire , que le prix Cannes -Soundtrack, c ‘est-à- dire le prix de la meilleure bande originale de tous les films vus pendant le festival.La musique a été composée par le rocker russe : Roma Zver et son groupe Zveri aidés par German Osipov.Par souci d’authenticité , ces compositeurs ont tenu à ce que les chansons du film soient jouées sur des instruments d’époque.L’un des compositeurs : Roma Zver interprète Mike dans le film.

Sur le plan technique, Serebrennikov, fait le choix d’un très beau format scope c’est – à dire : écran large, en noir et blanc, qu’il parsème d’éclats colorés lorsque l’euphorie atteint son paroxysme. »Le noir et blanc, dit le réalisateur, était pour moi, la seule manière de raconter l’histoire de cette génération »

Je vous souhaite une bonne soirée en compagnie de ce film très musical et original sur le plan esthétique.

Denise Brunet

Vice, de Adam Mac Kay

Vice, de Adam Mac Kay

Le biopic est un genre très répandu au cinéma, notamment dans le cinéma américain, et parmi les personnages dont la vie est retracée dans ces films, les personnages politiques ont une place de choix. Pour illustrer cela, rappelons quelques exemples célèbres, sous la forme d’un petit jeu (je vous donne la date et l’acteur principal/vous me donnez le film):

  • 1982, Ben Kingsley
    • Gandhi, de Richard Attenborough
  • 1992, Denzel Washington
    • Malcolm X, de Spike Lee
  • 2004, Michel Bouquet
    • Le promeneur du champ de mars, de Guédiguian
  • 2007, Helen Mirren
    • The Queen, de Stehen Frears
  • 2009, Sean Penn
    • Harvey Milkde Gus van Sant
  • 2011, Leonardo Di Caprio
    • J Edgar,de Clint Eastwood
  • 2011, Denis Podalydès
    • la conquête de Xavier Durringer
  • 2012, Meryll Streep 
    • la Dame de fer, de Phyllida Lloyd
  • 2012, Daniel Day Lewis
    • Lincolnde Spielberg
  • 2018, Gary Oldman
    • Les heures sombres, de Joe Wright

Parmi ces biopics, on peut distinguer 2 grandes catégories : ceux qui tracent un portrait  hagiographique du personnage, en montrant son parcours tourmenté pour faire aboutir ses idées (Gandhi, Harvey Milk,film sur Mandela) et ceux qui cherchent à mettre en évidence les failles intimes de ces personnages publics (Le promeneur, J Edgar…)

Comme l’indique son titre, avec le jeu sur le mot « vice » qui, pour une fois,  fonctionne aussi bien en anglais qu’en français, le film de ce soir entre plutôt dans la 2èmecatégorie pour retracer le parcours de Dick Cheney. Ceci n’est pas surprenant quand on sait qu’Adam Mac Kay a suivi une formation de théâtre, mais a commencé sa carrière professionnelle dans l’émission télévisée de Michael Moore, appelée « L’Amérique de Michael Moore, l’incroyable vérité », émission qui avait pour but de dénoncer hommes d’affaires sans scrupules et politiciens verreux. Par la suite, dans le show télévisé « Saturday night live » puis dans ses films il a appliqué la recette suivante : injecter une dose de dénonciation dans un propos résolument comique. Ce n’est qu’à partir du film The big short (sur la crise des subprimes, avec Christian Bale, déjà), qu’il inverse les proportions en injectant une dose de comédie dans un propos résolument engagé.

Mac Kay parvient ici à éviter l’académisme qui guette souvent le genre, grâce à plusieurs éléments :

  • le jeu de Christian Bale et sa transformation physique extraordinaire (il a pris 20kg et s’est rasé les cheveux), transformation qui est devenue le passage obligé de tout biopic et une véritable fabrique à Oscar (Gary Oldman, Daniel Day Lewis, Helen Mirren, Meryl Streep, ou encore cette année Olivia Colman pourLa Favorite )
  • mais surtout, des choix de mise en scène originaux : les récits face caméra, la narration prise en charge à la 1èrepersonne, le mélange d’images de statuts différents
  • un montage original, non linéaire, à suivre jusqu’à la fin du générique qui révèle une dernière surprise
  • et enfin un cameo très original : saurez-vous le repérer ?

Réponse: le « cameo » était constitué de quelques clichés des radios cardiaques du réalisateur, qui a lui-même fait un infarctus pendant le tournage! (on les aperçoit après la 1ère opération de Cheney dans le film)