Archives mensuelles : mars 2019

#ADOCINE

Cela ne se voit pas encore, mais à l’approche du printemps, le CA de Toiles Emoi est en pleine effervescence! Il vous prépare, vous concocte, vous mitonne… un programme riche et plein de surprises! Les adolescents répondent présents pour l’atelier de cinéma du 23/24 mars (20 jeunes inscrits), d’autres préparent une après-midi festive, et la grille de programme se remplit avec une dizaine de films et des invités (journalistes, réalisateur, producteur…)

En avant-première: l’affiche du mercredi après-midi:

Les Invisibles, Louis-Julien Petit

« Les invisibles » est le 3° long metrage de Louis-Julien Petit, c’est un film militant au même titre que ses 2 films précédents:, d’ailleurs le metteur en scene est souvent qualifié par les critiques de « KEN LOACH » français

– le 1er, « Discount » a remporté « le Valois du public » au Festival du film francophone d’Angouleme, Ce film traitait des marchandises, invendues et détruites par les super-marchés

Il me plait de penser qu’il a quelque part inspiré la loi de 2015 exigeant que les super-marchés ne détruisent plus les invendus mais les remettent aux associations caritatives
Malheureusement l’actualité de la semaine démontre, une fois de plus, que certains oublient de respecter cette loi.

-le 2°, « Carole Mathieu » réalisé pour ARTE , met en scène une médecin du travail face au mal-être au travail

Le cadre du film de ce soir, « LES INVISIBLES » est la fermeture programmée d’un centre d’accueil pour femmes « sans domicile », en raison de l’absence de résultats en terme de réinsertion, donc non rentable. Nous suivons le combat des travailleuses sociales pour les réinsérer. Le réalisateur s’est inspiré d’un livre et d’un documentaire de Claire Lajeunie qui a passé un an, en tant que bénévole , dans un centre d’accueil pour femmmes  

Au côté des acteurs professionnels notament CORINE MASIERO qui participait déjà à « Discount »,et « Carole Mathieu », et dont on connait les engagements,de NOEMIE LVOVSKY, AUDREY LAMY,et  DEBORAH LUKUMUENA , une quinzaine d’actrices non professionnelles, qui ont connu la rue, et dont vous trouverez les interwievs dans le magazine « CAUSETTE » de janvier

Les invisibles ce sont tous ces gens que nous ne voyons plus, ou que nous ne voulons pas voir. Peut-Être avons-nous peur de devenir comme eux, comment supporterions nous le regard des autres sur nous? Vivre dans la rue c’est, endurer le froid, la fain, le manque d’hygiene.supporter le regard des autres. Vivre dans la rue c’est encore plus dur pour les femmes qui pour la plupart ne veulent pas aller dans les centres d’Accueil. En effet, ceux-ci etant mixtes, elles risquent constament d’être agressées. Elles restent dans la rue, se cachent en essayant d’être invisibles.

Dans notre pays « developpé » :

– pres de 9 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté

– on compte 7 % de travailleurs pauvres

  • il y a près de 4 millions de personnes très mal logées
  • pres de 200 000 personnes sont sans abri, dont 2000 meurent chaque année dans la rue

Ce sont tous ceux-la dont nous parle ce film, des travailleurs sociaux , des bénévoles,et des associations caritatives, sans tomber dans le pathos mais avec humour.

Pour terminer, je voudrais vous lire d’édito du magazine, »CAUSETTE » qui nous parle simplement d’une de ces invisibles

I feel good, Delépine et Kervern

Monique dirige une communauté Emmaüs près de Pau. Après plusieurs années d’absence, elle voit débarquer son frère, Jacques, un bon à rien qui n’a qu’une obsession : trouver l’idée qui le rendra riche. Plus que des retrouvailles familiales, ce sont deux visions du monde qui s’affrontent.

Le duo Delépine/Kerven

Gustave Kervern et Benoit Delépine ont fait leurs premières armes à la télévision, en écrivant et jouant des sketches. Pour Gustave Kerven, ce fut Le plein de Super (émission rock), pour Benoît Delépine : les Guignols de l’Info et Groland (émissions satiriques).

Ils se rencontrent tous deux en travaillant ensemble sur Golandsat.

Ce soir, c’est le 7 films communs.

En 2004, ce duo tourne leur premier film dans lequel ils jouent les 2 rôles principaux : deux voisins qui se disputent constamment et se font écraser par une benne agricole. Paralysés, ils partent réclamer des indemnités au constructeur du matériel agricole qui se trouve en Finlande.

Depuis, ils ont fait plusieurs films :

– Avida en 2006

– Louise Michel en 2008 avec Yolande Moreau et Bouli Lanners : comédie noire sur des employés d’une usine décidés à liquider leur patron après une délocalisation sauvage

– Mammuth en 2010 avec Gérard Depardieu et Yolande Moreau. Serge Pilardosse vient d’avoir 60 ans. Il travaille depuis l’âge de 16 ans, jamais au chômage, jamais malade. Mais l’heure de la retraite a sonné, et c’est la désillusion : il lui manque des points, certains employeurs ayant oublié de le déclarer ! Poussé par Catherine, sa femme, il enfourche sa vieille moto des années 70, une « Mammut » qui lui vaut son surnom, et part à la recherche de ses bulletins de salaires…

– Le Grand soir en 2012 avec Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel : deux frères, un éternel punk à chien et l’autre commercial licencié partent faire leur révolution à leur manière !

– Near Death Experience en 2014 avec Michel Houellebecq

– Saint Amour en 2016 avec  Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Vincent Lacoste : histoire d’un père et de son fils qui partent en taxi faire la route des vins pour mieux se retrouver…

Dans la filmographie de ces deux compères, on retrouve l’humour noir et décalé de Groland, des personnages issus d’un milieu modeste, leurs déboires avec l’administration, une société fondée sur le profit, un esprit de solidarité, avec un ton de comédie, un humour militant àune comédie sociale ! Kerven en parlant de I feel good, disait qu’il fallait monter un groupe politique « En marge » pour parler de ses personnages.

Dans le film de ce soir, nous allons retrouver Yolande Moreau, une habituée du duo et Jean Dujardin, qui, près Depardieu, c’est un autre poids lourd du cinéma français. Dujardin est plutôt habitué à des personnages sûrs d’eux, sophistiqués et charmeurs. Mais ce sont justement ces caractéristiques qui définissent Jacques, un peu comme OSS 117, investi d’une suffisance, d’une fatuité à toute épreuve, qui en font à la fois un être abject, mais qui inspire une certaine tendresse par tant de bêtise.

« I Feel Good » mélange humour et tendresse, au bénéfice d’un message social, où domine la solidarité dans une joyeuse entreprise des sentiments. Comédie qui fait malheureusement beaucoup moins d’entrées que d’autres comédies actuelles…

Pearl d’Elsa Amiel

Comme chaque année, en partenariat avec la MJC, nous célébrons ce soir, avec un peu d’avance, la journée internationale des femmes.A quand l’égalité complète pour que cette journée n’ait même plus lieu d’être ?… A l’origine, cette date a été choisie en souvenir des manifestations des ouvrières en Russie le 8 mars 1917, et il a fallu attendre 1962 pour que la France ait sa journée internationale des droits des femmes.L’exposition à la MJC nous rappelle tout cela et je ne peux que vous encourager à aller la voir , c’est vraiment intéressant.

Tout naturellement, ce soir nous nous sommes tournés vers une réalisatrice:Elsa Amiel, âgée de 40 ans, qui , dans son 1er film: Pearl, dresse un beau portrait de femme.Certes,elle interroge une représentation atypique de la féminité.L’action du film se déroule dans un univers surprenant, peu représenté au cinéma, très codifié, et sur lequel on ne peut s’empêcher d’avoir beaucoup de préjugés: celui du culturisme féminin .

Elsa Amiel a eu l’idée de ce film en découvrant le travail du photographe allemand Martin Schoeller, sur des femmes américaines pratiquant le bodybuilding.Ces photos exerçaient sur elle un mélange de répulsion et de fascination.

La thématique du corps a toujours intéressé la réalisatrice, son 1er court-métrage: » Faccia d’Angelo« , était centré sur le corps d’un ancien champion de boxe. Le père d’Elsa était mime et elle dit avoir toujours été captivée par le travail du corps.Sa caméra détaille des plans serrés pour, dit-elle, »faire parler le corps ».

Pour une femme, s’adonner au culturisme semble synonyme de négation de sa féminité, mais en allant à la rencontre des athlètes , en se rendant à des compétitions, Elsa Amiel a découvert une sensibilité, une vulnérabilité, qu’elle ne soupçonnait pas.

Dans le film, elle a voulu explorer les différentes formes de la féminité que sont l’apparence, la soi-disant faiblesse, la maternité. Léa Pearl est jouée par Julia Föry,une authentique bodybuildeuse, elle a 28 ans et c’est bien -sûr sa première apparition au cinéma.

Le tournage, qui s’est déroulé principalement à Villeneuve d’Ascq, dans les Hauts de France, a dû s’adapter à l’entraînement drastique de l’athlète: 3 séances par jour, soit 6 heures de travail quotidien.On remarquera que les murs des chambres d’hôtel où sont logés les culturistes sont recouverts de plastique afin de protéger ces murs de l’espèce de fond de teint huileux qui recouvre le corps des athlètes.Ils ont d’ailleurs beaucoup de mal à l’ôter de leur peau….

Pour entrer dans ce monde, qui n’est pas fait que de paillettes, Fred Avril a composé une musique électronique assez austère.

Je vous souhaite d’apprécier ce portrait de femme qui pratique une discipline méconnue chez nous.

Denise Brunet

Green Book, Peter Farelly

Green book – 28 février 2019 –

Vous allez découvrir Green Book, sacré dimanche soir aux Oscars  meilleur film 2018. Je vous signale en passant que  l’Académie des Oscars  comprend 85 % de blancs, et 70 % d’hommes de plus de 55 ans…

Son réalisateur, Peter Farrely,  est né aux USA en 1956. Avec son frère Bobby, né deux ans après lui, il crée un type nouveau de comédies, burlesques, sans aucun tabou,  volontiers scatologiques,  dont un parfait exemple est l’inénarrable « Mary à tout prix ». 

Avec « Green book », réalisé cette fois sans son frère, Peter change  complètement de registre,  dans un style humaniste qui rappellerait plutôt « la vie est belle » de Frank Capra. Rappelons que Frank Capra a commencé lui aussi  par des films burlesques et « Arsenic et vieilles dentelles » pourrait être l’ancêtre de « Mary à tout prix ».

Le film est  la véridique histoire de Don Shirley,  célèbre pianiste de jazz afro-américain, élégant et cultivé,  et Tony Lip Villalonga,  chauffeur- livreur-videur dans le Bronx,  italo-américain plutôt rustre, beauf et raciste. Le musicien noir avait recruté le chauffeur blanc pour conduire sa voiture et  lui servir de garde du corps en 1962 lors de la tournée de concerts, qui devait le mener depuis Manhattan jusque dans les états ségrégationnistes du Sud des USA. 

Et « Green book » c’est un authentique  guide de voyage écrit en 1935 par un postier noir new yorkais, nommé, ça ne s’invente pas, Victor Hugo Green. Remis  chaque année à jour, il était destiné à indiquer aux touristes de couleur les lieux dans les états du Sud qu’ils devaient absolument éviter et ceux qu’ils pouvaient fréquenter sans risquer leur vie. Et il n’a a cessé de paraître qu’en 1966…

Le scénario est de Nick Villalonga, le propre fils de Tony Lip, qui a coaché pendant tout le film l’acteur  qui joue son père, le beau  et surdoué Viggo Mortensen, acteur américain  d’origine danoise. Polyglotte, il faut l’entendre raconter, en français, comment il s’est trouvé en avion par hasard à côté de notre Agnès Varda qui l’a littéralement charmé par son humour et sa sensibilité…

Vous avez aimé Mortensen dans le Seigneur des Anneaux, Captain Fantastic, Promesse de l’ombre. Dans Green book, il est magistral et hilarant, mais j’ai le regret de vous dire qu’il ne sera pas aussi beau cette fois, ayant dû  prendre 20 kg avec des pizzas, pour respecter le déséquilibre physique entre les deux hommes. 

Et c’est l’excellent acteur afro-américain Mahershala Ali, le premier acteur américain musulman à avoir obtenu un Oscar, qui interprète Don Shirley. Il a reçu dimanche son deuxième oscar, pour le meilleur acteur de second rôle.

 Green Book a aussi  recueilli le prix du meilleur scénario original. Et toutes ces récompenses ont provoqué la rage  de Spike Lee, dont le film Blackkklansman  n’a obtenu que l’oscar  du meilleur scénario adapté.Il  considére  que Green Book, réalisé par un blanc,   présente une vision condescendante et simpliste  des tensions raciales et un traitement réducteur de l’histoire du Racisme.Mais  comme ce film, qui mélange subtilement des sentiments de pudeur  et d’amitié est assez long, je n’en dirai pas plus. Est-ce le meilleur film 2018 ? A vous de juger.

Marion Magnard