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Le Poirier sauvage

 

Quatre ans après « Winter Sleep », qui lui valut la palme d’or à Cannes , en 2104 donc, voici le 8ème long métrage du réalisateur  turc: Nuri Bilge Ceylan;il est âgé de 59ans.

Comme dans les romans de Tolstoï ou de Stendhal, le cinéaste mise sur le temps, à une époque où il  faut aller vite, être bref…en cela il peut paraître anachronique. Son film est long, il ne comprend pas qu’un réalisateur ait à s’autocensurer pour se conformer aux canons de l’industrie du cinéma.Et il justifie ses 3 heures de projection »:je m’intéresse, dit-il, au monde intérieur des individus, à la manière dont ils se lient, dont ils s’opposent, et en plus , pour ce film, j’avais besoin de montrer le rythme lent des saisons ». Ajoutons  que son cinéma a toujours favorisé la parole, et on n’échappera pas aux longues conversations: les dialogues  sont très écrits, semés de références littéraires.

Le film se déroule dans l’ouest de la Turquie, dans la région  de çanakkale, tout près  du site archéologique de la ville antique de Troie, et fief familial du héros: Sinan.Ce jeune intellectuel de 21 ans, qui essaie d’être à la fois écrivain et enseignant, rend visite aux gens et aux paysages de son enfance, à tout ce qui constitue son passé.

Se définit-il par ses racines ou contre elles ? Le rapport au père et à la famille constitue le fil rouge du film.En quelques scènes Ceylan met en lumière la société turque et révèle en même temps un certain  malaise de la Turquie contemporaine, notamment de la jeune génération.Il faut lire entre les lignes ou plutôt entre les images, car n’oublions pas la dérive autoritaire du pays après le coup d’état manqué de juillet 2016.Les personnages  ne trouvent d’échappatoire que dans les rêves, et par moments le film prend des virages oniriques inattendus.

Tous les films de Ceylan comme par exemple, Uzak, les climats, il était une fois en Anatolie, sont d’une grande beauté plastique. Il a toujours un sens acéré du cadre, ce qui peut s’expliquer par sa formation première de photographe. Ici , il a filmé en plans-séquences avec une caméra mobile.

Pour accompagner musicalement le « Poirier sauvage « , il a transposé un morceau de Bach pour orgue ,dans une nouvelle orchestration.

Juste un conseil: ne vous endormez pas avant la fin,la dernière scène , émouvante, pleine d’espoir, donne une leçon de vie à Sinan.

Je vous souhaite une bonne soirée en vous rappelant cette phrase d’un critique du « Masque et la Plume« , émission de France inter: »ce film se lit autant qu’il se regarde et s’écoute ».

Denise Brunet