Archives mensuelles : juin 2018

Gaspard va au mariage, Antony Cordier

Gaspard va au mariage,d’Antony Cordier

Antony Cordier est né en 1973 à Tours dans une famille ouvrière à laquelle il consacre son premier film,le documentaire de 42 minutes intitulé Beau comme un camion. Il étudie le cinéma à La Fémis, au sein du département montage. Son premier long-métrage de fiction, Douches froides, est sélectionné à Cannes à la Quinzaine des Réalisateurs en 2005. Le second, Happy Few, avec Marina Foïs, Elodie Bouchez, Roschdy Zem et Nicolas Duvauchelle, est sélectionné en Compétition à la Mostra de Venise en 2010. Depuis 2010, Cordier travaille sur Gaspard va au mariage, son troisième film de fiction.

Il s’agit d’une histoirefantaisiste, conçue comme un conte libertaire, situé dans le cadre d’un zoo et d’une famille déjantée. En réalité, ce film n’est pas si éloigné de son 1erdocumentaire dans lequel il choisissait de montrer comment était perçu le travail intellectuel dans une famille de manuels. Gaspard va au mariage, sous ses dehors de comédie foutraque, c’est l’histoire du réalisateur lui-même, comme en témoignent ces quelques phrases tirées d’une interview donnée à Paris Match : «Je suis Gaspard dans le film, le fils préféré, je me reconnais dans cette culpabilité (…). Je viens d’une famille ouvrière, très modeste mais je cartonnais à l’école, j’étais le premier. Toute ma famille a arrêté ses études à 14 ans pour travailler et moi j’ai passé le bac. Il y avait quelque chose qui a fait de moi quelqu’un à part. Le mot d’ordre était d’étudier pour ne pas finir ouvrier(…) Mes parents sont pudiques et ne formulent pas les choses. Ma mère a les affiches de mes films dans son salon mais elle dit toujours ce qui ne va pas. Elle va d’abord me dire qu’il y a trop de cul (rires).»

Cordier aborde souvent des sujets proches du scabreux : dans Douches froides,il était question d’une relation à 3, dans Happy fewdu thème de l’échangisme, ici, il est question d’inceste mais pour autant il ne souhaite pas donner trop d’importance à ce sujet : « Je voulais simplement évoquer la façon dont l’éducation sensuelle se fait au sein de la famille, dans une forme de promiscuité embarrassante dont il faut savoir se dégager à un moment »

Le sujet du film est inspiré d’un livre de son enfance contant la vie de Claude Caillé, créateur du zoo de la Palmyre, qui a en en partie inspiré le personnage de Max, le père.  Il a été tourné pendant six semaines dans un petit parc animalier du Limousin qui est resté ouvert pendant le tournage. Il est divisé en 4 parties dont chacune porte sur le projet d’un personnage à un moment donné.

Ce film repose beaucoup sur ses acteurs : Félix Moati, engagé très vite et très fort dans le film interprète Gaspard ; Laetitia Dosch, très peu connue, a été nommée aux Césars pour le rôle de la compagne de Gaspard ; Christa Teret, qui interprète la petite sœur de Gaspard, a beaucoup travaillé sur la manière d’être une ourse ; le rôle du père, Max, est tenu par un acteur belge repéré dans Alabama Monroe, car il n’a pas été facile de trouver un acteur français qui accepte de faire une scène nu dans un aquarium avec 300 poissons. Le réalisateur a retrouvé Marina Foïs et Elodie Bouchez avec qui il avait déjà travaillé pour Happy few.

Mais ce film est aussi tout à fait dans le ton de la journée car il comporte plusieurs scènes musicales, qui renvoient au conte et à l’espace mental des personnages.

Enfin, si vous vous interrogez sur les inventions de Gaspard, je peux vous dire qu’elles sont inspirées des chindogu, art japonais consistant à inventer et fabriquer des objets utiles en théorie, mais sans réel intérêt et sans but commercial…

 

2 Ciné-concerts à ne pas manquer samedi 23 juin!

Le Centre Culturel de Rencontre d’Ambérieu vous propose, en partenariat avec Cinéfestival et Toiles Emoi, 2 cité-concerts ce samedi 23 juin:

  • Le Criquet, à 10h30 (à partir de 3 ans)
  • Le ballon rouge, à 18h (un film très poétique, qui évoque le Paris de Doisneau et de Prévert: pour tous à partir de 5ans)

Entrée libre sur réservation au 04 74 38 74 04. Venez Nombreux!

Foxtrot de Samuel MAOZ

Foxtrot de Samuel MAOZ

Imaginez un jeune homme-enfant de 20 ans enrôlé par Tsahal (l’armée israélienne) en 1982 qui se retrouve dans un tank en pleine guerre du Liban. Il n’avais jamais pris part à aucun acte de violence et qui s’est retrouvé du jour au lendemain à tuer des gens. On peut comprendre qu’il a souffert d’une grande culpabilité et de ce qu’on appelle des troubles post-traumatiques mineurs.

Ce n’est pas pas le thème du film de ce soir, mais c’est l’histoire du réalisateur israélien Samuel Maoz. Il lui a fallu 25 ans pour être capable de « digérer » ce traumatisme et en faire un film Lebanon sorti en 2009 dans lequel il raconte sous la forme d’un huis clos dans un tank ce traumatisme. Ce film avait reçu le lion d’or à la Mostra de Venise.

Dans le film de ce soir Foxtrot, il parle de ce qui suit, c’est à dire la phase post-traumatique.

Il fait partie de la deuxième génération des survivants de l’holocauste. Dans la société israélienne, les hommes n’ont jamais été autorisés à se plaindre de quoi que ce soit. Face à ce qu’avaient vécu leurs parents, leurs professeurs, revenus des camps, ils n’étaient que des enfants gâtés, nés dans un pays où le ciel est bleu et la mer magnifique. Mais où la guerre n’était jamais finie. On leur répétait que c’était bon de mourir pour son pays, on leur parlait d’un étudiant qui s’était sacrifié pour sauver six soldats.

Il dit « Cette société du trauma où nous vivions nous a complètement dérangés, c’était un lavage de cerveau. Quand on voit le jeune soldat dans Foxtrot, on se demande ce qu’il peut bien faire avec ses camarades au milieu du désert. Il vit cette guerre infinie dans laquelle nous avons été élevés et dont nous ne sommes jamais sortis. Qu’elle soit réelle ou non. L’Holocauste puis les guerres que nous avons menées pour survivre ont créé une mémoire traumatisée qui est toujours plus forte que n’importe quelle réalité, n’importe quelle autre logique. Le trauma se transmet de génération en génération, entretenant le sentiment que nous sommes en danger constamment, même si ce n’est pas vrai, et le résultat est que nous sommes dans une guerre sans fin. Foxtrot parle de ce cercle du traumatisme dans lequel les Israéliens sont enfermés. Comme les danseurs de foxtrot qui font une série de pas pour revenir exactement à leur position de départ. »

Revenons au film :

On sonne à la porte d’un bel appartement de Tel-Aviv. Trois militaires se présentent. Dafna, la mère et Michael, le père, apprennent un terrible nouvelle à propos de leur fils Yonatan. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que c’est un film en trois actes, chacun reflètant un des trois personnages.

Le premier acte est à l’image de Michael, très géométrique, graphique, froid, fermé, des compositions détachées.

Le deuxième acte flotte au-dessus du sol comme la vision d’un artiste, il ressemble au fils, qui est lui-même un artiste.

Et le dernier acte ressemble à la mère, plus douce, plus chaleureuse, c’est pour cela que la mise en scène y est encore différente et donne ce sentiment d’une plus grande proximité. Foxtrot est conçu comme un voyage émotionnel : le premier acte doit choquer ; le deuxième, hypnotiser et le troisième, émouvoir.

Le film a reçu le lion d’argent en 2017 à la Mostra de Venise, il a eu aussi un beau succès en Israël.

Le représentants, les élus israliens n’ont pas du tout apprécié ce film :

  • Miri Regev, ministre la culture, sans avoir vu le film, affirmait « avoir honte » que l’académie israélienne ait loué les mérites d’une œuvre qui « salit l’image de l’armée» de son pays.

  • L’ambassade d’Israël a boycotté, en mars, la dernière édition du festival du film israélien à Paris, pour protester contre la programmation de Foxtrot.

Je vous souhaite une bonne séance riche en symboles, métaphores et allégories.

La Mort de Staline, d’Armando IANUCCI

LA MORT DE STALINE – 31 mai 2018

Armando IANUCCI : d’ascendance italienne, est né à Glasgow au Royaume Uni en 1963. Après des études de cinéma à Oxford, il commence très jeune une carrière multiple puisqu’il est à la fois acteur, chanteur, scénariste, réalisateur, et producteur de séries pour la Télévision.

Sa première série « The thick of it » (que je traduis approximativement  par : « Au cœur de l’action ») est une charge corrosive des méthodes du gouvernement et du parlement britanniques. En 2009, son premier long métrage « In the loop » est une nouvelle satire politique sur l’invasion de l’Irak décidée par les  gouvernements américain et britannique. La série suivante « Veep »  (en français, les VIP) prend pour cible la  vice-présidence des USA.

Ianucci est persuadé que son travail  reste une distraction pour anglophones ,  aussi est il étonné de recevoir de QUAD, une société de production française dont il n’a jamais entendu parler, un roman graphique « la mort de Staline » pour en faire l’adaptation.

C’est là que nous voyons la complexité du rôle du producteur : détecter des idées de film, trouver le financement, et collaborer à la réalisation.

QUAD a été créé par deux jeunes gens, Yann ZENOU et Laurent ZEITOUN,qui ont  produit entre autres « Intouchables » «  L’Arnacoeur », « Le sens de la fête ». A l’affut de  talents nouveaux, ils lisent «  la mort de Staline » de Thierry Robin et Fabien Nury et en achètent aussitôt les droits.

Comme ils avaient visionné « In the Loop »  et les deux premières saisons de  « Veep » ils  pensent tout de suite que la verve satirique de IANUCCI sera parfaite pour l’adaptation du roman graphique, qu’ils lui envoient aussitôt.

Et  Ianucci raconte : « J’avais alors justement l’intention de réaliser quelque chose sur la vie d’un dictateur.  J’ai lu les deux tomes et immédiatement j’ai téléphoné aux producteurs,  et je leur ai dit : on y a va, mais pas avant 18 mois que je termine ma série ! » qu’il n’a d’ailleurs pas terminée.

Il a tourné le film entre le Brexit et l’élection de Trump.

La marque de fabrique du réalisateur, ce sont les joutes verbales, à la fois littéraires et crues, et un vrai sens  du burlesque. Les acteurs qui jouent Molotov, Kroutchev , Joukov,   sont tous excellents, et  Simon Russel Beale qui joue Béria est terrifiant de réalisme.

Le jounal « Le Monde » a titré : « un panier de crabes soviétiques à la sauce anglaise », un  critique a  parlé d’un «  film ubuesque où l’on complote, tremble et torture à tous les étages ». Un autre a trouvé que «  le traitement caricatural efface la potentielle crédibilité historique ».

A cela, Ianucci répond qu’il s’est beaucoup documenté,  s’est rendu longuement en Russie,  que les russes qu’il a rencontrés  qui ont grandi sous Staline ont trouvé son film « aussi drôle que vrai ». Et il précise que pour  les jeunes générations, les purges soviétiques sont de la préhistoire et que son film est une piqûre de rappel.

La projection en Russie de «la Mort de Staline » a été interdite par le Ministre de la Culture trois jours avant la sortie, pour « Raillerie  insultante envers le passé soviétique ». Et cette mesure d’interdiction a été approuvée publiquement par Nikita Mikhalkov pourtant réalisateur en 1994 de « Soleil  trompeur », réquisitoire anti-stalinien.

Découvrons ensemble ce film drôle et tragique…