Archives mensuelles : mai 2018

La Prière

Cette année, pas moins de 5 films ont pour thème la foi catholique : « L’Apparition » de Xavier Giannoli, le film de ce soir: » La Prière » de Cédric Kahn »,Marie-Madeleine », » Jésus », qui  sont des films américains et bientôt sortira »Benedetta » de Paul Verhoeven.

Soyez rassurés, je vais me contenter de vous dire quelques mots sur le film de Cédric Kahn, qui nous est connu à la fois comme acteur, scénariste et réalisateur.

Le cinéaste a le goût pour les êtres vivant dans une forme d’isolement mental ou physique: on se rappelle « L’Ennui » avec Charles Berling bloqué dans la jalousie maladive ou « Vie sauvage » avec Mathieu Kassovitz et son obsession de la paternité.Ce qu’il aime , c’est décrire les liens invisibles qui circulent entre les êtres.Autre trait commun à tous ses films: son attachement aux grands espaces, aux paysages.La Prière a été tourné dans l’Isère, sur le plateau de Trièves.Cet endroit, mélange de beauté et de rudesse, est apparu  idéal à Cédric Kahn pour raconter le parcours de Thomas, jeune adulte en souffrance, joué par Anthony Bajon: sa prestation lui a valu le prix d’interprétation au récent festival de Berlin.On sera attentif  aux 2 plans de ce jeune homme, assis à la même place, dans le même véhicule:un 1er plan  au début du film, un autre à la fin:1h 40 sépare ces 2 plans, le temps de découvrir le récit bouleversant de son aventure in- time et spirituelle.

Le projet du film a été inspiré au réalisateur par les travaux d’Aude Walker qui a mené de nombreuses recherches  sur les communautés mises en place par l’Eglise catholique à des fins thérapeutiques.Les  collaborateurs  du cinéaste: Fanny Burdino et Samuel Doux se sont beaucoup documentés sur les communautés du Cenacolo fondées à l’origine par une religieuse italienne.La 1ère  en France  a vu le jour à Lourdes , d’autres ont été installées et depuis 2015 il en existe une à Ars.Les témoignages  de jeunes accueillis dans ces communautés ont aidé à l’écriture  du scénario; le réalisateur voulait être le plus proche possible de la réalité.

Cédric Kahn  se dit ni croyant ,  ni chrétien et se définit à 51ans comme agnostique.il laisse son héros  se débrouiller avec ses  convictions, ses hésitations,ses illusions.Certes il est question de foi, de vocation, de miracle, mais le réalisateur ne répond pas par la théologie, mais par le cinéma.Avec les moyens du cinéma, il va faire ressentir l’invisisble.(Petite parenthèse: Cédric Kahn a fait ses armes comme stagiaire sur le tournage du film de Maurice Pialat »Sous le soleil de Satan » et c’est d’ailleurs Sylvie Pialat la productrice de La Prière)

Comme dans tous ses films, il ne juge pas, n’impose rien au spectateur.Thomas est-il manipulé, s’appuie-t-il sur une béquille métaphysique, a-t-il été touché par la révélation?

Que chacun forge sa propre conviction !

Denise Brunet

Phantom Thread, de Paul Thomas Anderson

En 1970, Paul Thomas Anderson nait en Californie, dans une fratrie de neuf enfants. D’abord écolier rebelle,  à 23 ans, il se fait renvoyer de la section cinéma de l’Université de New York pour n’avoir pas payé ses droits d’inscription. Il faut dire qu’il a  préféré utiliser cet argent pour financer son premier court métrage « Cigarettes et café ». Ce court métrage, très original, fait d’emblée  sensation au Festival de Sundance.

Tous les films qu’il tourne ensuite sont couverts de prix à tous les festivals, de « Boogie Night » à « Phantom Thread » (qui s’appelle  au Québec « le fil caché »).  Anderson est reconnu pour son imagination débordante, son assurance incroyable, son égo surdimensionné,  son perfectionnisme et … son très mauvais  caractère.

Le réalisateur fait partie de ces cinéastes autodidactes apparus dans les années 90 comme Soderbergh ou Tarentino.  Anderson n’a pas fait d’école de cinéma, mais a étudié toutes les œuvres de ses glorieux prédécesseurs. Il aime parsemer ses films d’hommages aux cinéastes qu’il admire. Ce soir,  vous reconnaitrez sans doute au passage une perversité anxiogène à la Alfred Hitchcock ,  ou  l’ approche méticuleuse d’un monde suranné qui va disparaître, qui vous fera penser à Visconti.  Ses personnages sont très souvent névrosés et le thème de la difficulté des relations familiales  est récurrent. Vous remarquerez aussi ses travellings filmés très bas, ses zooms lents, et sa parfaite symbiose image/son. Il a été marqué par les videoclips musicaux, qui ouvraient de nouvelles méthodes de cadrage.

Et dans « Phantom Thread » vous allez plonger dans la partition du Guitariste de Radiohead Jonny Greenwood, mêlant lyrisme, sophistication et stridences. Anderson et lui avaient déjà travaillé ensemble on peut  dire que l’osmose entre le cinéaste et le musicien rappelle les duos Jacques Demy- Michel Legrand ou  François Truffaut- Georges Delerue.

L’idée du film lui est venue alors qu’il était malade et soigné avec amour par sa femme, il a alors imaginé ce qui se passerait si sa femme avait intérêt à le manipuler…

L’excellent acteur britannique Daniel Day-Lewis qui interprète  le couturier Reynold Woodcock,  remporte ici haut la main son  3èmeoscar.  Il a dejà travaillé  avec Anderson pour « There will be blood » et «  My left foot ». Dans ce dernier film, le scenario prévoyait que le personnage paralysé changeait avec son pied le disque  sur l’électrophone. Le réalisateur avait abandonné cette séquence qu’il jugeait  impossible, mais Day-Lewis s’etait entraîné des heures pour arriver à la tourner ! Et puisque je suis dans les petites histoires, je vous rappelle que Day-Lewis a été le compagnon de notre Isabelle Adjani et lepère de son fils Gabriel, et qu’il est actuellement marié avec Rébecca Miller, la fille d’Arthur Miller, qui a été l’époux de Marylin Monroe…

Dans « Phantom Thread », il joue avec sa passion habituelle, mais il s’est senti pendant le tournage « envahi par une immense tristesse ». Il n’a pas voulu voir le film terminé,  a décidé de ne plus être acteur et  « d’explorer désormais le monde de façon différente ».

Marion Magnard