Archives mensuelles : février 2018

3 Billboards : Les Panneaux de la vengeance

Film britannique et américain de Martin McDonagh

Synopsis : Après des mois sans que l’enquête sur la mort de sa fille ait avancé, Mildred Hayes prend les choses en main, affichant un message controversé visant le très respecté chef de la police sur trois grands panneaux à l’entrée de leur ville.

C’est le troisième film du réalisateur. Né en 1970, d’un père ouvrier dans le bâtiment et d’une mère femme de ménage, Martin McDonagh est scolarisé dans un internat catholique de Londres et rend visite à ses parents, en Irlande, tous les étés. A 14 ans, il assiste à une pièce de théâtre emmenée par Al Pacino (« American Buffalo ») et décide, deux ans plus tard, de quitter l’école pour se consacrer à ses passions : lire, écrire et voir des films. Pendant plusieurs années, le jeune homme effectue plusieurs petits boulots (il travaille dans un supermarché, en tant qu’assistant administratif, etc.) tout en rédigeant des histoires faisant la part belle au folklore irlandais.

Martin McDonagh ne tarde pas à se diriger vers le théâtre et à se faire remarquer dans ce milieu. Désirant passer derrière la caméra, il commence par écrire et réaliser un court métrage, Six Shooter en 2005, qui remporte l’Oscar du meilleur court-métrage de fiction.

Grâce à cette réussite, il passe au long métrage avec Bons Baisers de Bruges en 2008, qui fait l’ouverture du Festival de Sundance. Ce métrage à mi-chemin entre la comédie noire et le film de gangsters, est porté par Colin Farrell, Brendan Glesson et Ralph Fiennes.

Quatre ans plus tard, son deuxième film, 7 psychopathes n’est pas apprécié des critiques.

En revanche, ce troisième film est reçu très favorablement par la critique, avec plusieurs prix dans des festivals dont celui de meilleur film aux Golden globes, du meilleur scénario à la Mostra de Venise, meilleure actrice, meilleur scénario, meilleur film au BAFTA (équivalent aux Césars et Oscars).

Le film oscille entre humour noir, scènes brutales et superbes dialogues, avec des acteurs toujours très justes : Frances McDormand (la mère), Woody Harrelson (le chef de la police) et Sam Rockwell (officier de police).

Martin McDonagh commence à écrire le scénario après avoir vu des panneaux de crimes non résolus aux Etats-Unis « entre la Géorgie, la Floride et l’Alabama ». Il écrit une histoire originale en repensant à ces panneaux et imagine une histoire autour d’une mère. Il développe le personnage de Mildred en pensant à Frances McDormand. C’est le mari de l’actrice, Joel Coen, qui la convainc d’accepter le rôle.

Née en 1957, Frances McDormand a joué dans de nombreux films dont certains des frères Coen : Miller’s Crossing, The Barber, Fargo, Ave Cesar, et Burn After Reading.

Pour ne citer que quelques films, elle tourne également Secret Défense de Ken Loach, Rangoon de John Boorman, Mississippi burning d’Alan Parker, Moonrise Kingdom de Wes Anderson, Promised Land de Gus Van Sant…

Frances McDormand dit s’être inspirée de John Wayne pour ce personnage. Par ailleurs, elle porte un bandana, c’est un hommage du réalisateur à un de ses films préférés, Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino, dans lequel les deux acteurs Robert De Niro et Christopher Walken en portent également.

3 billboards peut nous rappeler le cinéma des frères Coen et notamment Fargo avec un décor semblable (une petite ville perdue dans les grands espaces du Midwest), des personnages de flics avec un grand niveau d’incompétence, de je-m’en-foutisme et de conservatisme obtus, et l’actrice Frances McDormand. Mais à la différence des frères Coen, Martin McDonagh ne pousse pas la noirceur à ses limites et choisit une fin plus douce…

Benoît Feuvrier

L’échange des princesses de Marc Dugain

L’échange des princesses de Marc Dugain

Marc Dugain est romancier, scénariste et réalisateur français de 60 ans. À 35 ans il abandonne sa vie d’entrepreneur et se consacre à l’écriture de romans. Il écrit notamment « La chambre des officiers » qui a servi de base, en 2001, au film du même nom de François Dupeyron. Il commence à tourner en 2009 et notamment « Une exécution ordinaire », adaptation de son propre roman avec André Dussolier dans le rôle de Staline.

C’est aussi un metteur en scène de théâtre fidèle de Tchekov.

À travers ses propres romans et films il aime traiter le thème de la manipulation politique et des complots.

Ce soir, le roman qui sert de base au film n’est pas de lui mais de Chantal Thomas qui avait écrit les « Adieux à la reine » également adapté au cinéma. Marc Dugain ajoute deux thèmes extrêmement liés : la religion et la mort, ou plus exactement la peur de la mort, tout cela dans un contexte de fin annoncée de la monarchie en mettant en scène des enfants au milieu d’adultes qui ne sont eux même peut être que des enfants…

C’est l’histoire vraie d’un troc de fillettes : en 1721, pour mettre fin à 13 années de guerre entre la France et l’Espagne, le régent Philippe d’Orléans a l’idée d’un double mariage.

Pour recréer les ambiances intérieures et extérieures, les tournages ont eu lieu dans des châteaux mais ce ne sont pas de châteaux français mais belges (le château de Belœil, intérieur identique à Versailles et le château Gaasbeek symbole de l’art flamand d’influence espagnole.

Les acteurs :

  • Les 4 enfants :
    • Anamaria Vartolomei : Louise Elisabeth
    • Juliane Lepoureau : Marie-Victoire
    • Kacey Mottet Klein : Don Luis
    • Igor Van Dessel : Louis XV
  • Vous reconnaitrez Catherine Mouchet dans le rôle de Madame de Ventadour, elle était la Thérèse d’Alain Cavalier il y 32 ans…
  • Et puis 2 acteurs du cinéma français :
    • Lambert Wilson
    • Olivier Gourmet

Ce film pose plusieurs questions, mais notamment :

De tous temps, les enfants n’ont-ils pas servis ou été instrumentalisés par les adultes ? Avec son corollaire, ne le sont-ils pas pour d’autres raisons aujourd’hui ?

Je vous laisse vous plonger dans cet univers de l’an 1721 pour vous retrouver dans 1h40 en 2018, ah la magie du cinéma !

The Florida Project, Sean Baker

The Florida Project, Sean baker

On entre dans certains films avec toutes sortes de points de repères et d’a priori, parce qu’ils ont été faits par un réalisateur dont on connaît déjà la longue filmographie, parce qu’ils mettent en scène des acteurs célèbres, ou encore parce qu’ils se situent dans des lieux et des milieux familiers…

Il n’en est rien pour le film de ce soir qui est une découverte du cinéma indépendant américain, et si vous êtes là aujourd’hui, c’est que vous êtes prêts à faire des découvertes et à vous laisser surprendre. Son réalisateur, Sean Baker, est né dans le New Jersey en 1971. Il est surtout connu aux Etats-Unis pour avoir créé une sitcom à la manière du Muppet Show intitulée Greg the Bunny. The Florida Project est son 5ème long métrage mais seulement le 2ème qui sort en France. Le précédent, qui avait remporté le prix du jury au festival du cinéma américain de Deauville en 2015, s’appelait Tangerine, du nom d’un quartier de Los Angeles dans lequel on suivait les déambulations d’une prostituée transgenre. Entre ce film et celui que nous allons voir, Sean Baker a effectué le grand écart sur le plan technique, en effet, alors que Tangerine était entièrement tourné avec un simple iphone, Florida project a été tourné en 35 mm. Pour lui, ce choix du 35 mm correspond au sujet, à une volonté de capter la lenteur et l’épaisseur de l’été en Floride, mais aussi à une volonté de contribuer à la préservation de la pellicule, d’empêcher ce médium de disparaître. La pellicule lui permet également d’obtenir le résultat recherché dans le traitement des couleurs : l’affiche laisse déjà voir un monde en technicolor, une sorte de mirage comme celui des parcs d’attraction.

L’idée du film est née d’un lieu, découvert en 2011par le co-scénariste du film : à savoir l’autoroute 192 qui même à Disneyland, en Floride. Cette route est bordée de motels plus ou moins décrépits qui hébergent non pas les touristes du parc mais les travailleurs pauvres : vendeurs de souvenirs, employés de restauration… Le projet a été en sommeil quelques années, puis le travail sur le film a commencé par une enquête sur place, auprès des habitants de ces motels, pour comprendre leur mode de vie, leur quotidien, leurs relations avec les autorités locales, les services sociaux… Enquête qui donne parfois au film un aspect presque documentaire. Ensuite est venu le temps du casting, avec la volonté de raconter cette histoire à hauteur d’enfant. Presque tous les acteurs ont été dénichés soit grâce à des auditions, soit par des castings sauvages, ainsi la petite fille rousse que vous verrez dans le film a été croisée par Sean Baker dans un supermarché.

On peut donc dire que tout nous est inconnu dans ce film : le réalisateur, le lieu, les acteurs… il y a cependant une exception avec le personnage du gérant du motel, Bobby, interprété par Willem Dafoe. Le réalisateur et son co-scénariste ont remarqué dans leur enquête que beaucoup de gérants de ces motels étaient des hommes mûrs qui représentaient une sorte de figure parentale. C’est ainsi qu’est né le personnage de Bobby. Dafoe est un acteur qui, dans sa carrière, a tout joué : il a incarné d’innombrables « bad guys » dans le cinéma hollywoodiens, il a tourné avec des réalisateurs aussi divers que Abel Ferrara, Lars von Trier, Scorsese, David Lynch, Cronenberg, Oliver Stone… La plupart du temps, il interprète des personnages inquiétants, ce n’est pas le cas ici où Bobby est un personnage bienveillant et protecteur.

Je vous souhaite une bonne soirée avec ce film qui, certes, nous montre des enfants qu’on peut qualifier de « défavorisés », mais sans misérabilisme ni complaisance, en cherchant plutôt à transmettre leur énergie voire leur drôlerie.

 

Danièle Mauffrey