Archives mensuelles : décembre 2017

Logan Lucky de Steven Soderberg

 

Logan Lucky

Steven Soderberg est réalisateur, scénariste et producteur de cinéma américain de 54 ans.

Ce soir nous avons de la chance, car si nous voyons le film réalisé par lui ce soir c’est parce qu’il est revenu sur sa parole, en effet en ces dernières années il avait déclaré qu’il ne ferait plus de film et puis en 2016, il décide de faire Logan Lucky.

Nous avons affaire à un surdoué du cinéma, il est après Louis Malle le plus jeune réalisateur à avoir reçu une palme d’or à Cannes en 1989, il avait 26 ans, c’était pour Sexe, mensonges et vidéo. Ce qui le caractérise outre son côté prolixe, il arrive à sortir 2 films par an certaines années, c’est également son éclectisme, il touche à beaucoup de genres :
• biopic,
• film policier,
• thriller,
• science fiction.

Après quelques courts métrages, en 1986 il tourne un documentaire sur le groupe de rock Yes. Ce documentaire est nommé aux Grammy Awards, cela lui permet de se faire remarquer.

À partir de ce moment là, vont s’enchainer plusieurs périodes.

Tout d’abord 1989-1999
Steven Soderberg est tout sauf un conformiste, la célébrité acquise à Cannes lui aurait permis de tourner des films produits par les plus grands studios, mais il préfère tourner des films indépendants ainsi que des films dont le style expérimental ne génère pas un grand nombre d’entrées.
Il réalise cependant Hors d’atteinte, un thriller comico-doux-amère, avec George Clooney et Jennifer Lopez.

Ensuite c’est l’année 2000
2 de ses films se voient récompensés :
Erin Brokovitch, seule contre tous avec Julia Roberts
Trafic avec Benicio del Toro, Michael Douglas et Catherine Zeta-Jones, Dennis Quaid
Oscars : Meilleur réalisateur + Meilleure actrice et meilleur second rôle

Il fonde la société Section eight avec son ami George Clooney, ce qui va leur permettre de monter des projets en toute indépendance financière.

Puis ce sont les années 2001-2007
2001 le célèbre Ocean’s eleven et ses suites en 2004 et 2007
2002 Solaris un film mal reçu par la critique et le public. Il est perçu comme un film de science fiction alors que c’est un psychodrame dans une ambiance futuriste. (George Clooney)
2002 Full frontal tourné de manière expérimentale, ne rencontre pas son public malgré Julia Roberts et Terence Stamp
En 2006, il tourne un film d’espionnage The Good German, très moyennement apprécié par la critique.
Bref des années de succès avec la série des Ocean et des films plus confidentiels.

À partir de 2008 suivent les années post Section eight (fermée pour se recentrer sur la réalisation).
Il tourne le biopic sur Che Guevara,
puis the informant !, une comédie d’espionnage avec Matt Damon
puis contagion, thriller d’anticipation avec Matt Damon, Kate Winslet, Marion Cotillard, Gwyneth Paltrow, Jude Law et Laurence Fishburne
On le retrouve en collaboration de la réalisation sur Hunger Games
et enfin en 2013 Effets secondaires, un thriller psychologique avec Catherine Zeta-Jones, Jude Law, Channing Tatum et Rooney Mara

Puis à partir des années 2013
On a vu ici même, le biopic « ma vie avec Liberace » avec Michael Douglas et Matt Damon (téléfilm HBO car personne ne voulait le produire).
Il continue sa collaboration avec la télévision pour l’excellente série The Knick avec Clive Owen (débuts de la chirurgie moderne aux US début des années 1900).
C’est donc en 2013 qu’il déclare ne plus vouloir faire de films.

Comment a-t-il succombé à la tentation de refaire un film ?
Il dit que une des amies du couple Steven Soderberberg/Jules Asner, nommée Rebecca Blunt lui a fait parvenir le scénario et qu’elle était à la recherche d’un réalisateur. À la lecture du scénario il n’a pu résister.

Pitch
Deux frères pas très futés décident de monter le casse du siècle : empocher les recettes de la plus grosse course automobile de l’année. Pour réussir, ils ont besoin du meilleur braqueur de coffre-fort du pays : Joe Bang. Le problème, c’est qu’il est en prison…

« C’est une sorte de frère de Ocean’s Eleven, mais un frère inversé, car dans Logan Lucky les héros n’ont pas d’argent et aucune technologie. Ils vivent dans des conditions économiques très difficiles, et quelques sacs poubelle remplis de billets suffiraient à transformer leur vie. J’aimais aussi le fait que, lorsque le film commence, ce ne sont pas des délinquants. Contrairement à la bande de « Ocean », Jimmy Logan et les autres doivent apprendre le boulot, et je trouvais ça marrant. Donc, l’histoire m’a paru à la fois proche et suffisamment différente pour me donner envie »

Le seul problème, c’est que cette amie Rebbeca Hunt, semble ne pas exister, est-ce Jules Asner ou Steven Sodeberg himself ?
Bref, un sacré personnage ce Steven !

Pour la petite histoire, il est non seulement réalisateur, scénariste et producteur mais également monteur et directeur de la photographie. Il signe avec les noms de ses parents au générique de ses films Mary Ann Bernard et Peter Andrews.

Corps et âmes de Ildikó Enyedi

Corps et âmes de Ildikó Enyedi

Ildikó Enyedi est réalisatrice et scénariste hongroise de 62 ans. Elle a été découverte à Cannes en 1989 dans la section premier regard pour son 1er long métrage « mon Xxème siècle » et remporte la caméra d’or.

Le film de ce soir « Corps et âme » est une histoire d’amour entre une femme et un homme. Ces deux êtres travaillent dans la même entreprise, des abattoirs. Maria, est contrôleuse qualité récemment embauchée et Endre est le directeur. Ce qui va les rapprocher, c’est un rêve identique que chacun fait toutes les nuits : une biche et un cerf lient connaissance dans une forêt enneigée. Peuvent-ils, malgré le handicape de chacun, vivre une histoire d’amour qui serait réelle ?

On retrouve les ingrédients d’une comédie romantique à l’américaine mais aussi d’une fable critique de la société post-communiste et surtout de multiples antagonismes qui paradoxalement forment un tout :

• corps et âme

• animaux et humains

• économie libérale et économie communiste

• pureté et souillure

• monde du travail et intimité

• femme et homme

• éveil et rêve

• et tant d’autres

Au delà des oppositions, l’important c’est l’amour. Elle émet  comme postulat que l’amour est une condition préexistante, c’est à dire que l’on est amoureux avant de le savoir, peut-être même avant de connaitre l’autre. Ne pas le trouver c’est d’une certaine manière ne pas bien le chercher, même si cette quête peut comporter des risques voire nous faire souffrir. Il faut vaincre sa phobie de l’autre. « On est tous plus ou moins anesthésiés par nos habitudes et ça vaut la peine de se réveiller de temps en temps. » Comme dit Ildikó Enyedi « L’amour, c’est l’humanité à son meilleur. Quand on est amoureux, on voit ce qu’il y a de plus beau et de plus précieux dans la personne aimée. Accepter l’autre totalement, c’est une forme extrême de communication. Mais c’est ainsi que l’on fait partie de l’humanité. »

À propos des acteurs :

Maria c’est Alexandra Borbély : actrice et comédienne hongroise de 31 ans, c’est son second film, le précédent Swing en 2014.

Endre, c’est Géza Morcsányi, hongrois de 65 ans, ancien éditeur devenu acteur

À propos du titre : « A Teströl és Lélekröl » qui se traduirait par « À propos du corps et de l’esprit » mais le titre choisi en français est « Corps et âme ».

Âme est au singulier, mais comment interpréter Corps, est il au pluriel ?

Plusieurs interprétations sont possibles : cela veut-il dire :

• chacun son corps et chacun son âme

ou bien

• deux corps rassemblés en une seule âme

ou encore

• chacun son corps mais rassemblés en une seule âme.

Dans tous les cas nous, nous sommes rassemblés pour une séance poétique que je vous souhaite excellente.

L’atelier de Bertrand Cantet

L’ATELIER

Laurent CANTET, fils d’un couple d’instituteurs, est né en 1961. Après une maîtrise d’audiovisuel à Marseille, il entre à l’IDHEC dans la même promotion que Robin CAMPILLO son cadet d’un an.En 1999, Laurent CANTET réalise son premier long métrage, « Ressources Humaines » qui reçoit deux César, dont l’un à Jalil Lespert pour son interprétation d’un jeune DRH mis en demeure de licencier son père. Robin CAMPILLO, lui, ne tournera son premier film qu’en 2017, « 120 battements de cœur par minute », prix du Jury au Festival de Cannes. Mais il faut savoir que les scénarios de tous les films de Laurent CANTET sont co-écrits par Laurent CANTET et Robin CAMPILLO.

CANTET réalise ensuite « L’emploi du temps » inspiré de la vie de Jean Claude Romand, assez librement puisque le personnage principal ne tue personne et est sutout une victime du salariat, puis « Vers le Sud », avec une émouvante C harlotte Rampling, qui dresse un parallèlisme entre les misères sexuelles des femmes vieillissantes et esseulées et les misères sociales des jeunes hommes sans travail à Haïti.

En 2008, « Entre les murs » remporte la palme d’or à Cannes. Et dans « L’Atelier », vous allez rencontrer non plus des collègiens de la périphérie Nord de Paris en confrontation avec leur professeur, mais de jeunes adultes en problème d’insertion à la Ciotat, la ville de la célèbre arrivée du train. A l’origine du film, en 1999, la Télévision Française avait demandé à Robin CAMPILLO de faire un reportage sur une romancière anglaise chargée par la Mission Locale de gérer un atelier d’insertion par l’écriture à la Ciotat, encore sous le choc de la fermeture du chantier naval. Robin parle de ce reportage à Laurent, ils pensent que cela ferait un bon sujet de film, travaillent un peu sur le projet. Mais ce n’est que 17 ans plus tard qu’ils s’attaquent à nouveau au scénario, alors que le chantier est devenu un atelier pour les bateaux de luxe…

C’est Marina Foïs qui va jouer la romancière ; elle n’est pas anglaise, Laurent CANTET ne souhaitant pas ajouter des problèmes de langue aux difficultés d’insertion des jeunes que Laurent CANTET a recrutés dans des bars, des clubs de sports, « en casting sauvage ». Quant à Matthieu Lucci, « débutant fulgurant » qui joue Antoine, le rôle principal, Laurent l’a rencontré alors qu’il fumait une clope devant son lycée, où il était supposé préparer le bac. CANTET n’est pas étonné par l’aisance de ses jeunes acteurs tous non professionnels, car, dit il, « l’école est une incitation permanente au jeu de rôles, surtout pour les mauvais élèves qui ont la tchatche, la mauvaise foi et un grand don pour l’invention ».

Dans les films de Laurent CANTET, et spécialement dans l’Atelier, chaque personnage est enfermé dans une case sociale et se débat à sa manière pour en sortir. Son co-scénariste CAMPILLO, lui, préfère focaliser sur deux protagonistes. Dans « 120 battements de coeur» c’était le couple des jeunes hommes amoureux, et dans « l’Atelier » le jeune rebelle Antoine et sa formatrice intello.

Et ensemble, ils ont écrit ce film exprimant leur espoir d’une restauration possible du dialogue avec ces jeunes, accablés par l’absence de perspectives, enragés par l’ennui et quelquefois tentés par le pire, peut être pour se sentir vivre. Et Marina Foïs précise que ce dialogue peut aussi contribuer à « réveiller » le partenaire adulte, et que le tournage lui a beaucoup appris.

Et je gage que le discours final d’Antoine vous rappellera les mos de « L’Etranger », le roman qu’’Albert Camus a écrit en 1942…