Archives mensuelles : octobre 2017

« Visages, Villages » de Agnès Varda et JR – jeudi 12 octobre 2017

Deux informations :

  • jeudi prochain 19 octobre à 20h30 la réalisatrice Jeanne Labrune que nous avons déjà reçue en 2004 pour son film « Cause toujours » viendra nous parler de son dernier film tourné au Cambodge : « le Chemin ». Possibilité de prendre dès maintenant son billet.
  • Certains adhérents ont répondu à nos questionnaires en indiquant qu’ils étaient volontaires pour présenter des films. Nous les invitons à se faire connaître, ils seront les bienvenus.

Le film de ce soir est plutôt original. D’abord parce-qu’il nous montre qu’un film ne naît pas nécessairement d’un scénario, ni même d’un sujet préétabli, mais il peut être créé à partir d’une errance dans les villages de France. Partir à la rencontre de lieux, de gens, presque au hasard, en obéissant simplement à l’intuition, aux envies, donner la parole à ceux qu’on n’entend pas, tout cela peut servir de moteur à la genèse d’un film.

C’est ainsi que Agnès Varda, cinéaste de 88 ans et JR (Jean René de son vrai nom) photographe plasticien âgé lui de 33 ans, sont allés à la conquête des villages pour immortaliser des visages. Ce duo improbable s’est formé grâce à Rosalie, la fille d’Agnès Varda et de Jacques Demy. C’est elle qui les a réunis en 2015, leur trouvant des points communs. Dès leur rencontre, ils ont eu aussitôt envie de travailler ensemble. Agnès Varda avait déjà repéré les immenses affiches, offertes aux passants, que JR colle par surprise aux 4 coins du monde ; et JR a toujours été séduit par les films d’Agnès.

Ils décident de quitter les villes, à la demande pressante d’Agnès, et d’aller à la rencontre des autres, de les écouter. Ils prennent la route à travers la campagne, dans la camionnette Photomaton de JR, devenu atelier photographique ; ils ne savent pas ce qu’ils vont trouver, mais ils sont prêts à toutes les aventures. « Le hasard a toujours été mon meilleur assistant » prétend Agnès Varda.

L’alliance de leur curiosité, de leurs regards (même avec des yeux abîmés par la maladie pour l’un et pour l’autre) va donner naissance à une merveille de grâce et de poésie qui a fait l’unanimité sur la Croisette. Le film, présenté dans la sélection officielle du festival de Cannes mais hors compétition, a obtenu le prix : « L’Œil d’Or » du meilleur documentaire.

Dans une époque tentée par le repli et le rejet de l’autre, ce film de rencontres, de complicité artistique fait du bien. Tout y est échange. D’ailleurs le film a pu se faire en partie grâce au geste de citoyens qui ont répondu à un appel au financement participatif.

Agnès Varda a débuté comme photographe ; à 20 ans elle était LA photographe de Jean Vilar. Puis elle est passée du court au long métrage, du documentaire à la fiction. « Je suis une adepte du coq-à-l’âne, du collage et du calembour » dit-elle. Elle sait aussi se faire le témoin de son époque en évoquant les luttes féministes dans « L’Une chante, l’Autre pas », ou la condition de ceux qu’on appellera bientôt les SDF dans « Sans toit ni loi » qui reçoit le Lion d’Or à Venise, ou encore les excès de la société de consommation dans « les glaneurs et la glaneuse ». Bien sûr je n’évoque ici que quelques-uns de ses films. En 2001 elle a reçu un César d’honneur récompensant l’ensemble de sa carrière, et le 11 novembre prochain on lui remettra un Oscar d’honneur, prix le plus prestigieux du cinéma américain.

Quant à JR il continue de créer des galeries de photos en plein air, collées à des endroits stratégiques. Il a tout récemment inauguré une installation du côté mexicain de la frontière entre les U.S.A. et le Mexique, on peut la voir sur Internet. Le cinéma d’Agnès Varda lui a permis de prolonger son travail éphémère, de s’interroger sur le passage du temps apprécié de manière différente par l’un et l’autre, ils n’appartiennent pas à la même génération !

Il me reste à vous laisser découvrir ce film, plein de fraîcheur, accompagné par la musique de Mathieu Cheddid dit M.

Bonne soirée.

Denise Brunet