Archives mensuelles : septembre 2017

PETIT PAYSAN

PETIT PAYSAN –

En 2016, notre grande Catherine DENEUVE fait sensation en dédiant son prix Lumière aux Agriculteurs. Et cette année, c’est le premier long métrage d’un agriculteur qui a crée l’évènement au Festival d’Angoulème et à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes .

Hubert CHARUEL est né en 1985 dans une ferme de Haute Marne. Il est fils et petit fils d’agriculteurs, que vous apercevrez d’ailleurs dans son film, ainsi que la ferme où il a été élevé. Spécialisé dans l’élevage laitier, il décide un jour, après avoir hésité entre l’école Vétérinaire et le cinéma, d’abandonner la ferme pour la FEMIS..

Vous n’avez pas oublié en 2015 l’excellent film islandais «  Béliers » de Grimour HACONARSON, où deux frères ennemis se réconciliaient pour tenter de sauver leurs bêtes. « PETIT PAYSAN » essaie lui aussi de sauver son troupeau mais le parallèlisme s’arrête là : personnages, manière de filmer, atmosphère, tout est différent.

Nous avons ici au début presque un documentaire sur le quotidien du monde rural, difficultés économiques, épidémies, lois sanitaires, mécanisation. Et le naturalisme vire au drame, à un thriller existentialiste, dans un mélange d’onirisme et de réalisme.

Swann ARLAUD et Sara GIRAUDEAU, les deux principaux interprètes du film, sont nés dans le sérail. Sara est la fille de Bernard Giraudeau et d’ Anny Duperey, Swann petit fils de comédien, fils d’un chef décorateur et d’une mère metteur en scène de théatre.

Les critiques les disent littéralement habités par leur rôle. Très élogieux, ils louent un drame social, une tragédie introspective, « un bijou de drame rural » » et une caméra « très bien placée », ou analysent une terrible incapacité à s’adapter à un monde en évolution. D’autres déplorent un manque d’audace dans la mise en scène, et le caractère stéréotypé des personnages secondaires. Les plus sévères sont allés jusqu’à trouver que la plus vivante séquence est celle où toutes les vaches envahissent l’écran…

Il m’a paru important de connaitre ce que les agriculteurs eux-mêmes ont pensé du film. Interrogés par le Journal « La Montagne » et se revendiquant « paysans » plus qu’agriculteurs, il l’ont trouvé très juste. « il dit nos heures de travail, notre isolement, le temps de loisir inexistant, la concurrence des fermes XXL où il n’y a plus l’amour des bêtes qui ne sont plus que des numéros, et dont l’exploitant « qui ne descend plus de son tracteur »  attend que le petit paysan son voisin périclite, pour lui racheter ses terres ». Un paysan spectateur  a commenté : « on devrait passer ce film dans les lycées agricoles, cela ferait rire les lycéens car maintenant on leur apprend seulement à compter et lorsque le productivité s’accroit, c’est l’humain qui diminue ».Et je dirais : « la biodiversité aussi »…

120 battements par minute, de Robin Campillo

 

120 battements par minute, de Robin Campillo

Ma présentation sera brève en raison de l’AG, de la durée du film (2h20) et du bruit médiatique qui a entouré la sortie du film à la fin du mois d’août ainsi qu’à l‘occasion de sa présentation à Cannes.

Il s’agit du 3ème long métrage de Robin Campillo, après Les Revenants, film qui inspira la série homonyme, et Eastern Boys film récemment diffusé à la tv . Mais Robin Campillo a aussi exercé d’autres métiers dans le cinéma : il est scénariste ou co-scénariste, notamment avec Laurent Cantet qu’il a rencontré à l’IDHEC. Il travaille avec lui pour L’emploi du temps, inspiré de l’affaire Romand, ou encore pour Entre les murs. Il a aussi été le monteur de la plupart des films de Laurent Cantet, ainsi que du film de Rebecca Zlotowski, Planetarium.

Le sujet du film, vous le connaissez tous, il s’agit de la lutte du mouvement act’up au début des années 90, contre l’indifférence générale qui entoure les ravages causés par le SIDA. Ce sujet, le réalisateur le connaît bien, puisqu’il a lui-même rejoint cette association en 1992, après avoir vécu les années 80, en tant que gay, dans la peur et l’effroi causé par la maladie. Pour autant, ce n’est pas un film autobiographique et Campillo adopte des partis pris très tranchés. Le premier, c’est de montrer non seulement des individus mais aussi du collectif : Campillo ne se contente pas de suivre des hommes, des couples, mais choisit de filmer beaucoup de débats publics et d’actions collectives. Pour les scènes de réunions dans les amphis, il a choisi de les tourner en continu, sans coupures, avec trois caméras, afin que les acteurs se laissent prendre par le jeu, oublient le texte et que ces scènes soient plus fluides. Pour nous replonger dans cette époque, il accorde également une grande importance à la musique, comme l’indique son titre qui, de façon énigmatique, évoque le tempo de la house music de l’époque. Une musique qu’il qualifie de « festive et inquiète », qui reflète donc bien, pour lui, l’état d’esprit de la communauté gay à l’époque. Toutefois, on n’entendra que peu de tubes de l’époque, la plupart des titres utilisés ayant été composés par Arnaud Rebotini, qui avait aussi fait la musique d’Eastern boys.

L’acteur principal, Nahuel Pérez Biscayart, qui joue le rôle de Sean, est un Argentin qui, de passage en France à l’occasion de la présentation d’un film à Cannes, a attiré l’attention de Benoît Jacquot qui lui a confié le rôle principal de son film Au fond des bois. On a pu le voir également dans Grand central de Rebecca Zlotowski et on le retrouvera dans l’adaptation du roman Au-revoir là-haut par Albert Dupontel. Quant à Arnaud Valois, qui joue le rôle de Nathan, après avoir été acteur dans les années 2000, il avait mis un terme à sa carrière vers 2010 pour exercer le métier de masseur. Cependant, après avoir lu le scénario du film et vu Eastern Boys, il a accepté de « reprendre du service » pour Campillo.

Une Femme douce, de Sergei Loznitsa – jeudi 14 septembre 2017

« Une femme douce » a été écrit et réalisé par un cinéaste ukrainien de 52 ans : Sergei Loznitsa. Son film, présenté en compétition au dernier festival de Cannes, a été un des chocs du festival, cependant il est reparti bredouille. Il confirme toutefois le talent de ce grand réalisateur. Sergei Loznitsa est surtout célèbre pour les documentaires qu’il signe en marge de ses fictions. C’est son 3ème long métrage après « My Joy » sorti en 2010 : il était consacré au destin d’un homme et ‘Dans la brume » qui date de 2012.

Ce soir, nous suivrons le destin d’une femme. Le réalisateur s’est inspiré d’une nouvelle de Dostoïevski, une de ses dernières œuvres, qui avait déjà été brillamment adaptée au cinéma en 1969 par Bresson, avec le même titre. Loznitsa regrette beaucoup la traduction du titre en français, l’adjectif exact aurait dû être « docile » et non « douce », selon lui.

La structure du scénario tout en enchevêtrements, en rebondissements imprévisibles rappelle le style de Dostoïevsky. On retrouve aussi dans son film le petit monde grouillant et souffrant décrit dans « Crime et Châtiment ». Mais l’ombre d’un autre écrivain plane sur l’intrigue : celle de Kafka. Quant aux dialogues pittoresques, colorés, ils nous font penser à Audiard.

Loznitsa nous raconte le périple d’une épouse de prisonnier dans une Russie qui part en vrille et en vodka ! , alors que le patron du pays, Poutine, voudrait faire croire qu’il tient la barre ! L’héroïne, jouée par Vasilina Makovtseva, passe au travers de tous les dysfonctionnements, avec un calme imperturbable qui fait d’elle une figure de la résistance passive.

Les documentaires que le réalisateur tourne depuis 20 ans ont déjà fait de lui une sentinelle politique. Il dresse ici un portrait sombre et désespéré d’une Russie en déliquescence : complexité administrative aberrante, corruption, brutalité de la police, trafics, mafia et fatalisme des habitants. L’héroïne, souvent filmée de dos, se tait, observe, subit les humiliations tout en étant à la fois obstinée et résignée. On ne peut s’empêcher de voir un télescopage entre le destin de la femme, jamais nommée, et celui du pays.

Loznitsa filme en longs plans séquences sur un mode réaliste mais précise « j’essaie toujours de briser la ligne qui sépare le réel de l’imaginaire ». Dès lors, on comprend mieux sa longue séquence finale qui s’apparente à une farce tragique, onirique.

Deux scènes sont régulièrement pointées par les critiques :

– celle qui termine le film, les interprétations sont diverses :                                                                         . pour certains elle exprime une responsabilité collective,                                                                       . pour d’autres c’est un fantasme de l’héroïne, comme dans les rêves, elle est là mais ne                 peut agir,                                                                                                                                                         . pour d’autres c’est une forme de rébellion, de vengeance.

– la 2ème scène est celle qui montre une association de défense des droits de l’homme, œuvrant dans des conditions plus que précaires.

Je vous invite donc à voir ce film marquant, excessif pour certains … Dois-je vous préciser qu’il n’a pas été tourné en Russie mais en Lettonie ?

Son prochain film s’appellera « Le Procès » : il traitera des procès sous Staline.

Bonne séance

Denise Brunet

Trouver un(e) baby sitter pour venir au cinéma

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Pour en savoir plus:

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