Archives mensuelles : août 2017

« Le Caire confidentiel » de Tarik Saleh – jeudi 31 août 2017

Quelques mots sur le titre, c’est en fait un hommage appuyé à un classique du polar : « L.A. confidential », célèbre roman noir de James Elroy. En effet le cinéaste suédois, d’origine égyptienne, Tarik Saleh a écrit et réalisé ce film policier et s’est donc permis de faire un petit clin d’œil à la Série Noire. C’est son 2ème long métrage. Auparavant il a réalisé des clips, des documentaires sur Che Guevara et Guantánamo, un film d’animation : « Metropia » et son premier polar « Tommy ».

Tarek Saleh a des centres d’intérêt variés : il est notamment l’auteur d’un des plus anciens graffitis au monde ; ce graffiti, protégé depuis 2015, se trouve dans un quartier de Stockholm, sa ville natale.

Pour ce film, Tarik Saleh s’est inspiré d’une histoire vraie qui s’est déroulée au Caire. C’est la raison pour laquelle son souhait était de tourner dans cette capitale grouillante, mais trois jours avant le tournage, les services de sécurité égyptiens ont fermé le plateau, obligeant les équipes à déménager à Casablanca. Le réalisateur, très contrarié, a alors pensé à Fellini et au tournage « d’Amacord ». A la projection du film, les habitants de Rimini étaient persuadés de reconnaître ici une rue, là une maison, et pourtant rien n’avait été tourné dans la ville natale de Fellini puisque tout avait été fait en studio à Cinecittà.

Si les services de sécurité égyptiens se montraient si ombrageux c’était en raison du contexte politique. Nous sommes en janvier 2011, l’Egypte, minée par la mafia, l’affairisme, la dictature et la violence, va bientôt connaître son printemps arabe. Un vaste mouvement de protestation aboutira à des manifestations sur la place Tahrir et conduira au renversement du régime d’Hosni Moubarak.

Bien que n’ayant pas tourné au Caire, le réalisateur parvient à nous montrer une capitale en effervescence, avec des contrastes insupportables entre quartiers chics et taudis pour les réfugiés. La bande-son nous rapporte la rumeur sonore de ce qu’est une mégapole arabe.

Tarik Saleh nous dresse donc ici le portrait de l’Egypte pré-révolutionnaire. A travers un polar efficace et passionnant, il dénonce une société égyptienne gangrénée par la corruption à tous les niveaux. L’enquête sur l’assassinat d’une jeune chanteuse met à nu les dessous d’une société pourrie. Et l’inspecteur qui mène l’enquête est-il irréprochable ? Une sourde interrogation parcourt le film : est-ce que la morale est une question de nature ou de degré ?

Ajoutons une interprétation sans faille de comédiens talentueux comme Fares Fares, star libanaise, dans le rôle du policier ou la franco-algérienne Hania Amar qui interprète Gina. On comprend dès lors les prix obtenus dans les divers festivals. En janvier 2017 le festival de Sundance aux U.S.A attribue le Grand Prix au film, à nouveau récompensé au festival international du film policier de Beaune.

Il nous reste maintenant à découvrir celui qu’on nomme « le meilleur polar de l’année. Il saura nous tenir en haleine jusqu’à la magnifique scène finale, en plein soulèvement populaire.

Denise Brunet

Song to song, de Terence Malick

Song to song, de Terence Malick

Il existe un « mythe » Terrence Malick, mythe né essentiellement de la rareté de sa production : de 1973 à 2005, en plus de 30 ans donc, il ne réalise que 4 films, dont les deux plus remarquables : Les Moissons du ciel et La Ligne rouge, sont séparés de 20 ans (1978-1998). Pourtant depuis 2011 et la sortie de The Tree of life, qui a obtenu la Palme d’or à Cannes, on dirait que Malick s’évertue à déconstruire le mythe : en effet il enchaîne les tournages avec 5 longs métrages entre 2011 et 2017 et, même si le lien mystique entre l’homme et la nature reste souvent au cœur de ses films, il se rapproche d’un cinéma plus commercial comme cela a pu lui être reproché pour le film de ce soir.

Pour ce film, Malick s’offre un casting de rêve, en confiant les rôles principaux à 4 stars de Hollywood, habituées aussi bien aux films à succès qu’aux films d’auteur : Ryan Gosling, Michael Fassbender, Nathalie Portmann, que l’on ne présente plus, et la plus jeune des 4, Rooney Mara que l’on a pu remarquer dans Carol de Todd Haynes ; ainsi que Cate Blanchett en second rôle, excusez du peu !

4 stars, donc, pour interpréter un quatuor de personnages qui évoluent dans la ville texane d’Austin, ville d’origine de Terrence Malick. 4 personnages liés par un faisceaux de relations, de désirs, de sentiments croisés, et qui jouent parfois en duo ou en trio. En effet il est question aussi de musique dans ce film, comme l’indique le titre. La scène musicale d’Austin est présentée de manière presque documentaire, et les 1ères scènes tournées pour ce film l’ont été lors des 3 plus grands festivals de musique d’Austin, avec l’apparition de musiciens dans leur propre rôle comme Iggy Pop ou Patti Smith. Ces scènes de festivals ont d’ailleurs été tournées avant même que les acteurs principaux aient été choisis et l’ensemble du tournage, même s’il n’a pris que 40 jours, s’est étalé sur 2 années.

« Song to song » est une expression présente dans une réplique du film et que l’on pourrait traduire par « de chanson en chanson », elle évoque également l’idée d’une discontinuité qui est au cœur de ce film et de sa construction, et qui est la marque de fabrique de Malick depuis La Ligne rouge : on passe d’une scène à une autre, de façon fragmentée, comme une succession d’instantanés sur la fragilités des relations et des êtres.

Pour terminer, on peut dire que c’est un film qui a fortement divisé la critique. Entre Serge Kaganski, des Inrockuptibles, qui le compare à « un clip pour une agence immobilière haut de gamme », Louis Guichard de Télérama qui y voit « des raisons de renouer avec Malick pour ceux qui avaient été déçus par ses précédents films » et Pierre Berthomieu de Positif qui le considère comme « une éclatante leçon de lyrisme », il vous reste à vous faire votre propre opinion.

Danièle Mauffrey

Eté 93, de Carla Simòn

ETE 93 – 17 août 2017

Carla SIMON est née à Barcelone en 1986. Elle est toute petite quand son père meurt du Sida. Dans les folles années qui ont suivi la mort de Franco, la libération politique s’était doublée d’une libéralisation des mœurs menant à toutes sortes de comportements à risques, notamment l’usage banalisé de la drogue. Sa mère, contaminée , décède alors que Carla n’a que 6 ans.

La petite citadine est alors élevée à la campagne par son oncle et sa tante, qui ont une petite fille de 3 ans.

Carla a 15 ans lorsque le film « Code inconnu » de Michael Haneke est projeté au lycée. Les adolescents sont intrigués par le mystère de ce film et en discutent longuement avec le professeur. Carla est fascinée : ainsi un film peut à la fois raconter une histoire et susciter autant d’émotions et de discussions ? C’est le métier qu’elle veut faire !

Ses parents adoptifs n’ont pas les moyens de lui payer une école de cinéma. Alors, après le lycée elle entre à l’Université, à la faculté «  Culture et Communication » . Bénéficiant d’un échange Erasmus elle part 18 mois à l’Université de Santa Barbara en Californie, obtient ensuite une bourse pour aller étudier deux ans à Londres, où elle passe un master de cinéma.

Revenue dans sa Catalogne natale, elle enseigne le cinéma dans les écoles, et tourne deux courts métrages et son film de fin d’études, sur l’enfance et la mort. Et elle décide d’en faire un long métrage, autobiographique, plus abouti. Ce sera « Eté 93 » qui obtiendra le prix du meilleur premier long métrage au Festival de Berlin 2017.

Ses modèles sont la réalisatrice argentine Lucrecia Martel, Carlos Saura pour « Cria Cuervos », et Jacques Doillon pour « Ponette ». Le making of de Ponette lui apprend comment le cinéaste a dirigé sa petite actrice en lui parlant sans cesse pendant les prises de vue. Et elle a appliqué cette méthode pour Laia Artigas qui joue Carla enfant sous le nom de Frida. Notons qu’elle n’a pas cherché une petite fille qui lui ressemble, mais qui devait être comme elle assez dure et très intuitive.

Pendant les 2 mois qui ont précédé le tournage, elle a réuni ses acteurs tous les week-ends pour jouer des scènes de la vie quotidienne et créer des liens quasi- familiaux

Pendant le tournage, elle s’aperçoit que dans son enfance, elle ne s’est jamais souciée du point de vue des autres, trop occupée par sa survie, et de ce fait elle a voulu que son film soit l’expression de la vision de l’enfant. Et elle utilise de longs plans-séquences, rappelant ses propres photos et les films de famille en vidéo.

Le budget étant serré, elle a tourné en 6 semaines et non en 9, comme elle le souhaitait,   car il fallait aller d’autant plus vite que la présence d’enfants limitait les horaires de travail.

Vous remarquerez la bande son : bruits de la nature, que la petite citadine découvre, conversations d’adultes que les enfants entendent sans les comprendre …

Et pour la scène finale, bien que très préparée, Carla a laissé la bride sur le cou à ses acteurs enfants et adultes, qui ont improvisé en toute liberté.

Une femme fantastique, de Sebastian Lelio

 

Sebastian Lelio est un réalisateur chilien né en Argentine en 1974 d’un père argentin et d’une mère chilienne. Il a fait un an d’études de journalisme puis s’est formé à l’école chilienne de cinéma fondée dans les années 1990. Il réalise d’abord des documentaires, des courts métrages, des épisodes de séries.

De 2005 à 2011, il réalise 3 longs métrages très sombres puis en 2013 un film plus lumineux et apaisé, Gloria qui reçoit de nombreux prix dans divers festivals du monde entier.

Une femme fantastique, comme l’indique son titre, tourne essentiellement autour d’un personnage principal ; cependant le réalisateur a longtemps cherché quelle identité il donnerait à ce personnage : une femme, un homme, âgé, très jeune… Son intention était de placer au centre de son film un personnage marginal, de le mettre en lumière, mais l’idée de faire de son héroïne une femme transgenre, c’est à dire née avec une identité de femme dans un corps d’homme, jusqu’à l’opération qui allait faire correspondre cette identité ressentie et ce corps, n’était pas à l’origine du film. D’ailleurs Lelio ne souhaite pas faire un film militant, il n’est pas personnellement concerné par les questions de recherche d’identité sexuelle ou même d’homosexualité. A tel point que, une fois adoptée l’idée d’un personnage transgenre, comme il ne connaissait rien à cette question, il a fait appel à une consultante, transgenre dans un souci de réalisme. Cette consultante, Daniela Vega, exerçait le métier de coiffeuse pour mariée et ne connaissait rien aux métiers du cinéma. Mais après quelque temps de collaboration et à la fin de l’écriture du scénario, il est devenu évident que le rôle devait lui revenir. Depuis, cette inconnue est devenue quelqu’un que les gens reconnaissent dans la rue et à qui les gens témoignent souvent leur affection.

En effet, ce film arrive à un moment où il entre en résonance avec les changements de la société chilienne. C’est la 1ère fois dans l’histoire de ce pays que l’on s’interroge sur les rapports entre le corps et le genre et si la société s’ouvre à ces questions, l’Etat mène toujours la même politique de discrimination.

Ce film, tourné à Santiago du Chili, explore donc la société chilienne actuelle, comme tous les autres films du réalisateur, mais ce n’est pas un film purement réaliste. C’est avant tout le portrait d’une femme flamboyante, qui n’est pas sans rappeler certains personnages d’Almodovar. Un film souvent fascinant qui nous montre la dignité de cette femme que les autres considèrent comme un monstre, mais qui les renvoie à leur propre monstruosité.

Danièle Mauffrey

 

 

L’amant double

 

L’AMANT DOUBLE – 20 Juillet 2017

François OZON est né à Paris en 1967. Adolescent, il reçoit de ses parents une caméra super 8. Il invente aussitôt des scénarios et mobilise toute la famille pour leur tournage.

Après une maîtrise de cinéma à l’Université de Paris 1, il entre à la FEMIS dans le département Réalisation sous la direction d’Eric Rohmer et se lie avec Olivier Delbosc et Marc Missonnier qui deviendront ses producteurs.

Il débute par des courts métrages, comme « une robe d’été », très remarquée, puis des longs métrages dont « Sous le sable » avec Charlotte Rampling, en 2000, qui inaugure  une succession de films évoquant tous la manipulation et l’étrangeté. Je citerai « Swimming pool », avec aussi Charlotte Rampling, et Ludivine Sagnier, « Une nouvelle amie » avec Romain Duris, « Dans la maison » avec Fabrice Lucchini…

Toujours dans cette lignée, son nouvel opus « l’Amant double » est un thriller érotique avec Marine Vacth, Jérôme Renier et Jacqueline Bisset qui ont déjà tous tourné avec lui.

François Ozon nous a habitués à voir dans ses films des images qui mentent. Dans Télérama, le critique Pierre Murat prétend qu’avec Ozon, on a la chance de voir deux films pour le prix d’un : celui qu’il exhibe avec des tours de passe passe très visibles, et celui qu’il dissimule, dans lequel l’apparence est un piège.

Vous vous souvenez, dans « Huit femmes » une grosse farce policière se doublait de la peinture d’un huis clos peuplé de monstres qui chantaient une humanité perdue, et dans « Frantz », le deuil d’un fiancé cachait une histoire de sentiments ambigüs et de meurtre…

Dans « l’amant double », inspiré d’un roman de Joyce Carol Oates, vous allez retrouver beaucoup de références cinéphiliques, d’Hitchcock à Polanski en passant par De Palma, Fritz Lang, Bunuel et Jacques Tourneur. Mais vous allez aussi trouvez des moments typiquement ozoniens, quelquefois surréalistes, dans un univers volontairement brouillé et …superbement filmé.

Sortie à Lyon le 29 août: inscrivez-vous vite!

L’association Toiles Emoi organise le 29 août une sortie sur les traces des frères Lumière à Lyon. Au programme:

  • une visite guidée du quartier Montplaisir sur les lieux où ont vécu et travaillé les frères Lumière
  • une visite guidée de l’exposition « Lumière! Le cinéma inventé au musée des Confluences. »

Renseignements et inscriptions à l’aide du bulletin ci-joint.

Sortie Lyon 29 08 17