Archives mensuelles : juin 2017

Soirée cinéma des années folles, jeudi 29 juin

 

En préambule à « Ambérieu en fête », Toiles Emoi et Cinéfestival vous proposent une soirée « cinéma des années folles » avec la projection du film de Buster Keaton, Le Mecano de la générale, accompagnée de nombreuses surprises!

Profitez de cette occasion pour commencer la fête et inaugurer vos costumes d’époque!

 

Django

DJANGO – 22 juin 2017 –

Etienne COMAR est né à Paris en 1965. Vous ne connaissez peut être pas ce nom, mais tous vous avez vu des films dont il a écrit les scénarios et assuré la production. Je n’en citerai qu’un, le plus célèbre, « Des hommes et des Dieux ».

DJANGO est sa première réalisation, et en préparant cette présentation, j’ai été frappée de voir à quel point des évènements de la vie de Comar l’avaient amené à cette rencontre avec Django.

Dans son adolescence, son père lui a raconté que pendant les sombres années de l’occupation allemande, il écoutait en boucle les disques de Django Reinhardt qui avaient le pouvoir de le transporter dans un monde joyeux. Plus tard, un de ses neveux, qui apprend la guitare, joue la musique de Django. Et Etienne découvre tout le charme et la vitalité de cet autodidacte de génie, qui avec Stéphane Grappelli a créé en 1932 le jazz manouche, et qui séduit des générations d’amateurs, de musiciens, et même de metteurs en scène. Car bien des réalisateurs, comme Martin Scorsese, Woody Allen, et bien d’autres, ont fait de larges emprunts à Django pour leurs musiques de films…

Il a 40 ans quand il décide de faire partie d’un groupe de jazz et se plonge dans la musique et la vie de Django, lisant toutes ses nombreuses biographies. Et il décide de réaliser un film sur la partie de sa vie entre 1943 et la Libération, «  entre aveuglément musical et prise de conscience ». « Aveuglement musical », car pendant que Django fait danser parisiens et allemands, les nazzis masacrent les tziganes dans toute l’Europe. David, le petit fils de Django, lui raconte les faits réels, que le réalisateur a respectés, mais qu’il a enveloppés dans un tissu de fiction romanesque.

Le casting n’a pas posé de problèmes, Comar a immédiatement pensé à Réda Kateb, qu’il a vu dans « Le Prophète » et « Hippocrate » et qui allie comme Django « charme insouciant et gravité ». Réda a travaillé comme un fou l’apprentissage de la guitare et la position de ses doigts pour faire disparaitre sous une prothèse en latex ceux que Django avait perdus dans l’incendie de sa roulotte. « Quant on me dit « moteur » dit il, j’ai encore le reflexe de replier ma main » ! Mais c’est le guitariste de jazz manouche Christophe Leteilleux qui double les gros plans.

Ce ne sont pas des comédiens qui jouent les manouches, mais des tziganes sédentarisés d’une communauté près de Forbach et Reda a appris leur langue, mélange de Roumain et d’Allemand. La mère de Django est jouée par une tzigane musicienne et danseuse, et sa femme par une chanteuse tzigane d’origine hongroise. Les musiciens du Hot Club de France sont de vrais musiciens professionnels.

Le personnage, entièrement fictif de Louise, est joué par Cécile de France, superbement habillée par la costumière Pascaline Chavanne, dans des décors qui vous rappelleront des tableaux de Hooper. Cet ajout a été inspiré à Comar par la vie extraordinaire de Léa Miller, la muse de Man Ray, mais tout le monde n’appréciera pas cette incursion dans le film…

Et vous allez avoir l’émotion d’entendre le Requiem composé par Django, dont seule une partie a été retrouvée….

Les fantômes d’Ismaël

Le film de ce soir a été présenté hors compétition au festival de Cannes 2017.

Arnaud Desplechin est un réalisateur français de 56 ans, c’est un habitué des soirées toiles émoi, ou plutôt nous sommes des habitués de ses films.

Il fait partie de la génération de cinéastes dans laquelle on retrouve pèle-mêle des gens avec lesquels il a travaillé : Éric Rochant, Emmanuelle Devos, Marianne Denicourt, Matthieu Almaric, Hippolyte Girardot.

Synopsis :

Ismaël Vuillard sur le point de tourner un film sur le portrait d’Ivan, un diplomate atypique inspiré de son frère, est perturbé par le retour de Carlotta, un ancien amour disparu vingt ans plus tôt et dont il n’a réussi à faire le deuil. Sa nouvelle compagne, Sylvia, s’enfuit et Ismaël rejette Carlotta. Alors que sa raison semble vaciller, il quitte le tournage pour retrouver sa maison familiale à Roubaix, assailli par ses fantômes.

Il dit du film de ce soir que ce sont en fait 5 films :

« C’est le portrait d’Ivan, un diplomate qui traverse le monde sans n’y rien comprendre. C’est le portrait d’Ismaël, un réalisateur de film qui traverse sa vie sans n’y rien comprendre non plus. C’est le retour d’une femme, d’entre les morts. C’est aussi un film d’espionnage… Cinq films compressés en un seul, comme les tableaux de nus féminins de Jackson Pollock. Ismaël est frénétique. Et le scénario est devenu frénétique avec lui ! Pourtant, Ismaël dans son grenier essaie de faire tenir ensemble les fils de la fiction… »

Arnaud Desplechin voulait que « chaque scène arrive crument avec brutalité sans que le spectateur ne puisse les esquiver. Pourquoi cette forme de violence ? Car de ces collisions vont naitre des femmes : une femme aimée, le souvenir d’une femme disparue et une amie-lutin. »

On retrouve dans ce film des souvenirs, des références, des regards, des cauchemars, des fantômes de ses œuvres passées, par exemple :

  • la scène de nu entre Ismaël et Carlotta, n’est pas sans rappeler une scène de « Comment je me suis disputé… ma vie sexuelle »

  • des ambiances de film d’espionnage qui rappelle son premier film « La sentinelle »

Ismaël est joué par Matthieu Almaric est un de ses acteurs fétiches, ils ont collaboré sur 7 films (Trois souvenirs de ma jeunesse (2014), Jimmy P. (2013), Un conte de Noël (2008), Rois & reine (2004), Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) (1996)

Dans le rôle de Carlotta, Marion Cotillard, c’est la deuxième fois qu’il tourne avec elle. Il avait déjà travaillé pour un film qui lui a permis de « dire du mal de ses fiancées » ce film c’est « Comment je me suis disputé… ma vie sexuelle ».

Dans le rôle de Sylvia, c’est Charlotte Gainsbourg.

On notera également Louis Garell dans le rôle d’Yvan.

A voix haute, Stephane de Freitas

 

A voix haute, Stephane de freitas, 2016

A voix haute est un film qui, comme son titre l’indique, parle pour lui-même. Il suffit en réalité de retracer le parcours de son réalisateur pour comprendre le sens et l’enjeu du film.
Stéphane de Freitas est né en 1986 en Seine Saint Denis. À 16 ans, il intègre un cursus sport-études dans un lycée parisien renommé. Il y côtoie majoritairement des jeunes issus de milieux huppés, ce qui l’amène à se sentir constamment en décalage social, du fait de ses origines modestes. Après être devenu basketteur professionnel, puis avoir repris ses études et décroché un master en droit et un diplôme de commerce, il se lance dans différents projets solidaires. Il crée notamment en 2012 le concours Eloquentia dans le but d’aider des jeunes de banlieues à maîtriser l’art de la joute oratoire. Dès ce moment, De Freitas avait en tête de consacrer un film à cette expérience. Il raconte : « Ces jeunes, qu’on stigmatise trop souvent, ont des ressources insoupçonnées. Tous ont des choses passionnantes à dire et à faire. Il était important de garder une trace de leur travail et j’y voyais aussi l’occasion de faire mes débuts à la réalisation d’un long métrage. »

Stéphane De Freitas a attendu la troisième édition du concours pour tourner ce documentaire, après avoir rencontré des producteurs de Canal +. N’ayant aucune expérience en réalisation, il a, un an avant le tournage, fait ses gammes et filmé « à l’arrache » la session qui se déroulait avec l’aide des gens de son association. Il a ensuite reçu l’aide technique d’un réalisateur, Ladj LY.

Dès le recrutement de la promotion, Stéphane De Freitas avait identifié sept caractères qui allaient émerger. Le cinéaste n’a cependant pas évité les surprises, comme en témoigne le fait qu’il n’avait pas remarqué Souleïla, la jeune fille qu’Eddy affronte en finale. « Tout d’un coup, à la moitié du tournage, elle s’est révélée et on l’a vue progresser de plus en plus jusqu’à devenir la grande favorite du concours », confie-t-il.

Le hasard a voulu que le premier jour de tournage ait lieu le 7 janvier 2015, jour de l’attentat contre Charlie Hebdo. « Alors que la France était secouée d’horreur, que des terroristes bafouaient la liberté d’expression, nous tournions un film pour célébrer la parole », explique Stéphane De Freitas.

Je vous laisse découvrir ce film qui a le mérite de donner une autre image de la banlieue, loin des clichés habituels, et qui donne une bouffée d’espoir en montrant que des solutions existent pour favoriser le dialogue et réduire la fracture sociale.

Danièle Mauffrey

Félicité, d’Alain Gomis – jeudi 1er juin 2017 –

 

Alain Gomis est un jeune réalisateur de 45 ans né à Paris d’une mère française et d’un père sénégalais. Il nous présente son 4ème long métrage après  » L’Afrance, Andalucia et Aujourd’hui » sorti en 2004.

Au dernier festival de Berlin, il a obtenu l’Ours d’Argent pour « Félicité ». C’est le prénom qu’il a donné à cette femme, indépendante et fière, endurcie par la vie, dont il nous brosse le portrait. Elle chante le soir dans un bar de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. Ville de violences, Kinshasa avec ses 12 millions d’habitants a la réputation d’être une des villes les plus dangereuses du monde.

Le réalisateur mêle le portrait de cette ville grouillante avec celui de la chanteuse qui, de sa voix rauque, parvient à faire naître une certaine harmonie. Comme Orphée, elle charme par son chant. Des musiciens congolais l’accompagnent et la musique excitante, hallucinogène envahit l’espace.

Dans le bar où Félicité se produit, la vie tangue entre alcool et embrouilles. Elle, elle est là pour donner du bonheur, son prénom la prédestinait. Sa voix galvanise les énergies. Grâce à une forme de plaisir, presque de transe, la musique aide à échapper à un monde trop insupportable. C’est, au fond, une porte de sortie dans l’enfermement de la réalité.

A cette 1ère partie du film, succède une 2ème qui prend un virage beaucoup plus sombre ; la ville elle-même se transforme en fantôme inquiétant. Alain Gomis traite alors davantage de la relation de son héroïne avec le monde dans lequel elle évolue. Félicité, cette femme battante est soudain déstabilisée. Contre la fatalité, l’adversité, elle se débat férocement.

Traduisant des flashs d’émotions, le film se présente comme une association d’images éclatées ; et aux chansons de bars succède un orchestre symphonique, celui de Kinshasa. Dans le film, le chant, la musique comptent autant que les dialogues. « Il y a deux côtés à la nuit » glisse un client du bar : la nuit où on boit pour oublier cette vie de misère, et la nuit des rêves. Dans cette seconde partie la présence fascinante de Félicité se voile de mystère.

L’actrice, non professionnelle, qui joue pour la 1ère fois le rôle de Félicité : Véronique Tshanda Beya Mputu, contribue à donner au film une puissance, un magnétisme. Dans les plans rapprochés choisis par le réalisateur, on devine son parcours, sa colère, sa vie difficile faite de multiples combats ; ses moindres émotions sont perceptibles.

Tourné en 7 semaines au Sénégal, le film va partir dans ce pays. Alain Gomis tient à le projeter lui-même partout où il le pourra ; il est bien conscient que les salles de cinéma existent de moins en moins en Afrique : elles ont été remplacées par des multiplexes qui passent surtout des films américains.

Quant à nous, nous n’oublierons pas, je crois, le visage de cette mère Courage qu’on reverra peut-être dans le prochain film, actuellement en préparation, d’Alain Gomis.

Denise Brunet