Archives mensuelles : mai 2017

De l’autre côté de l’espoir

Aki Kaurismäki est né en Finlande en 1957. Son frère Mika, de deux ans son aîné, fait de brillantes études de cinéma et s’installe comme producteur et réalisateur. Aki est aussi très cinéphile. Il admire particulièrement Chaplin, Orson Wells, Tati et Truffaut, qui resteront ses modèles. Il est aussi musicien, il fait partie d’un groupe, les Leningrad Cow-boys, dont le nom inspirera les titres de deux de ses films. Il dira plus tard que pour lui, faire des films, c’est avant tout « mettre des images sur de la musique ». Mais il reste aux portes des écoles de cinéma, et poussé par sa fantaisie et, il faut bien le dire, par son très fort penchant pour la bouteille, il fait des petits boulots nourriciers : plongeur dans un restaurant, postier, critique de films, acteur, sableur, musicien

En 1981, il réalise son premier long métrage avec son frère, et c’est le début d’une très abondante filmographie , avec une « marque de fabrique »  reconnaissable : des personnages taiseux, un mélange de comédie déjantée et de drame désespéré, et, il l’avoue, «  le désir de manipuler le spectateur pour l’amener à plus de solidarité ». Je ne vous citerai que quelques films, certains abondamment primés à différents festivals , le désopilant « J’ai engagé un tueur » avec Jean Pierre Léaud, un de ses acteurs fétiches, tourné en France comme « Le Havre » avec ses chers Kati Outinen et André Wilms,« L’homme sans passé », « Au loin s’en vont les nuages », tiens ton mouchoir Tatiana…

Dans « De l’autre côté de l’espoir », Kaurismäki utilise une pellicule thechnicolor périmée dont il a réussi à dénicher un stock, qui donne un cachet unique à chaque image, avec des plans fixes sur un décor intemporel , un éclairage puissant qui atténue les couleurs et les contrastes. Et vous allez voir aussi des scènes truculentes, pleines de fantaisie, et de bouleversantes vues télévisuelles d’Alep dévastée. Notons toutefois que Sherwan Haji, remarquable dans le rôle du jeune syrien réfugié, (je vous recomande la scène où il sort du charbon) a quitté la Syrie bien avant la guerre et fait une carrière d’acteur en Finlande. Quant à Sakari Kuosmanen, il joue excellemment le représentant en chemises (comme le père du réalisateur ! ) reconverti en tenancier de bistro. Et la musique est omniprésente, avec les rockeurs finlandais amis du réalisateur .

Et ce film vous fera chaud au cœur avec « sa solidarité sans discours, et sa bienveillance sans chichi ».