Archives mensuelles : avril 2017

Orpheline, d’Arnaud des Pallières – jeudi 27 avril 2017 –

Il nous est apparu bien difficile de présenter le film du réalisateur Arnaud des Pallières sans trahir un peu la conception qu’il a de son travail.

C’est un cinéaste rare (5 longs métrages en 20 ans de carrière) qui a débuté dans le documentaire. « Je fais des films en kit, dit-il, des films à construire soi-même » ou encore « je revendique avoir voulu faire un film pour chaque spectateur, à lui de construire l’image d’ensemble ; elle peut être différente de celle de son voisin ».

Dès lors, si nous respectons son souhait nous vous laissons seuls, au risque de vous savoir       entraînés dans un trouble qui va durer une partie du film. Vous aurez l’impression de voir des séquences disparates et vous vous demanderez : « mais quel est donc le lien entre ces filles ? « , interprétées par Adèle Haenel, Adèle Exarchopoulos, Vega Cuzytek et Solène Rigot, révélation du film.

Il nous a donc semblé que devant ce film un peu déroutant, complexe, qui s’appuie sur la sensibilité et la lecture de chacun, quelques clés pouvaient être utiles.

Le scénario coécrit par Arnaud de Pallières puise dans l’histoire personnelle de sa coscénariste : Christelle Berthevas. Il s’agit donc d’une adaptation libre de souvenirs autobiographiques.

Le film entend tisser l’évolution d’un parcours de vie, celle d’une jeune femme aux identités multiples et contradictoires, incarnées par 4 actrices : elles interprètent un même personnage à 4 étapes de sa vie. 4 récits sont proposés, 4 époques racontées à rebours, de l’âge adulte à l’enfance. C’est en somme un portrait en forme de poupée russe.

Que l’on trouve le procédé fascinant ou agaçant, il n’en reste pas moins que le projet est singulier. Restituer les métamorphoses d’une femme en la faisant jouer tour à tour par 4 actrices différentes est apparu à Arnaud des Pallières comme une évidence. Selon lui, au cours de notre vie, nous devenons des personnes différentes, parfois étrangères les unes aux autres.

Le film peut apparaître parfois comme un puzzle cassé, mais au fond, il rend hommage à la complexité des êtres, aux vies bancales et à l’amour salvateur. Une demande compulsive d’amour habite le personnage et on rejoint par là le titre : être orphelin c’est un manque et du coup une quête.

Pour conclure on soulignera la performance des actrices et celle des acteurs comme Nicolas Duvauchelle et Sergi López, souvent filmés dans des contre-jours aveuglants qui ne les mettent pas forcément en valeur.

Je vous souhaite une bonne projection.

 

Citoyen d’honneur, de Duprat et Cohn

 

CITOYEN D’HONNEUR   – 20 avril 2017 –

 

J’espère que vous n’avez pas manqué le 27 mars la projection des films des Frères Lumière. Vous avez vu les extraordinaires reportages réalisés par les opérateurs qu’ils avaient envoyés à travers toute la terre. Certains ont filmé l’Argentine et y ont fait école, si bien que le cinéma argentin existe depuis 1896.

Le film de ce soir est l’œuvre d’un duo de réalisateurs, Gaston DUPRAT né à Buenos Aires en 1969, et Mariano COHN, né en 1975, également à Buenos Aires. Les deux hommes se sont rencontrés en 1993 à un festival de vidéos, où Gaston (24 ans) faisait partie du jury et Mariano (18 ans) des compétiteurs. Ils ont échangé quelques propos, ont réalisé qu’ils avaient beaucoup de points communs et ont décidé de travailler ensemble : d’abord dans des vidéos expérimentales, puis dans des créations pour la Télévision, le théâtre et le cinéma, ce qu’ils font depuis 24 ans.

Citoyen d’honneur est leur 6ème long métrage. Peut être allez vous humer un parfum des comédies italiennes des années 1960-1970, vous évoquant Dino Risi, Comencini ou Ettore Scola. N’en soyez pas étonnés, la moitié de la population argentine a une ascendance italienne…

Duprat et Cohn ont réalisé une fable kafkaïenne, sur fond de réflexion sur les différences culturelles, et la condition d’artiste, thèmes déjà traités dans deux de leurs précédents films, L’artiste et L’homme d’à côté. Cette comédie est un mélange de cynisme et de tendresse, de rancoeur, de mesquinerie et de générosité. Et le personnage du héros est magnifiquement porté par Oscar Martinez, qui a mérité amplement son prix d’interprétation masculine à la Mostra de Venise 2016.

Vous allez maintenant découvrir l’écrivain Daniel Mantovani, une sorte de Michel Houellebecq qui aurait obtenu le prix Nobel de la littérature. Lui qui vit dans un loft luxueux à Barcelone, est inquiet de cette nouvelle notoriété. Il refuse toute célébration mais va accepter l’invitation du maire de Salas, son village natal perdu dans la Pampa, où il n’a pas remis les pieds depuis 30 ans, dont les habitants ont servi à leur insu de modèles pour les personnages de ses romans. Les retrouvailles entraineront rancœur ou tendresse, et les situations désastreuses vont se succéder. Je gage que vous n’allez pas oublier de sitôt le concours des artistes amateurs, le repas de têtes d’agneaux souriantes ou le défilé sur le toit du camion de pompiers…

Marion Magnard

Soirée italienne le 04 mai

La soirée italienne c’est, en partenariat avec l’AMIBOP, 2 films… et une collation italienne entre les deux!

 

19H : IL GIOVEDI

Comédie dramatique Italienne – 1964 – réalisée par Dino Risi. Durée : 1H40. Avec Walter Chiari, Michèle Mercier, Roberto Ciccolini,… En VO Sous-Titrée.

Dino, la quarantaine, qui vit séparé de son épouse depuis de longues années, profite d’un jeudi passé en compagnie de son jeune fils de 8 ans, Robertino, pour tenter de gagner son affection et retrouver son estime…

Collation italienne offerte par AMIBOP et Toiles Emoi

FAIS DE BEAUX RÊVES

(Fai Bei Sogni)

Drame franco-italien réalisé par Marco Bellocchio. Durée : 2H10. En VO Sous-Titrée.
Avec Valerio Mastandrea, Bérénice Bejo, Guido Caprino,… Turin, 1969. Massimo, un jeune garçon de neuf ans, perd sa mère dans des circonstances mystérieuses. Quelques jours après, son père le conduit auprès d’un prêtre qui lui explique qu’elle est désormais au Paradis. Massimo refuse d’accepter cette disparition brutale. Année 1990. Massimo est devenu un journaliste accompli, mais son passé le hante. Alors qu’il doit vendre l’appartement de ses parents, les blessures de son enfance tournent à l’obsession…

TARIFS PAR FILM : Tarif Normal : 8€ Étudiant / Sénior : 6.70€ – Adhérents : 6€

PASS POUR LA SOIRÉE :

11€ pour les 2 films.

Moonlight de Barry Jenkins

Moonlight de Barry Jenkins

Barry Jenkins est un américain de 37 ans, il est scénariste, acteur et réalisateur, mais c’est le réalisateur qui nous intéresse ce soir.

Avant de parler du réalisateur, je voudrai vous parler de l’auteur Tarell Alvin McCraney, lui aussi est américain de 37 ans. Il est connu pour avoir écrit la pièce « In Moonlight, Black Boys Look Blue », une pièce de théâtre qui décrit les problèmes de la communauté noire en Louisiane. C’est à partir de cette pièce que le scénario du fil est né. À partir du mois de juillet 2017, Tarell Alvin McCraney sera en charge de la chair d’écriture dramatique à l’université de Yale, excusez du peu.

L’auteur et réalisateur ont grandi dans le même quartier de Miami, Liberty city, ils ont vécu les mêmes choses dans un environnement violent : une mère accroc à la drogue, notamment le crack.

Imaginez Miami : le rêve, le soleil, les palmiers, les plages, la richesse mais aussi la pauvreté, la violence et la drogue.

Le film retrace 3 époques de la vie d’un homme dans les années 80 dans cet univers. Le personnage de Chiron alias Black que nous allons suivre de l’enfance en passant par l’adolescence jusqu’à ce qu’il devienne un jeune adulte. Pour camper ce personnage, le réalisateur a imposé aux 3 acteurs de ne pas se rencontrer et même de ne pas se croiser afin de ne pas s’influencer mutuellement.

  • Pour le rôle de l’enfant, le réalisateur voulait quelqu’un de Miami : Alex Hibbert.
  • Pour le rôle de l’adolescent, Ashton Sanders qui a séduit pour son calme qui illustre très bien le personnage de cette époque de la vie de Black.
  • À l’age adulte, on découvre TREVANTE RHODES qui devient un des comédiens les plus sollicités d’Hollywood.

On retrouve aussi un acteur bien connu Mahershala Ali (Hunger games, House of Cards…)

Une femme dans ce monde masculin, pour camper la mère de Black, c’est Naomie Harris (Miss Moneypenny dans les derniers James Bond à partir de Skyfall), mais aussi dans « La rage au ventre », et « Mandela, un long chemin vers la liberté » dans lequel elle incarnait Winnie Mandela.

Pour expliquer le titre du film, je reprendrai le mots même de Trevante Rhodes alias Black : « le clair de lune fait allusion à la lumière qui brille parfois dans les ténèbres ou qui éclaire des choses qu’on a peur de montrer. Chacun d’entre nous, à un moment ou à un autre, a dû se battre comme Chiron, que ce soit sur une courte période ou pendant toute sa vie. Et tous ceux qui affirment ne pas s’être construit une carapace vivent dans les ténèbres. »

Je vous laisse également profiter de la superbe musique Nicholas Britell compositeur également de « Whiplash », « New York, I love you »…

Certains regards aiguisés, et je sais qu’il y en à dans la salle, reconnaitront des références aux cinémas de Steve McQueen, et Won Kar-wai.

Je vous souhaite une bonne séance qui à la sortie sera baignée d’un beau clair de lune.

Harmonium, de Koji Fukada

Harmonium, de Koji Fukada

            Koji Fukada est un jeune réalisateur né en 1980 à Tokyo. Il est également scénariste, monteur et producteur. Son précédent long métrage remarqué en France est sorti en 2013, il s’intitule Au revoir l’été. Il s’agissait d’une comédie sentimentale lumineuse, aux antipodes du film que vous allez voir ce soir. En effet, Harmonium est un film très sombre, entre policier et thriller fantastique.

Comme cette soirée s’inscrit dans la biennale des cultures du monde consacrée au Japon, il m’a paru intéressant d’analyser en quoi ce film s’inscrit, ou non, dans la tradition du cinéma japonais.

Tout d’abord, il s’agit d’un drame familial, une recette très souvent au menu des films japonais. La cellule familiale, dans les films d’Ozu, de Kore Eda ou encore de Kawase est souvent le lieu de l’intrigue et du drame, et l’on peut penser à ces nombreuses scènes de repas qui en disent tant sur les relations entre époux, parents, enfants… Cependant ici, l’action va se nouer lorsque le cercle de famille s’élargira avec l’arrivée d’un personnage qui révélera des tensions inattendues.

Deuxième élément traditionnel dans le cinéma japonais : des personnages souvent mutiques, et des dialogues qui laissent place à des sons, souvent naturels, qui envahissent l’espace. Un proverbe japonais dit d’ailleurs : « Les mots que l’on n’a pas dit sont les fleurs du silence ». C’est vrai dans Harmonium, mais pas toujours, car il y a aussi des dialogues animés.

Troisième élément très présent dans les films japonais :l es fantômes, comme chez Kiyochi Kurosawa, dont le récent Secret de la chambre noire, avec Olivier Gourmet et Tahar Rahim, reprend cette tradition. Ces fantômes sont d’ailleurs souvent plus familiers qu’inquiétants. Ils sont souvent montrés comme des personnages proches des vivants, et filmés sans effets spéciaux. La référence dans ce domaine, c’est le film de Mizoguchi Les contes de la lune vague après la pluie, dans lequel un potier part vendre ses pots à la ville et tombe amoureux d’une dame qui se révèle être un fantôme. C’est d’ailleurs le film qui avait inspiré Alain Corneau sa façon de mettre en scène le fantôme de Mme De Sainte Colombe.

Par contre, si vous êtes venus pour voir des cerisiers en fleurs, comme par exemple dans les délicieux Délices de Tokyo de Naomi Kawase, il vaut mieux que vous alliez vous promener demain dans la campagne et les jardins ambarrois !

 

Un bonus avant le film : les élèves de 2nde option CAV du lycée ont réalisé un exercice consistant à mettre en images un haiku de leur choix (très court poème japonais). Parmi la trentaine de court films réalisés, vous découvrirez un petit programme composé de 7 d’entre eux, qui illustrent les différentes manières dont ils ont revisité cette forme poétique.