Archives mensuelles : janvier 2017

1 semaine et 2 événements!

N’oubliez pas nos deux événements de la semaine:

  • jeudi soir à 20h30: Leçon de cinéma par Jérémy Cottin, autour des magiciens du cinéma, à l’occasion de la projection de Planétarium, une soirée… fascinante en perspective!
  • samedi matin à 10h: Cinéfamille, projection de Tous en scène, un film enchanteur et un bon moment familial assuré à prix tout doux (organisé par Toiles Emoi et l’association familiale: 5,50 pour les parents adhérents et 4 euros pour les enfants)

 

Rêves d’or, de Diego Quemada Diez

Rêves d’or, de Diego Quemada Diez

TEM a choisi cette semaine, au lieu de vous proposer un film sorti ces dernières semaines, de vous faire découvrir un film sorti en décembre 2013, qui fait partie de la sélection « Lycéens au cinéma » et qui nous a paru particulièrement intéressant.

Le réalisateur de ce film s’appelle Diego Quemada Diez, c’est à ce jour le seul long métrage qu’il a réalisé. Il est né en Espagne en 1969 mais il vit désormais au Mexique, et il a été nourri dès l’enfance des récits de sa mère, qui avait beaucoup voyagé en Amérique latine. Il est entré dans le monde du cinéma en tant que coursier, puis gestionnaire de production, puis assistant caméra. Il a ainsi été amené à travailler avec des réalisateurs importants, il a par exemple collaboré avec Ken Loach pour le film Land and Freedom en 1995. Il est parti ensuite s’installer à Los Angeles, sans papiers et a participé à des tournages avec Oliver Stone ou Gonzales Inarritu, tout en menant des études de cinéma et en tournant ses propres courts-métrages. En 2006, il a tourné au Kenya un documentaire intitulé I want to be a pilot, dans lequel il interviewe 50 orphelins vivant dans les bidonvilles de Nairobi. Ce film lui a permis de décrocher une bourse de la fondation du Festival de cannes 2010, pour préparer le film que vous allez voir ce soir. Vous pouvez le visionner ici .

Le sujet de ce film c’est, encore une fois pourrait-on dire, le thème des migrants. Le film raconte l’histoire de 4 adolescents guatémaltèques (le Guatémala est situé au sud du Mexique) qui cherchent à traverser le Mexique (environ 2000 km) pour rejoindre l’El Dorado américain. Pour préparer ce film, dans lequel il souhaitait donner la parole aux migrants, faire entendre leur voix, le réalisateur a interviewé pas moins de 1200 migrants.

On peut sentir ici l’influence de Ken Loach à la fois dans le sujet, très engagé dans la dénonciation de la misère, de la violence, de l’injustice, mais aussi dans la manière de filmer. Cette fiction est tournée dans l’ordre chronologique,: le réalisateur veut rendre hommage aux migrants en refaisant leur parcours et le film est tourné dans les lieux réels de leur voyage. Il s’inspire de techniques documentaires : lumière naturelle, caméra à l’épaule, pellicule argentique Super 16. Enfin, il opte pour des acteurs non professionnels, dont l’interprétation a été récompensée par le prix « Un certain regard » à Cannes en 2013. On peut noter que l’acteur qui interprète Juan est depuis devenu connu dans son pays pour sa musique, il compose e effet de la musique hip-hop.

L’affiche ainsi que le titre français du film, inspirés de l’affiche et du titre britanniques sont très trompeurs. En effet, ces 2 adolescents dans une douce lumière dorée sur lesquels s’inscrit le titre « Rêves d’or » en français, Golden Dream en anglais, donne une vision idyllique de leur parcours. Il n’en est rien dans le film, et les affiches espagnole et mexicaines sont beaucoup plus représentatives de l’extrême dureté de ce film. En effet le titre original est « La jaula de oro », donc la prison dorée, et les affiches sont d’une tonalité beaucoup plus sombre (voir ci-dessous).

Un film très dur donc mais, plein d’humanité, dans lequel on trouve notamment 2 personnages complémentaires : Juan, qui a une vision plutôt matérialiste et qui est persuadé de réussir sa vie au Etats Unis, et Chauk, indien d’origine Tzotzil, qui a une vision du monde beaucoup plus spirituelle. Pour le réalisateur, cette opposition, ou cette complémentarité, souligne la lutte interne présente chez tout homme, comme si chacun de nous avait en lui un peu de Juan et un peu de Chauk. Cette réflexion sur l’humanité se cristallise dans l’image de la neige, et il est probable qu’après avoir vu ce film, vous ne verrez plus tomber les flocons de la même façon.

Affiche espagnole :

Affiches mexicaines :

 

TANNA – film australien – jeudi 12 janvier 2017 –

Quelques informations : depuis la semaine dernière, les adhérents de Toiles Emoi bénéficient d’un tarif privilégié : 6 € le jeudi soir et le lundi soir. La carte d’adhérent offre également des séances gratuites.

Jeudi 26 janvier : dans le cadre de notre partenariat avec l’Institut Lumière, nous recevrons Jérémy Cottin qui nous parlera des premiers magiciens du cinéma à propos du film « Planétarium », avec Natalie Portman et Lily-Rose Depp.

 Samedi matin 28 janvier : Toiles Emoi, l’Association familiale et le Ciné Festival vous invitent à une séance familiale avec un tarif attractif  : 5€. « Tous en scène » est un film d’animation pour adultes et enfants, plein d’humour, accompagné par une musique des années 50 à nos jours. Les critiques lui décernent le titre de « film enchanteur ».

Jeudi 16 février : nous accueillerons à nouveau Jérémy Cottin pour « La La Land », comédie musicale qui vient de recevoir 7 prix aux Golden Globes.

Ce soir, nous avons décidé de vous emmener loin, très loin, dans une petite île du Pacifique, au nord-est de la Nouvelle-Calédonie, de l’Australie : île de Tanna, dans l’archipel mélanésien de Vanuatu. Forêts tropicales, plages de sable fin, plaines de cendres autour du volcan : voilà le cadre. Ce décor exotique joue un rôle prépondérant dans le film : le village de Yakel et le volcan Yahul en éruption permanente, constituent 2 pôles forts. La forêt apparaît comme un lieu de circulation, de dissimulation aussi.

Deux cinéastes australiens : Bentley Dean qui porte la caméra et Martin Butler préposé au son, s’intéressent à cette île qui abrite une des dernières tribus traditionnelles de Mélanésie. Jusque là, ils n’ont réalisé que des documentaires sur les origines de l’homme, sur les Aborigènes et sur cette île qui abrite un système de croyances très varié, un mode de vie millénaire, une structure sociale patriarcale et ce malgré les contacts avec le monde moderne.

En entendant raconter par les habitants une histoire qui remonte en 1987 et qui a bouleversé leur vie, les cinéastes ont eu envie de faire leur premier long métrage de fiction sur le sujet. C’est aussi le 1er film réalisé au Vanuatu.

Pendant plusieurs mois, ils ont partagé la nourriture, les aventures des habitants de l’île et ont peu à peu gagné leur confiance. Puis ils ont rencontré la tribu qui avait vécu cette histoire, dont on parle dans toute l’île, la tribu de Yakel. Ils ont fait appel aux habitants pour écrire une reconstitution de ce fait divers qui a changé les us et coutumes de l’île. Cette collaboration entre cinéastes australiens et habitants du village de Yakel s’est révélée très étroite. Les réalisateurs ont saisi le mélange de magie, de tradition et de fidélité familiale qui régit le clan.

Ils ont décidé de tourner dans cette tribu de Yakel et ont demandé aux membres de la tribu d’interpréter eux-mêmes l’histoire. Le couple, qui est au centre de cette intrigue toute shakespearienne, a été choisi par les habitants ; le chef du village et le chamane jouent leur propre rôle. Ces habitants, devenus acteurs, ne sont jamais allés à l’école, n’ont jamais quitté Tanna pour la plupart, et aucun n’avait vu de film avant de découvrir l’œuvre terminée, lors d’une projection de fortune dans le village.

Selon l’anthropologue Marie Durand, à la suite de l’indépendance du Vanuatu en 1980, (l’archipel avait été colonisé par les Français et les Anglais : c’est ce qu’on appelait les Nouvelles-Hébrides), un mouvement de rejet de la civilisation occidentale s’est imposé dans certaines communautés. Des groupes sont retournés vivre dans des villages, sans élément de modernité et en réintroduisant la Kastom, mot dérivé de l’anglais : custom : c’est en somme un ensemble de règles coutumières ancestrales, de croyances, de chants, de danses, et cet ensemble régit la vie en communion avec la nature. Toutefois c’est une notion dynamique, la Kastom peut évoluer.

Nous allons donc plonger dans un univers inattendu, dépaysant. Je me suis efforcée de ne pas vous dévoiler l’histoire ; c’est une histoire vraie qui a entraîné une révision de la constitution du pays, preuve-même que la Kastom n’est pas figée.

A la dernière Mostra de Venise, le film a reçu le prix du public et le prix de la meilleure photographie. Présenté par l’Australie, il va concourir en février pour obtenir l’Oscar du meilleur film étranger.

Pour terminer, je vous livre cette phrase du chef du village à l’adresse des réalisateurs. Il l’a prononcée le lendemain de la projection dans le village de Yakel : « Nous savons, dit-il, que vous êtes venus ici avec votre équipement et votre projet de film, mais nous voulons vous informer que nous considérons ce film comme le nôtre. »

Bonne séance.

Denise Brunet

Nouveau tarif adhérents Toiles Emoi, profitez-en!

A compter du 05 janvier 2017, les adhérents de notre association bénéficient d’un tarif réduit à 6 euros pour les séances Art et essai du jeudi soir et du lundi soir (en plus du tampon sur la carte d’abonnement sur ces mêmes séances). Profitez-en vite, et si vous n’êtes pas encore adhérents, il n’est pas trop tard! (un stand d’abonnement sera à votre disposition tous les jeudis de janvier avant le film)

Mademoiselle, de Park Chan-wook

 

Je souhaite à tous une très belle année, riche en en tendresse, en émotions, en frissons, en réflexion… aussi bien dans votre vie personnelle que dans votre vie de cinéphiles. Et ce soir, nous commençons une année pimentée avec un thriller psychologico-érotique qui nous vient de Corée.

Park Chan-wook est né en 1963 à Séoul. Il fait des études de philosophie mais une séance au cours de laquelle est projeté Sueurs Froides d’Hitchcock va changer sa vie : c’est en effet au cours de cette projection que se révèle sa passion du cinéma et qu’il rencontre la femme de sa vie. Il crée ensuite une communauté de cinéphiles dans l’université où il étudie, ce qui est très rare en Corée à cette époque.

En 1988, il commence à travailler dans le cinéma tout en effectuant différents métiers pour financer ses projets. Il tourne son 1er long métrage en 1992 dans les milieux de la mode et de la prostitution, mais c’est un échec commercial. Il devient alors critique de cinéma. En 1997, son 2ème film, une sorte de comédie sociale, rencontre encore très peu de succès. Le réalisateur cherche à financer un projet de film très noir sur le thème de la vengeance mais pense bientôt qu’il devra renoncer à faire des films.

En 1999, il réalise un court-métrage documentaire sur l’effondrement d’un grand magasin, film sélectionné au festival de Clermont Ferrand. C’est un nouveau départ pour lui. Peu après, on lui propose d’adapter un roman sur la guerre entre les 2 Corées. Cette fois, c’est le succès. Il collabore ensuite à différents projets et fonde une société de production qui lui donnera beaucoup plus de liberté dans ses projets. Il pourra ainsi réaliser Sympathy forMister Vengeance, son ancien projet, en 2002, puis Old boy en 2003 qui lui vaut le grand prix du festival de Cannes. Il terminera ce triptyque sur le thème de la vengeance en 2005 avec Lady vengeance.

Parallèlement à ses activités de cinéaste, il est aussi engagé politiquement et milite dans un parti de centre gauche.

Mademoiselle est inspiré d’un roman policier britannique paru en 2002 qui a pour titre Du bout des doigts et qui a déjà fait l’objet d’une adaptation sous la forme d’une mini série produite par BBC One en 2005. L’intrigue du roman est située à Londres dans les années 1860, et elle aborde le thème des relations particulières entre une jeune aristocrate et sa dame de compagnie, dans une forme qui rappelle les romans gothiques parsemés de manoirs hantés et de personnages machiavéliques. Le réalisateur transpose l’action à l’époque de la colonisation japonaise en Corée, dans les années 30, et impose donc une esthétique japonisante qui convient très bien au sujet, tout en restant dans une société où l’aristocratie est présente ainsi que le statut de servante, en effet le titre international du film est The Hanmaiden. Néanmoins le décor rappelle les origines anglaises de l’histoire car la maison où se déroule l’histoire comporte des parties de style japonais et d’autres de style anglais, dans lesquelles les personnages ne vivent pas de la même façon. Ce mélange des styles est particulièrement perceptible dans le décor de la bibliothèque.

Pour tourner ce film, le réalisateur a utilisé une caméra numérique associée à un type d’objectif ancien, l’objectif anamorphique qui était utilisé à l’époque de la pellicule pour tourner des films en format très large.

Pour finir, car le film est long, je citerai la description que Park fait lui-même de son film : « C’est un thriller, une histoire d’arnaqueurs, un drame ponctué de rebondissements surprenants et plus que tout, une histoire d’amour. »

Danièle Mauffrey