Archives mensuelles : novembre 2016

MOI, Daniel Blake de Ken Loach – jeudi 24 novembre 2016 –

En mai dernier Ken Loach a reçu la palme d’or pour le film de ce soir. C’est la seconde fois qu’elle lui était décernée, après celle qui avait couronné « Le vent se lève  » en 2006.                      Ils ne sont que 8 réalisateurs à avoir reçu 2 fois la récompense cannoise : on citera parmi eux Coppola, Kusturica, les frères Dardenne, Haneke… C’était la 13ème participation de Ken Loach à la compétition officielle, et la 18ème fois qu’il présentait un film à Cannes.

A tout juste 80 ans, le réalisateur britannique n’a pas perdu la rage de sa jeunesse. Lui, le héros du cinéma social anglais, continue à produire un cinéma militant, efficace et profondément humain.

Lors de la projection à Cannes on a entendu des propos désobligeants « film naïf, facile, manichéen ». Mais le jury présidé par George Miller a tenu à récompenser ce réalisateur engagé qui donne la parole à ceux que l’on n’entend jamais.

Il y a 2 ans, à la sortie de son film précédent « Jimmy’s Hall », il avait annoncé sa retraite. Mais, exaspéré par ce qu’il nomme « la cruauté consciente de la politique de David Cameron », il décide de porter à l’écran une histoire qui s’inspire de témoignages de centaines d’hommes et de femmes. En effet, avant de tourner, Ken Loach et Paul Laverty, son scénariste attitré depuis 20 ans, ont mené une enquête sur le terrain. Ils se sont rendus dans un grand nombre de villes et villages des Midlands, ils ont visité plusieurs banques alimentaires ; ils ont parlé avec des victimes d’un système qui, de manière cynique, se débarrasse des plus pauvres. Raconter l’histoire de ces gens, pris entre l’humiliation, la révolte et la soumission, devenait, pour eux, une évidence.  Mais le plus gros enjeu, dit Ken Loach, était le casting. Grand directeur d’acteurs, qu’ils soient novices ou professionnels, il a fait appel à l’humoriste anglais Dave Johns pour incarner Daniel Blake ; par sa simple présence, modeste, pudique, teintée d’humour, il fait sentir toute une existence.

Dave Johns vient de la même ville que le personnage : Newcastle ; son père était menuisier ; il connaît les difficultés des survivants de l’état-providence anglais, torpillé par Margaret Thatcher. Ken Loach en a fait un homme digne, le titre-même du film permet d’affirmer Daniel Blake en tant qu’individu : MOI, Daniel Blake. Et dans la dernière phrase du film deux mots résonnent : un homme, un citoyen. Les dialogues percutants de Paul Laverty, tour à tour drôles et cruels, accompagnent cet homme dans un cycle d’absurdités.

Hayley Squires, comédienne de théâtre, est, elle aussi, éblouissante de naturel. La scène de la banque alimentaire dans laquelle on voit toute sa souffrance, évoque autant l’Angleterre victorienne que celle d’aujourd’hui : la violence sociale est hélas la même. Lorsqu’on demande à Ken Loach si un film est capable de faire changer les choses, voici ce qu’il répond : « non, mais il peut ouvrir les yeux, encourager un point de vue, agir sur les consciences ». Sa combativité semble bien nécessaire pour pointer les errements de nos sociétés.

Terminons en vous invitant à repérer dans une scène un animal présent dans tous les films de Ken Loach : un chien à 3 pattes …tout un symbole.                                                                                A Cannes on lui a posé la question : « Comment avez-vous fait pour en trouver un tout au long de votre carrière ? » ce à quoi il a répondu « il y en a beaucoup » et il a tenu à préciser « qu’aucun chien n’avait été amputé pour être dans ses films ».
Bonne projection !

Denise BRUNET

 

 

Présentation du Projet Associatif de Toiles Emoi

Jeudi 24 novembre, avant la séance consacrée au film de Ken Loach, Moi, Daniel Blake, le CA de Toiles Emoi présentera le projet associatif qui a été élaboré au cours de l’année. ce sera l’occasion de rappeler les valeurs, les enjeux et les objectifs de l’association pour les semaines et les mois à venir. Merci de votre intérêt pour ce projet, que vous trouverez prochainement en ligne sur ce site.

Les prochains films à l’affiche des séances 7ème art

 

  • jeudi 24 novembre, Moi, Daniel Blake, de Ken Loach, le film qui a valu une 2ème Palme d’or à son réalisateur.
  • jeudi 1er décembre, Réparer les vivants, de Katell Quillévéré, suivi d’une discussion sur le film et sur le don d’organes en présence de l’association France ADOT.
  • jeudi 8 décembre, Comancheria, de David Mackenzie: 2 frères  texans s’improvisent braqueurs de banque à la mort de leur mère. Un film entre western, thriller et comédie.
  • jeudi 15 décembre, Clash, de Mohamed Diab le réalisateur des Femmes du bus 678: à la suite d’une émeute au Caire, des dizaines de manifestants sont embarqués dans un fourgon de police. Un huis-clos qui nous plonge au coeur de l’Egypte contemporaine.
  • jeudi 22 décembre, Saint Amour, de Kervern et Delépine: à l’approche de Noël, ne manquez pas de déguster ce grand cru 2016 en compagnie de Depardieu, Poelvoorde…
  • jeudi 29 décembre, Sing Street, de John Carney: une comédie tout public sur une bande-son des années 80, à ne pas manquer pour les fêtes!

Le 1er décembre, Réparer les vivants suivi d’une discussion sur le Don d’organes

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Soirée 7ème art exceptionnelle le jeudi 1er décembre:

  • à 20h30: le film de Katell Quillévéré tiré du roman de Maylis de Kerangal, Réparer les vivants.
  • après le film, discussion sur le don d’organes avec l’association France ADOT, en présence de Philippe Cochet.

Vous pourrez également participer au Téléthon en achetant une carte-jeu proposée par Toiles Emoi, sur le thème du cinéma, et gagner des affiches de cinéma offertes par Cinéfestival

Nouveau service de covoiturage

  • Vous assistez aux soirées 7ème art du jeudi soir et vous avez des places disponibles dans votre véhicule
  • Vous aimeriez assister aux soirées 7ème art du jeudi soir mais vous n’avez pas de véhicule

Si vous êtes dans l’un de ces deux cas, nous proposons de vous mettre en relation avec un « covoitureur ». Pour cela, contactez nous en indiquant précisément quelle est votre demande ou proposition (lieu, nombre de places…) ainsi que vos coordonnées (adresse mail ou téléphone) soit :

  • au cinéma le jeudi soir
  • par un commentaire sur cet article
  • par un courrier adressé à Toiles Emoi, Cinéfestival, avenue de Verdun, 01500 Ambérieu-en-Bugey

Plus vous serez nombreux à vous manifester , plus l’opération aura de chances de fonctionner!

 

 

Lancement de l’opération Toiles et mômes 2016/2017, dimanche 06 novembre

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Chers adhérents,

n’oubliez pas le lancement de l’opération « Toiles et mômes », le dimanche 06 novembre à 10h15. Pour cette première séance de l’année scolaire: un film pour les grands enfants (à partir de 8 ans) et pour les adultes . Quoi de mieux pour toute la famille qu’un voyage sur une île ensoleillée par un dimanche matin de novembre?

Une découverte sensorielle et une réflexion sur l’écologie qui ne vous laisseront pas indifférents.

Film présenté par Toiles Emoi et suivi de « l’apéro des kids ».

Aquarius, 26 octobre 2016

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Kleber Mendonça Filho est né en 1968 à Récife, au nord est du Brésil. Il a 14 ans quand la famille part s’installer en Angleterre, où sa mère, diplômée d’une université anglaise, a trouvé du travail. A 19 ans,il revient à Récife, fait des études de journalisme et se spécialise dans la critique de cinéma. Parallèlement, , il tourne des courts métrages sur sa chère ville natale, puis en 2012 un long métrage « Les bruits de Récife » . Il arrête net la critique des films  car, dit il : «  maintenant que je sais à quel point c’est un métier difficile, je ne m’arroge plus le droit de juger les autres… »

Aquarius est son deuxième film, sélectionné au Festival de Cannes 2016, dont il revient bredouille bien que très bien accueilli par les festivaliers et la critique. La montée sur le tapis rouge de toute l’équipe du film a été particulièrement remarquée, car parvenus au haut des marches, ils ont tous déployé des banderoles de soutien à leur présidente Dilma Roussef qu’ils estiment injustement destituée.

Je serai brève dans mes commentaires du film qui est très long. Mais je gage que cette allégorie du Brésil d’aujourd’hui ne vous ennuiera pas. Vous allez voir la corruption galopante, et aussi le thème récurrent dans les films brésiliens de la tendresse paternaliste envers les employées de maison, et la lutte contre la violence et l’inculture, et le cran et la pudeur de l’actrice principale Sonia Braga, d’une grâce infinie, qui a subi elle-même l’opération de l’héroïne du film et qui l’assume sereinement.

Vous admirerez  la lumière et les mouvements de caméra du directeur de la photographie Vilmos Zsigmond, mort après le tournage, qui a travaillé avec Altman et Speilberg , et la musique du groupe Queen et des très grands Gilberto Gil et Jobim.

Les critiques ont parlé « d’un film- femme, d’un film-ville » , « d’un voyage intérieur qui est aussi un thriller à deux doigts de déraper dans le fantastique »…et l’on nous dit qu’il s’achève « par un éclat sarcastique et vengeur ». Ajouterai-je que ce cri de colère est peut être aussi un cri d’espoir ?

Marion Magnard